Publié le 23 Septembre 2025
Première lecture de la rentrée littéraire 2025. Premier roman signé d'une autrice dont le nom sent bon le sud : Mathilda Di Matteo. Une histoire de femmes, de relation mère-fille, de masculinité toxique et de patriarcat qui traverse le pays comme les classes sociales. Clara et sa mère Véro prennent tout à tour en charge la narration de leur histoire. La jeune fille, tout en retenue, rêve de « monter à Paris » et de s'insérer dans la bonne société, auprès de gens cultivés et ambitieux. Elle suit des études à Sciences-Po et y rencontre Raphaël, de bonne famille, pro start-up et stand-up. La mère est une cagole. C'est-à-dire une femme « qui affiche une féminité provocante et vulgaire », comme nous le précise ce cher Robert. Et ce Raphaël, qu'elle surnomme « le girafon », elle le trouve trop poli pour être honnête. Entre elles, l'amour se mêle à la défiance et l'huile autobronzante se dilue dans les rues ruisselantes de la capitale. Pourtant, face aux dangers de relations hommes-femmes plus que foireuses, elles sauront se retrouver. Car il y a aussi un père dans cette histoire. Plus qu'une histoire de transfuge de classe au style percutant comme je l'imaginais au premier abord, La bonne mère parle en réalité de santé mentale et de violence conjugale. J'ai adoré la première partie, moins la suite. Ce n'est pas forcément le sujet dont j'avais envie qu'on me parle. Par contre le ton vif et solaire mérite clairement qu'on s'y attarde.
Les lèvres sont pourpres. Ma fille a pris quinze centimètres en partant de la bouche. J'ai envie de lui dire fais attention. Attention aux regards qui changent et qui te changent en même temps, qui passent des yeux à la bouche et puis aux mains, les mains qui se baladent entre ton dos et tes jambes que tu peux plus prendre à ton cou sans te faire une entorse. Ma fille, attention au stiletto à double tranchant, celui entre danger et pouvoir. Et puis surtout à la lune, à l'adrénaline ou à l'alcool qui te font oublier de tenir tes clés dans la main, ou de te retourner, de changer de trottoir et faire de grandes enjambées, parce que plus le pouvoir est grand, plus les pas sont courts, et c'est comme ça qu'y te feront tomber.
Gare aussi aux beaux parleurs, aux mots d'amour, ceux qui t'attrapent quan tu baisses la garde et qui cherchent qu'à le voler. J'aimerais lui chuchoter un truc comme ça, joli, comme un rite de passage. Lui dire de grandir pas trop vite en lui pinçant sa petite joue pailletée. Mais je suis pas poétesse ou philosophe. A la place, je lui mets du mascara sur les yeux et la musique un peu plus fort.
Ce ciel bleu quand je frotte mes assiettes, et puis elle, en plein dans ma face, perchée sur sa basilique en haut de sa falaise. Le regard au loin de celle qui sait. De celle qui protège. Sur la photo, on la devine par la fenêtre. On voit pas ses yeux, mais elle et moi, on se connaît. En tient son mioche, tranquille, même si le Petit Jésus avec ses deux mains en l'air il a une tronche à vouloir sauter dans le vide. A part être là et le tenir par les fesses, qu'est-ce qu'elle peut bien faire ? Alors d'accord, le sien de minot finira crucifié. J'ai pas dit qu'il fallait tout faire comme elle. Y en a pas une qui le sait, de toute façon. Comment être une bonne mère.
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