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Publié le 26 Février 2016

 

 

La quatrième de couverture :

 

Un jour, le dessin m'a quitté. Le même jour qu'une poignée d'amis chers. A la seule différence qu'il est revenu, lui.

 

 

Mon avis :

 

Du noir, du blanc, du rouge parfois. De la laideur, de la beauté. Des larmes, du rire, du sexe aussi. Voici comment l'on pourrait résumer cet ouvrage de Luz qui a momentanément perdu dans l'attentat commis à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 l'envie de dessiner. S'exprime dans ses crayonnés l'intensité du drame vécu et la douleur rageante de l'après. Mais attention, pas de regard bienveillant sur l'impressionnante communion qui s'en est suivie en France et dans le monde : Luz se regarde le nombril et se met à nu. C'est d'ailleurs souvent comme cela qu'il se représente dans ses planches. Bien qu'on y décèle parfois son sens de l'humour, on ressent surtout le mal-être de l'individu. Amour, colère, tristesse et sexualité brute se mélangent et nous font osciller entre plaisir de lecture et perplexité. Se situant au-delà des considérations sociales et politiques de l'événement, c 'est le récit fragmenté et cru d'un travail de deuil que nous donne à découvrir Luz.

 

 

Luz.

Catharsis

Ed. Futuropolis

2015/128 p.

 

Publié le 15 Février 2016

Une fois n'est pas coutume, voici une BD coup de coeur !

 

 

Un Océan d'amour

 

 

La présentation de l'éditeur :

 

Chaque matin, Monsieur part pêcher au large des côtes bretonnes. Mais ce jour-là, c'est lui qui est pêché par un effrayant bateau-usine. Pendant ce temps, Madame attend. Sourde aux complaintes des bigoudènes, convaincue que son homme est en vie, elle part à sa recherche. C'est le début d'un périlleux chassé-croisé, sur un océan dans tous ses états. Une histoire muette avec moult mouettes.

 

 

Mon avis :

 

Vous envisagez d'organiser des vacances pour ce printemps mais vous séchez encore sur la destination ? Lisez Un océan d'amour et vous n'hésiterez plus ! Deux talents - l'un au scénario et l'autre au dessin - se sont réunis pour nous plonger dans une Bretagne pittoresque au charme quelque peu suranné.

 

L'histoire est muette. C'est tout le travail de découpage scénaristique et d'illustration qui rend la lecture accessible et trépidante. Une bigoudène - robuste maîtresse de maison - et son frèle pêcheur de mari débutent doucement une nouvelle journée de leur quotidien. Pourtant, cette journée ne ressemblera à aucune autre et les entraînera dans une aventure des plus cocasses. En effet, le vaillant pêcheur, renversé par un monstrueux paquebot, va se retrouver perdu en pleine mer tandis que sa femme, inquiète de ne pas le voir revenir, se lancera à sa recherche en surmontant notamment sa peur de l'avion... L'humour, toujours tendre, est omniprésent. Les personnages, qui semblent ne pas avoir évolués au même rythme que le monde dans lequel ils vivent, sont touchants et nous font vivre une vivifiante épopée au-delà des terres bretonnesHeureusement, c'est tout de même à nouveau en respirant les celtes et romantiques embruns que l'histoire prendra fin. Les couleurs sont harmonieuses et contribuent à l'impression de douceur qui se dégage à la lecture. La magnifique couverture cartonnée qui donne l'impression d'une boîte de sardines est un clin d'oeil à un détail de l'histoire. Le tout forme un objet livre remarquable.

 

Cette bande dessinée muette pétille de malice et nous fait sourire et rêver : non pas à d'autres horizons mais à une vie banalement remplie d'un amour au long cours. Un album coup de coeur à offrir ou à se faire offrir.

 

 

 

Lupano, Wilfrid.

Panaccione, Grégory.

Un océan d'amour

Ed. Delcourt

Coll. Mirages

2014/222 p.

 

Publié le 24 Août 2015

 

 

Mon avis :

 

Après ma lecture des deux premiers tomes, j'ai poursuivi la série. Les volumes 3 et 4 font apparaître certains nouveaux personnages (le jeune américain Chris qui vient d'arriver au Japon avec sa famille notamment) tout en approfondissant ceux déjà connus du lecteur (Katsura, la soeur de Mikoshiba, Minami, sa camarade de classe...). Des thématiques liées aux métiers du livre continuent d'être abordées (les compétences requises pour être bibliothécaire, les motivations d'un auteur...) ainsi que des classiques de la littérature jeunesse comme Hansel et Gretel ou Le Petit Prince. Une lecture toujours aussi agréable.

 

 

Shinohara, Umiharu.

Le maître des livres T.3 & 4

Ed. Komikku

2014

Série en cours : 10 volumes au Japon / 4 en France

 

Publié le 22 Juillet 2015

Pour changer, un manga sur Nota bene :

 

Le maître des livres, tome 1 par Shinohara

 

 

La quatrième de couverture :

 

A la bibliothèque pour enfant "La rose trémière" vous êtes accueillis et conseillés par Mikoshiba, un bibliothécaire binoclard célèbre pour son caractère bien trempé. Mais contrairement à ce qu'il peut laisser paraître, c'est un professionnel de premier ordre. Aujourd'hui encore, adultes comme enfants perdus dans leur vie viennent à lui en espérant qu'il leur trouvera le livre salvateur.

 

 

Mon avis :

 

Mikoshiba, bibliothécaire caractériel et passionné, est très doué pour conseiller LE livre dans lequel l'usager va pouvoir se retrouver. Ainsi, dès le premier tome, les différents personnages qui fréquentent la bibliothèque sont autant d'occasions pour le lecteur de revenir sur des classiques de la littérature jeunesse internationale. De cette façon, l'auteur défend la littérature jeunesse souvent dénigrée par les adultes et le métier de bibliothécaire jugé ici complémentaire de celui de libraire. Sont abordés les capacités d'évasion et de partage que procure la lecture, la réflexion sur la manière dont on choisit un livre mais aussi les histoires sentimentales des membres et usagers de la bibliothèque. On oscille donc entre réflexion, humour et retours sur des classiques de la littérature.

 

Bien qu'il y ait comme toujours un certain aspect caricatural dans les personnages de manga, cela ne m'a pas trop gênée cette fois-ci et j'ai pu apprécier ma lecture. La preuve, je suis actuellement en train de lire les tomes suivants ! La narration est dynamique car on passe d'anecdotes en anecdotes. En bref, une jolie couverture pour un manga seinen réussi qui a de quoi séduire les amoureux et professionnels du livre, notamment jeunesse, et dont je suis curieuse de connaître le façon dont il peut être perçu par des élèves de collège et lycée.

 

 

Shinohara, Umiharu.

Le maître des livres T.1 & 2

Ed. Komikku

2014

Série en cours : 10 volumes au Japon / 4 en France

 

Publié le 6 Octobre 2014

Pour changer, voici une BD sur Note bene :

 

Couverture Tyler Cross

 

 

La quatrième de couverture :

 

Tyler Cross vient de braquer 17 kilos d'héroïne appartenant à la Mafia. Il a 20 dollars, un fusil, un Colt à la ceinture, et il est seul, au fin fonc du Texas.

 

 

Mon avis :

 

Offerte à Noël dernier sur les conseils d'un libraire, je me suis enfin décidée à découvrir cette bande-dessinée à la couverture d'un chic sombre et référencé. N'étant ni spécialement adepte de BD, ni spécialement amatrice du genre du polar, je peux d'ores et déjà annoncer que j'ai tout de même passé un très bon moment !

 

L'histoire se déroule dans une Amérique mafieuse d'après-guerre, dans un décor de western texan où débarquent des voyous aux "chaussures bicolores". Mêlant trafic de drogue, femmes plantureuses, enjeux dynastiques et léger humour noir, ce polar réunit les classiques du genre avec brio. Le travail scénaristique et le dessin offre un véritable storyboard que ne renierait peut-être pas un certain Tarantino. Le travail sur la couleur est également bien vu et harmonieux, permettant de plonger rapidement le lecteur dans l'ambiance souhaitée. Le récit, sans temps mort, joue avec les changements de points de vue (la narration est pendant un moment prise en charge par un serpent !) et les flashback. L'un d'eux est d'ailleurs un peu long, au milieu du récit. Au sujet des clichés et notament des mécanismes machistes, je m'y attendais et ils font malheureusement partie du genre et de l'époque évoquée ; je n'ai donc pas été choquée (bien qu'un peu dérangée en tant que femme) outre mesure. Autre point de réserve : le personnage du commanditaire est dessiné d'une bien étrange manière par rapport aux autres, bien que cela s'explique probablement par sa mort imminente. En bref, Tyler Cross est un polar assez noir et violent mais bien mené, que l'on verrait bien adapté à l'écran. Pour avoir plus de détails sur l'histoire et lire l'avis de Caro sur cet ouvrage c'est par ici et pour découvrir les premières planches de la BD c'est par là.

 

 

Nury, Fabien.

Brüno.

Tyler Cross

Ed. Dargaud

2013/92 p.

 

Publié le 28 Mai 2014

Couverture Maus : L'Intégrale

 

Mon avis :

 

Monument du neuvième art, Maus est une bande dessinée en deux volumes publiée en France chez Flammarion en 1987 (pour le tome 1 Mon père saigne l’histoire) et en 1992 (pour le tome 2 Et c’est là que mes ennuis ont commencé). Ces deux volumes ont ensuite été réunis dans une intégrale en 1998. Art Spiegelman est un illustrateur et auteur de bande dessinée né en 1948. Figure de la bande dessinée underground américaine des années 1970-1980, il est surtout connu par la suite pour Maus, écrite à partir de l’histoire vraie de ses parents polonais juifs rescapés des camps. La bande dessinée raconte, à travers le dialogue de l’auteur et de son père, l’histoire de celui-ci, survivant des ghettos polonais et du camp d’Auschwitz. L’œuvre associe deux récits : le père de Spiegelman racontant sa vie peu avant la guerre puis pendant la déportation, et le récit des relations entre l’auteur et son père. Maus constitue donc une réflexion sur la difficulté de transmettre et sur la mémoire. Sa particularité notable est que les nationalités sont représentées par différentes espèces d’animaux : les juifs sont représentés par des souris ("maus" signifie "souris" en allemand), les allemands par des chats, les polonais par des cochons… Traduite en 18 langues, Maus a reçu le Prix Pulitzer spécial en 1992, ce qui n’est jamais arrivé à une bande dessinée.

 

Voyant l’épreuve orale d’histoire de l’art se profiler, je me suis attelée à la lecture de cette référence littéraire présente dans la liste des objets d’études des 3e. Parfois dérangée par le traitement graphique choisi par Art Spiegelman, j’ai tout de même été happée par cette bande dessinée.

 

En premier lieu, j’ai été sceptique vis-à-vis de l’utilisation de l’anthropomorphisme. Non pas que j’y sois totalement hermétique (j’ai apprécié lire Blacksad par exemple) mais représenter les "peuples" par des animaux m’a semblé manichéen et presque dangereux, confortant la notion de "races" soutenue par les nazis. En outre, les personnages ainsi représentés et le trait hachuré ou griffonné de l’auteur ne permettaient qu’une difficile différenciation des individus. Le dessin en noir et blanc est en effet chargé et les vignettes souvent encombrées de texte.

 

Pourtant, au fur et à mesure de ma lecture puis en lisant quelques critiques sur le net, j’ai pris conscience de la signification cachée derrière ces choix graphiques. De manière évidente d’abord, on note la métaphore du chat et de la souris qui met en exergue le rapport de force qui existait entre le peuple allemand et les juifs. Les nazis eux-mêmes ont d'ailleurs utilisés l'analogie dans leur propagande. En ce qui concerne le style, on peut considérer que c’est une volonté assumée de ne pas rendre le récit "agréable" et de justement traduire le mécanisme du racisme qui tend à effacer les individus et à les englober sous l’étiquette "juifs" ou "roms".  En outre, les représentations animales permettent de distancier les événements et de rendre la narration moins pénible. C'est en réalité un récit nuancé qui nous est donné à lire puisque l'auteur nous dévoile aussi les aspérités de son père Vladek : il apparaît radin, roublard, raciste, donneur de leçon, geignard.

 

Au-delà du véritable témoignage historique que constitue Maus (et dont Art Spiegelman aura eu le soucis de l'exactitude des faits), c'est le travail réflexif de l'auteur sur la relation à son père qui touche le lecteur. Toujours affecté par le suicide de sa mère et ayant du mal à gérer son statut de "fils de survivant", l'auteur nous questionne en même temps que lui sur les notions de culpabilité et de transmission. Maus est donc une référence à connaître : un original et précieux témoignage sur la Shoah.

 

 

Spiegelman, Art.

Maus (l'intégrale)

Ed. Flammarion

1998/292 p.