Publié le 6 Avril 2026

100 idées pour pratiquer la bibliothérapie

Ce livre est une sorte de guide pratique destiné aux soignants, thérapeutes, professionnels de l'enfance et du livre, qui souhaitent utiliser la bibliothérapie pour accompagner enfants et adultes et compléter leur "boîte à outils" du bien-être. Il a été rédigé par Marine Nina Denis, une professionnelle du livre formée à la sophrologie, à la bibliothérapie et à l'accompagnement des personnes en fin de vie ou endeuillées. Elle se propose ici de présenter les bienfaits de la lecture tout au long de la vie, revient brièvement sur l'histoire de la bibliothérapie et propose des pistes pratiques pour utiliser la lecture et l'écriture comme outils de médiation bibliothérapeutique, notamment envers les jeunes enfants et les seniors.

 

J'ai trouvé que ce livre était une vraie porte d'entrée dans l'univers de la bibliothérapie. On y trouve des informations claires, structurées, concises, pratiques (parfois trop pour la professionnelle que je suis déjà) et quelques exemples de mise en œuvre bienvenus. Il s'apparente à un condensé de micro-formation. Tout ne m'a pas été utile, notamment toute la partie sur la littérature jeunesse et l'accompagnement des enfants que je maîtrise déjà, mais j'ai été sensible à certains éléments comme l'accompagnement des personnes âgées, la sophrologie, la conduite d'un atelier. Sans parler d'ordonnance universelle, on peut apprécier quelques références semées au fil des pages en fonction des publics et des émotions : encourager la lecture de L'alchimiste de Paulo Coelho pour un adulte en quête de sens, celle de L'écume des jours de Boris Vian en cas de chagrin d'amour, celle de Max et les maximonstres de Maurice Sendak pour un enfant en proie à de la colère, ou encore celle de La naissance du jour de Colette pour aborder la peur de vieillir. Bref, le livre comme outil de lien, d'expression et de soin. ₊˚⊹♡

Publié le 2 Avril 2026

Écrire juste pour soi : les mots prennent soin de nous

Là où la lecture, notamment celle des romans et de la poésie, nous aide à appartenir à la communauté de ceux qui ressentent la même chose que nous, l'écriture au contraire nous singularise.

Après ma lecture de Lire pour relier j'ai aussitôt poursuivi par la découverte du troisième essai de Régine Detambel publié l'année dernière : Écrire juste pour soi. Comme on le pressent à la lecture de Lire pour relier, Régine Detambel développe désormais sa réflexion sur la pratique de l'écriture pour soi (à différencier de l'écriture à visée de publication). Elle s'attache à identifier les impacts positifs de nos écritures mêmes les plus ordinaires. Ainsi, écrire, ne serait-ce que quelques lignes dans un journal intime, est un outil de compréhension de soi et du monde, permet d'exprimer son inconfort, son déplaisir, son angoisse, mais aussi de se centrer sur les bonheurs simples. Régine Detambel souligne également la dimension politique de l'écriture pour soi, notamment d'un point de vue féministe. Dans ce troisième essai, elle s'efforce donc de comprendre les usages et vertus de l'écriture personnelle, intégrant au fil du texte des témoignages et bribes d'entretiens menés avec celles et ceux qu'elle accompagne dans leurs pratiques d'écriture.

 

La bibliothérapeute nous parle notamment de l'écriture comme une trace de la voix et du papier comme une seconde peau. Le processus d'écriture est une relation à soi qui permet la symbolisation c'est-à-dire la construction de représentations personnelles de nos expériences. Elle souligne le bénéfice de "ressasser" par écrit car on élabore malgré tout du mouvement. L'écriture, comme la lecture, ont des pouvoirs de régulation émotionnelle et d'encapacitation et des effets exutoires, structurants et transformateurs. Lire et écrire permet de rester créatif et peut même être comparé à de la méditation de pleine conscience. L'écriture, de préférence à la main et non sur ordinateur, que ce soit sous forme de carnets de colères, de collecte, de vivacité, de gratitude, de journal intime, de journal de bord, de journal de rêves, de journaling, d'autopathographie, de recopiage de citations, de poésies, d'exercices d'écriture intuitive ou automatique, permet parfois de dire l'inexprimable.

 

Régine Detambel aborde aussi en fin d'ouvrage les enjeux de l'écriture personnelle à l'heure de l'émergence de l'intelligence artificielle. Elle annonce d'ailleurs s'intéresser particulièrement à ce sujet et travailler à une prochaine publication sur les interactions entre écriture personnelle et robots conversationnels. Pour en savoir plus, je vous recommande d'écouter ou de visionner l'entretien Les bienfaits psychiques et émotionnels des mots avec Régine Detambel du podcast Métamorphose.

Car choisir - ne serait-ce que des mots - est aussi se réinventer. C'est changer en créativité ce qui était fatalité. Là se joue la métamorphose.

Publié le 31 Mars 2026

Lire pour relier : la bibliothérapie à pleine voix

.☆´٭.❀•. Parce qu’il n’aura jamais été aussi essentiel de prendre soin de moi, j’essaye : je ralentis, j’apaise, je savoure, je m’approche du beau, je lis, je peins, je consigne, je recopie, je colle… Et puis j'entrevois une porte dans laquelle j'avais déjà glissé un pied mais que je décide d'ouvrir un peu plus grande... ⋆˚.♡࿔*:・⋆Mes lectures du printemps seront de cet ordre-là : de la réassurance, de la force motrice, de la réinvention, de la métamorphose. Car "𝓁𝒶 𝓅𝒶𝑔𝑒 𝓈𝒶𝒾𝓉 𝓈𝑒 𝒻𝒶𝒾𝓇𝑒 𝓅𝒶𝓃𝓈𝑒𝓂𝑒𝓃𝓉".

 

Crise existentielle, épuisement professionnel, accident de la vie, pandémie... La vie ne manque pas d'épreuves à traverser. La lecture peut se révéler un refuge pour nos souffrances et certaines étapes charnières. Afin de faire face aux défis de l'existence, à tous les âges de la vie, il est bon de se ressourcer en se reconnectant à sa créativité. Comment les livres peuvent-ils apporter un nouvel élan ? Peuvent-ils nous aider ? C'est ce sur quoi revient Régine Detambel dans ce deuxième essai publié sur la bibliothérapie. Ecrivain, soignante et formatrice en bibliothérapie, c'est elle qui a introduit en France il y a dix ans le concept de bibliothérapie. Elle rappelle et enrichit ici son propos. Lire ou écouter lire provoque de multiple effets bénéfiques : l'amélioration de la mémoire et de la réflexion, la régulation de l'humeur, le développement de l'empathie, la diminution des douleurs et des effets secondaires de certains traitements médicaux, la modélisation de notre psychisme pour retrouver de l'élan vital... Elle revient sur la différence entre la prescription de livres de développement personnel et la véritable bibliothérapie créative. Elle développe les notions de catharsis, d'expérience narrative, de poésie-thérapie. Elle évoque l'importance de l'engagement corporel que sous-tend l'acte de lire, l'expérience sensorielle du toucher du papier, l'importance aussi d'aller vers l'écriture en annotant ses livres, en recopiant des citations.

 

Dans un second temps, elle rend compte dans ce livre de l'expérience du groupe Lire & Relier, créé en plein confinement pour accompagner et rassurer les patients âgés mais aussi les adolescents anxieux ou les personnes isolées ayant besoin de se nourrir de mots. Insistant sur les effets thérapeutiques de la voix, elle démontre combien cette pratique de la médiation par la lecture à voix haute est affaire de solidarité, de transmission et de soin.

 

Régine Detambel s'appuie sur des travaux et références scientifiques tout en offrant un certain nombre d'expérimentations concrètes : des retours d'expériences mais aussi des propositions d'exercices pratiques (ce qui manquait effectivement dans son premier livre). Elle revient donc sur les pouvoirs bienfaiteurs des lectures (lues ou entendues) et sur l'importance à la fois de la présence vocale et de la créativité pour réveiller la capacité narrative et enclencher la réinvention de soi.

 

Car on ne lit pas les livres, on les vit.
Mieux, on se lit soi-même dans les livres.

Publié le 26 Mars 2026

Les lendemains

Amande voit sa vie basculer du jour au lendemain. Elle perd son compagnon et son bébé à naître en l'espace de quelques heures. Elle rassemble quelques affaires et loue une petite maison dans un coin de campagne reculé pour vivre son chagrin. Dehors le soleil brille mais elle n'a plus le goût de rien. Lorsqu'elle tombe par hasard sur les calendriers de l'ancienne propriétaire, Mme Hugues, elle décide pourtant, petit à petit, en suivant les annotions manuscrites, de redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des mois, elle va puiser dans ce contact avec la terre, la lumière, la force de s'ouvrir aux rencontres et aux promesses d'avenir. C'est un récit bouleversant, subtil et plein d'émotions, qui fait du bien. Mélissa Da Costa, dont j'avais déjà lu et apprécié Tout le bleu du ciel, m'a une nouvelle fois conquise par une lecture qu'on pourrait qualifier de feel good tout en étant de bonne qualité littéraire. Il y est question de lendemains. De ceux qui déchantent, qui blessent profondément, qu'on ne peut affronter. Mélissa Da Costa nous chuchote pourtant qu'un battement d'aile de papillon, malgré le silence assourdissant des êtres qui nous manquent, peut permettre d'enclencher la reconquête de soi. Pas à pas, grâce à des gens (sa belle-famille, la fille de l'ancienne propriétaire, les jeunes de la MJC), des animaux (un chat gris notamment), des végétaux, reviennent des plaisirs : le goût de jardiner, de cuisiner, de fabriquer et allumer des bougies, etc. Mélissa Da Costa souligne avec empathie et justesse le nécessaire besoin de temps qu'implique une épreuve de vie telle que le deuil. Y sont d'ailleurs évoqués les émouvants cheminements, forcément différents, de la maman et du papa de Benjamin. On souffre avec eux. On suffoque. Et puis, tel un bourgeon réchauffé par les rayons du soleil, on reprend son souffle. On laisse entrer ce qui vient. On célèbre. On partage. On laisse partir... et on chemine vers demain.

 

J'ai laissé entrer un papillon. C'était une erreur. Je voulais simplement laisser entrer un rayon de soleil. Un seul. J'ai entrouvert les volets qui ont grincé d'un air lugubre et le papillon s'est glissé dans ma salle à vivre, sans crier gare. Un papillon, c’est beaucoup trop de vie d’un coup. Des mouvements, de la couleur, une présence… J’étais prête à accueillir un rayon, un seul rayon de l’astre maudit, mais un papillon, non…

La mélancolie c’est le bonheur d’être triste.

Je prendrai la bière que Julie me tendra, je la laisserai m'enivrai en douceur, et puis je ferai danser Richard sur la piste que les gens auront improvisée. Nous danserons tous les deux avec nos pieds maladroits et nos cœurs douloureux, mais nous ne serons pas seuls. Nous serons tous les deux avec notre amour pour toi, un amour à en crever, encore et encore, pour faire honneur à la lumière que tu as laissée derrière toi.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 23 Mars 2026

Celles dont je n'ai pas parlé

DJ Bambi d'Auour Ava Olafsdottir : un roman islandais de la rentrée littéraire 2025 qui m'a semblé prometteur mais qui abordait des problématiques de santé mentale auxquelles je n'étais pas en mesure de me confronter. Déjà lu de la même autrice : La vérité sur la lumière.

 

Neverland de Timothée de Fombelle : une relecture appréciée suite à mon coup de coeur pour la dernière parution de l'auteur intitulée La vie entière.

 

Les belles promesses de Pierre Lemaitre : un début de lecture sympathique mais sans que j'accroche vraiment.

 

Le journal de Samuel d'Émilie Tronche : un roman graphique adapté de la série animée diffusée en 2024 sur Arte que mon fils de 10 ans et moi avons ADORÉ. La suite est d'ailleurs sur le point de voir le jour. Samuel, écolier de 10 ans, à l'aube de son entrée au collège, se confie dans son journal intime. Il parle d'amour, d'une fable de Jean de La Fontaine, de la collection de papiers à lettres Diddl, de vacances à la mer, de jalousie, de deuil, de goûts musicaux. C'est drôle et mélancolique, en noir et blanc. On y respire un peu l'air des années 1990 mais ça reste très actuel (il n’y a qu’à remplacer la souris Diddl par des crayons Legami)... probablement parce qu'on y parle de l'éternelle camaraderie de l'enfance et des prémices de l'adolescence.

 

♡ Et la joie de vivre de Gisèle Pelicot et Judith Perrignon : une lecture incontournable de ce début d'année 2026. Parfois surprenante. Douloureuse. Nécessaire. Celle qui est devenue un symbole mondial de dignité nous raconte son histoire. Ce n'est en aucun cas une leçon. C'est le témoignage d'une femme qui raconte son propre chemin. C'est un livre puissant, qui éclaire. D'un optimisme fou qui surmonte l'horreur et l'abjection. Gisèle Pelicot (née Guillou) se réapproprie son histoire, pour elle-même et pour toutes les femmes.

 

Celles dont je n'ai pas parlé
Celles dont je n'ai pas parlé

Publié le 27 Janvier 2026

La vie entière

A-t-on le pouvoir d'écrire sa propre histoire ? C’est la question que pose Timothée de Fombelle dans son nouveau et bouleversant très court roman édité dans la collection blanche de Gallimard.

 

Paris, 1944. Claire, une jeune résistante de 19 ans, attend son chef de réseau dont elle est secrètement amoureuse. Et Blanche, c'est son nom de code, est en retard. Ce n'est pas bon signe. Peut-être a-t-il été arrêté par les Allemands. Pour tromper l'attente et l'angoisse, elle se met à écrire sur sa machine à écrire et "s'évade". Elle rêve leur folle histoire d’amour. Elle résiste. Par l'amour, l'imagination, la beauté, l’écriture, le temps grappillé. Des souvenirs d'avance se déploient sur le papier. « Les mots tiennent bon » durant toute cette nuit de nécessaire écriture. Comme un acte de foi dans la littérature elle-même, d'une ardeur, d'une délicatesse et d'une beauté de langue enviable. Le seul reproche à formuler : cette forme trop brève qui frustre le lecteur. Mais comme l’expliquait Timothée de Fombelle lors d’une rencontre en librairie, bien qu’il n’en soit pas lui-même coutumier, il adore lire des récits courts et denses. Ici, la narration se déroule le temps d’une nuit, avec un certain compte à rebours qui force à « écrire au rabot ».

 

Claire nous parle de Rosine, une jeune femme résistante comme elle, de son voisin curieux de tout, de Madame Dulacq qui lui a enseigné la dactylographie, d’Émile l’adolescent de quatorze ans à qui elle souhaite bon voyage sur le quai de la gare. Elle parle d’escapade à la plage fin août avec leur premier enfant imaginaire. Paul ou Simon. Elle parle de baisers échangés sur les toits. Elle dit qu’elle veut « être vieille avec une écharpe rose le soir pour aller dîner » et « avoir eu le temps de tout oublier ». Dans l’urgence de cette nuit, Claire, à la fois naïve et lucide, se sauve par les mots et déploie sur le papier les fragments d’une vie entière.

J’ai des souvenirs d’avance. Je les écris dans le désordre, très vite, pour rester vivante. Quand ils n’ont pas encore existé, je les invente.

J’ai vu les dimanches de guerre, la ville heureuse quand même, ce monde partout, la foule au jardin, les goûters dans les landaus, les ponts piétinés, les familles penchées sur la Seine. Le soleil qui fait croire à la paix.
Hier j’ai eu dix-neuf ans, mais il y a sous mes mains cette nuit une femme qui se met à exister dans ma chambre, bavarde et vieille. Elle descend le clavier comme un escalier d’honneur. Une femme très âgée qui parle et me survivra. C’est moi.

J’invente l’endroit où nous attend tout ce qu’on ne vivra jamais. Il est minuit. J’écris vite parce que les lignes sont des années.

Le voisin est curieux de tout. Curieux de Blanche qui vient le soir. Curieux de mes nuits. On est très occupée, mademoiselle. […] Il est tenté d’écrire des lettres à la préfecture. Monsieur, je m’excuse de venir troubler, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance, mademoiselle qui habite au quatrième, des activités impénétrables, reçoit le soir, la nuit, je me permets de vous signaler, pour la France, pour l’honneur, si je ne signe pas ce courrier, vouloir n’en tirer aucune récompense. Et d’autres mots, d’une elle écriture d’écolier.

J’ai aimé tout ce que je ne connaîtrai pas. Ma main dans sa poche. Les draps, le matin, sur la fenêtre. L’étendard de nos nuits, au soleil.

La vie entière

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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