Publié le 7 Mars 2020

Opaque et Opaline

Voici un album découvert par hasard au détour des rayonnages d'un espace culturel et dont le nom de l'auteur a tout de suite attiré mon attention : il s'agit d'Alex Vizorek, humoriste sévissant notamment sur France inter. Écrire une histoire pour enfant est pour lui une première. Elle a été produite dans le cadre du podcast Une histoire et... Oli de France Inter, une série de contes pour les enfants de 5-7 ans. Vous pouvez donc retrouver l'histoire des chevaux de cirque Opaque et Opaline racontée par Alex Vizorek et quelques uns de ses compères en ligne sur le site de la radio. La mise en voix et en bruitages est plutôt réussie et c'est un plus que de pouvoir proposer à un enfant de feuilleter l'album en autonomie, en écoutant le récit en parallèle. Mais revenons-en à cette histoire éditée chez Michel Lafon et illustrée par Karo Pauwels : Opaque et Opaline sont deux chevaux travaillant dans un cirque et dont le numéro est le clou du spectacle. Pour autant, ils ne s'apprécient pas, pour la simple raison que l'une est blanche et l'autre noir. Monsieur Loyal trouve bien dommage leur comportement et décide de remédier au climat tendu en jouant un tour aux deux équidés. Il fait venir un nouvel animal au sein de la troupe et informe les chevaux qu'ils formeront désormais un trio. Opaque et Opaline se retrouve totalement surpris par le nouvel énergumène car il ne s'agit ni d'un cheval blanc, ni d'un cheval noir. Ils font la connaissance de Code-barres, un quadrupède venu d'Afrique. Cet inconnu va finalement rapprocher les deux bourriques... tant et si bien qu'Opaline donnera bientôt naissance à un poulain. Et à votre avis, de quelle couleur sera ce nouveau-né ? La malice d'Alex Vizorek a ici tout le loisir de se déployer pour la bonne cause car vous l'aurez compris, il y a une morale à cette histoire. C'est d'ailleurs un caméléon qui nous la livrera en dernière page : "[...] la couleur, on s'en fout, non ?" (c'est bien vu mais dommage pour le langage familier). Alex Vizorek met évidement un point d'honneur à prôner la tolérance afin de déjouer les pièges du racisme dès le plus jeune âge. Bon sens, humour et bons mots font de cette histoire un album à ajouter à nos bibliographies sur les représentations et l'explication des différences. Non seulement on y aborde le racisme mais on explique aussi ce qu'est le métissage et l'amour interculturel. On ne peut que s'empresser de le découvrir et de le partager autour de soi.

 

Opaque et Opaline
Opaque et Opaline

Publié le 6 Mars 2020

Lily cherche son chat : cherche et trouve autour du monde

Voici un album grand format de chez Nathan à découvrir vers 4 ans. Ludique, il permet à la manière du célèbre Où est Charlie ? de chercher certains éléments de décor et des personnages dans les illustrations proposées. Mon fils a adoré se prêter au jeu !

 

🐈

 

Lily entreprend de chercher Mia, son chat, qui semble être parti à l'aventure. C'est le prétexte à la découverte de différents univers et pays : de l'île de Madagascar au Pérou en passant par le Japon et l'Inde ou encore la Russie. Durant son périple, Lily fait la rencontre de compagnons et demande de l'aide au lecteur. Ainsi, il participe à la lecture en ayant pour mission de repérer certains éléments : quatre noix de coco, six bananes, la clé d'un palais, des traces de pattes laissées par Mia... C'est une bonne manière de développer l'observation fine, d'apprendre à manier les chiffres et d'enrichir son vocabulaire tout en s'amusant. On y apprend par exemple à repérer différentes espèces d'animaux : un flamand rose ce n'est par la même chose qu'un canard à col vert ! Les illustrations sont justement très joliment colorées et riches de détails à déceler, sans pour autant saturer la capacité d'observation des plus petits. On s'y sent bien, comme dans un tableau du Douanier Rousseau. Peggy Nille, grâce à cet album amusant et instructif, nous fait magnifiquement voyager à travers le monde et ses diversités. Une merveille.

 

Cliquer pour agrandir

Cliquer pour agrandir

 

Pour feuilleter le début de l'ouvrage c'est par ici.

Il existe aussi Lily mène l'enquête : cherche et trouve dans Paris

et Lily en reportage : cherche et trouve à New York

et la meilleure des nouvelles c'est que

Je compte les animaux de la ferme sort ce mois-ci chez Actes sud !

 

♡

 

 

Publié le 5 Mars 2020

Sur cette photo quelques objets pour souligner que les filles aux cheveux raides et lisses rêvent aussi parfois de volume, d'épaisseur, de fixation et même de singularité...

Sur cette photo quelques objets pour souligner que les filles aux cheveux raides et lisses rêvent aussi parfois de volume, d'épaisseur, de fixation et même de singularité...

Un article pour signaler la bande dessinée témoignage présente dans le numéro n°15 de la revue Topo (datée de janvier-février 2019) sur la thématique des cheveux crépus. Ce sujet est peu abordé en littérature jeunesse mais m'interpelle depuis que je suis l'heureuse tatie de petites métisses. En évoquant et vous partageant la référence de la bande dessinée ici je me permets d'en garder une trace et peut-être de sensibiliser certains d'entre vous à ce sujet de l'acceptation de soi pour les porteurs de cheveux crépus. Il s'agit ici du témoignage d'Aline Tacite recueilli par la journaliste Martine Abat et illustré par Grégory Mardon. Aline, petite française d'origine guadeloupéenne, nous raconte son enfance et son adolescence à rêver de cheveux lisses. Là se trouve l'origine du métier qu'elle pratique aujourd'hui : coiffeuse spécialisée dans les cheveux bouclés, crépus, frisés et lockés. Elle est devenue propriétaire de son studio de coiffure et organisatrice de Boucles d'ébène, le premier salon français de la beauté des femmes noires et métissées. Les aider à s'aimer, s'estimer pour ce qu'elles sont et non pas grâce à des cheveux brûlés par des lissages permanents, c'est l'objectif que se fixe Aline au quotidien. Son parcours brillant - elle a d’abord été assistante trilingue dans un cabinet d'avocats fiscalistes - est inspirant et la bande dessinée porteuse de valeurs positives et bienveillantes. Elle est à faire lire à toutes les jeunes filles qui ont besoin d'affirmer leur singularité, quelle qu'elle soit. Sur le même thème, je vous invite à redécouvrir mes critiques des albums Comme un million de papillons noirs et L'Afrodoux de Maïssanou.

 

Extraits
Extraits
Extraits
Extraits

Extraits

Publié le 3 Mars 2020

Le discours

Le repas de famille. La pause. Silences. J'ai 40 ans et j'achète des Tic tac pour cacher à mes parents que je fume. Voici quelques idées de titres qui auraient pu être choisis pour le roman de Fabrice Caro (alias Fabcaro, auteur de bande dessinée à l'humour si distinctif, dont j'ai déjà lu ou survolé Et si l'amour c'était aimé ? et Formica : Une tragédie en trois actes). Il met ici en scène Adrien, un anti-héros quelque peu pathétique et autocentré. Désabusé et terriblement attachant, il cache sa tendresse derrière un cynisme désopilant. Lors d'un repas de famille dominical sous le signe du gratin dauphinois, des sourires de façade et des discussions passionnées sur les avantages du chauffage au sol, l'attention d'Adrien est happée par une insoutenable attente : celle de la réponse de Sonia à son sms. Elle lui a déclaré il y a trente-huit jours qu'il valait mieux qu'ils "fassent une pause". Adrien, fébrile, guette la moindre vibration de son téléphone, tout en essayant de faire bonne figure face à ses parents, sa sœur et son beau-frère. Et c'est le jour que choisit ce dernier pour lui demander de faire un discours à leur mariage prochain. Mélancolie et humour cinglant sont les piliers de ce roman qui vous fera pouffer de rire à chaque page et réfléchir à la façon dont vous vous comporterez au prochain repas de famille. À lire d'urgence pour faire travailler vos zygomatiques.

 

Dans la vraie vie, on ne dit pas J’ai besoin d’une pause, ça ne se fait pas, ce n’est pas inscrit dans les codes sociaux. Lorsqu’on est invité à un repas, par exemple, on ne se lève pas soudain en disant J’ai besoin d’une pause, on ne prend pas son imper dans le vestibule et on ne claque pas la porte sans autre explication et justification que J’ai besoin d’une pause. On dit par exemple je suis désolé, ma mère a fait un AVC, je suis très inquiet, je dois vous quitter, ou bien je suis désolé, je suis vegan, je ne supporte pas la vue de ce gigot et de manière générale tout ce qui rappelle la souffrance animale, ce n’est pas contre vous, je suis hypersensible, excusez-moi, on ne dit pas J’ai besoin d’une pause sans rien derrière, sans rien autour.

Et il m’a toujours semblé, paradoxalement, qu’un repas de famille sans silences était le signe d’une famille malade. À mes yeux, l’archétype d’une famille saine, unie et équilibrée est précisément un repas plein de silences, d’échanges de regards tendres, de sourires, d’instants suspendus, on se regarde la bouche pleine, on est ensemble, on est là, on est bien, et ça suffit, pas besoin de se remémorer cette fameuse daube de taureau qu’on avait mangée à Arles en 2013, Tu te souviens ma chérie ? Cherchons ensemble la date exacte de cet événement afin de gagner la partie sur un silence qui nous mettrait tous très mal à l’aise, veux-tu ?

Tu as l'air fatigué Adrien, tu es sûr que tu dors assez ? Ma mère me trouve toujours amaigri, toujours pâle. Non maman, je ne suis pas fatigué, je vieillis.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

Partager cet article

Publié le 24 Février 2020

In waves

Épais roman graphique américain sélectionné au dernier Festival d’Angoulême, In waves est le récit d'un amateur de surf vivant une histoire d'amour endeuillée. Dans cet album de plus de 400 pages, AJ Dungo raconte l'histoire du surf à travers deux grandes figures emblématiques de l'art de la glisse : Duke Kahanamoku, le père hawaïen du surf moderne, et Tom Blake, père de la "hollow board" grâce à laquelle le surf s'est démocratisé. En parallèle, AJ Dungo raconte une autre histoire, la sienne et celle de son amour pour Kristen, rencontrée à l'adolescence et perdue à la suite d'un âpre combat contre un cancer. Jeune sportive aimant pratiquer le basketball et le surf, Kristen subira d'abord l'amputation d'une de ses jambes. Pour autant, son combat est raconté avec pudeur, dignité et aussi une certaine sérénité. Le dessin est épuré et les visages des personnages sont absents ou peu expressifs, reflétant justement la pudeur du récit. Les parties autobiographiques en bichromie bleue, couleur de l'océan et de la tristesse, alternent avec les séquences sur l'histoire du surf, dans les tons bruns. J'ai aimé apprendre quelques éléments de culture hawaïenne et d'histoire du surf. J'ai apprécié la lenteur et le calme se dégageant des planches. On y glisse en se laissant porté par le découpage du scénario et parfois un peu balloté par la houle des émotions de cette histoire d'amour entre AJ et Kristen à la fois banalement belle et singulièrement tragique.

 

La perte d’un être cher et la façon dont on traverse le deuil, en surfant comme on peut la crête d’une grosse vague. Tantôt au-dessus de l’écume, tantôt envahi et fracassé par le poids de l’eau.

 

Je vous invite pour terminer ma chronique à découvrir quelques planches et une interview-vidéo de l'auteur sur le site de l'éditeur Casterman.

 

Publié le 20 Février 2020

Les adultes ne font jamais ça

Merci aux éditions Hélium pour le partage de cet album

 

qui sort en librairie cette semaine

 

 

♡

 

 

Cet album signé par Davide Cali - dont je connaissais déjà le superbe L'ennemi - et Benjamin Chaud permet aux enfants comme aux adultes de relativiser les injonctions comportementales. Et oui, aux adultes aussi il arrive de ne pas être irréprochables ! Ils peuvent être scotchés à leur téléphone, manquer de sens de l'orientation, être espiègles, tricheurs, égoïstes... Mon loulou de 4 ans a beaucoup aimé l'idée de l'album, une fois l'ironie explicitée, et s'est prêté avec plaisir au jeu du commentaire du dialogue texte-image. L'expressivité des personnages est savoureuse. Un album plein de malice à partager entre petits et grands.

Les adultes ne font jamais ça