Publié le 3 Mars 2025

Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau

Une fois n'est pas coutume : je vous partage aujourd'hui un coup de cœur ciné. Il s'agit d'un long métrage d'animation que j'avais déjà repéré il y a quelques semaines et dont l'obtention d'un César vendredi nous a décidé à le visionner en famille dans le week-end : Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau. Un insolite bijou sans dialogue, une ode à la nature. Dans un monde où la civilisation humaine semble avoir disparue, surpris par une brusque montée des eaux, plusieurs animaux embarqués à bord d'un petit bateau doivent mettre leurs différences de côté pour survivre. La narration est plutôt lente et pourtant foisonnante de vie animale et végétale. GRANDIOSE.

 

Publié le 27 Février 2025

Bobigny 1972

Dans ce roman graphique est retracée l'histoire d'un procès qui fera date et ouvrira la voix à la promulgation de la loi Veil légalisant l'avortement. L'album s'ouvre sur l'arrestation, en 1972, d'une jeune homme, puis celle de Marie-Claire Chevalier (16 ans) et sa mère Michèle, accusées sur dénonciation dudit jeune homme d'avoir procédé à un avortement clandestin. L'avortement est encore, à cette époque pas si lointaine, un délit passible d'une très forte amende et même d'une incarcération. La triste banalité de cette affaire va pourtant marquer un tournant dans l'histoire féministe grâce au concours de Gisèle Halimi, avocate féministe et antiraciste, et de l'association dont elle fait partie, soutenue par des actrices, intellectuelles, journalistes et personnalités politiques françaises (cf. Le manifeste des 343). Elle s'empare de l'histoire de Marie-Claire et de sa mère pour créer un électrochoc médiatique. Elle se met dans la posture, non pas de défendre une jeune femme (et ses "complices" faiseuses d'anges) coupable d'avortement mais d'attaquer les lois et politiques anti-abortives qui sévissent en France, dans le but de créer une jurisprudence.

 

Ce roman graphique, développé avec force et réalisme par Marie Bardiaux-Vaïente, revient sur le contexte et le déroulé du procès de façon poignante, en véritable plaidoyer pour la liberté et l'émancipation. J'ai notamment appris que Marie-Claire était tombée enceinte suite à un viol et dénoncée par le violeur lui-même et aussi que Gisèle Halimi était déjà dans une démarche militante avant ce procès. J'ai noté qu'un des arguments majeurs de Gisèle Halimi était la dimension économique : la possibilité hypocrite des riches de se rendre à l'étranger pour avorter alors que des familles modestes ne le pouvaient pas. J'ai apprécié que les hommes ne soient pas tous mis dans le même sac et que le juge fasse preuve d'une certaine empathie. Carole Maurel (dont j'ai déjà lu la BD Collaboration horizontale) magnifie la narration par un graphisme aux accents vintage mais pas caricaturaux, faisant évoluer le lecteur dans des tonalités ocres, et s'appuyant sur un trait plutôt classique mais expressif. Bobigny 1972 est assurément un album à lire et faire lire, s'inscrivant dans un militantisme qui, encore aujourd'hui, semble nécessaire. Les mots de Simone de Beauvoir placés en exergue du livre le rappelle : "𝒩'𝑜𝓊𝒷𝓁𝒾𝑒𝓏 𝒿𝒶𝓂𝒶𝒾𝓈 𝓆𝓊'𝒾𝓁 𝓈𝓊𝒻𝒻𝒾𝓇𝒶 𝒹'𝓊𝓃𝑒 𝒸𝓇𝒾𝓈𝑒 𝓅𝑜𝓁𝒾𝓉𝒾𝓆𝓊𝑒, é𝒸𝑜𝓃𝑜𝓂𝒾𝓆𝓊𝑒 𝑜𝓊 𝓇𝑒𝓁𝒾𝑔𝒾𝑒𝓊𝓈𝑒 𝓅𝑜𝓊𝓇 𝓆𝓊𝑒 𝓁𝑒𝓈 𝒹𝓇𝑜𝒾𝓉𝓈 𝒹𝑒𝓈 𝒻𝑒𝓂𝓂𝑒𝓈 𝓈𝑜𝒾𝑒𝓃𝓉 𝓇𝑒𝓂𝒾𝓈 𝑒𝓃 𝓆𝓊𝑒𝓈𝓉𝒾𝑜𝓃. 𝒞𝑒𝓈 𝒹𝓇𝑜𝒾𝓉𝓈 𝓃𝑒 𝓈𝑜𝓃𝓉 𝒿𝒶𝓂𝒶𝒾𝓈 𝒶𝒸𝓆𝓊𝒾𝓈. 𝒱𝑜𝓊𝓈 𝒹𝑒𝓋𝓇𝑒𝓏 𝓇𝑒𝓈𝓉𝑒𝓇 𝓋𝒾𝑔𝒾𝓁𝒶𝓃𝓉𝑒𝓈 𝓋𝑜𝓉𝓇𝑒 𝓋𝒾𝑒 𝒹𝓊𝓇𝒶𝓃𝓉."

 

Publié le 26 Février 2025

L'art de revenir à la vie

Martin se rend à Paris pour rencontrer une productrice qui souhaite adapter un de ses romans au cinéma. Logé chez un ami artiste, il découvre la dernière œuvre de celui-ci, une curieuse "Machine à remonter le temps". Il s'y glisse, s'y endort, et le temps d'une nuit, se retrouve face à son double âgé de 12 ans. Le lendemain, tout déraille. Le roman, qu'on devine en partie autobiographique, signé de l'auteur nantais Martin Page, rencontré au lycée cette année pour Nonbinaires, parle de la façon dont on se construit et dont on guérit de ses blessures d'enfance. Un peu mal dans sa peau de quadragénaire hypocondriaque qui doit bien payer ses factures et se laisse malmener par une productrice capricieuse, l'auteur décide d'aider le jeune Martin sur le chemin que lui a déjà parcouru. Il va se rendre compte que l'enfant, plein de fraîcheur et de justesse, a moins besoin d'aide que lui. Une lecture accessible, agréable, peut-être un poil plombante, qui ne me laisse pas un souvenir impérissable mais qui fait écho au visionnage de la deuxième saison de la série Bref.

 

Mets-toi en colère, Martin. La colère est un attribut divin. Les hommes ont besoin d'attributs divins, sinon leurs congénères les méprisent.

Revenir à Paris quand on vit dans un village, c'est comme se rendre aux chutes du Niagara après avoir passé des années au bord d'un lac. C'est toujours de l'eau, mais la force et la vitesse vous explosent au visage.

Aimer Paris, c'est toujours le symptôme d'une névrose narcissique.

Si tu veux que je sois heureux, alors n'essaye pas de m'aider à être heureux. Je me débrouille tout seul. Si tu veux que je sois heureux, montre-moi que tu es heureux, pas que tu portes comme un boulet nos blessures et nos humiliations d'enfance.

Quand je regarde des photos d'écrivains, je fais une overdose de machine à écrire, de stylos-plumes, d'ordinateurs, de cigares, de cigarettes, de fume-cigarettes, de chats et d'air sérieux.

Soyez ridicule […] c'est le seul régénérant existentiel. Vous voulez être jeune à nouveau ? Alors soyez vraiment jeune pas comme ces vieillards de 20 ans, mais comme les gamins de 12. Ils sont mal habillés, ils parlent sans se soucier de l'opinion générale, ils posent beaucoup de questions, ils ne pensent qu'à manger et à dormir, ils sont enthousiastes et ils n'ont qu'une vague idée du monde. Ils sont ridicules, mais magnifiquement ridicules. C'est un ridicule décapant et inspirant, profond et subversif.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 25 Février 2025

Ses débuts dans l'univers des mangas

Mon fils de 9 ans, sur les encouragements de ses parents, de ses copains et de son Tonton adoré, découvre petit à petit les mangas et la culture nippone. Voici quelques références testées et approuvées. Vous en auriez d'autres à suggérer ?

 

 

Adorés :

 

  • Dragon Ball et Dragon Ball super

Son Goku, un garçon à queue de singe, explore le monde à la recherche des "Dragon balls", des boules de cristal permettant d'exaucer des vœux.

 

  • One piece

Luffy, un garçon espiègle au corps "caoutchouc", rêve de devenir le roi des pirates en trouvant le "One piece", un fabuleux trésor.

 

  • Blitz

Tom, jeune collégien, au départ pour séduire une camarade, se passionne pour les échecs. Il s'inspire du maître Garry Gasparov, analyse ses parties grâce à une machine de réalité virtuelle, jusqu'à ce qu'un court-circuit change considérablement la donne.

 

  • Kuroko's basket

Taiga et Tetsuya intègrent le club de basket du lycée et se démarquent rapidement. Et si ces deux joueurs que tout oppose étaient amenés à se compléter à merveille sur le terrain ?

 

  • Hajime !

Teddy Riner, de sa jeunesse aux sommets du judo.

 

 

Moins ou pas aimés :

 

  • Astra

En 2063, des élèves débarquent sur une planète inconnue dans le cadre d'une mission spatiale de leur cursus scolaire et tout ne va pas se passer comme prévu.

 

  • Slam dunk

Histoire d'amour contrariée et basket. Probablement pas encore l'âge pour l'apprécier.

 

 

En cours de lecture :

 

  • À l'assaut du roi

Ippei, jeune garçon, découvre les échecs grâce à une nouvelle camarade de classe et se prend de passion pour ce jeu, visualisant celui de son adversaire comme dans un récit d'heroïc fantasy.

 

 

Publié le 9 Janvier 2025

L'enfant, la baleine et la tempête

Benji Davies s'est fait connaître dans l'univers de la littérature jeunesse avec son album pour les 3-7 ans : L'enfant et la baleine. Il a prolongé son succès et notre plaisir en publiant une suite que nous avons tout autant adoré à la maison : L'enfant, la baleine et l'hiver puis L'enfant et Grand-mère (non chroniqué sur le blog). Il est également l'auteur d'autres albums comme Le flocon de Noëlle. Aujourd'hui, notre collection est complète avec le quatrième (et dernier ?) tome de la série publié à l'occasion des 10 ans du premier album (fin 2023) : L'enfant, la baleine et la tempête.

 

On y retrouve Noé, ce petit garçon vivant au bord de la mer avec son pêcheur de papa et leurs six chats... que l'on prend toujours autant de plaisir à chercher et compter à l'ouverture de l'album. C'est l'automne sur l'île où vit Noé. Sa grand-mère vient lui rendre visite. Un soir de tempête, comme le petit garçon n'arrive pas à dormir, elle décide de lui raconter une histoire. C'est l'histoire d'une petite fille qui habitait sur une île, elle aussi, et qui était amie avec une baleine...

 

Bien sûr, à travers l'histoire de cette petite fille au capuchon jaune, c'est la sienne que la grand-mère de Noé lui raconte. Le petit garçon découvre ainsi l'histoire de sa maison, de sa famille et le lien qui existe entre elle et les baleines. Avec délicatesse, Benji Davies nous offre de nouveau de belles illustrations dont on ne se lasse pas et un propos plein de tendresse sur la façon de vivre au contact de la nature (avec la météo, la faune et la flore marines, en jouant aux échecs ou à chercher des trésors sur la plage...) et sur l'amitié et l'amour familial.

 

L'enfant, la baleine et la tempête
L'enfant, la baleine et la tempête

Publié le 7 Janvier 2025

Anecdote de doc 177

Une nouvelle version du thésaurus de l'Éducation nationale (répertoire structuré de mots-clés pour l'indexation de documents) fait apparaître un panel de termes représentatifs des évolutions de la société.

 

Pour l'anecdote, voici quelques uns de ces mots nouvellement listés : k-pop, deepfake, précarité énergétique, handicap invisible, soumission chimique (viol), tourisme spatial, éthique de l'intelligence artificielle, réensauvagement, écoanxiété... et quelques personnalités comme Alexeï Navalny, Plantu ou Taylor Swift.