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Publié le 16 Novembre 2016

Un tout petit bout d'elles par Zidrou

 

La quatrième de couverture :

 

Yue Kiang travaille sur un site d'abattage d'arbres pour une entreprise chinoise. Comme beaucoup de ses compatriotes, Yue Kiang a une "amie" couleur locale, Antoinette. Il s'est aussi attaché à Marie-Léontine, la fillette de sa fiancée. Un soir, dans la couche de sa belle gazelle, Yue découvre la blessure intime d'Antoinettev: une cicatrice terrible, comme une injure à sa féminité. Combien sont-elles comme elle, exilées de leur propre corps, victimes d'une tradition aussi monstrueuse que tenace ? Combien ? Elles sont 150 millions de par le monde. Mais qu'importe à Yue et Antoinette ces chiffres qui donnent le vertige. Seul leur importe Marie-Léontine. Que jamais la fillette ne soit, à son tour, victime de cette tradition abjecte !

 

 

Mon avis :

 

Une belle découverte que cet album ! Un récit didactique, abordable et pourtant si émouvant : la question de l'excision y est abordée sans tabou mais avec pudeur et sensibilité. J'ai aimé le personnage de Yue : en chevalier moderne, il se montre respectueux d'Antoinette et saura prendre ses responsabilités en temps voulu. Il est la part d'humanité et d'optimisme du récit. Les illustrations rondes et colorées adoucissent le propos. Pour autant, le sujet reste grave et l'album laisse son lecteur révolté. Un dossier complète le récit avec quelques éléments informatifs sur la question.

 

- Tu te rends compte ? 3 millions de fillettes subissent chaque année ces mutilations...
- 3 millions ?! Mais ça fait...
- ... quelque chose comme 8 000 fillettes mutilées, oui... chaque jour.

Beuchot, Raphaël

Zidrou

Un tout petit bout d'elles

Ed. Le Lombard

2016

Publié le 10 Novembre 2016

Un bruit étrange et beau par Zep

 

La quatrième de couverture :

 

Où est la valeur d'une vie ? Dans le bruit et la fureur ou dans le recueillement du silence ? Dans ses batailles ou ses renoncements ? William, lui, a choisi la solitude et le silence il y a 25 ans en intégrant l'ordre religieux des chartreux. Quand un héritage le contraint à quitter le monastère pour Paris, c'est tout un monde nouveau qu'il doit apprivoiser, des certitudes longuement forgées à interroger et surtout, son ancienne vie, laissée là, qu'il va retrouver...

 

 

Mon avis :

 

Voici l'histoire atypique de Marcus, un moine chartreux qui a choisi de s'isoler du reste du monde en faisant voeu de silence il y a 25 ans, et qui se retrouve pour quelques jours contraint de renouer avec la société parisienne où sa présence est souhaitée pour régler la succession de sa tante décédée. Il va se retrouvé confronté aux bruits, aux échanges parfois futiles et teintés d'absurdité, aux souvenirs... Il va aussi douter, rire et aimer de nouveaux. L'humour et l'amour tristes qui se dégagent de cet album sont délicats et nous font méditer. J'ai été quelque peu déçue par le trait sec et les couleurs pastels utilisés par Zep dans cet album. Sans m'attendre à l'atmosphère de Titeuf, je pensais trouver plus de rondeurs et de couleurs vitaminées. Ceci dit, les illustrations sont travaillées, élégantes et respirent une certaine sérénité. En bref : un récit original, d'une certaine sobriété, qui nous porte loin du tumulte.

 

Faire silence, c'est comme faire le ménage. Il faut balayer tout ce qui fait du bruit dans nos vies.

Zep

Un bruit étrange et beau

Ed. Rue de Sèvres

2016

Publié le 8 Novembre 2016

Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité.

Nietzsche

La légèreté par Meurisse

 

 

 

La quatrième de couverture :

 

_ "Moi, ce qui m'a soudain paru le plus précieux, après le 7 janvier, c'est l'amitié et la culture.

_ Moi, c'est la beauté.

_ C'est pareil."

 

 

Mon avis :

 

Catherine Meurisse est arrivée en retard à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Elle en a momentanément perdu l'envie de dessiner. Dans cet album, dont le titre à un accent Kunderien, elle évoque son parcours de résilience de façon poignante : mention spéciale à une planche mettant en scène la traversée du "Cri" de Munch. Entre tristesse et humour, elle nous fait part avec authenticité de ses émotions, réflexions et tentatives d'aller de l'avant. Le résultat est bien différent de la propre renaissance artistique de Luz dans l'album Catharsis : Catherine semble moins définitivement torturée par les événements. Elle tente en tout cas de se diriger vers le beau plutôt que de ressasser la violence et la laideur du monde. La deuxième partie de l'album nous porte ainsi jusqu'à la Villa Médicis, à Rome, en novembre 2015. Malgré des longueurs dans cette dernière partie, on apprécie ce témoignage touchant qui contribue désormais au travail de mémoire autour des attentats de 2015.

 

La lumière de l'été m'a redonné des forces. Je me sens capable de retourner pour la première fois sur les lieux de l'attaque... rue Nicolas Appert. Il y a quelque chose de nouveau, à l'entrée de la rue... un immense mur d'effroi.

p. 80

Meurisse, Catherine.

La légèreté

Ed. Dargaud

2016 / 133 p.

Publié le 7 Novembre 2016

La différence invisible par Dachez

 

La quatrième de couverture :

 

Marguerite a 27 ans, en apparence rien ne la distingue des autres. Elle est jolie, vive et intelligente. Elle travaille dans une grande entreprise et vit en couple. Pourtant, elle est différente. Marguerite se sent décalée et lutte chaque jour pour préserver les apparences. Ses gestes sont immuables, proches de la manie. Son environnement doit être un cocon. Elle se sent agressée par le bruit et les bavardages incessants de ses collègues. Lassée de cet état, elle va partir à la rencontre d’elle-même et découvrir qu’elle est autiste Asperger. Sa vie va s’en trouver profondément modifiée.

 

 

Mon avis :

 

L'essentiel est dit sur la quatrième de couverture : cette BD offre une réflexion sur la difficulté d'être différent, de sortir de la norme et de se faire accepter dans ses spécificités malgré tout. Des camaïeux de gris avec juste une touche de rouge de la première partie, on évolue vers des planches plus colorées à mesure que l'héroïne se redécouvre. Pour elle, mettre un nom sur son malaise de toujours est plus qu'une délivrance : une joie. Le lecteur passe avec elle d'une routine morne et fatigante, débordée par les bruits et les sensations, à un quotidien plus apaisé et étayé de nouveaux projets. Sans être un coup de coeur, cette BD didactique sur le thème de l'autisme permet de cerner un peu mieux cette maladie et les enjeux de sa prise en compte dans la société.

 

 

Dachez, Julie.

Mademoiselle Caroline

La différence invisible

Ed. Delcourt

2016

 

Publié le 7 Novembre 2016

La Présidente par Durpaire

 

La quatrième de couverture :

 

Le 7 mai 2017, Marine Le Pen est élue première Présidente de la République. Elle vient de battre François Hollande de quelques dizaines de milliers de voix. C’est l’effervescence sur les plateaux télé. Editorialistes, politologues, politiciens se succèdent, incrédules. Tard dans la nuit, des partisans de la nouvelle présidente fêtent la victoire. Des affrontements éclatent sporadiquement.
 

 

Mon avis :

 

La présidente est un récit graphique en noir et blanc au texte relativement dense, une anticipation politique en forme de coup de poing qui présente ce que pourrait être les 100 premiers jours du mandat de Marine Le Pen. J'ai été séduite par la première partie étayée par une analyse des mécanismes notamment médiatiques et institutionnels. On assiste à la prise de pouvoir de Marine Le Pen en suivant à la fois les coulisses de la formation du gouvernement, les commentaires politiques à la télévision et les réactions de quelques jeunes et moins jeunes français ou émigrés. J'ai par contre été déçue par la seconde partie qui m'a semblé moins crédible. Pour autant, cette BD est intéressante par sa plongée dans un futur incertain et atteint son but en nous faisant réfléchir sur les conséquences éventuelles de nos choix. Un deuxième tome, Totalitaire, vient de paraître et un troisième est en préparation.

 

 

Durpaire, François

Boudjellal, Farid

La présidente

2015

 

Publié le 14 Octobre 2016

Love story à l'iranienne

 

La quatrième de couverture :

 

En Iran, les jeunes ne sont pas plus libres aujourd'hui. Rien n'a changé depuis l'arrivée au pouvoir de Hassan Rohani et l'accord signé avec les grandes puissances occidentales sur le contrôle du programme nucléaire iranien. Ces témoignages ont été recueillis sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad puis durant celle de son successeur, Hassan Rohani, qualifié de réformateur par la communauté internationale.
La jeunesse essaie-t-elle encore de se révolter contre le régime des mollahs, comme en 2009 ? Gila, Saeedeh, Omid, Leïla, Vahid et tous les autres ont moins de 30 ans. Ils viennent de tous les milieux sociaux, nous les avons rencontrés dans tout le pays. Ces jeunes ne cherchent plus à s'opposer à un régime trop fort pour eux, ils ont désormais un seul objectif, un impératif, une obsession : s'aimer. Malgré le régime. Malgré la tradition.

 

 

Mon avis :

 

Dans cette bande dessinée Zac Deloupy illustre les témoignages reccueillis par un couple de journalistes qui s'est rendu en Iran de façon anonyme afin de récolter la parole des jeunes iraniens sur la façon dont ils arrivent à vivre leurs histoires d'amour dans leur pays malgré un régime totalitaire et le poids des traditions. Ils évoquent la virginité obligatoire, les mariages arrangés, les hommes de main du régime, la prohibition de l'alcool, le Mouvement Vert, les rêves d'évasion en occident... Ces témoignages mettent en lumière des conditions de vie particulières et notamment la difficile place des femmes dans cette société. Le dessin est simple, au trait épais, servant le propos. Cette lecture, à mettre entre les mains de lycéens, nous propose donc de comprendre ce qu'est l'Iran en 2016 au travers du regard des jeunes dans leurs difficultés à vivre leurs relations amoureuses. Une lecture dont la succession de témoignages peut s'avérer rébarbative mais au propos intéressant et parfois déstabilisant.

 

 

 

Deuxard, Jane.

Deloupy, Zac.

Love story à l'iranienne

2016 / 144 p.