Éloge de la lecture

Publié le 3 Juin 2026

Éloge de la lecture

Michèle Petit est anthropologue. Ses recherches autour de la lecture portent principalement sur le rôle des livres dans la construction de soi et sur la relation aux livres et aux bibliothèques, en particulier pour des personnes éloignées des habitudes culturelles (en milieu rural et périurbain) ou dans des contextes de crises (guerres, exils, catastrophes naturelles...).

 

En 2012 dans Éloge de la lecture, avant même que Régine Detambel ne fasse connaître en France le terme de 𝒷𝒾𝒷𝓁𝒾ℴ𝓉𝒽ℯ́𝓇𝒶𝓅𝒾ℯ, Michèle Petit, sans utiliser ce terme, en faisait déjà l'analyse. Se basant sur de multiples enquêtes anthropologiques, conjuguant sciences sociales et psychanalyse, l'auteur souligne le rôle primordial de la lecture dans la découverte et la construction de soi. Elle développe comment les livres peuvent permettre d'apprivoiser les peurs, de construire et réparer son monde intérieur, d'être plus apte à dire et à vivre. Ainsi, elle explique que nous avons besoin de la littérature - ou de l'art en général - pour donner forme de façon métaphorique à ce qui est parfois infigurable. Elle parle d'identification, de symbolisation, d'appropriation, de sublimation, d'espace transitionnel, de permanence, de gage de mouvement. En somme, comme d'autres avant elle, l'anthropologue souligne que la lecture est un travail psychique à l'instar du rêve, du deuil ou de la création. Elle affirme que la lecture est 𝓇ℯ́𝓅𝒶𝓇𝒶𝓉𝓇𝒾𝒸ℯ et reconnait 𝓁𝒶 𝓋𝒶𝓁ℯ𝓊𝓇 𝓉𝒽ℯ́𝓇𝒶𝓅ℯ𝓊𝓉𝒾𝓆𝓊ℯ 𝒹ℯ𝓈 𝓃𝒶𝓇𝓇𝒶𝓉𝒾ℴ𝓃𝓈, bien au-delà d'une simple distraction.

 

Elle parle aussi des pouvoirs de la lecture en terme de socialisation voire de politique : les livres comme outils de contrôle identitaire versus la liberté de réception et d'émancipation des lecteurs. Il est question de déterminismes sociaux et familiaux et même de la dommageable contrainte de la lecture scolaire. Michèle Petit conclut qu'on peut tirer des bénéfices sociaux de la lecture mais qu'elle est avant tout 𝓁𝒶 𝒸ℴ𝓃𝓆𝓊ℯ̂𝓉ℯ 𝒹'𝓊𝓃 ℯ𝓈𝓅𝒶𝒸ℯ ℯ𝓉 𝒹'𝓊𝓃 𝓉ℯ𝓂𝓅𝓈 𝒾𝓃𝓉𝒾𝓂ℯ𝓈 𝓆𝓊𝒾 ℯ́𝒸𝒽𝒶𝓅𝓅ℯ𝓃𝓉 𝒶̀ 𝓁'ℯ𝓂𝓅𝓇𝒾𝓈ℯ 𝒹𝓊 𝒸ℴ𝓁𝓁ℯ𝒸𝓉𝒾𝒻.

 

(Le livre permet) d'interposer entre le réel et soi tout un tissu de mots, de connaissances, d'histoires, d'images, de fantaisies, sans lequel le monde serait sans doute inhabitable.

(La littérature) permet de changer les chagrins en idées, de transformer les événements de la vie en quelque chose qui ait un sens et une beauté. De nourrir un art de vivre.

Et à pouvoir nommer, symboliser les choses, les êtres de langage que nous sommes se sentent plus vivants, plus désirants, d'autant que les voix dans le texte, en écho à celles qui nous berçaient quand nous étions enfants, nous accueillent, nous offrent l'hospitalité, nous donnent un habitacle où nous ressourcer.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis sur la lecture

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