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Publié le 24 Août 2026

L'effet haïku

Dans cet ouvrage particulièrement accessible et reposant, Pascale Senk décortique l'art poétique nippon du haïku : son histoire, ses caractéristiques et ses bienfaits. Elle montre en quoi sa lecture ou son écriture peuvent se révéler des exercices de méditation, introduisant même le concept d'"haïku thérapie".

 

Je trouve que ce livre mêle magnifiquement la joie de lire à celle, peut-être, de se mettre à écrire. L'autrice explique comment une lecture régulière de haïkus peut imprégner notre manière d'être et d'envisager la vie. Puis elle donne des pistes pour écrire ses propres haïkus. C'est une invitation à célébrer le moment présent pour s'apaiser. L'autrice confie que la subtilité et la simplicité des haïkus la réconfortent en lui offrant, face à la complexité grandissante d'un monde matérialiste et pressé, un univers "à sa mesure". Tenir un cahier de haïkus revient à tenir "le journal poétique de sa vie intérieure". Selon elle, un bel haïku naît ainsi toujours d'une expérience vécue et sincère (un détail du quotidien, une émotion fugitive...). Elle liste qu'on peut lire des haïkus pour : percevoir la beauté de la nature, se rappeler les bienfaits de la simplicité, se centrer sur l'essentiel, s'apaiser, rire, s'amuser, ironiser, signifier son amour, exprimer ce qu'on n'arrive pas à dire, guérir son angoisse ou sa tristesse, rassembler ses esprits, se souvenir de belles choses, dire adieu, remercier...

 

Pour nous guider, elle rappelle les trois règles d'or du haïku :

  • Un poème de trois lignes en 5 / 7 / 5 syllabes.
  • Avec un ancrage saisonnier.
  • Et une césure rythmique ou grammaticale.

 

Ce guide est un livre lumineux, dans la lignée de la philosophie du zen, qui cherche à chasser l'égo pour atteindre plus de sérénité.

 

Bonus : Pour ceux qui voudraient s'essayer à la pratique, un entraînement gratuit est disponible sur le site de l'éditeur.

 

Bien sûr, nous pouvons nous un inscrire dans un club de yoga ou un dojo pour méditer régulièrement ; nous pouvons aussi nous efforcer de nous asseoir pendant vingt minutes quotidiennement, face à un mur ou une bougie allumée... mais si par ailleurs, dans notre journée, nous ne prêtons aucune attention aux autres, au micro-événements qui constituent la danse du réel, à ce qu'il font naître à l'intérieur de nous, nous nous sentirons de plus en plus dévitalisés et absents à notre propre existence. Solution : écouter moins les news "en boucle" et porter davantage son attention sur ce qui est juste sous notre nez. Ainsi nous aurons l'impression d'avoir notre place dans ce monde.

Et ce ne sont pas tant les circonstances ou les objets de contentement qui nourrissent cette émotion (...) mais la vie dans tout son déploiement, le fait même d'exister et surtout, de pouvoir en témoigner.

vieille mare
une grenouille plonge
le bruit de l'eau

Basho

jardin de mon père -
le vieux poirier tout en fleurs
ne fait plus son âge

Damien Gabriels

les doigts dans la soie
des cheveux du nouveau-né
premiers flocons

Danièle Duteil

Je suis tellement énervé
que je pourrais mordre
Le sommet des montagnes

Jack Kerouac

Sur la tombe
Un bouquet de fleurs
Saint-Valentin

Michel Onfray

C'est donc cela -
le ciel la mer le vent
et vous avec moi

Pascale Senk

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Publié le 6 Août 2026

Le doux remède de Colette

🌪️ Quand le flot du quotidien devient trop lourd, nous avons tendance à nous déconnecter de l’instant présent, à laisser nos pensées s’emballer et à imaginer mille scénarios.

🤍 Et si la littérature détenait la clé pour nous apaiser ?

📖 Dans l’extrait de son œuvre autobiographique « Sido » (1930), Colette, à travers les yeux de sa mère, nous montre comment le contact avec les plantes agit comme un véritable « antidote ». Elle nous invite à un magnifique exercice d’ancrage et de pleine conscience à travers cette citation. Elle décrit la nature comme un remède immédiat contre l’agitation mentale. Ce geste de « relever la rose par le menton » transforme la plante en un être vivant avec qui l’on entre en dialogue. On ne subit plus ses pensées, on se reconnecte au vivant.

🧘🏻‍♀️ En bibliothérapie, nous utilisons la force de ces textes sensoriels pour ramener l’attention là où elle doit être : ici et maintenant.

Publié le 1 Août 2026

Bibliothérapie : Lire, c'est guérir

Avez-vous déjà fermé un livre en sentant que vous n'étiez plus tout à fait la même personne qu'en l'ouvrant ? C’est précisément cette magie que décortique le rabbin et philosophe Marc-Alain Ouaknin dans son essai daté de 1994. Cette référence à connaître sur les pouvoirs des textes s'est imposée comme un essai précurseur de la bibliothérapie en France où son auteur s'appliquait déjà à démontrer que la lecture est interprétation et que l'interprétation est thérapie.

 

Il souligne en introduction qu'en français le mot "thérapie" a un sens curatif, de réparation, alors qu'en grec et en hébreu, il relève d'une attitude préventive : un médecin n'est pas seulement guérisseur mais aussi éducateur pour apprendre aux gens à prendre soin d'eux-mêmes. Ainsi, exercer la bibliothérapie est de l'ordre du soutien.

 

Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, c'est que Marc-Alain Ouaknin pose les bases d'une bibliothérapie qu'il qualifie d'herméneutique (science de l'interprétation des textes philosophiques et religieux, notamment à travers de longs décryptages de textes judaïques). Les idées principales du livre sont : le pouvoir des mots pour sortir de la tristesse ou de l'enfermement mental, le rôle du livre et du bibliothérapeute qui dénouent les noeuds du langage et du corps, le mouvement de l'esprit qui permet la réinvention de soi.

 

Selon Marc-Alain Ouaknin, la séance de bibliothérapie s'organise comme un parcours herméneutique en plusieurs phases : un choix de texte adapté non pas à une pathologie mais à la sensibilité du patient, une lecture à voix haute, une analyse guidée des mots et des métaphores, une ouverture créative pour une réécriture de soi. Les types de textes plébiscités pour ce faire sont les contes philosophiques et initiatiques (comme Les Contes de Rabbi Nahman de Bratslav, Le Petit Prince ou L'Alchimiste), la poésie, les récits de résilience et de métamorphose.

 

Selon lui, "𝓁𝒶 𝓉ℯ𝓂𝓅ℴ𝓇𝒶𝓁𝒾𝓉ℯ́ ℯ𝓈𝓉 𝓁ℯ 𝓃ℴ𝓎𝒶𝓊 𝒹ℯ 𝓁𝒶 𝒷𝒾𝒷𝓁𝒾ℴ𝓉𝒽ℯ́𝓇𝒶𝓅𝒾ℯ". L'absence de passé ou la perte de la capacité à se projeter dans le futur (la dépression) sont des maladies du temps. La lecture serait alors une petite fabrique de temps et d'identité narrative : une chronothérapie.

 

La méthode bibliothérapeutique se fonde sur l'identité dynamique. Elle consiste en une dynamisation de l'existence par une activation du langage. C'est s'ouvrir à l'étrangeté du langage et à la désistance, ce moment de pause où on lâche ses habitudes pour se réinventer.

 

Il rejoint l'oeuvre de Freud qui expose et démontre cliniquement que "𝓁'ℯ̂𝓉𝓇ℯ ℯ𝓉 𝓅𝓁𝓊𝓈 𝓅𝒶𝓇𝓉𝒾𝒸𝓊𝓁𝒾ℯ̀𝓇ℯ𝓂ℯ𝓃𝓉 𝓁ℯ "𝒷𝒾ℯ𝓃-ℯ̂𝓉𝓇ℯ" 𝓉𝓇ℴ𝓊𝓋ℯ 𝓈ℴ𝓃 𝒶𝓊𝓉𝒽ℯ𝓃𝓉𝒾𝓆𝓊ℯ 𝓅ℴ𝓈𝓈𝒾𝒷𝒾𝓁𝒾𝓉ℯ́ 𝒹𝒶𝓃𝓈 𝓁𝒶 𝓇ℯ́𝒶𝓅𝓅𝓇ℴ𝓅𝓇𝒾𝒶𝓉𝒾ℴ𝓃 𝓈𝓊𝒷𝒿ℯ𝒸𝓉𝒾𝓋ℯ 𝒹ℯ 𝓁𝒶 𝓅𝒶𝓇ℴ𝓁ℯ ℯ𝓉 𝒹ℯ 𝓁𝒶 𝓅ℯ𝓃𝓈ℯ́ℯ". Pour cela, il encourage le travail sur l'expansion sémantique, la polysémie, l'interprétation des rêves (qu'il considère comme des textes), le fait de nommer les êtres et les choses, le dialogue avec le bibliothérapeute.

 

Il décrit l'expérience de la lecture en trois phases : l'imagination qui suspend le monde réel, la narration qui raconte selon un désir et l'action qui se laisse saisir par de nouvelles possibilités. Il souligne aussi qu'il y a en l'humain "𝓊𝓃ℯ 𝓅𝓊𝓁𝓈𝒾ℴ𝓃 𝒹ℯ 𝓇ℯ𝓉ℴ𝓊𝓇 𝒶𝓊 𝒸ℴ𝓇𝓅𝓈 𝒶̀ 𝒸ℴ𝓇𝓅𝓈 𝓂𝒶𝓉ℯ𝓇𝓃ℯ𝓁 𝓆𝓊𝒾 𝓃ℯ́𝒸ℯ𝓈𝓈𝒾𝓉ℯ 𝒶̀ 𝒸𝒽𝒶𝓆𝓊ℯ 𝒻ℴ𝒾𝓈 𝒹ℯ 𝓇ℯ𝒸ℴ𝓃𝓈𝓉𝓇𝓊𝒾𝓇ℯ ℯ𝓉 𝒹ℯ 𝓇ℯ𝒸ℴ𝓃𝓆𝓊ℯ́𝓇𝒾𝓇 𝓁'𝒶𝓊𝓉ℴ𝓃ℴ𝓂𝒾ℯ". Le pouvoir de l'homme est ainsi la 𝓇ℯ́𝒾𝓃𝓋ℯ𝓃𝓉𝒾ℴ𝓃 𝒹ℯ 𝓈ℴ𝒾 grâce à la narration.

 

En définitive, malgré quelques passages abrupts et des détours complexes par les textes talmudiques, Bibliothérapie reste une découverte aussi exigeante que précieuse. Marc-Alain Ouaknin nous rappelle que lire n’est pas une activité passive mais un acte de transformation. Ce livre est une invitation à accepter la désistance : ce vide fertile où les mots des autres nous aident à réécrire notre propre histoire. Un ouvrage indispensable pour quiconque voit dans la littérature un remède à l'immobilité de l'âme.

 

Que se passe-t-il quand un livre a rendez-vous avec son lecteur ? C'est sans doute le début d'une belle histoire d'amour. Chacun va offrir à l'autre ce qu'il a de plus profond, de plus précieux. Chacun va recevoir de l'autre un merveilleux cadeau : la vie. La bibliothérapie est fondée sur une pratique de la lecture qui permet à l'homme d'aller au plus profond de lui-même et de s'inventer à chaque fois de manière différente.

La réalité quotidienne est métamorphosée à la faveur de ce que l'on peut nommer les variations imaginatives que la littérature opère sur le réel.

Publié le 30 Juillet 2026

Nous sommes des animaux poétiques

Suite à ma lecture du livre de Michèle Petit intitulé Éloge de la lecture, j'ai poursuivi ma découverte de cette anthropologue étudiant les pratiques de lecture et la relation à la culture écrite avec son ouvrage Nous sommes des animaux poétiques. Elle montre comment la lecture permet de "s'accorder" à soi-même et aux autres, un besoin vital pour les publics en difficulté comme les exilés, les ruraux ou les rescapés d'attentats. Mais cette réparation ne s'arrête pas à l'humain : pour Michèle Petit, la lecture permet de s'accorder plus largement au monde, au ciel, aux astres, aux océans et aux forêts. Il est question de la beauté qui permet de transfigurer le pire après des temps tragiques, de transmission culturelle, de la façon dont on habite le monde, des rêves qui nous constituent. Elle parle aussi des bibliothèques comme lieu de vivre ensemble. Elle évoque la pandémie de 2020 par le prisme des lecteurs. Enfin, elle clôt son propos en comparant le livre à une fleur, 𝓊𝓃 𝒹ℯ𝒽ℴ𝓇𝓈 𝓆𝓊𝒾 𝓇ℯ𝓃𝒹 𝓁ℯ 𝒹ℯ𝒹𝒶𝓃𝓈 𝒽𝒶𝒷𝒾𝓉𝒶𝒷𝓁ℯ.

 

Lire, s'approprier des livres, c'est retrouver l'écho lointain d'une voix aimée dans l'enfance, l'appui de sa présence charnelle pour traverser la nuit, affronter le noir et la séparation.

Lire, écrire, contempler des oeuvres d'art, prendre part à un atelier artistique ou littéraire, c'est comme marcher sur la plage (...). Cela permet de donner libre cours à la rêverie, de relancer et accueillir cette pensée inventive, de trouver cette conversation, ce dialogue inspirant.

Comme les jardins, peut-être les bibliothèques sont-elles des fragments d'utopie.

Il est vrai que d'un livre lu ou d'un bouquet, il reste très peu. Tout aussi peu d'une exposition de peinture, d'une histoire qu'on nous a racontée, d'une promenade le long d'un rivage, d'une nuit passée à danser. Tout cela s'envole. Au mieux demeurent quelques traces que nous gardons parfois en nous la vie durant (...).

Publié le 30 Juillet 2026

Pourquoi certains livres nous habitent-ils longtemps après les avoir refermés ?

C'est aussi pour cela que deux personnes ne referment jamais exactement le même livre. Nous lisons tous avec notre histoire, nos émotions et notre mémoire. Chaque lecture dialogue avec ce que nous sommes déjà. Et parfois... une seule idée continue de vivre en nous bien après la dernière page.

 

Publié le 29 Juillet 2026

Mes 3 indispensables pour se familiariser avec la bibliothérapie

Le mot 𝒷𝒾𝒷𝓁𝒾ℴ𝓉𝒽ℯ́𝓇𝒶𝓅𝒾ℯ est composé de deux termes d'origine grecque et signifie littéralement 𝓁ℯ 𝓈ℴ𝒾𝓃 𝓅𝒶𝓇 𝓁ℯ𝓈 𝓁𝒾𝓋𝓇ℯ𝓈. L'AFB définit la bibliothérapie comme l'accompagnement d'événements de vie par le livre dans une visée de mieux-être, voire comme outil de médiation thérapeutique. Elle peut ainsi être considérée comme une branche de l'art-thérapie. Elle a pour objectif de soutenir le bien-être émotionnel et de développer les compétences psycho-sociales.

 

« 𝒯ℴ𝓊𝓉 𝓇ℯ́𝒸𝒾𝓉 𝒶 𝒸ℯ 𝓅ℴ𝓊𝓋ℴ𝒾𝓇 ℯ𝓍𝓉𝓇ℯ̂𝓂ℯ

𝒹'𝒶𝓇𝓇𝒶𝒸𝒽ℯ𝓇 𝓆𝓊ℯ𝓁𝓆𝓊'𝓊𝓃 𝒶̀ 𝓈𝒶 𝒹ℴ𝓊𝓁ℯ𝓊𝓇

ℯ𝓉 𝒹ℯ 𝓁'ℯ𝓃𝓋ℯ𝓁ℴ𝓅𝓅ℯ𝓇 𝒹𝒶𝓃𝓈 𝒹ℯ𝓈 𝒽𝒾𝓈𝓉ℴ𝒾𝓇ℯ𝓈

𝒹ℴ𝓃𝓉 𝓁ℯ 𝓈ℯ𝓃𝓈 𝓃ℯ 𝓈'ℯ́𝓅𝓊𝒾𝓈ℯ 𝒿𝒶𝓂𝒶𝒾𝓈. »

 

✎ᝰ Régine Detambel

 

 

Les trois lectures théoriques incontournables pour celles et ceux qui souhaiteraient se former à la pratique de la bibliothérapie :