Publié le 4 Septembre 2026

Les premières fois

Dans le dernier album d’Astrid Desbordes et Pauline Martin, Les premières fois, on retrouve cette infinie délicatesse qui caractérise la série des Archibald. C’est un livre qui s’arrête sur ces petits riens, ces instants suspendus qui, mis bout à bout, font grandir.

 

Au détour d’une double page, l’album s’autorise une parenthèse narrative, une furtive projection dans le futur : on y aperçoit Archibald adolescent, le temps d’un instant. Cette image a fait écho en moi d’une manière très douce. Mon fils vient tout juste d’entrer au collège : j’ai vu dans la silhouette d’Archibald ses propres traits, sa coupe de cheveux et son allure nouvelle.

 

C’est toute la magie de la littérature : savoir mettre une image juste sur nos émotions silencieuses et les accompagner. Pour accepter le temps qui file, avec autant de nostalgie que de fierté.

 

Les premières fois
Les premières fois
Les premières fois
Les premières fois

Publié le 3 Septembre 2026

Le pays des étés

Après avoir refermé Que reviennent ceux qui sont loin les larmes aux yeux, j'ai voulu prolonger la magie en ouvrant le nouveau roman de Pierre Adrian Le pays des étés.

 

Ce pays, c'est son Neverland : la grande bâtisse familiale finistérienne où se croisent les générations de cousins. C'est le décor des étés immuables remplis de rires d'enfants, de serviettes de plage qui sèchent sur le fil à linge et de soirées au Café du port. Le narrateur trentenaire est au chevet de sa grand-mère et, avec elle, c'est un pan entier de souvenirs qui s'apprête à s'effondrer. Alors que les pièces se vident et que de nouveaux visages s'approprient les lieux, la mise en vente de la maison sonne le deuil de ceux que lui et ses proches ont été. C'est l'histoire douloureuse mais nécessaire d'une transmission qui se brise, nous forçant à regarder ce qui reste quand les murs s'en vont. Derrière ce deuil intime, l'auteur dessine aussi le basculement d'une époque, évoquant une jeunesse plus grave et inquiète pour l'avenir, en contrepoint du défilé de touristes sans gêne. Le crépuscule d'un monde.

 

Si j'ai retrouvé avec plaisir la plume élégante et feutrée de Pierre Adrian, je dois avouer que l'émotion n'a pas été tout à fait au rendez-vous. En recyclant ses nostalgies, l'auteur fige quelque peu les émotions du lecteur. Peut-être suis-je encore trop marquée par la lumière de Que reviennent ceux qui sont loin. Cette lecture m'a aussi rappelé le roman Dans la maison d'été de Karine Reysset sur le bonheur et le poids de la filiation. En résumé, une lecture douce et mélancolique comme une fin d'été.

 

Avez-vous déjà lu Pierre Adrian ? Ce nouveau roman vous tente-t-il ? Et êtes-vous, vous aussi, attachés à une maison de famille qui renferme tous vos souvenirs d'été ?

 

J'avais pensé qu'on retrouvait indéfiniment les lieux comme on les avait laissés mais c'était faux. Les lieux changeaient avec nous. Si la mort des êtres chers devait servir à quelque chose, peut-être serait-ce à cela. A accepter que tout passe, à renoncer au privilège de ce qui a toujours été. J'avais aussi le sentiment qu'en me détachant des maisons je me raccrochais davantage au pays. Ce qui comptait, après tout, c'était moins le mois d'août à la grande maison que les étés dans les abers.

Le quotidien de l'oncle, ses petites joies et ses tracas infimes, ses actualités, serait bientôt le nôtre. Le reste du monde n'existerait plus car le monde désormais commençait au Leclerc, après le bourg, et finissait dans les dunes, au bout de la presqu'île.

Les enfants arrivèrent la première semaine d'août. Ils accompagnaient des parents épuisés, enfin en vacances, qui regrettaient de ne pas les avoir confiés plus tôt à leurs grands-parents. On entendit la voiture s'arrêter devant le portail, les portières claquer, le grincement des battants qu'on tirait et le crissement des pneus sur le gravier. Je reconnu l'aboiement du chien Victor, des voix et des visages familiers qu'on libérait enfin de la captivité d'un long voyage. La paix était bel et bien terminée. Il ne serait plus possible de lire un livre après le petit déjeuner ni de faire la sieste dans le salon après le repas. J'acceptais pourtant cette joyeuse invasion. Août n'avait jamais été le mois du repos et du silence. Il s'étirait plutôt entre retrouvailles et séparation. Laisser...

... les autres entrer dans notre vie était d'un fracas épouvantable.

Mais j'ai vite compris que je pourrais (...) prier tous les saints du ciel, ça ne réparerait rien. Il faut du temps, des paroles, de l'amour.

Que resterait-il d'une trentaine d'étés passés dans la même maison ? Je pensai au mirage d'une époque où je croyais qu'ils seraient sans limite, alors que tant de choses dans la vie se comptent sur les doigts d'une main. Avant que ces souvenirs ne se dissipent, qu'ils ne jouent avec ma mémoire, je les ravivai en désordre encore une fois. L'odeur des combinaisons durcies par l'eau de mer dans l'armoire du premier étage ; le linge épais et fleuri de la chambre des enfants ; la lecture du soir alors qu'il faisait encore jour derrière les persiennes ; la petite grand-mère éveillée et inquiète, à mon chevet, une nuit de crise d'asthme ; l'orgue de Barbarie en forme de nuage accroché à l'escalier qui fredonnait La Mer de Charles Trenet.

On ne choisit pas de se séparer d'une maison ; on le fait pour que la vie continue. Alors, sans oublier le portail blanc, nous recommencerions ailleurs à féconder ces instants morts. Ailleurs, nous continuerions à recréer l'été.

J'appris plus tard, en apprivoisant l'absence, que les lieux que nous aimons nous aident à supporter un grand chagrin. Ils réparent, et la mer où qu'elle soit console. La mer console toujours.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 30 Août 2026

Que reviennent ceux qui sont loin

La rentrée littéraire réserve parfois de belles surprises. Attirée par la promesse du nouveau roman de Pierre Adrian, « Le pays des étés », j’ai choisi de commencer par le volume précédent : « Que reviennent ceux qui sont loin ».

 

Le récit s’ouvre sur un retour. Un trentenaire célibataire retrouve la maison de vacances familiale en Bretagne après des années d’absence. Entre les après-midi à la plage et les fêtes sur le port, ce mois d’août suspendu bascule de la lumière estivale à une confrontation brutale avec la fragilité de l’existence. Sans vouloir dévoiler le point de rupture de cette histoire, je peux dire que je referme ce livre les larmes aux yeux, bouleversée par la puissance réparatrice des mots face au drame.

 

J’ai été profondément touchée par ce décor finistérien et l’écriture classique et ciselée. L’auteur y explore avec pudeur la bascule vers l’âge adulte, la mémoire des lieux, la fragilité du bonheur… et les étés inoubliables qui continuent de nourrir le reste de la vie.

 

Si le nouveau roman de Pierre Adrian, « Le pays des étés », vous fait de l’œil parmi les nouveautés automnales, je ne peux que vous conseiller de suivre mes pas. Plongez d’abord dans « Que reviennent ceux qui sont loin » : il en vaut largement le détour.

 

Il y avait le temps qui passait et la certitude désormais que rien n’était éternel.

Sous la mansarde où j’entendais le vent siffler les nuits de gros temps, il y avait notre mémoire. Ici, combien d’enfants avaient dormi qui étaient devenus grands ?

L’unique table du salon était à leur taille [aux enfants]. Elle trônait au milieu de la pièce. Nous y avions tous joué aux cartes dans nos robes de chambre. […] Ce salon miniature était un symbole. Il indiquait que les enfants régnaient sur la grande maison.

Mais en Bretagne, dans cette terre que j’avais laissé vivre sans moi, qui n’avait pas changé, où de vieux parents se faisaient enterrer, un sentiment beau et douloureux d’appartenance émergeait désormais. Si notre pays est celui où l’on a les plus grands souvenirs, alors j’étais d’ici. Alors j’étais de cette terre entre dunes, champs et bruyères, de cette presqu’île lovée entre deux bras de mer.

Si l’on se fiait aux cartes postales rangées dans les tourniquets du Leclerc, on aurait cru qu’il ne pleuvait pas dans le Finistère.

Il fallait un paysage plus grand que nous, immuable et sur lequel les pensées inévitablement s’arrêtent.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 27 Août 2026

L'homme qui plantait des arbres + Le petit garçon qui avait envie d'espace

J'avais un vague mauvais souvenir de lycée de Jean Giono et de son roman d'une noire ironie Un roi sans divertissement. Quel plaisir de découvrir qu'il a aussi pu être cet auteur lumineux célébrant la communion avec la nature !

 

Dans L'homme qui plantait des arbres nous sommes en Haute-Provence avec un vieux berger solitaire prénommé Elzéard Bouffier. Il passe ses journées à planter patiemment des arbres. Au fil des décennies, son obstination silencieuse transforme une terre aride en une forêt pleine de vie.

 

Dans Le petit garçon qui avait envie d'espace nous sommes en promenade avec un jeune garçon et son papa. Le garçon souffre du manque d'espace dans ce bocage aux haies épaisses. En tentant de grimper aux arbres et en s'évadant par la force du rêve, il parvient à survoler le monde par l'esprit.

 

Dans ces deux textes très courts et accessibles - même aux enfants - on découvre une philosophie centrée sur la figure salvatrice de l'arbre et sur la recherche de liberté par la puissance de l'imagination et de l'obstination. Bien que publiés plus tard dans sa vie, ces deux textes renouent avec l'esprit de sa première période littéraire et délivrent une leçon d'écologie et d'évasion par le rêve.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 24 Août 2026

L'effet haïku

Dans cet ouvrage particulièrement accessible et reposant, Pascale Senk décortique l'art poétique nippon du haïku : son histoire, ses caractéristiques et ses bienfaits. Elle montre en quoi sa lecture ou son écriture peuvent se révéler des exercices de méditation, introduisant même le concept d'"haïku thérapie".

 

Je trouve que ce livre mêle magnifiquement la joie de lire à celle, peut-être, de se mettre à écrire. L'autrice explique comment une lecture régulière de haïkus peut imprégner notre manière d'être et d'envisager la vie. Puis elle donne des pistes pour écrire ses propres haïkus. C'est une invitation à célébrer le moment présent pour s'apaiser. L'autrice confie que la subtilité et la simplicité des haïkus la réconfortent en lui offrant, face à la complexité grandissante d'un monde matérialiste et pressé, un univers "à sa mesure". Tenir un cahier de haïkus revient à tenir "le journal poétique de sa vie intérieure". Selon elle, un bel haïku naît ainsi toujours d'une expérience vécue et sincère (un détail du quotidien, une émotion fugitive...). Elle liste qu'on peut lire des haïkus pour : percevoir la beauté de la nature, se rappeler les bienfaits de la simplicité, se centrer sur l'essentiel, s'apaiser, rire, s'amuser, ironiser, signifier son amour, exprimer ce qu'on n'arrive pas à dire, guérir son angoisse ou sa tristesse, rassembler ses esprits, se souvenir de belles choses, dire adieu, remercier...

 

Pour nous guider, elle rappelle les trois règles d'or du haïku :

  • Un poème de trois lignes en 5 / 7 / 5 syllabes.
  • Avec un ancrage saisonnier.
  • Et une césure rythmique ou grammaticale.

 

Ce guide est un livre lumineux, dans la lignée de la philosophie du zen, qui cherche à chasser l'égo pour atteindre plus de sérénité.

 

Bonus : Pour ceux qui voudraient s'essayer à la pratique, un entraînement gratuit est disponible sur le site de l'éditeur.

 

Bien sûr, nous pouvons nous un inscrire dans un club de yoga ou un dojo pour méditer régulièrement ; nous pouvons aussi nous efforcer de nous asseoir pendant vingt minutes quotidiennement, face à un mur ou une bougie allumée... mais si par ailleurs, dans notre journée, nous ne prêtons aucune attention aux autres, au micro-événements qui constituent la danse du réel, à ce qu'il font naître à l'intérieur de nous, nous nous sentirons de plus en plus dévitalisés et absents à notre propre existence. Solution : écouter moins les news "en boucle" et porter davantage son attention sur ce qui est juste sous notre nez. Ainsi nous aurons l'impression d'avoir notre place dans ce monde.

Et ce ne sont pas tant les circonstances ou les objets de contentement qui nourrissent cette émotion (...) mais la vie dans tout son déploiement, le fait même d'exister et surtout, de pouvoir en témoigner.

vieille mare
une grenouille plonge
le bruit de l'eau

Basho

jardin de mon père -
le vieux poirier tout en fleurs
ne fait plus son âge

Damien Gabriels

les doigts dans la soie
des cheveux du nouveau-né
premiers flocons

Danièle Duteil

Je suis tellement énervé
que je pourrais mordre
Le sommet des montagnes

Jack Kerouac

Sur la tombe
Un bouquet de fleurs
Saint-Valentin

Michel Onfray

C'est donc cela -
le ciel la mer le vent
et vous avec moi

Pascale Senk

. ݁₊ ⊹ . ݁ ⟡ ݁ . ⊹ ₊ ݁.

Publié le 20 Août 2026

𝑀𝑒𝑟𝑐𝑖 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑚𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛 𝑀𝑖𝑗𝑎𝑑𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑎𝑔𝑒 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑡 𝑎𝑙𝑏𝑢𝑚.

 

 

Encore un chaton...

J'ai récemment reçu un album jeunesse d'une grande poésie : Encore un chaton... de Davide Cali et Monica Barengo, publié aux éditions Nord-Sud (Mijade). Ce livre est une véritable respiration à s'offrir en compagnie de ses enfants, à partir d'environ 4 ans.

 

C'est l'histoire d'une maison qui s'ouvre. Un soir, Carla propose d'adopter un chaton. Éric se refuse à accueillir un nouvel animal, temporise. Mais face à l'élan de sa compagne, le destin s'en mêle : un chaton, puis deux, puis trois... finissent par s'installer. Le salon devient un terrain de jeu, leur lit un dortoir et on s'attache aux personnalités uniques de ces petits félins aux prénoms poétiquement épicés.

 

Cet album nous rappelle que pour faire entrer la lumière et adoucir nos vies, il suffit parfois d'accepter de laisser de côté le contrôle pour accueillir le vivant. Les illustrations feutrées et lumineuses enveloppent le coeur d'une immense tendresse. Les tons sépia, les lignes fines, les détails espiègles concourent à nous plonger dans une bulle - presque anachronique ou nostalgique - d'apaisement total.

 

Et vous, quelle présence silencieuse (un animal, une plante, un objet...) apporte de la sérénité dans votre quotidien ? Semons nos douceurs en commentaires.

 

Encore un chaton...
Encore un chaton...
Encore un chaton...
Encore un chaton...
Encore un chaton...

Parfois, Éric et Carla se disaient que huit chats, c'était peut-être un peu beaucoup. Et puis ils n'y pensaient plus. Et entretemps, de nouveaux chats arrivaient et repartaient. Parce que c'est ce que font les chats. Il vont et viennent. Un peu comme toutes les choses de la vie, les belles et les moins belles.