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Publié le 14 Septembre 2022

Simone Veil

Depuis 1975 en France, en grande partie grâce à Simone Veil, les femmes - nos sœurs, nos mères, nos amies, nos voisines - ont le droit d'avoir recours à l'avortement ou l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce droit fondamental permet d'avoir le choix et d'éventuellement renoncer à des grossesses non désirées. Aujourd'hui en France on estime que 33 % des femmes avortent au moins une fois dans leur vie. Mais des polémiques insensées autour de ce sujet existent toujours. En écho à l'actualité de santé publique américaine, j'ai ressenti la nécessité de me plonger en début d'été dans des lectures sur le droit à l'avortement. J'ai lu Les hommes aussi s'en souviennent, le discours de Simone Veil du 26 novembre 1974 suivi d'un entretien mené par la journaliste Annick Cojean en 2004 et d'un rapide historique de l'avortement, puis la bande dessinée Simone Veil : l'Immortelle qui entremêle de façon accessible son parcours adolescent pendant la Shoah et son combat politique au moment de défendre la loi pour l'IVG. J'ai adoré découvrir ces deux livres me donnant le sentiment d'enrichir mes connaissances et mes convictions de femme. J'ai également assisté en avant-première à la projection du film Simone, le voyage du siècle grâce auquel j'ai eu une vision incarnée de l'éventail de combats personnels et politiques menées par Simone Veil. Je pense notamment à son travail pour de meilleures conditions de détention des prisonniers et prisonnières. Le film n'est pas du tout construit de manière chronologique ; ce n'est donc peut-être pas évident à suivre pour les plus jeunes, mais c'est édifiant. Cela m'a donné envie de lire son autobiographie Une vie. Cette figure française, son parcours extraordinaire et exemplaire, mérite toute notre attention ; et ces lectures ne peuvent laisser les cœurs et les corps indifférents.

 

 

Publié le 7 Juillet 2022

Coups de cœur littéraires 2021-2022

Voici, avec un peu de recul sur mes lectures et comme j'ai l'habitude de la dresser chaque année, la liste de mes coups de cœur littéraires de l'année scolaire écoulée. Je me suis limitée à 10 : 5 romans, 3 BD et 2 albums jeunesse. J'espère que vous pourrez y trouver de quoi piocher quelques gourmandises à déguster les pieds dans la sable cet été. Pour enrichir votre liste, vous pouvez également consulter ma liste de l'année dernière.

 

 

Mon mari de Maud Ventura

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Une femme aime son mari passionnément, comme au premier jour, depuis des années. Au point d'en être maladivement jalouse. Elle observe, décortique, analyse, imagine, ressasse ses moindres faits et gestes. Elle fouille ses poches, lit ses tickets de caisse, épie les soubresauts de son sommeil. Elle pousse le lecteur à se questionner : est-ce une histoire d'amour ou de folie ?

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour goûter la drôlerie, l'acidité et la surprise du récit de cette primo-romancière.

 

 

S'adapter de Clara Dupont-Monod

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'arrivée au sein d'une fratrie d'un enfant différent, handicapé ou "inadapté". La façon dont chacun va le vivre au fil des années et réinventer ses rapports aux autres.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour l'originalité et la douceur du récit. Pour ce qu'il donne à voir des relations familiales.

 

 

Mille petits riens de Jodi Picoult

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Un drame - un nouveau-né qui décède devant une infirmière à la peau noire à qui les parents ont interdit de toucher leur enfant - puis le procès, décrits par trois narrateurs dont le passé éclaire le regard qu'ils portent sur l'affaire.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour avoir matière à réfléchir sur le racisme systémique et le suprémacisme blanc aux États-Unis.

 

 

Ce qu'il faut de nuit de Laurent Petitmangin

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'histoire d'un père, veuf, et de ses deux fils, dont l'un va rejoindre un groupuscule d'extrême-droite et voir son destin basculer.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour lire une belle et sombre histoire de famille, faite de convictions et de sentiments ébranlés. Pour s'interroger : des parents peuvent-ils être déçus par leurs enfants ?

 

 

Élise sur les chemins de Bérengère Cournut

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est un roman en vers librement inspiré de la vie du géographe Élisée Reclus qui raconte l'histoire d'une jeune fille se lançant à la recherche de ses frères aînés sur les conseils d'une femme-serpent. Armée d'une tourmaline magique, elle tentera de maintenir à distance celles qui pourraient nuire à ses frères : Mélusine, Ondine et Ophélie.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour sa thématique du rapport au désir. Pour sa forme déconcertante mais envoutante à la frontière entre réel et imaginaire. Pour son écriture sautillante, joyeuse et poétique.

 

 

Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées de Lou Lubie

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est une exploration documentée et drôle sur les origines, les contours et les évolutions des contes. Par le biais du dessin, on alterne analyses et récits abrégés de certains contes plus ou moins (mé)connus.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Au delà de la beauté de l'objet, pour déconstruire certaines de ses représentations culturelles sur le sujet et apprendre tout en s'amusant énormément des pas de côté modernes et railleurs de Lou Lubie.

 

 

Queenie : la marraine de Harlem d'Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? La vie de Stéphanie Saint-Clair, surnommée Queenie, dirigeante d'une loterie clandestine pendant la Prohibition et influente dans le milieu intellectuel de la Harlem Renaissance.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce que les qualités graphiques déployées au fil des pages de cette bande dessinée n'ont d'égal que le charisme de Queenie.

 

 

Le monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est une discussion entre un candide auteur de bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques, présentant de façon limpide, argumentée et non dénuée d'humour les changements profonds que notre planète vit actuellement et les enjeux économiques, écologiques et sociétaux qui en découlent.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour être terriblement plus conscient et informé sur les enjeux énergétiques et climatiques.

 

 

Je confonds tout ! d'Émilie Vast

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Le jeune Lapin Brun raconte une histoire à son ami Lapin Beige. Mais ce dernier pointe toutes les incohérences de Lapin Brun, qui a une fâcheuse tendance à confondre les animaux.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce qu'il est instructif et drôle et ses illustrations d'une douceur profitable.

 

 

Le petit illustré de l'intimité T.1 et T.2 de Tiphaine Dieumegard et Mathilde Baudy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Ces deux premiers albums documentaires (trois tomes sont sortis jusqu'à présents, un quatrième devrait voir le jour) abordent pour les enfants à partir de 8 ans l'anatomie du sexe (féminin dans le T.1, masculin dans le second), son fonctionnement mais aussi les questionnements autour du consentement, du genre, de la sexualité ou encore de la conception.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Parce qu'ils sont clairs, complets, engagés et inclusifs. Et joliment illustrés, ce qui ne gâche rien. Je pense vous en parler plus en détails dans un article prochainement.

 

 

 

 

Et vous, quel est votre coup de cœur de ces derniers mois ?

 

 

Publié le 1 Juillet 2022

Mes mauvaises filles

Voici une bande dessinée sur laquelle je suis tombée par hasard à la médiathèque et qui m'a intriguée. Elle aborde un sujet délicat et douloureux : le droit de mourir. L'euthanasie, ou mort assistée, est une question très sensible. Suite à la mort de Vincent Lambert en 2019, Zelba se décide à raconter les derniers instants de la vie de sa mère et dans quelles circonstances sa sœur et elle ont accepté, il y a plusieurs années, de "l'assister à mourir". Cette histoire à la fois profondément intime et touchant à l'universel est bouleversante. Elle nous fait nous poser des questions essentielles : à quel moment les soins palliatifs se transforment en acharnement thérapeutique ? Peut-on décider de mourir ? La question des liens familiaux - en particulier celui qui unit les deux sœurs dans cette épreuve - est centrale. Celle de la sororité aussi (une des filles est enceinte ; leur belle-mère va épouser leur père). Le travail d'illustration, en noir et blanc mais aussi en nuances de bleus, accompagne tantôt les mots de Bri elle-même (la maman) et tantôt ceux de ses filles. Vertigineux , complexe et triste et en même temps plein de vie et d'enthousiasme, ce récit - au-delà de la question de l'euthanasie d'ailleurs abordée de façon plus informative en fin d'ouvrage - parle du nécessaire et toujours éprouvant travail de deuil.

 

Mes mauvaises filles
Mes mauvaises filles

Publié le 31 Mai 2022

Le monde sans fin

Une vraie claque que cette bande dessinée. On ressort de sa lecture terriblement inquiet mais aussi plus informé sur les enjeux énergétiques et climatiques. Comme une discussion entre un candide auteur de bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques, ce témoignage argumenté, limpide et non dénué d'humour nous explique les changements profonds que notre planète vit actuellement. Les enjeux économiques, écologiques et sociétaux sont abordés de front et invitent à la réflexion et au débat. C'est dense, grave, plombant même... mais fluide et passionnant. On y parle gaz à effet de serre, énergie et loi de conservation, énergies fossiles versus énergies non carbonées, planification écologique, réchauffement climatique, consommation et striatum, etc. Jean-Marc Jancovici explique qu'une décroissance (courant de pensée estimant que la croissance économique n'est pas soutenable du fait des ressources limitées de la Terre) est inévitable pour enrayer la catastrophe climatique annoncée par les scientifiques. L’énergie nucléaire y est présentée comme le parachute ventral de la transition énergétique. C'est là que le bas blesse : les inquiétudes au sujet de la sûreté des centrales nucléaires et de la gestion des déchets radioactifs sont un peu vite écartées. La puissance de l'innovation technologique et les capacités des énergies dites "renouvelables" vite balayées. Le propos demande donc sans doute à être nuancé, discuté. Reste que le travail pédagogique de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici est impressionnant et forcément enrichissant. J'ai particulièrement aimé la personnification de la Terre, stoïque et plantureuse rousse aux cheveux longs. Comme les auteurs lui font dire : "Tu ne pourras jamais me sauver moi, si tu ne commences pas par te sauver toi-même". Ainsi, heureusement, sont tout de même abordées quelques pistes de "rédemption". À titre individuel : consommer moins et mieux (notamment en ce qui concerne la viande et les produits laitiers), utiliser le moins possible l'avion et la voiture (à défaut, investir dans une voiture électrique) et favoriser l'utilisation des transports en commun et du vélo (même électrique), installer des pompes à chaleur plutôt que des chaudières, utiliser des appareils électroménagers plus performants et plus modérément, etc. À plus grande échelle, investir dans ces changements d'agriculture et d'industries permettrait des créations d'emplois et rendrait la décroissance plus acceptable. En ce qui concerne les pays qui n'ont pas encore accès à notre niveau de confort, Jean-Marc Jancovici propose avant tout de montrer l'exemple et aussi d'encourager l'éducation des femmes, l'accès à la contraception et l'accès au système de solidarité (les retraites). Bref, il ne reste plus qu'à "affronter ensemble les problèmes".

Le retour aux énergies renouvelables, même sophistiquées, ne permettra pas de garder une société d'abondance complexe, avec son système de santé, sa culture, telle que nous la connaissons. Le nucléaire ne pourra pas remplacer toutes les énergies fossiles. Il est comme un parachute ventral. Il nous permettra de conserver une partie, et une partie seulement, de ce que nous avons aujourd'hui. Et d'amortir une chute trop brutale. Parce que le parachute fossile principal brûle.

Publié le 4 Mai 2022

Harlem (T.1)

L'ambivalente Stéphanie Saint-Clair, martiniquaise installée à New York, chef de gang et figure de la communauté afro-américaine du Harlem des années 30, est de nouveau mise en lumière par le neuvième art, quelques mois après la sortie de l'élégant roman graphique Queenie : la marraine de Harlem. Cette fois, c'est l'auteur Mikaël qui lui consacre un diptyque au sein d'une série. Le premier volet est paru en janvier et peut se lire indépendamment des précédents (Giant T.1 & 2 et Bootblack T.1 & 2).

 

Première différence notable : le graphisme et la colorisation. Ici les tons chauds (marron, orange, vert kaki...) côtoient à la fois des plans larges représentant l'immensité de la ville de New York et des plans serrés, souvent à hauteur d'enfant ou en contre-plongée. Le trait est assez réaliste et expressif. Quelques planches bleues et muettes se différencient des autres, mettant en scène des flash back du parcours de Queenie où la couleur jaune, symbolisant la liberté, se charge de la narration. J'ai parfois remarqué l'influence du dessin manga (p. 8). J'ai apprécié l'ensemble même si l'originalité et l'élégance de ma précédente lecture était prégnantes.

 

Deuxième différence : la narration est prise en charge par un personnage secondaire - en l’occurrence un journaliste blanc qui n’a pas le droit d’enquêter sur la reine de Harlem mais qui fera en sorte de grappiller des informations - et mêle véracité historique et fiction. J'ai trouvé les dialogues parfois trop faciles et plaqués pour expliquer au lecteur le contexte dans lequel évolue les personnages (par exemple à la p. 18 au sujet de la loterie) mais c'est aussi ce qui permet de bien comprendre l'intrigue et de se passer de notes de fin d'ouvrage (présentent dans le roman graphique Queenie). J'ai mieux compris les différents rapports de force entre gangs mafieux et identifié les principaux "patrons" (Dutch Schultz le hollandais et Lucky Luciano l'italien).

 

Énigmatique, singulière, influente, intransigeante, maîtrisant un anglais mâtiné de français et de créole, la "négresse française" de Harlem au dos zébré de cicatrices, comparée à J. C. Walker, permet à Mikaël de nous plonger de façon renouvelée dans le New York de La Grande Dépression, entre speakeasies, barbiers, clubs de jazz et sombres ruelles. J'ai été un peu frustrée de voir la BD se terminer par un cliffhanger... mais c'est de bonne guerre pour nous faire revenir vers le deuxième tome - à la couverture tout aussi belle que le premier - dont la parution est prévue pour 2023.

 

 

 

L'oiseau en cage ne sait pas qu'il sait voler.

Harlem (T.1)
Harlem (T.1)
Harlem (T.1)

Publié le 3 Mai 2022

Queenie : la marraine de Harlem

Manteau au col de fourrure, chapeau cloche, escarpins, avec tour à tour entre les mains une cigarette, une liasse de billets ou un revolver : l'allure élégante de Stéphanie Saint-Clair, martiniquaise installée à New York, assoit son personnage de chef de gang et de figure de la communauté afro-américaine du Harlem des années 30.

 

Le roman graphique signé Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy retrace de façon inédite la vie de celle appelée Queenie. Dirigeant une loterie clandestine pendant la Prohibition, elle était aussi influente dans le milieu intellectuel de la Harlem Renaissance (mouvement de renouveau de la culture afro-américaine dans l’Entre-deux-guerres). À ce titre, de nombreuses références artistiques sont égrenées tout au long du récit : le peintre et sculpteur Charles Alston, le poète Walt Witman, les musiciens Thelonious Monk et Duke Ellington ou encore la danseuse Florence Mills. Le scénario se concentre sur l'année 1933, charnière pour le business de Queenie du fait de la fin de la Prohibition, tout en étant densifié par des flash-back sur sa jeunesse. Le tout est très cinématographique. Outre les références culturelles, on trouve aussi des références historiques : la mise en scène de personnages comme Al Capone ou l'intervention glaçante (pour ne pas dire brûlante...) du Ku Klux Klan.

 

Le graphisme d'un noir et blanc ultra élégant, se grisant lors des flash back en évitant tout manichéisme au personnage, nous plonge dans une atmosphère classique aux accents mafieux. Certaines planches sont remarquables : la construction parallèle des pages 56 et 57 sur les agressions sexuelles, celle du cinéma avec la prise de parole de l'indien du film qui se charge d'expliciter les paroles de Bumpy, fidèle associé de Queenie (p. 71), celles sur le KKK qui font également référence à la mort de George Floyd (p. 95 à 100), ou encore celle de la noyade (p. 122). Le danger est symbolisé à plusieurs reprises par les sabots des chevaux.

 

Cet album est à la fois un récit d'émancipation féminine, un thriller et un manifeste antiracisme documenté. Bientôt adapté sur grand écran, son histoire continuera sans nul doute de faire parler d'elle. N'hésitez pas : plongez dans le quartier effervescent, corrompu et contrasté de Harlem, le travail déployé au fil des pages de cette bande dessinée n'a d'égal que le charisme de Queenie.

 

Queenie : la marraine de Harlem
Queenie : la marraine de Harlem
Queenie : la marraine de Harlem
Queenie : la marraine de Harlem

Donnez un poisson à un homme et vous le nourrissez une journée. Apprenez-lui à pêcher et il n'aura plus jamais faim.

- Tu aimes ces merdes de westerns Bumpy ?
- C'est une piqûre de rappel. Quand j'étais petit, j'étais toujours du côté du cow-boy.
- Et il t'est arrivé quoi ?
- Il m'est arrivé l'Amérique. J'ai grandi et réalisé que j'étais un indien depuis le premier jour.