Publié le 5 Juillet 2023

Coups de cœurs littéraires 2022-2023

Voici, avec un peu de recul sur mes lectures et comme j'ai l'habitude de la dresser chaque année, la liste de mes coups de cœur littéraires de l'année scolaire écoulée. Je me suis limitée à 6 (quatre romans, dont trois sont disponibles en poche, et deux albums jeunesse). J'y ajoute une BD qui mérite attention. J'espère que vous pourrez y trouver de quoi piocher quelques gourmandises à déguster les pieds dans le sable cet été. Pour enrichir votre liste, vous pouvez également consulter ma liste de l'année dernière.

 

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Zizi Cabane de Bérengère Cournut

 

 ÇA RACONTE QUOI ? La douleur, la violence mais aussi la douceur du deuil au sein d'une famille. La façon dont on se (re)construit sans la présence de sa maman ou de sa compagne.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Parce que de son écriture singulière, Bérengère Cournut revivifie la nature du conte en mêlant magnifiquement prose et poésie, à la frontière du réel.

 

 

La femme gelée d'Annie Ernaux

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'enfance plutôt insouciante et conquérante d'Annie Ernaux. Son adolescence et ses années d'étudiante pleines d'ardeurs parfois réfrénées puis sa mise en ménage et sa vie de femme enlisée par les injonctions sociales qui pèsent insidieusement sur les idéaux du couple.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce que c'est un récit de soi féministe et sociologique dont l'écriture blanche et pourtant révoltée résonne encore en 2023. Et accessoirement, parce qu'elle vient d'obtenir le Nobel de littérature.

 

 

La carte postale d'Anne Berest

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Une enquête sur l'auteur anonyme d'une carte postale dans une famille tragiquement marquée par la Shoah.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce que ce récit est aussi éclairant que poignant et captivant. Il nous confronte aux répercussions du passé sur le présent et livre des interrogations sur les façons de vivre sa judaïcité aujourd'hui.

 

 

Connemara de Nicolas Mathieu

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Les destins croisés d'Hélène et Christophe, prétexte à interroger les critères de réussite sociale et à dresser le portait d'une France parfois amère.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce que c'est LE coup de cœur thématique et littéraire de ces dernières semaines pour moi. Je parle du roman mais aussi de son auteur : beau gosse, engagé et excellent écrivain. Il m'a fait écouter Michel Sardou en boucle dans la voiture pendant plusieurs jours. Son propos psycho-politico-sociologique est porté par une véritable littérature sachant allier poésie et réalisme. Il sait faire preuve d'empathie pour ses personnages. En substance, et avec mélancolie, Nicolas Mathieu nous dit que 𝓁𝒶 𝓋𝒾𝑒, 𝒸'𝑒𝓈𝓉 𝓊𝓃𝑒 𝒻𝑜𝓁𝒾𝑒... 𝑒𝓉 𝓆𝓊𝑒 𝓁𝒶 𝒻𝑜𝓁𝒾𝑒, 𝒸̧𝒶 𝓈𝑒 𝒹𝒶𝓃𝓈𝑒.

 

 

Deux pour moi, un pour toi de Jörg Mühle

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Un ours et une belette s'apprêtent à partager un déjeuner. Au menu : de succulents champignons tout juste trouvés par l'ours et cuisinés par la belette. Oui mais voilà : il n'y en a que trois.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour sa pertinence et sa drôlerie !

 

 

Quelqu'un m'attend derrière la neige de Timothée de Fombelle et Thomas Campi

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est l'histoire d'une hirondelle qui s'appelle Gloria. C'est aussi l'histoire d'un chauffeur-livreur esseulé, Freddy d'Angelo. C'est surtout celle d'un troisième personnage dont il n'est pas question tout de suite et dont l'identité sera révélée à la toute fin de cet atypique conte de Noël.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour son engagement poétique : son message de fraternité qui dit toute la complexité du monde mais aussi tout ce qu'on peut en attendre de bon.

 

 

BONUS BD

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La couleur des choses de Martin Panchaud

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'histoire de Simon, jeune adolescent anglais, qui mise de pauvres économies familiales lors d'une course hippique et qui gagne le gros lot. Il ne pourra encaisser ses gains que si l'un de ses parents signe le ticket. Entre-temps, sa mère tombe dans le coma et son père disparaît.

 

♥ POURQUOI LA LIRE ? Pour son originalité graphique et l'expérience de lecture visuelle inédite. Si on apprécie Quentin Tarantino, aussi.

 

Publié le 3 Juillet 2023

Ultramarins

Avec ce premier roman, Mariette Navarro invite le lecteur dans l’immensité sans bornes et sans repères de l’océan. Nous sommes à bord d’un cargo en route pour la Guadeloupe. Au cours de cette traversée de l’Atlantique, la commandante autorise exceptionnellement une baignade en pleine mer à son équipage exclusivement composé d’hommes. Les marins profitent de ce moment suspendu, bientôt gagnés par le vertige des abysses. Dans le canot qui les remonte à bord après la baignade, quand les hommes se comptent, le compte n’y est pas.

 

"- 𝐴𝑙𝑜𝑟𝑠, 𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑑𝑒𝑚𝑎𝑛𝑑𝑒, 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑙𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑟𝑒𝑚𝑜𝑛𝑡𝑒́ 𝑎̀ 𝑏𝑜𝑟𝑑 ?

- 𝑂𝑛 𝑒𝑠𝑡 𝟸𝟷 𝑑𝑖𝑡 𝑙'𝑢𝑛.

- 𝑉𝑜𝑢𝑠 𝑣𝑜𝑢𝑙𝑒𝑧 𝑑𝑖𝑟𝑒 𝟸𝟶 ?

𝐼𝑙 𝑛𝑒 𝑑𝑖𝑡 𝑟𝑖𝑒𝑛."


À partir de là, nous frôlons le fantastique, sans jamais y tomber. À cet équipage surnuméraire s’ajoute l’apparition d’une brume étrange puis un ralentissement inexpliqué des machines. Le vertige de la baignade en mer semble contaminer la suite de la traversée. C’est à travers les corps, le sien, celui des marins, celui du bateau de marchandises ("un papillon mort, cloué, magnifique"), que la commandante du navire accomplit, comme Ulysse, un voyage qui lui permet de rejoindre les morts, du moins un en particulier, pour mieux s’ouvrir à la vie.

Ainsi, dans un style musical, poétique et sensuel, Mariette nous fait monter sur le pont du navire Navarro pour nous donner à ressentir un processus de deuil et plus globalement notre condition d’être mortel, durant le temps suspendu d’une lecture. J’ai beaucoup aimé l’originalité de l’intrigue et le style déployé. Le livre de bord imaginaire qui résume l’intrigue avec humour (p. 106) se détache du reste mais donne à voir une autre facette stylistique de l’autrice. Le manque d’explication, le caractère un peu trop brumeux des événements et la fin ouverte m’empêchent de qualifier cette lecture de coup de cœur. Pour autant, je vous encourage à plonger dans ce court roman à l’univers singulier, ponctué de quelques références à Moby Dick et à Iphigénie (Guerre de Troie). C’est une épopée maritime à la fois riche et dépouillée et un intéressant portrait de femme. Une lecture iodée qui nous confronte à une inquiétante étrangeté.

 

Ultramarins

Ils tracent un cercle à la surface, on dirait qu'ils prennent la mer pour du papier, leurs bras pour les compas de leur enfance.

Ils commencent donc par là. Par la suspension. Ils mettent, pour la toute première fois, les deux pieds dans l’océan. Se glissent dans l’eau. À des milliers de kilomètres de toute plage. Personne ne le saura jamais, mais c’est maintenant qu’ils naissent, de l’air vers l’eau, expulsés volontaires de leur condition verticale et de leur âge. L’espace d’une seconde ils renversent l’ordre des choses, peut-être que quelque part des oiseaux prennent leur envol à l’envers ou qu’une rivière, d’un coup, remonte à sa source : voilà ce qu’ils pressentent, en vrac, et chacun dans sa langue. Dans la cambrure parfaite de l’horizon, comme naissance c’est beaucoup plus réussi que la première fois, entre les murs carrés d’un hôpital, il y a vingt ans, trente ans, quarante ans, quelque part en Europe.

Mais, pour d'aucuns, c'est trop tard : ils ont eu la pensée nette des kilomètres sous leurs pieds, et ce qu'ils ne s'attendaient pas à rencontrer ici, le vertige, est arrivé. […] Certains, il a suffit d'une seconde, ne peuvent plus regarder l'eau, imaginer la ténèbre du fond, redresser leur corps pour battre des pieds : ils chutent à présent de tous les immeubles possibles, de toutes les falaises de tous les cauchemars. […] Ils n'auront pas été autre chose que des créatures terrestres qui paniquent dans le bleu.

Ultramarins

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 29 Juin 2023

Encabanée

Anouk a quitté son appartement de Montréal pour un refuge forestier dans la région du Bas-Saint-Laurent, en quête de sens et de solitude. Encabanée loin de tout dans le plus rude des hivers, elle se livre sous forme d'un carnet de bord en cherchant à apprivoiser les difficultés quotidiennes (déneigement, chauffage, cohabitation avec la faune locale...).

 

Son journal de bord est accompagné de quelques petits dessins et ponctué de listes amusantes. On s'étonne et s'amuse de certaines expressions québécoises : dormir au gaz, me laisse de lousse, mes bibittes... Le style est plutôt ciselé et poétique, tantôt lyrique, tantôt humoristique. J'ai aimé la réflexion parasitée volontairement (me semble-t-il) par des clichés plein d'autodérision. L'improbable et sensuelle arrivée d'un second personnage en est l'illustration. Un récit sympathique donc, aux accents écologiste et féministe, qui se lit vite et bien. Un premier roman bien écrit sans pour autant se prendre trop au sérieux signé Gabrielle Filteau-Chiba.

 

Chaque kilomètre qui m'éloigne de Montréal est un pas de plus dans le pèlerinage vers la seule cathédrale qui m'inspire la foi, une profonde forêt qui abrite toutes mes confessions.

La ville encrassée où l'on dort au gaz dans un décor d'angles droits.

Mes trois souhaits au génie de la lampe :
- Des bûches qui brûlent jusqu'à l'aube ;
- Une robe de nuit en peau d'ours polaire ;
- Robin des bois qui cogne à ma porte.

Les cols sentent encore ton après-rasage poivré. Si je survie à l'hiver, je sèmerai un potager en portant sur ma peau le parfum de ta bienveillance.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 28 Juin 2023

Camille Claudel : la création comme espace de liberté

Une bande dessinée sur un personnage féminin célèbre mais mal connu : la sculptrice Camille Claudel. En bref, une biographie qui manque d'envergure. Peu d'éléments historiques sur des domaines pourtant riches : le milieu artistique français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle et la prise en charge des troubles psychiques ou psychiatriques à cette même période. Des illustrations qui manquent d'originalité, de modernité et de hauteur. Pour autant, cette BD a au moins le mérite d'exister pour qui veut un rapide aperçu biographique. Elle me semble adapté à des élèves de 3e notamment.

Publié le 28 Juin 2023

Après une session 2022 à assurer la logistique de l'épreuve (gestion du temps et des déplacements des candidats), j'ai pu expérimenter cette année le Grand Oral du baccalauréat du point de vue du jury. En binôme avec une collègue de physique-chimie, j'ai vu défiler plus de 40 candidats, en majorité des spécialités mathématiques / physique-chimie et physique-chimie / biologie-écologie. Mis à part un candidat à qui nous n'avons pas mis la moyenne, les prestations n'étaient pas si mal. Nous avons attribué plusieurs 19 et 20/20. Par contre, le peu de questions posées au sujet de la démarche de recherche et des sources révèlent un énorme manque de discernement sur la validité des informations utilisées. J'ai entendu parler de satellites naturels et artificiels, d'atomes, de radioactivité, d'effet Venturi, d'effet Doppler, de Newton, Kepler, Archimède, de confection de parfums, de chute libre, de Formule 1, de moteur ionique, de glycémie, de cool roofing, de la molécule d'éthanol, etc. J'ai pu échanger avec des élèves visant majoritairement des classes préparatoires, des écoles d'ingénieurs et la faculté de médecine.

 

Anecdote de doc 171

Publié le 27 Juin 2023

Le bureau d'éclaircissement des destins

En Allemagne, l'International Tracing Service est le plus grand centre de documentation sur les persécutions nazies. Irène y trouve un emploi en 1990 et se découvre une vocation pour le travail d'investigation. En 2016, elle se voit confier une mission inédite : restituer les milliers d'objets dont le centre a hérité à la libération des camps. Un Pierrot de tissu, un médaillon, un mouchoir brodé... Chaque objet, même modeste, renferme ses secrets. Il revient à Irène et ses collègues de retrouver la trace des propriétaires déportés et de remettre à leurs descendants le souvenir de leurs parents.

 

Ce roman sur la Shoah de Gaëlle Nohant, mis en avant dans différents médias, s'annonçait prometteur. Pourtant, je n'ai pas été happée et j'ai abandonné sa lecture environ à la moitié. Le sujet est intéressant mais le style est fade, sans envergure. En outre, mêler des éléments historiques si puissants à des personnages fictifs m'a semblé dommage voire inconvenant. Les enquêtes sont complexes et les éléments personnels du personnage d'Irène pas particulièrement convaincants. D'autres romans sur la Shoah, les descendants de déportés et le devoir de mémoire existent (La carte postale d'Anne Berest, pour n'en citer qu'un) et valent meilleures lectures.

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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