Publié le 3 Octobre 2025

Où les étoiles tombent

Où les étoiles tombent est le deuxième livre de Cédric Sapin-Defour, auteur de Son odeur après la pluie qui avait fait parler de lui en 2023 et qui évoquait sa relation avec son chien Ubac. Ici encore, il s'agit d'un récit intime, bouleversant, qui raconte le jour où sa compagne Mathilde a été victime d'un accident de parapente et les mois qui suivront pour elle et lui, en tant qu'aidant inquiet, dévoué, admiratif aussi. Car, comme le disent les italiens pour parler des étoiles filantes, les étoiles tombent. Mais elles continuent de briller.

 

En août 2022, au nord-est de l'Italie, le couple, féru de sport et d'évasion en montagne, s'élance dans les airs. Mais Mathilde va rapidement chuter. Le récit revient sur les minutes et les heures de ce jour noir, tout en étant entremêlé du récit des jours d'après. Les allers-retours temporels permettent ainsi une respiration bienvenue. Au départ, Mathilde est dans le coma, polytraumatisée, avec notamment 11 vertèbres et 20 côtes cassées. On ne sait si elle pourra remarcher. De son côté, Cédric est évidemment en proie au désarroi, à l'angoisse, à la culpabilité, à la peine. Et il commence à consigner leur quotidien dans un carnet de bord. Soutenu par l'amour et l'amitié. C'est bien écrit, d'un ton juste et humble. C'est l'histoire d'une reconstruction, d'une renaissance. C'est aussi en filigrane une sorte d'hommage au système de santé et aux soignants. C'est terriblement émouvant.

 

PS : Mon exemplaire est déjà dans d’autres mains que les miennes mais je ne manquerai pas d’ajouter quelques citations supplémentaires par la suite.

 

Bientôt, nous a dit l'ergo, tu pourras te déplacer où tu veux en fauteuil électrique. Dans ta salle de bain et son miroir. Tu trouveras face à toi une dame abîmée qui pourrait te faire peur. N'aie crainte, ne t'enfuies pas, supporte son regard. Comme tous les êtres du miroir, elle ne fait que passer.

J'ai enfin eu Christophe Rulh au téléphone. Il a une voix calme et ce qu'il faut d'accent pyrénéen pour rappeler que la vie peut être drôle. Les Pyrénéens sont comme les Québécois, le plus illustre des docteurs ou le plus zélé des croque-morts, quand il nous parle, on attend une blague. Nous convenons de nous voir dans la semaine. "Vous avez fait le plus dur, reste le plus long, me dit-il. Elle est si passe-partout, cette phase de médecin, qu'elle s'est faufilée par une venelle dont je croyais être le seul à connaître l'accès. Je l'accueille.

Où les étoiles tombent
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Rédigé par Nota Bene

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Publié le 23 Septembre 2025

La bonne mère

Première lecture de la rentrée littéraire 2025. Premier roman signé d'une autrice dont le nom sent bon le sud : Mathilda Di Matteo. Une histoire de femmes, de relation mère-fille, de masculinité toxique et de patriarcat qui traverse le pays comme les classes sociales. Clara et sa mère Véro prennent tout à tour en charge la narration de leur histoire. La jeune fille, tout en retenue, rêve de « monter à Paris » et de s'insérer dans la bonne société, auprès de gens cultivés et ambitieux. Elle suit des études à Sciences-Po et y rencontre Raphaël, de bonne famille, pro start-up et stand-up. La mère est une cagole. C'est-à-dire une femme « qui affiche une féminité provocante et vulgaire », comme nous le précise ce cher Robert. Et ce Raphaël, qu'elle surnomme « le girafon », elle le trouve trop poli pour être honnête. Entre elles, l'amour se mêle à la défiance et l'huile autobronzante se dilue dans les rues ruisselantes de la capitale. Pourtant, face aux dangers de relations hommes-femmes plus que foireuses, elles sauront se retrouver. Car il y a aussi un père dans cette histoire. Plus qu'une histoire de transfuge de classe au style percutant comme je l'imaginais au premier abord, La bonne mère parle en réalité de santé mentale et de violence conjugale. J'ai adoré la première partie, moins la suite. Ce n'est pas forcément le sujet dont j'avais envie qu'on me parle. Par contre le ton vif et solaire mérite clairement qu'on s'y attarde.

 

Les lèvres sont pourpres. Ma fille a pris quinze centimètres en partant de la bouche. J'ai envie de lui dire fais attention. Attention aux regards qui changent et qui te changent en même temps, qui passent des yeux à la bouche et puis aux mains, les mains qui se baladent entre ton dos et tes jambes que tu peux plus prendre à ton cou sans te faire une entorse. Ma fille, attention au stiletto à double tranchant, celui entre danger et pouvoir. Et puis surtout à la lune, à l'adrénaline ou à l'alcool qui te font oublier de tenir tes clés dans la main, ou de te retourner, de changer de trottoir et faire de grandes enjambées, parce que plus le pouvoir est grand, plus les pas sont courts, et c'est comme ça qu'y te feront tomber.

Suite juste après

Gare aussi aux beaux parleurs, aux mots d'amour, ceux qui t'attrapent quan tu baisses la garde et qui cherchent qu'à le voler. J'aimerais lui chuchoter un truc comme ça, joli, comme un rite de passage. Lui dire de grandir pas trop vite en lui pinçant sa petite joue pailletée. Mais je suis pas poétesse ou philosophe. A la place, je lui mets du mascara sur les yeux et la musique un peu plus fort.

Ce ciel bleu quand je frotte mes assiettes, et puis elle, en plein dans ma face, perchée sur sa basilique en haut de sa falaise. Le regard au loin de celle qui sait. De celle qui protège. Sur la photo, on la devine par la fenêtre. On voit pas ses yeux, mais elle et moi, on se connaît. En tient son mioche, tranquille, même si le Petit Jésus avec ses deux mains en l'air il a une tronche à vouloir sauter dans le vide. A part être là et le tenir par les fesses, qu'est-ce qu'elle peut bien faire ? Alors d'accord, le sien de minot finira crucifié. J'ai pas dit qu'il fallait tout faire comme elle. Y en a pas une qui le sait, de toute façon. Comment être une bonne mère.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 10 Septembre 2025

Mãn

Ce livre offert par une collègue en juin dernier m'a ouverte à une littérature dont j'ai peu l'habitude. Kim Thuy est une auteure canadienne d'origine vietnamienne. Elle raconte ici avec pudeur la vie d'une jeune vietnamienne mariée à un restaurateur, lui aussi vietnamien, qu'elle suit au Canada. Elle reconstitue la vie d'une femme, de son enfance dans un pays colonisé puis en guerre à son mariage arrangé. C'est un pêle-mêle de sensations et d'anecdotes chapitrées par des entrées lexicales en vietnamien (comme câm thach qui veut dire jade, nhà hàng qui veut dire restaurant ou encore yên lâng qui signifie silence). Cela raconte l'exil, la cuisine, l'amitié, la réussite, la mémoire des douleurs enfouies, l'amour, les saveurs asiatiques. C'est à la fois pudique et poétique. Le livre se referme sur des recettes vietnamiennes : salade de papaye verte, soupe tonkinoise, poisson caramélisé... comme une mosaïque d'émotions à retrouver.

 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 31 Août 2025

Clamser à Tataouine

C'était une sortie phare du pintemps : le livre de l'acteur ayant le vent en poupe, Raphaël Quenard. J'ai notamment adoré le voir dans le film Yannick et, comme beaucoup, je craque pour sa gouaille inimitable. J'étais donc curieuse de le découvrir à l'écrit. Pour ce qui est du phrasé, pas déçue : lire ce roman, c'est entendre son auteur le prononcer. On retrouve son style un peu fanfaron, oscillant entre langage fleuri et envolées presque philosophiques. Le rythme est maîtrisé, les dialogues sont percutants. En revanche, c'est parfois inutilement grossier. L'idée de départ : être dans les pensées d'un tueur en série qui cherche à se venger de la société en assassinant différentes femmes de la classe dominante. A Tataouine, un jeune homme loge chez une expatriée française âgée avec qui il semble se lier d'amitié. Le temps passant, il décide de lui faire lire son manuscrit, un récit qu'il présente comme fictif mais qui est en réalité autobiographique. L'histoire développe ensuite le quotidien d'un psychopathe beau-parleur à la fois détestable et intriguant. Le tout forme un thriller à l'humour noir et cinglant. Malheureusement, la fin se rêve plot twist décoiffant mais m'a fait l'effet d'un flop déconcertant. Raphaël Quenard ne s'encombre pas de vraisemblance. Par ailleurs, je n'ai pas compris les motivations profondes du personnage. Je ressors donc de cette lecture avec un avis en demi-teinte. Mais si vous aimez la volubilité de l'acteur, alors n'hésitez pas à passer un moment en sa compagnie à travers cette lecture.

 

Toute ma vie, je n'ai cessé d'inventer des statistiques bidons pour clouer le bec des interlocuteurs. Un bon chiffre, ça fait toujours l'affaire. Chaque fois que je me retrouve en difficulté dans un échange, pouf, la petite stat qui va bien. L'appui mathématiques, rien de tel. Les nombres exercent une force redoutable sur l'esprit humain. Romantiques que nous sommes tous par essence, les lettres font partie de nous. Avec les lettres, on se caresse, on s'évade, on s'attendrit, on s'insulte, on se rabiboche, on s'explique des choses... Les chiffres, eux, ne produisent qu'un seul effet. Ils ferment des bouches. L'effet couperet.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 30 Août 2025

Ma vie sans moustache

Je me suis plongée en mai dernier dans la lecture de Romain Puértolas, espérant retrouver l'esprit drôle et absurde de ses précédents romans (La police des fleurs, des arbres et des forêts et Comment j'ai retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès). Il s'agit bien, de nouveau, d'une enquête, pimentée par un retournement final complètement fou. On s'intéresse ici à la vie d'Hitler après sa mort supposée et à sa possible "fugue" en Amérique du sud. C'est tout à fait plaisant à lire. Avec une meta-narration originale qui joue sur les codes de la vraisemblance. Mais est-ce qu'on a un peu l'impression d'un copié-collé de son livre sur XDL ? Oui. Dommage.

Dans la police, j’ai appris que la vérité est en général la solution la plus simple, la plus logique. La vérité est comme la lumière, elle prend le chemin le plus court. Dans 95 % des cas, lorsqu’une femme est assassinée, c’est son conjoint qui a fait le coup. Dans 90 % des cas, si un enfant disparaît, c’est qu’il a été tué par le beau-père ou la belle-mère, en tout cas par la famille directe. La simplicité avant tout. Avant d’inventer des extraterrestres, des monstres, des fantômes, il faut chercher des réponses dans le quotidien, la banalité. Il y a donc fort à parier qu’Hitler s’est bel et bien tiré une balle dans la tête en 1945. (...) Fin de l’histoire. Fin du débat. Mais s’il n’y a pas de débat, il n’y a pas de livre. Ce livre.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 10 Août 2025

Les biens aimés

Dans les années 60, William rencontre Julie. Lui n'a pas eu une enfance très heureuse. Julie, elle, évolue dans une grande famille très soudée. Elle et ses trois soeurs sont inséparables. William devient également une pièce importante de leur puzzle familial. Mais a-t-il choisi la bonne épouse ? Et ses démons d'enfance ne vont-ils pas finir par l'engloutir ?

 

Une fois n'est pas coutume, j'ai lu un roman américain qui vient de sortir en version française. Son autrice m'était jusqu'ici inconnue. J'ai été séduite par la couverture, par l'étiquette coup de coeur apposée par un libraire et par les premières pages parcourues. L'intrigue est intéressante, la forme du roman choral également. Malheureusement, j'y ai trouvé des longueurs, un style un peu trop factuel et des accents mélodramatiques. Pour autant, c'est une jolie histoire de famille, d'amour, de pardon et de liberté d'être soi.

 

Rédigé par Nota Bene

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