Publié le 10 Avril 2026
Si mon compagnon ne s'était pas fermement opposé à la possibilité de donner un second prénom à nos enfants, ma fille se serait probablement aussi prénommée Rose. Car cette couleur, associée à la fleur qui porte son nom, est aujourd'hui synonyme de féminité. Elle représente la douceur, la tendresse, le romantisme, la jeunesse voire la séduction. Elle est un mélange du rouge amoureux, passionné et puissant et du blanc pur et innocent.
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Rose la nuit est un roman construit autour de sept histoires de femmes - réelles - prénommées Rose. Une huitième, "une grande bringue salement amochée" complètement fictive, prend en charge la narration le temps d'une nuit, telle Shéhérazade, espérant séduire les aides-soignantes de l'hôpital et y passer une nuit de repos avant de retourner à la rue. Ce roman choral fait vibrer les voix des Rose, qui se répondent, s'entrelacent, parfois jusqu'à la confusion. A cela s'ajoute des motifs propres à l'autrice comme la bergère (guide protecteur) ou le cheval (symbole de l'indépendance). Rose, Marie-Rose, Rosa-Maria, Rosy... livrent des éclats de vie, des souvenirs d'enfance, des confidences sur le rapport qu'elles entretiennent avec leur prénom. Il est prétexte à se raconter et à raconter poétiquement des destinées de femmes dont la force et la grâce se fondent. Car contrairement à la douceur de leur prénom, leurs vies souvent contiennent une certaine âpreté. Mais aussi une volonté farouche de liberté. Et on comprend que la nuit évoquée dans le titre est propice aux confidences et à la transmission féminine mais qu'elle est aussi celle de l'acharnement que ces femmes mettent en œuvre pour voir l'aube se lever. De Marie-Rose la marraine d'adoption à Rosetta la Sicilienne installée dans un village des Alpes-Maritimes en passant par Rose la migrante Nigériane ou la petite Rose des quartiers Nord de Nice, nous effleurons avec délice dans ce court roman de multiples nuances de rose.
Au commencement de Rose. Au commencement du commencement : la difficulté de prononcer ce mot si simple, si court, rose, la couleur, la fleur, Rose, le prénom. Rose avec son o fermé ou son o ouvert selon les régions et les accents, avec son o sujet à moqueries selon qu'il est prononcé fermé ou ouvert au mauvais endroit.
On raconte des histoires aux enfants pour qu'ils s'endorment, mais aux grands aussi. Pas pour qu'ils oublient, pas pour qu'ils s'illusionnent. Pour qu'ils incorporent les histoires au sommeil. Pour que les paroles soient baignées de sommeil. Pour qu'elles perdent leurs contours, qu'elles se mêlent à des paroles inconnues, murmurées, chantées, pour qu'elles se mêlent aux cris, aux cris des animaux, aux cris qu'on ne sait pas entendre, aux cris qui nous interdisent, aux cris qui nous serrent la gorge. Pour que les paroles mêlent leurs sens, les agrandissent, les perdent. Pour qu'elles s'enfoncent dans le sommeil ou, au contraire, flottent à la surface, une écume indistincte, bouillonnante.
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