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Publié le 16 Juin 2026

Le chat du jardinier

La poésie, c'est le plus joli surnom qu'on donne à la vie.

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Dans ce roman signé Thomas Schlesser, auteur du best-seller Les yeux de Mona, on découvre les pouvoirs bienfaisants de la poésie à travers les yeux de Louis, un jardinier provençal simple et taiseux, qui se retrouve confronté à la maladie de son chaton et, suite à une tempête phénoménale, à la destruction des jardins alentours. Il rencontre ses nouveaux voisins Thalie et Nikola, un couple d'heureux retraités. Thalie, ancienne enseignante de français, exubérante amoureuse de poésie, perçoit l'hypersensibilité de Louis et lui propose une sorte de pacte : il redonne vie à son jardin abîmé ; elle l'initie à la poésie. Elle déclare : 𝒥ℯ 𝓋𝒶𝒾𝓈 𝓇ℯ́𝓅𝒶𝓇ℯ𝓇 𝓋ℴ𝓉𝓇ℯ 𝓅𝒶𝓁𝒶𝒾𝓈 ℴ𝓊̀ 𝓋ℴ𝓈 𝓂ℴ𝓉𝓈 𝓈ℯ 𝓈ℴ𝓃𝓉 𝒻𝒾ℊℯ́𝓈. Jour après jour, ces deux-là vont se côtoyer et se lier d'une forte amitié. Voisin voyou, croassant crapauds, chanvre, chien sauveur, oliviers, cyprès, lauriers-roses en fleurs, sont certains des ingrédients du récit. On peut y ajouter la terre, le feu, la magnanerie, les cartons de livres qui emplissent le salon, le chaton sans nom et cette voix au bout du fil.

 

Ainsi, Thomas Schlesser interroge le pouvoir des mots, et plus particulièrement de la poésie, comme une expérience de réinvention de soi et du monde. Il évoque la vie des poètes et distille des connaissances littéraires (à qui s'adresse le plus célèbre poème de Victor Hugo ? Qu'est-ce qu'un oxymore ? Qu'est-ce qu'une élégie ?) avec plus ou moins de parcimonie. Il souligne que la poésie ne se contente pas de nous émouvoir mais nous transforme en nous reconnectant à notre sensibilité et notre capacité à être ouvert au monde. Le roman est ainsi un éloge de la poésie comme outil de réparation et d'expression. C'est une lecture qui nous plonge dans la douceur et la joie d'entretenir des liens avec la nature, la beauté, l'autre que soi. Rien d'étranger à qui s'intéresse à la bibliothérapie, donc. . ݁₊ ⊹ 

 

J'ajoute que j'ai trouvé une certaine fraternité entre Le chat du jardinier et le roman philosophique Le monde de Sophie de Jostein Gaarder, publié en 1991. J'ai lu ça et là que ce deuxième livre reprenait la même "recette" que son premier roman qui parlait de peinture. C'est sans doute vrai et on peut lui reprocher. La trame narrative est de toute façon à la limite du vraisemblable. Les personnages de même. Je pense qu'il faut le considérer pour ce qu'il est : une sorte de doux conte contemplatif qui rend accessible à tous quelques bribes de poésie et d'histoire de la poésie. Pour en savoir plus, je vous recommande d'écouter ou de visionner l'entretien Stress, mélancolie, hypersensibilité : et si la poésie était une clé ? du podcast Métamorphose.

 

On doit négocier avec sa douleur, Louis, on doit parfois lui demander courtoisement de nous foutre un peu la paix. Sinon, comment récolter les fleurs de la vie ? Allez, Louis, je veux que vous lisiez cela, pour les fleurs que vous avez ensemencées et pour celles que vous cueillerez bientôt.

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Publié le 7 Juin 2026

Retrouver la douceur

De Cécile Coulon, j'avais déjà lu et aimé Noir volcan. Ici encore, elle a su me charmer par le récit de l'ordinaire, par l'évocation de la douceur des paysages, par ses questionnements sur l'amour, le deuil, la peur et le privilège de vieillir. Ainsi, elle évoque l'odeur de la terre mouillée, l'aurore rose et bleue, les nuages quittés par leurs pluies mais aussi la problématique du temps qui passe, du manque, des situations qui sentent le lait tourné de l'inquiétude. Elle se questionne sur la vie comme elle va et sur ce qu'il y a au-delà et intitule ses poèmes Croire qu'au matin tout est nouveau, Rester et croire, Comment croire... Elle dit Je cherche, J'aime, Je devrais vous écrire... Ses poèmes sont parfois très brefs (et j'aime moins) ou plus longs. J'ai notamment été particulièrement sensible aux derniers textes du recueil : Une lettre, S'il te plaît et Mon corps qui s'adressent respectivement à sa grand-mère décédée, à un (jeune) lecteur et à son propre corps. Car Cécile Coulon n'écrit pas des textes uniquement contemplatifs. Elle cherche à raconter des histoires. Avec le désir, plutôt que de se faire violence, de lier l'innocence de l'enfance et la sagesse de la maturité pour se réparer et cultiver la douceur.

Ce qu'ils appellent naissance
c'est un moment qui dure une seconde ou dix ans
dans le sang d'une salle blanche
(...)

Le nom des choses humaines

Alors je fais des barrages d'amour infini, de moments lumineux,
je dévie des vagues immenses sur des rochers de nuit,
le soir quand la lumière est rouge j'appelle en moi
la force des légendes,
des contes et des mirages,
j'accroche à mes oreilles des boucles de cheveux blonds
plus secs que le foin, plus blancs qu'un blanc matin,
et je chuchote pour qui entend :
derrière le cœur
il y a ce qui fut brisé et gardé là pour ne point perdre
les morceaux de la beauté.

Ce qu'il y a derrière le cœur

Écris-moi qu'il n'y a pas de différence
entre un poème et une conversation
avec quelqu'un de bon
Écris-moi pour les soirs de silence
pour les soirs de souvenirs
pour les soirs où le corps n'est
pas capable de guérir
Écris-moi depuis ton grand âge
qui n'est plus un âge
mais une parole sainte
qui coule dans mon sang
comme un poisson d'argent
dans un torrent de boue

Une lettre

S'il te plaît n'écoute pas les poètes
ils ont le mal de vivre
ils ont des mots très simples
ils essayent de faire rentrer
toute la beauté du monde
dans la tête étroite d'une épingle

S'il te plaît

Je demande pardon à mon corps
(...)
je lui ai dit qu'il était nul
alors qu'il bataillait
je lui ai dit qu'il était moche
alors qu'il sanglotait
je demande pardon à mon corps
il a grandi avec mes mots
comme partenaires
ils ne veulent plus jouer à la guerre
et je veux vivre encore

Mon corps

Retrouver la douceur

Publié le 29 Mai 2026

L’école de la vie

𝑴𝒆𝒓𝒄𝒊 𝒂𝒖𝒙 𝒆́𝒅𝒊𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝑨𝒍𝒃𝒊𝒏 𝑴𝒊𝒄𝒉𝒆𝒍 𝒆𝒕 𝒂̀ 𝑴𝒂𝒓𝒊𝒐𝒏 𝑭𝒓𝒊𝒕𝒔𝒄𝒉 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒄𝒆 𝒑𝒂𝒓𝒕𝒂𝒈𝒆

 

 

Marion Fritsch était élève en Terminale STMG dans un lycée de banlieue parisienne. La filière - encore aujourd'hui - qui regroupe majoritairement des élèves aux vies un peu bancales et aux ambitions fragiles. Mais sous la plume de Marion, chacun se met à briller de malice et de beauté. La mise en page créative ponctuée de calligrammes sert un roman poétique et lumineux. Il s'en dégage de la sincérité, de la tendresse et de l'énergie. Comme un trombinoscope déployé devant les yeux du lecteur, les vers libres tout en simplicité de Marion nous parle de ses anciens camarades : Samy le "touriste" au sac vide, Adama et son regard de diva, Amalia et son ventre qui gonfle mystérieusement, Fanny et ses faux cils, ou encore Rachid, Pia et Thomas... Comme la prof de français, en les observant, on oscille entre sidération et rire. J'ai d'ailleurs particulièrement aimé le passage intitulé "Ils disent" qui énumère des paroles d'enseignants et sonne si juste. On passe de considérations sur l'Aïd ou le drapeau algérien à une sortie scolaire à la Comédie-Française. On évoque Beyoncé et Victor Hugo. Les histoires de coeurs et les résultats du bac. Marion, en racontant cette année charnière de fin de lycée, mêle sa voix d'adolescente à celle de la femme accomplit qu'elle est devenue pour nous parler des jeunes de sa banlieue, lestés de difficultés personnelles mais aussi de grand rêves.

Ils disent à apprendre par coeur pour la prochaine fois
Un jour vous comprendrez
Un peu de silence
Allez ! Plus que deux semaines avant les vacances
Ils disent qu'il faudrait le faire redoubler lui
Et la féliciter elle
Qu'on ne peut rien faire pour lui
Qu'il faudrait vraiment faire quelque chose pour elle
Ils disent je n'ai jamais vu un gamin comme ça
C'est bon j'ai donné
Viens me voir à la fin du cours
T'es sûr que tout va bien en ce moment ?
Ils disent comme ils peuvent
Et ils peuvent parfois tellement
parfois si peu
(...)
Ils disent et parfois on ne fait plus qu'un
Quand ils disent.

L’école de la vie
L’école de la vie

Se dire au revoir
C'est parfois juste passer un moment à s'aimer.
Ce n'est rien d'autre que cela la vie.

Publié le 20 Janvier 2026

L’amour, les mots, la vie

Voici une anthologie personnelle de Marion Fritsch, jeune poétesse découverte récemment via les réseaux sociaux. Composée de poèmes, de citations, de fragments de lettres ou de discours, illustrée par des dessins et aquarelles de Claire Morel Fatio, cette anthologie nous offre une pause. Nous aide à ralentir. Pour ne pas oublier d'aimer les mots, l'amour, la vie.

 

J'ai aimé ce livre soigné, accessible, réconfortant. Organisé en trois parties qui reprennent les mots du titre, on y trouve des poèmes de Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Emily Dickinson ou Guillaume Apollinaire et puis des fragments de textes plus surprenants de Marie Curie ou Joséphine Baker. Si j'ai pris plaisir à redécouvrir certains grands noms de la littérature, j'ai trouvé dommage de ne pas lire des voix plus contemporaines. Il faut aussi avouer que l'idée globale est un peu "facile". Une anthologie, par définition, n'est pas une réelle création. C'est une sélection ordonnée et, dans le cas présent, illustrée. Pour autant, c'est doux, ça se lit tout seul et ça participe même de l'envie d'ouvrir un joli cahier neuf et de se lancer dans l'élaboration de sa propre anthologie poétique. Parce que parfois, comme le dit Marion Fritsch en dédicace, lorsque tout manque d'air, la poésie souffle la vie.

 

Et votre souvenir brille comme une fête.

Marcel Proust

Il faut pour faire une prairie
Un trèfle et une abeille
Un seul trèfle, une abeille
Et quelque rêverie.
La rêverie suffit
Si vous êtes à court d'abeilles.

Emily Dickinson

L’amour, les mots, la vie
L’amour, les mots, la vie

Publié le 16 Septembre 2024

Celles dont je n’ai pas parlé

Bref retour sur mes lectures d’été :

 

👎 Le livre des sœurs d'Amélie Nothomb : L'histoire loufoque de Tristane, une enfant surdouée qui se construit seule, délaissée par ses parents, et qui aime passionnant sa petite sœur Laetitia et sa cousine anorexique (qui décèdera suite à la chute d'un frigo). On ne sait pas si ça penche du côté de l'humour ou du tragique et on a du mal à comprendre où l'autrice veut en venir. Une lecture qui ne restera clairement pas dans ma mémoire. Un conte un peu noir (paru en 2022) vite lu... et vite oublié.

 

👎 Hygiène de l’assassin d'Amélie Nothomb : Une série d'entretiens accordés par un grand écrivain plein de mépris, qui se sait condamné, à des journalistes. Seule la dernière d'entre eux va réussir à tenir l'invective et à lui faire avouer le monstre qu'il est. Une intrigue au départ plutôt intéressante et intellectuellement stimulante qui se révèle longue, verbeuse et cynique.

 

👎 Obsolète de Sophie Loubière : Afin d'enrayer le déclin de la population, toute femme de cinquante ans est retirée de son foyer pour laisser la place à une autre, plus jeune et encore fertile. Une intrigue rétrofuturiste prometteuse mais qui s'embourbe dans des longueurs. J'ai abandonné ma lecture au profit de récits plus alléchants.

 

👍 Nonbinaires de Martin Page : De la poésie en prose sur le thème, comme le titre l'indique, de la fluidité de genre. Un appel à la tolérance. Une lecture très rapide et adaptée aux lycéens.

 

👍 La gosse de Nadia Daam : Sur les sentiments et le rôle d'une mère, qui plus est célibataire, d'une fille unique. Très sympa pour occuper mes vacances mais bon, rien de révolutionnaire.

 

Dans la maison d’été de Karine Reysset : Si je devais retenir UN livre de mes lectures d'été, ce serait celui-ci. Une saga familiale ancrée dans la station balnéaire du Pouliguen. La maison d'été, c'est la villa qu'Albert et Rose achètent à l'automne 1980. Pendant plus de quarante ans, parents, enfants et petits-enfants vont s'y croiser, au fil des saisons, au gré des marées, des naissances, des anniversaires, des deuils. Les petits et les grands événements de la vie familiale sont racontés au fil de nombreux chapitres et de multiples points de vue. L'arbre généalogique qui ouvre le livre est d'ailleurs précieux pour se repérer. Le tout interroge le poids de la filiation, de la transmission. C'est touchant, délicat et intelligent et nous rappelle qu'il faut chérir sa famille : celle dont on hérite, celle qu'on a plus ou moins choisit et celle que l'on construit.

 

👍 Les cahiers d’Esther (T.9) de Riad Sattouf : Esther est en terminale, ça y est ! C'est l'année du bac, des choix d'orientation, de l'enfance qui s'évapore, des Cahiers d'Esther qui s'arrêtent... mais aussi de la majorité, de la liberté, et peut-être de la fin du célibat, qui sait ? Un tome agréable à lire, dans la lignée des précédents (mes critiques du tome 7 et du tome 8 sont en ligne).

 

👎 L'homme sous pilule d'Anne-Sophie Delcour et Lucy Macaroni : Une BD qui mêle l'histoire d'un couple fictif et des apports documentaires sur la contraception masculine. J'ai trouvé qu'il n'y avait pas de véritable originalité dans le récit et le graphisme et surtout que la volonté d'accompagner une réflexion éclairée sur la question était mal traitée car décourageante : le couple finit par se séparer (contraception définitive vs désir d'enfant) et en tant qu'homme les solutions existantes ne sont pas très convaincantes.

 

 

La référence à retenir

pour votre prochain passage en librairie ou en médiathèque :

Dans la maison d'été de Karine Reysset

 

 

Publié le 23 Mai 2024

Vövöl

Le dernier ouvrage de Bérengère Cournut est difficile à commenter : c'est un récit poétique, flou et mystique. Un dialogue entre deux esprits amoureux qui passe par différentes formes du vivant (minéral, végétal, animal...). On suit l'évolution à l'échelle de milliers d'années de ces deux personnages se métamorphosant : un "esprit mâle" et un "esprit femelle". Ils sont tout à tour coquillage et poisson, grotte sous-marine et océan, lynx et chauve-souris… Leur histoire précède, fatalement, l'arrivée d'un enfant, nommé Vövöl. Il y a quelque chose de la génèse dans ce texte. Une thématique de la mort comme éternelle renaissance. Vövöl comme volcan, comme envol. Malheureusement trop abscons pour moi.

 

Vövöl