Publié le 8 Octobre 2026

Sur l'épaule des géants

Des Cévennes du XIXe siècle jusqu'à l'aube du XXIe, Laurine Roux nous entraîne dans une incroyable saga familiale. Les femmes y portent des prénoms de fleurs - Violette, Églantine, Marguerite, Rose, Camélia, Iris - et les hommes se passionnent jusqu'à l'obsession pour les vers à soie, le vin, les machines volantes ou les termites albinos. On y croise aussi une lignée de chats philosophes observant avec malice ces drôles d'humains. La petite histoire des Aghulon croise sans cesse la grande : Pasteur, la Grande Guerre, les Années Folles, La Nuit de Cristal, Mai 68... jusqu'aux attentats du World Trade Center.

 

Quel plaisir de retrouver la plume de Laurine Roux ! Loin de la noirceur du Sanctuaire, Sur l'épaule des géants est un roman généreux et lumineux. J'ai été immédiatement séduite par cette fresque familiale à la fois dramatique et drôle. Laurine Roux raconte le passage des générations à travers des chapitres courts qui se lisent comme un feuilleton. La lignée s’ancre d’abord dans le sud-est du Massif Central et l'élevage du ver à soie, avant que la découverte de Paris ne vienne bousculer ce destin en confrontant la famille à la modernité et au tumulte du siècle. Là où les hommes se réfugient dans leurs obsessions pour fuir leur mélancolie, les femmes incarnent la continuité de la lignée. Nous sommes faits des histoires que l'on nous a racontées, des rencontres qui nous ont façonnés, des passions transmises, des blessures aussi. Chaque génération semble donc ajouter sa pierre à la précédente avant de laisser à la suivante la liberté d'en faire autre chose. C'est peut-être cela, se tenir sur l'épaule des géants : recevoir ce qui nous précède, non pour le reproduire, mais pour regarder un peu plus loin. Malgré les guerres, les deuils et le temps qui emporte tout, l'élan vital demeure dans ce roman. On aime, on invente, on se trompe, on recommence. La vie poursuit obstinément son chemin.

 

J'ai refermé ce livre avec la sensation rare d'avoir traversé plusieurs existences. Un roman profondément vibrant qui célèbre autant la science que la littérature et qui nous transmet l'envie de comprendre et d'aimer.

 

La sagesse commence dans l'émerveillement.

Mais oui, mariez-vous ! Si la demoiselle se révèle bonne épouse, vous serez heureux. Si elle ne l'est pas, vous deviendrez philosophe, ce qui est excellent pour la santé.

Barthélémy connaissait par cœur l'adage du vieux maestro : Ce n'est pas la profession qui honore l'homme, c'est l'homme qui honore la profession.

Quand Barthélémy arriva, Églantine avait commencé le travail. Le futur père fonça récupérer des couvertures pendant que Violette tenait la main de sa belle-fille. Ne sachant comment l'encourager, la vieille femme sortit Jacques le fataliste de sa poche et commença à lire le fantasque dialogue d'ouverture. Elle en était à peine à la troisième page qu'Églantine, hurlant et ahanant, expulsa le bébé, qui poussa un vigoureux premier cri. C'était bel et bien un garçon - que l'on appela Jacques, en souvenir de cette extravagante délivrance. Brusquement, et contre toute attente, Églantine redoubla de douleur.

Marguerite colla sa bouche contre le bois et aspira le parfum de sève. Jacques était derrière, elle le sentait, et se mit à fredonner, Frère Jacques, Frère Jacques, dormez-vous ? Sa voix était douce, pareille à une caresse qui n'oserait toucher la peau. De l'autre côté, Jacques s'immobilisa. La voix de sa soeur flottait, tendre, emplie de grâce. De pardon, aussi. Elle se posait sur la crasse et disait, Je suis là, se posait sur les blessures et disait, Ne t'inquiète pas. Sur les plaies, les offenses et la honte. Soudain, tout en Jacques se relâcha - muscles, mâchoires, hargne, peur. Loin de la guerre et des torgnoles de la nuit. Une larme roula jusqu'à ses lèvres à moitié arrachées. Ni vraiment salée ni vraiment bonne, elle avait le goût des chagrins d'enfance.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 6 Octobre 2026

Merci aux éditions Hélium pour le partage de cet album

 

♡

Un monde meilleur

Le monde est pareil à un sac rempli de gommettes. Si on était tous de la même forme, ce serait ennuyeux. Si on était tous de la même couleur, ça ferait mal aux yeux.

Comment expliquer la tolérance avec des mots d'enfants ? C'est l'invitation à laquelle répond Marie Darme-Rizzo dans l'album Un monde meilleur, tout juste publié aux éditions Hélium. Un livre à découvrir en famille dès l'âge de 4 ans.

 

La narration repose sur une métaphore toute simple mais profondément parlante : imaginez que le monde soit un grand paquet de gommettes colorées. Au fil des pages, l'autrice s'amuse à associer des formes géométriques pour donner vie à une multitude de personnages, tous différents. Une petite leçon de philosophie à hauteur d'enfant qui démontre que la singularité de chacun est une richesse pour le vivre-ensemble. Les illustrations joyeuses captivent et donnent envie de s'essayer à son tout à l'exercice créatif.

 

Un monde meilleur
Un monde meilleur
Un monde meilleur

Publié le 3 Octobre 2026

𝑀𝑒𝑟𝑐𝑖 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑚𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛 𝑀𝑖𝑗𝑎𝑑𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑎𝑔𝑒 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑡 𝑎𝑙𝑏𝑢𝑚.

 

❤

Un après-midi sans écran

Après avoir exploré la poésie de la patience, on découvre une autre facette de l'enfance avec Un après-midi sans écran d'Estelle Meens, également publié aux éditions Mijade. Cet album est une invitation joyeuse et vivifiante à bousculer les habitudes de nos petits connectés.

 

L'intrigue nous plonge dans le défi d'un samedi privé de technologie. Deux enfants sont invités par leurs parents à laisser de côté leur console et leur télé et à faire face au vide de leur journée. Mais leur désarroi ne dure qu'un instant. Dès que leurs pieds franchissent le seuil de la maison, la nature devient le plus fantastique des terrains de jeu. Une simple balade prend des allures d'épopée sauvage où l'on croise des crocodiles, une rivière de lave, un vaisseau spatial ou encore une baguette magique.

 

Cet album célèbre la force de la mise en mouvement et de la complicité. Le graphisme à la fois doux et expressif insuffle de l'énergie. Les dialogues montrent avec justesse qu'il suffit de presque rien pour réveiller la créativité endormie des enfants.

 

Et chez vous, quel est l'espace (un parc, une forêt, un bout de jardin) ou le jeu tout simple qui réussit à coup sûr à faire oublier les tablettes ?

 

Un après-midi sans écran
Un après-midi sans écran
Un après-midi sans écran

Publié le 2 Octobre 2026

𝑀𝑒𝑟𝑐𝑖 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑚𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛 𝑀𝑖𝑗𝑎𝑑𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑎𝑔𝑒 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑡 𝑎𝑙𝑏𝑢𝑚.

 

❤

Pendant qu'on attend

Avez-vous remarqué à quel point les enfants savent réenchanter le quotidien ? C'est la douce expérience que propose Pendant qu'on attend de Bee Johnson, publié aux éditions Nord-Sud (Mijade). Une lecture pleine de fraîcheur à partager avec ses enfants.

 

C'est l'histoire d'une journée ordinaire qui s'anime. Au fil des courses d'une maman, deux petites filles se retrouvent confrontées à l'attente : faire la queue au bureau de Poste, patienter au marché, attendre au passage pour piétons ou pendant que Maman prépare le dîner... Face à l'ennui qui pointe, l'imagination s'en mêle : chaque lieu devient un terrain de jeu, la rue un espace de rencontres.

 

A une époque où le réflexe de sortir un smartphone est si tentant pour occuper les petits, cet album nous invite gentiment à redécouvrir les vertus des moments suspendus. Les illustrations aux accents délicieusement rétro nous enveloppent de tendresse. Le texte chantant, tel une poésie pleine de rimes, et l'observation des détails du quotidien, concourent à nous plonger dans une bulle de déconnexion.

 

Et vous, quelles sont vos petites astuces pour apprivoiser l'attente avec vos enfant sans forcément vous tourner vers les écrans ?

 

Pendant qu'on attend

Publié le 7 Septembre 2026

Le sel de la vie
Et si, pour une fois, nous arrêtions de vouloir réussir notre vie pour enfin commencer à la goûter ? C'est l'invitation lumineuse du livre Le sel de la vie de Françoise Héritier. Pas de côté dans ses écrits anthropologiques.
 
Françoise Héritier écrit après avoir reçu une carte postale d'un ami, envoyée depuis l'île de Skye. Grand clinicien, l'homme ne vit que pour son travail, consacrant des heures à chaque patient. Il lui dit alors qu'il prend une semaine de vacances "volée" en Écosse. Françoise Héritier entreprend de lui répondre par "ce qui fait, a fait et continuera de faire le sel de ma vie".
 
Ce livre est donc une liste. Une sorte de poème en prose en hommage à la vie. Une énumération comme un "grand monologue murmuré", un "fatras hétéroclite" de petits trésors à la portée de tous dont l'autrice nous invite à célébrer l'existence : "pour que nous ne soyons pas simplement obnubilés par des buts à atteindre - des carrières à faire, des entreprises à commencer, des rentabilités à assurer - en (se) perdant de vue".
 
Dans ce fatras poétique, on croise ainsi : manger des huîtres en bord de mer ou des cerises sur l'arbre, les couchers de soleil, être éveillé la nuit quand tout le monde dort, feuilleter des albums photos, jouer avec son chat, prêter l'oreille aux autres, se gorger de fraises des bois, prendre un chemin côtier un jour de grand vent, marcher nu-pied, s'étirer et bailler, les baisers dans le cou, l'odeur des croissants chauds dans la rue, sourire à qui ne s'y attendait pas, pleurer au cinéma...
 
À la lecture de cet inventaire, j'ai immédiatement eu envie de me prêter au jeu. Pratiquant déjà le rituel du cahier de gratitude, j'ai vu dans les pages de Françoise Héritier l'ancêtre de cet exercice. Si j'ai parfois été un peu moins touchée par certaines énumérations très personnelles et par l'évocation de certaines vulnérabilités amères, la force de l'oeuvre reste intacte : elle donne une impulsion.
 
Et vous, qu'est-ce qui a fait le sel de votre vie aujourd'hui ?
 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 4 Septembre 2026

Les premières fois

Dans le dernier album d’Astrid Desbordes et Pauline Martin, Les premières fois, on retrouve cette infinie délicatesse qui caractérise la série des Archibald. C’est un livre qui s’arrête sur ces petits riens, ces instants suspendus qui, mis bout à bout, font grandir.

 

Au détour d’une double page, l’album s’autorise une parenthèse narrative, une furtive projection dans le futur : on y aperçoit Archibald adolescent, le temps d’un instant. Cette image a fait écho en moi d’une manière très douce. Mon fils vient tout juste d’entrer au collège : j’ai vu dans la silhouette d’Archibald ses propres traits, sa coupe de cheveux et son allure nouvelle.

 

C’est toute la magie de la littérature : savoir mettre une image juste sur nos émotions silencieuses et les accompagner. Pour accepter le temps qui file, avec autant de nostalgie que de fierté.

 

Les premières fois
Les premières fois
Les premières fois
Les premières fois