Publié le 19 Novembre 2023

La robe de Noël

La fin de l'année approche. A la lisière de la forêt, les sapins ne peuvent plus rester tranquilles. Car bientôt ce sera un grand jour pour eux, le jour de partir à la fête. Mais oui, bientôt ce sera Noël !

Voici un album jeunesse sur le thème de 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 paru pour la première fois en 1999 et centré non pas sur la figure du Père 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 mais sur l'autre roi de la fête : le sapin. Satomi Ichikawa met en scène une tribu de sapin en lisière de forêt, qui savent qu'ils vont bientôt partir et rêvent de la robe qu'ils porteront le soir de 𝒩𝑜𝑒̈𝓁. Dans l'ombre de ces grand arbres bavards, il y a un tout petit sapin qui les écoute et aspire aussi à partir et à voir son rêve se réaliser. Mais il est trop petit et son voisin trop vieux. Alors que les sapins sont un beau jour coupés et transportés loin d'eux, les deux arbres échangent au sujet de la robe de fête qu'ils aimeraient tout de même un jour revêtir. Au-delà de l'envie de "partir" qui me fait un peu tiquer et semble discutable aujourd'hui, les illustrations sont plutôt douces et l'histoire mignonne pour commencer la période de l'Avent. La morale de l'histoire c'est que les rêves peuvent se réaliser d'une façon à laquelle on ne s'attend pas et aussi que la nature est créatrice des plus grands émerveillements.

 

 

La robe de Noël
La robe de Noël
La robe de Noël

Publié le 16 Novembre 2023

Les romances de Noël

Les chocolats viennois font leur apparition sur booksta et l'arôme de la cannelle nous chatouille les narines. Mariah elle-même l'a proclamé : it's tiiime ! Le temps des paillettes au bout des doigts, des chaussettes douillettes aux pieds et des romances de 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 sur les genoux. Car bien souvent, avant de devenir des téléfilms propulsés sur Netflix, les histoires romantiques avec des rues enneigées pour décor vivent entre les pages de la chick lit. Bien que je ne sois pas une spécialiste du genre, m'étant habituée à une littérature plus exigeante, voici donc quand même quelques idées de Christmas feel good books à s'offrir pour la période de l'Avent.

 

Les romances de Noël
  • Au secours je suis dans un film de 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 !

Zoé aime plus que tout l'esprit de 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 : des boules à neige aux guirlandes lumineuses en passant par les téléfilms. Et elle ne pensait pas se retrouver - littéralement - de l'autre côté de l'écran en ce mois de décembre qui s'annonçait si maussade avec des parents partis en croisière et un petit ami ayant décidé de mettre leur couple sur pause.

 

  • Cher Père 𝒩𝑜𝑒̈𝓁

Le charme des fêtes ne semble pas pouvoir apaiser le chagrin de Lindy, affectée par la perte d'un être cher. Alors, quand sa mère lui conseille de renouer avec sa tradition d'enfance en envoyant une lettre au Pôle Nord, Lindy est pour le moins sceptique.

 

  • 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 au café du bonheur + Le plus beau des cadeaux au café du bonheur

Evie, dans son petit café des Cornouailles, est déterminée à faire de sa saison préférée un moment romantique avec Ed, son petit ami. C'était sans compter sur la tempête de neige qui paralyse la région, l'arrivée d'invités surprise et d'anciennes rivalités familiales.

 

  • La romance presque parfaite d'une accro à 𝒩𝑜𝑒̈𝓁

Zoé est passionnée par 𝒩𝑜𝑒̈𝓁, à tel point qu'elle a décidé d'en faire son métier en créant son entreprise d'événementiel. Mais, accaparée par son travail, elle néglige les moments en famille. Elle décide donc de prendre de bonnes résolutions et de s'accorder cette année des vacances dans sa ville natale pour passer du temps avec ses proches. Ce qu'elle n'avait pas prévu, c'est d'embarquer Ethan, un journaliste sceptique chargé de rédiger un article sur le travail de Zoé.

 

  • Les 12 𝒩𝑜𝑒̈𝓁s de Kate

Kate Turner est une célibataire heureuse. Elle passe tout son temps libre à faire des pâtisseries pour le café de son ami d'enfance, Matt. Quelques semaines avant les fêtes, sa meilleure amie la presse de s'inscrire à une nouvelle application de rencontres, qui garantit de trouver l'âme sœur en 12 rendez-vous avant 𝒩𝑜𝑒̈𝓁. Kate se lance dans l'aventure avec amusement mais, au fur et à mesure que les fêtes approchent, s'interroge sur ce que l'avenir lui réserve.

 

  • Embarquements immédiats pour 𝒩𝑜𝑒̈𝓁

Les jumelles Maggie et Margot sont aussi proches que différentes. Pour 𝒩𝑜𝑒̈𝓁, la première ne rêve que d'un chalet sous la neige et la seconde de sable fin. Leurs parents décident de leur offrir à chacune un voyage surprise. Mais le jour du départ, elles découvrent avec horreur que l'agence de voyage a inversé leurs billets. Margot s'envole donc pour la Laponie avec des maillots de bain dans sa valise et Maggie, bottes de neige aux pieds, débarque aux Seychelles. Avec un enthousiasme proche de zéro. Et si la magie de 𝒩𝑜𝑒̈𝓁 opérait pourtant ?

 

Les romances de Noël

/!\ Par contre attention : celui que je pensais ajouter à la liste, en bonus (car il n'y est pas question des fêtes de fin d'année mais on suit des personnages passionnés de sports de glace), serait à effacer de la photo. Je vous explique pourquoi c'est un #bookfail en quelques mots, après l'avoir brièvement feuilleté : pauvreté littéraire, vulgarité, obscénité, rapports entre personnages parfois malaisants. Aucune profondeur mais surtout, cette romance parfois qualifiée de "spicy" frôle carrément le pornographique, ou a minima le mauvais goût. Le patinage n'est qu'un élément de décor dans une histoire essentiellement basée sur des soirées bien arrosées, des scènes de sexe et des lendemains de soirées bien arrosées. Les personnages communiquent peu et mal. Ils sont relativement insupportables. Mon conseil : passez votre chemin !

 

Publié le 13 Novembre 2023

Journal d’un scénario

Comme un carrosse qui redevient citrouille, Boris, scénariste, va voir son scénario de film d'auteur médiocrement glisser vers la vulgarité de la comédie bankable. Son drame romantique intitulé Les servitudes silencieuses, il l'imagine sur grand écran, en noir et blanc, avec Louis Garrel et Mélanie Thierry dans les rôles principaux. "On va faire un beau film !" s'enthousiasme son producteur. Tout semble décidément sourire à Boris quand il fait la rencontre d'Aurélie, une jeune femme cinéphile qui se passionne pour le projet et multiplie les propositions de rendez-vous. Pourtant, Boris va aller de concessions en désillusions et se désespérer de voir son scénario finalement frôler la teneur de La soupe aux choux.

 

Dans un délicieux - bien qu'attendu - crescendo comique, l'art de l'absurde de Fabrice Caro se met ici au service d'une satire du septième art et des velléités créatives. Les confidences façon journal de bord du narrateur sont pathétiques et touchantes. Le tout est drôle et ponctué de nombreuses références au cinéma (pas toujours maîtrisées pour ma part). Je regrette l'aspect répétitif du schéma narratif (par exemple quand le fils de son meilleur ami lui envoie des maquettes toutes plus nulles les unes que les autres pour l'affiche du film) et la prévisibilité du dénouement mais j'ai passé un agréable moment.

Le voilà, mon étalon en matière d’ouverture. La mienne ne lui arrive pas à la cheville, mais les modèles ne sont pas faits pour être atteints, ils sont là pour qu’on s’accroche à la paroi.

Deux mots et puis s'en va. Deux mots et des mois de travail qui s'écroulent, implosent, sont niés dans leur existence même, à l'instar de ces athlètes qui s'entraînent quatre années durant pour les jeux Olympiques, quatre longues et laborieuses années, puis vient le jour de l'épreuve et là baisse de forme, et là claquage, et là pied qui accroche, et là main qui glisse, et là Christian Clavier.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 9 Novembre 2023

Sauvage

Ottavia est une ardente quadragénaire italienne. Restauratrice, fille de chef, compagne et mère de famille. Elle est devenue une référence dans son domaine à force d'heures passées en cuisine et de sueur. Ambitieuse, du genre "à accélérer dans les virages", mais l'esprit embrumé par des heures de travail harassantes, Ottavia est aux prises avec ses contradictions et se heurte au défi de maintenir une relation amoureuse intense et durable et une vie de famille stable tout en conservant une totale liberté. D'autant plus quand un ancien amant français, Clem, réapparaît dans sa vie et explique son silence.

C'était un homme surgi du passé venu me rechercher, riche de ses erreurs, pour m'apprendre quelque chose que j'ignorais. Il n'était pas venu apporter le chaos, plutôt son frère jumeau, le doute.

Comment exercer sa liberté sans exclure ses proches qui la circonscrivent ? Les chapitres sont vifs et le ton efficace pour décrire le doute, le questionnement sur le destin, les choix, la liberté, la féminité et la passion amoureuse. Julia Kerninon nous plonge dans l'intimité d'une femme libre et ardente... mais qui en devient paradoxalement dure et froide. Ottavia se veut forte et sauvage mais quelque part, elle abîme au lieu de construire, divague au lieu de se fixer, tergiverse et ne fait pas grand chose. J'ai trouvé la figure de sa mère plutôt désagréable et son rapport aux hommes (père, ex, mari...) assez étrange. Par ailleurs, son apparition dénudée sur un rooftop avec piscine sans qu'il ne se passe rien m'a paru démentir toute crédibilité. Je suis donc de nouveau perplexe face à l'écriture de Julia Kerninon. La première page éclatante à la fois de poésie et de pragmatisme était pourtant prometteuse. Force est de constater que sa langue ciselée et les arômes de basilic et de café n'auront pas suffit à éveiller mon enthousiasme.

C'est le matin à Rome. Quelques heures plut tôt, je me suis réveillée à côté de Bensch, il m'a embrassée, et puis les voix cristallines des enfants se sont élevées dans les chambres, le jour s'est ouvert. J'ai filé dans la salle de bains, je me suis lavé les cheveux, je les ai séchés, attachés en chignon. J'ai passé une robe noire et des collants, j'ai mis de la crème, du mascara, du rouge à lèvres, des boucles d'oreilles. Quand je suis descendue, ils étaient tous les trois autour de la table, mon enfant faon, mon enfant rubis et mon enfant symphonie, j'ai bu la petite tasse de café brûlant que Bensh m'a tendue, j'ai donné des baisers, j'ai enfilé des bottes, mon manteau et je suis sortie. A grands pas j'ai traversé San Lorenzo qui s'éveillait, j'ai pris le tunnel les yeux fermés [...]

Les gens avaient besoin de limites. Ils avaient besoin de vigilance, pas seulement de tolérance. Ils avaient besoin qu'on veille sur eux et que des mots soient prononcés à temps.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 6 Novembre 2023

Longtemps je me suis couché de bonheur, avec mes livres et ma lampe de poche. Dès que j'allumais ma lampe, les personnages sortaient d'entre les pages. En foule. Avec les voisins, les chevaux, les oiseaux, les Martiens ambidextres, les héros peureux, les maléfiques, les surpuissants, les traîtres, les anodins, les ensorcelés, les injustement condamnés, les invisibles, les souterrains, les faces d'ange, les princesses à délivrer. Personne ne saura jamais combien nous étions sous la couverture.

Claude Ponti

Blaise et le château d'Anne Hiversère

L'École des Loisirs, 2004

 

 

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Publié le 19 Octobre 2023

Une activité respectable

Dans la catégorie "je persévère", j'ai repris entre mes mains ce très court livre autobiographique de Julia Kerninon. Pour valeur de test avant d'éventuellement me plonger dans son dernier roman Sauvage. Car cette jeune romancière nantaise, dont j'avais déjà essayé de lire ce fragment autobiographique ainsi que quelques lignes de Liv Maria, je me devais de la connaître, quand bien même ma lecture de Toucher la terre ferme n'avait pas été particulièrement enthousiasmante. Je suis allée au bout des quelques pages. Conclusion : malgré des phrases à rallonge, des qualités littéraires indéniables. Mais aussi la confirmation de ce dont j'avais eu l'intuition précédemment : un léger égocentrisme et une fierté mal placée d'intellectuelle.

 

Dans ce texte, elle revient sur son enfance, son adolescence et le début de sa vie d'adulte mus par sa passion pour la lecture et l'écriture. Elle nous parle de l'histoire de ses parents instituteurs, de sa reconnaissance pour ce qu'ils lui ont permis de devenir, de ses atavismes. Beaucoup moins de sa pauvre sœur qui ne semble être qu'un tardif élément de son décor. Elle évoque quelques frasques de jeunesse (heureusement pas autant que dans Toucher la terre ferme). Elle raconte aussi ses jeunes années avant d'être publiée, lorsqu'elle travaillait comme serveuse l'été au bord de l'Atlantique, tout en vivant des amours passionnés et en passant de nombreuses heures à écrire. C'est là qu'elle m'a perdu je crois : en faisant part du travail si harassant, si méritant, si besogneux qu'elle a expérimenté. Je dirais aussi : si banal.

 

Pour autant, elle écrit bien. Ce qui donne envie de voir ce que sa langue peut donner à l'épreuve de la fiction. Elle semble également faire preuve de convictions féministes intéressantes. En outre, dans ce texte, elle confie quelques anecdotes touchantes de son enfance autour de la thématique de la lecture qui ne peuvent que résonner dans le cœur, comme elle dit avoir été surnommée par certains membres de sa famille, d'une bookish.

 

Bookish : adjectif. Se dit d'une personne qui adore la lecture, qui est studieuse. Synonyme : intello.

J’imagine que j’ai souri, mais je ne sais pas. Je sais seulement que j’ai lu ses livres, dès que j’ai appris à déchiffrer l’alphabet, j’ai exploré chaque recoin du palais qu’elle m’avait construit, je me suis perdue et retrouvée, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour la satisfaire, la réparer, la récompenser de l’effort immense qu’il avait dû lui falloir pour signifier cela à son premier enfant. J’ai lu. J’ai lu des livres sans cesse, dans une frénésie panique, en cherchant à rattraper le temps, à rattraper ma mère qui semblait tout savoir.

Ma vie je la passe à lire des livres pour remettre les choses en place, pour me déplier, et c'est comme chanter tout bas à ma propre oreille pour me réveiller.

Comme des repères, les livres nous mènent à d'autres livres, ils nous font ricocher - nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du péché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C'est tout.

Dans mon enfance, l'excès ne m'a pas été désigné comme un défaut - et sans doute était-ce une erreur - mais depuis j'arpente la littérature comme un champ dans lequel mes pas laissent l'herbe ployée un instant derrière moi, juste le temps de voir le chemin parcouru, et l'immensité encore inconnue.

Maintenant, mes livres sur des étagères de librairies paraissent logiques, évidents, on peut s’en servir pour justifier tous mes manquements, mais je me rappelle du moment où mes failles n’avaient pas encore d’explication, où il était possible qu’elles n’en aient jamais, et que je reste pour toujours à la porte de ce qui est important.