Dans le dernier album d’Astrid Desbordes et Pauline Martin, Les premières fois, on retrouve cette infinie délicatesse qui caractérise la série des Archibald. C’est un livre qui s’arrête sur ces petits riens, ces instants suspendus qui, mis bout à bout, font grandir.
Au détour d’une double page, l’album s’autorise une parenthèse narrative, une furtive projection dans le futur : on y aperçoit Archibald adolescent, le temps d’un instant. Cette image a fait écho en moi d’une manière très douce. Mon fils vient tout juste d’entrer au collège : j’ai vu dans la silhouette d’Archibald ses propres traits, sa coupe de cheveux et son allure nouvelle.
C’est toute la magie de la littérature : savoir mettre une image juste sur nos émotions silencieuses et les accompagner. Pour accepter le temps qui file, avec autant de nostalgie que de fierté.
J'ai récemment reçu un album jeunesse d'une grande poésie : Encore un chaton... de Davide Cali et Monica Barengo, publié aux éditions Nord-Sud (Mijade). Ce livre est une véritable respiration à s'offrir en compagnie de ses enfants, à partir d'environ 4 ans.
C'est l'histoire d'une maison qui s'ouvre. Un soir, Carla propose d'adopter un chaton. Éric se refuse à accueillir un nouvel animal, temporise. Mais face à l'élan de sa compagne, le destin s'en mêle : un chaton, puis deux, puis trois... finissent par s'installer. Le salon devient un terrain de jeu, leur lit un dortoir et on s'attache aux personnalités uniques de ces petits félins aux prénoms poétiquement épicés.
Cet album nous rappelle que pour faire entrer la lumière et adoucir nos vies, il suffit parfois d'accepter de laisser de côté le contrôle pour accueillir le vivant. Les illustrations feutrées et lumineuses enveloppent le coeur d'une immense tendresse. Les tons sépia, les lignes fines, les détails espiègles concourent à nous plonger dans une bulle - presque anachronique ou nostalgique - d'apaisement total.
Et vous, quelle présence silencieuse (un animal, une plante, un objet...) apporte de la sérénité dans votre quotidien ? Semons nos douceurs en commentaires.
Parfois, Éric et Carla se disaient que huit chats, c'était peut-être un peu beaucoup. Et puis ils n'y pensaient plus. Et entretemps, de nouveaux chats arrivaient et repartaient. Parce que c'est ce que font les chats. Il vont et viennent. Un peu comme toutes les choses de la vie, les belles et les moins belles.
Mon dernier passage en librairie est l'occasion d'un repérage de quelques albums jeunesse et livres de développement personnel parus ces dernières semaines (et d'une lutte acharnée entre ma raison et mes sentiments pour ne pas craquer) :
♡ Il paraît que d'Olivier Tallec chez L'école des loisirs
Le retour de l'irrésistible écureuil, qui cette fois se trouve bien embêté et inquiet car il a avalé un pépin de pomme sans le faire exprès. Et il paraît que si on avale un pépin, un arbre pousse à l'intérieur... Un album plein d'humour, qui fait mouche, sur la thématique de la fabulation et de l'esprit critique, pour désamorcer les peurs légitimes de nos enfants. Avec les jolies illustrations qu'on connaît.
♡ Bouuuuut ! de Claire Garralon chez MeMo
Un petit album ultra drôle sur l'invasion d'une plage par des touristes qui dérangent les mouettes Monique et Michel, occupées à compter (plus ou moins bien) les grains de sables.
♡ On a deux yeux pour voir de Baptiste Beaulieu et Qin Leng chez Les arènes
Bon, il n'est pas tout récent puisqu'il est sorti en 2023 et que d'autres albums du duo sont parus depuis. J'avoue que j'étais passée à côté de celui-ci et qu'il mérite pourtant le détour. L'incontournable Baptiste Beaulieu nous raconte ici l'histoire d'un enfant qui se réveille un matin avec deux yeux différents, l'un permettant de voir ce qui est bon et joyeux, et l'autre ce qui est mauvais ou triste. L'enfant comprend vite qu'il a besoin de ses deux yeux pour voir et appréhender le monde. Il ne s'agit pas de voir uniquement le "bon" côté, mais bien de tout regarder "en entier".
♡ Barbara : La petite souris qui voulait découvrir le monde de Julia Kerninon et Claire Schvartz chez La Martinière jeunesse
Émancipation, écoute de soi et poursuite de ses idéaux : les sujets chers à la nantaise Julia Kerninon sont au rendez-vous de sa première incursion dans l'univers de la littérature jeunesse aux côtés de l'illustratrice Claire Schvartz. Nous suivons ici les aventures de la petite souris Barbara, qui souhaite aller au-delà de la colline où elle vit avec ses parents et ses quatre-vingt-dix-neuf frères et sœurs, pour découvrir le monde.
♡ Le petit livre qui fait du bien de Coralie Gallant chez Le lotus et l'éléphant
Des pages à ouvrir au hasard chaque jour pour y lire des messages rassurants, déculpabilisants, encourageants, enpouvoirants. Une couverture rose et dorée qui fait déjà du bien.
♡ La vie qui vous attend de Brianna Wiest chez Le courrier du livre
Des analyses, conseils et encouragements pour diverses problématiques comme ne pas s'autoriser à être heureux, trouver l'épreuve qui se dresse devant nous insurmontable, trop se soucier de ce pensent les gens, chercher ce à quoi on est destiné... Une couverture blanche au titre doré qui donne déjà envie de s'ouvrir à ce qui nous attend.
Pour d'autres idées de lectures, mon dernier article de cette série des passages en librairie, sur la thématique du printemps, est à redécouvrir par ici.
Voici quatre histoires chaleureuses sur le thème de 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 illustrées par Tim Warnes, datant de 1996, 1998, 2005 et 2020. Je vous avais déjà présenté J'adore Noël ! avec Petit Ours et ses parents, et nous retrouvons dans ce recueil les mêmes adorables personnages dans J'ai vu le Père Noël. On y découvre aussi Vite, Père Noël ! et Silence, Père Noël !
Au premier abord, on pourrait penser les illustrations un peu datées. Pourtant, la simplicité des histoires, à la fois tendres et rigolotes, rend le tout intemporel. Ce serait dommage de s'en priver. Chez nous, ma fille, bien qu'un peu grande maintenant, a particulièrement aimé J'ai vu le Père Noël et Vite, Père Noël ! dans laquelle le Père 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 loupe l'heure du réveil le 24 décembre. Heureusement, pour l'aider à mener à bien sa distribution et pour ne pas que cela se reproduise, les animaux qui veillent sur lui (souris, rennes, coq...) sauront quoi faire.
Le Père 𝒩𝑜𝑒̈𝓁, dans son atelier plein d'effervescence avant les fêtes, semble tout à coup avoir attrapé une drôle de maladie : la maladie des mots de travers. C'est qu'il a failli s'étouffer avec un os de poulet. Ainsi, quand les lutins exécutent ses ordres et fabriquent les jouets, le résultat n'est pas banal. On se retrouve avec des troclopettes, des rayons en fleurs et des molons. Surpris, le lutin en chef dit : "C'est bien la première fois que quelqu'un commande ça !". Alors, quand il relit les lettres des enfants, il s'aperçoit du problème. Ils ont en réalité commandé des trottinettes, des crayons de couleur et des ballons de basket. Après un moment de panique, les lutins tentent de guérir le Père 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 à grand renfort de tisane au miel. Le doute sur l'état de santé du Père 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 sera de mise jusqu'au dernier moment au pied du traîneau... mais tout finira bien. Nous voilà à la fois rassurés et amusés.
Une petite fille d'environ 5 ou 6 ans rentre de l'école de mauvaise humeur. Elle ne peut s'empêcher "de tourner et retourner" dans sa tête les moments désagréable de sa journée. Par exemple, quand elle a perdu sa barrette préférée ou que sa gourde a coulé dans son cartable. En plus, sa maman n'est pas disponible pour elle puisqu'elle prépare le dîner. Mais, au moment du couché, sa maman vient la câliner et lui propose de lui lire une histoire. Dès qu'elle commence à lire, grâce à la puissance de l'imaginaire et à ses bras contre lesquels se blottir, la petite fille se "sent le cœur plus léger". Elle repense aux bons côtés de sa journée : quand elle a retrouvé sa barrette dans l'herbe et qu'elle a senti la bonne odeur du repas que sa maman préparait dans la cuisine. Une jolie histoire qui met du baume au cœur et nous dit l'importance de la lecture comme catharsis.