Publié le 18 Juin 2021

Josep

Josep, film d’animation consacré à l'Espagnol Josep Bartolí, a remporté le César du Meilleur film d'animation long métrage aux Césars 2021. La bande dessinée en est une simple adaptation. L'histoire, scénarisée par Jean-Louis Milesi, prend vie grâce aux illustrations d'Aurel, dessinateur de presse. Ils nous racontent sans détours l'histoire du flot de Républicains fuyant la dictature de Franco en février 1939. Submergé, le gouvernement français parque ces Espagnols dans des camps de concentration où beaucoup d’entre eux vont périr faute de soins et de nourriture. Dans un de ces camps, deux hommes, séparés par des fils de fer barbelés, vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est Josep Bartolí, combattant anti-franquiste et dessinateur. De la dureté des conditions imposées par les autorités françaises à l'humanité creusant son sillon malgré tout, le récit est sensible et porté par la voix d'un grand-père en fin de vie s'adressant à son petit-fils. Il est question de résistance, de transmission, de courage, de travail artistique, de résilience. C'est instructif et plaisant à lire. Les illustrations ne sont pourvues que de peu de décors pour laisser place à la caractérisation des personnages et à un jeu d'ambiances colorées. Cet épisode de l'Histoire est bien sombre mais certains personnages portent en eux une douce lumière. Un briquet, un crayon, une chéchia rouge (car il y a des tirailleurs Sénégalais), une casa azul (car il y aura une rencontre avec Frida Kahlo) et l'espoir est permis. Une BD qui a toute sa place dans les CDI des lycées.

 

Publié le 15 Juin 2021

Les embrouillaminis

Dépeint comme un livre dont le lecteur est le héros, ou le co-auteur, ce nouveau récit de Pierre Raufast, dont je connaissais déjà le facétieux La fractale des raviolis, ne pouvait que me tenter. Il sentait bon le souvenir d'enfance et la série des Défis fantastiques. Ces livres-jeux des années 80 hérités de mes cousins avaient pour particularité d'être interactifs en proposant au lecteur de relever des défis et de participer aux choix narratifs. Pierre Raufast se renouvelle en proposant un roman labyrinthique de ce genre, ponctué de ces célèbres formules... Si tu veux en savoir plus sur Les embrouillaminis, rendez-vous au paragraphe suivant. Si tu préfères passer à autre chose, rendez-vous à la critique de mon dernier coup de cœur littéraire en date.

 

Dans Les embrouillaminis, le lecteur est en charge du personnage de Lorenzo, qui va être amené à quitter sa chère vallée de Chantebrie pour découvrir le vaste monde. Ou pas. Qui va vivre une grande histoire d'amour. Ou pas. Être sensible aux battements d'ailes des papillons. Ou non. Après l'avoir lu, que dire ? Oui c'est original, ludique et plutôt bien écrit, avec des clins d’œil à de précédents romans. La mise en abîme des choix de vie est intelligente. Mais non, je n'ai pas été embarquée par l'histoire. Je ne me suis pas totalement attachée au personnage. Je n'ai surtout pas aimé lui / me faire vivre des moments malaisants voire obscènes (au Mexique) ou immoraux (vols). J'aurais préféré des possibilités plus légères. J'ai eu du mal à comprendre la finalité du récit. Donner au lecteur l'illusion de la liberté ? J'ai aimé les pirouettes de l'auteur qui semble parfois laisser le choix à son lecteur tout en gardant la main sur le déroulé de l'histoire (cf. chapitre 46 sur les confitures ou chapitre 54 sur les péripéties) mais je trouve la forme plus réussie que le contenu. J'ai l'impression d'un rendez-vous manqué... j'en suis déçue ! Le concept des narrations multiples avait pourtant tout pour me plaire. Mais ce "roman-château" étant multiple par essence, peut-être ne demande-t-il qu'à être réouvert un jour ? Car c'est là toute l'ambition de l'auteur : laisser le lecteur (chapitre 41) "𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑠𝑜𝑛 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒 𝑠𝑐𝑒́𝑛𝑎𝑟𝑖𝑠𝑡𝑒 [𝑒𝑡] 𝑐ℎ𝑜𝑖𝑠𝑖𝑟 𝑙𝑒 𝑚𝑒𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑐ℎ𝑒𝑚𝑖𝑛 𝑛𝑎𝑟𝑟𝑎𝑡𝑖𝑓. 𝐿𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑟𝑒𝑙𝑖𝑟𝑒 𝑙𝑒 𝑚𝑒̂𝑚𝑒 𝑙𝑖𝑣𝑟𝑒 𝑞𝑢𝑖, 𝑒𝑛 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑠𝑜𝑛 ℎ𝑢𝑚𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑢 𝑗𝑜𝑢𝑟, 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑎 𝑢𝑛𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑒́𝑟𝑒𝑛𝑡𝑒".

 

 

La structure narrative du roman

 

 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 11 Juin 2021

Promenade sous l'océan

Merci à la maison Nathan pour le partage de cet album

 

 

Voici un album qui sent bon la lumière d'été et les profondeurs salées. Paru le mois dernier, ce livre d'éveil cartonné de petit format se glisse aisément dans la valise des vacances. Il éblouira bébé dès ses premiers mois et le plongera au cœur du monde sous-marin, à la découverte des méduses, des hippocampes, des tortues ou encore des dauphins. Grâce à ses décors foisonnants d'anémones et de coraux, ses vives couleurs et ses détails brillants, il émane de cet album une certaine poésie, à la fois douce et vive. Des animations comme des languettes à tirer et des roues à faire tourner permettront de rendre bébé acteur de ses découvertes et de favoriser le développement de sa motricité. Je vous donne rendez-vous sur mon compte Instagram pour en voir plus. Un très joli livre signé Emiri Hayashi (dont on a déjà à la maison Regarde dans la neige) à offrir à un tout-petit.

 

"Sous l'océan immense, les méduses en silence ouvrent le bal et dansent..."

"Sous l'océan immense, les méduses en silence ouvrent le bal et dansent..."

Publié le 8 Juin 2021

𝒆𝓻𝓬𝓲 Flre Vesc pour ce biju !

 

 

D'or et d'oreillers

D'or et d'oreillers c'est un pot-pourri dont émanent notamment les délicieuses effluves littéraires de Jane Austen, de Hans Christian Andersen et de Mary Shelley. C'est un roman qui brille : par sa magnifique couverture de style Art Nouveau, par son humour et ses pas de côté, par sa sensualité, sa finesse et sa modernité. C'est l'histoire croustifondante d'un personnage a priori secondaire qui devient une héroïne audacieuse. C'est l'histoire de Sadima, et de ce qu'elle fait la nuit au creux de son lit.

 

Flore Vesco, que je découvre à l'occasion de cette lecture, nous happe dès les premières lignes. Puis son charme continue d'opérer au grès de chapitres aux titres savoureux : Bouche-à-oreille, Dents longues, Ronds de jambe, Cœur au ventre, Fines bouches et mauvaises langues... Et des mauvaises langues il n'en manque pas dans la haute société anglaise du XIXe siècle. Nous faisons connaissance dès le premier chapitre avec Mrs Watkins, résidant à Greenhead, qui souhaite vivement marier ses trois filles à de bons partis. Elle apprend justement par sa voisine Mrs Barrett que Lord Handerson, riche héritier habitant le domaine voisin, cherche à sceller une alliance. Quelle aubaine ! Mais c'est sans compter sur le test que le jeune héritier a conçu pour choisir au mieux sa future épouse. En effet, chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans un lit d'une hauteur invraisemblable, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Malgré le caractère éhonté de cette épreuve, de nombreuses prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été gentiment conduites au château par leurs parents... et renvoyées chez elles au petit matin sans aucune explication. Les sœurs Watkins tentent elles aussi leur chance, accompagnées par Sadima, leur femme de chambre. Et voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l'épreuve. Elle n'a rien d'une princesse au petit pois, et pourtant...

 

Flore Vesco fait s'envoler sa plume dans de riches métaphores filées, des anagrammes astucieuses et des allitérations savoureuses. Elle revisite de nombreux contes en les épiçant de modernité et de sensualité. De La Princesse au petit pois à Barbe-Bleue en passant par Cendrillon et La Belle et La Bête, les références s'entrecroisent et s'ajoutent à des personnages vifs et déterminés. Elle nous plonge dans une sorte de Chronique des Bridgerton pour mieux nous piéger dans une histoire érotico-magico-psychologique. Et avec beaucoup d'humour et de clins d’œil au lecteur, en plus. Il y est question de corps et de cœurs en miettes, de trous (oui, oui, toutes sortes de trous...), de fantasmes, d'histoires de famille, de sorcellerie et de découvertes intimes. Tout est suggéré, avec finesse. Chaque lecteur, en fonction de sa maturité, comprendra ce qu'il voudra. Le rythme ne faiblit pas et les surprises narratives et littéraires sont au rendez-vous. Le tout est méticuleusement pensé : de l'éclatante première de couverture jusqu'à la dernière ligne des remerciements, en passant par chaque palindrome. C'est une véritable pépite qui vous fera redécouvrir le jeu "Gage ou Aveu" et saupoudrera peut-être quelques paillettes sur votre oreiller le soir venu.

 

D'or et d'oreillers
D'or et d'oreillers

Sadima trouva que les manuels d'anatomie savaient de quoi ils parlaient. Sous le passage des doigts du jeune homme, des pans entiers de sa peau devenaient innervés, enivrés, énergiques.

À son tour, il s'efforça de ne pas sombrer. Il n'y parvint pas. Et tant mieux, car ainsi était maintenu un suspens insoutenable. Nos deux héros, donc, perdirent conscience.

- Maman, maman, dites-moi ! Est-ce qu'ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ?
- Voyons, petite sotte ! Quand comprendrez-vous qu'il ne faut pas croire ce que disent les contes ? Le bonheur, sachez-le, repose plutôt sur la qualité des enfants que sur leur quantité.
- Humpf...

D'or et d'oreillers

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 7 Juin 2021

Les enfants sont rois

Ne vous fiez pas à ce bandeau poétique. Delphine De Vigan nous livre ici un roman oscillant entre un glaçant tableau sociétal contemporain, une enquête policière, un roman d'anticipation et un plaidoyer pour la préservation de l'intimité des enfants.

 

Il s'agit de l'histoire de Mélanie, trentenaire qui s'est retrouvée scotchée devant le visage de la lofteuse Loana pendant son adolescence. L'histoire d'une femme devenue mère de deux jeunes enfants et qui, dans un besoin plus ou moins conscient et maladif d'exister et d'être aimée, va commencer à exposer l'intimité de ses enfants sur les réseaux sociaux. Ainsi va se développer sa chaîne Happy Récré. Être aimée pour l'image qu'elle véhicule sur YouTube et Instagram va l'engager dans une course aux followers et aux "j'aime". Jusqu'à ce que sa fille Kimmy, 7 ans, disparaisse lors d'une partie de cache-cache. Clara, jeune policière en partie en charge de l'enquête, cherchera à comprendre. Elle aura cette intuition d'une enfance maltraitée par le voyeurisme et la marchandisation de ses sourires.

 

Ce livre se lit vite et bien. J'ai aimé le sujet traité et le suspens qui lui a été associé grâce à l'enquête de police pour enlèvement d'enfant. Pour autant, j'ai aussi trouvé que cet enlèvement était utilisé comme un simple prétexte par l'autrice pour faire part de son avis sur le monde de l'influence. Le discours tenu m'a paru clairement didactique. Ce livre est peut-être fait pour des gens plus âgés qui découvriraient les rouages des réseaux sociaux. Pour une trentenaire comme moi, dans la tranche d'âge des protagonistes, la démonstration de Delphine de Vigan n'est pas si instructive. Le propos est intéressant et soulève des questions importantes mais est aussi manichéen. De plus, le déroulement de l'intrigue et la présentation des personnages est assez scolaire.

 

Pour autant, je l'ai lu en étant tout à fait intéressée et happée. J'ai aimé la réflexion sur la fraternité en fin de récit ainsi que la projection dans un futur proche. Ma conviction par rapport à cette exposition des enfants sur les réseaux a trouvé un écho plus politique. En bref : un roman un peu trop dans l'analyse et pas assez dans la fiction mais qui a le mérite de mettre en lumière la question du bouleversement des frontières de l'intimité. Effarant.

 

Question : Qu’est-ce qu’elle dit, maman, quand elle n’est pas contente ?
Réponse : Elle dit que ce n’est vraiment pas gentil de faire ça. Qu’on a beaucoup de chance de ce qui nous arrive, les millions d’abonnés et tout ça, et tous les enfants qui nous aiment, qui veulent faire des selfies avec nous et des autographes quand on fait des meet-up, ils font la queue pendant très longtemps pour nous voir, parfois même deux heures, et eux ils rêveraient vraiment d’être à notre place, en plus nous on est les premiers maintenant, les préférés de tous les enfants de France sur YouTube, plus préférés que Mélys et Fantasia [...]. Alors maman elle dit à Kimmy d’aller se changer vite fait, sinon, elle ne sera plus jamais sur nos vidéos et tant pis pour elle, plus personne ne l’aimera. 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 2 Juin 2021

Maman, je suis réveillée !

Merci aux éditions Hélium pour le partage de cet album

 

qui sort aujourd'hui en librairie

 

 

Une maman réveille sa petite fille. Dans sa chambre, un clin d’œil au célèbre album Petit-Bleu et Petit-Jaune. Leur journée commence, rythmée par les commentaires à haute voix de la petite pipelette : "Maman, je suis réveillée ! Maman, je déjeune ! Maman, je me brosse les dents !". Sa mère, que l'on ne voit pas, répète inlassablement et avec douceur son approbation : "Oui, ma chérie". Nous suivons la fillette de sa maison au parc, où nous faisons connaissance avec trois de ses amies. Puis, sur une double-page blanche, s'impose la voix de sa maman. Il est temps de rentrer. Rien d'extraordinaire ne se passe dans cette histoire... mais le personnage de Didi est ancré dans un quotidien plein de candeur. Par une approche graphique simple et efficace, aux formes géométriques épurées et aux douces couleurs pastels, Mathieu Lavoie livre une histoire malicieuse sur le besoin d'expression des tout-petits. Mine de rien, le jeune lecteur bénéficie aussi d'une initiation à la bande dessinée grâce aux bulles. Les interventions de la maman forment un leitmotiv à la fois drôle, car il souligne le besoin d’acquiescement de Didi, et rassurant car toujours doucement présent. Un album à découvrir dès l'âge de deux ans pour intégrer quelques étapes du déroulement d'une journée et pour sourire des répétitions et de la chute.

 

Pour en voir plus, rendez-vous sur mon compte Instagram !