Articles avec #je lis aussi des bd tag

Publié le 9 Novembre 2019

  • Goulou : lumière sur la mer de Louis Pors : un album à faible tirage proposant l'histoire d'un phare partiellement métamorphe, représenté à l'aquarelle, dont l'aspect un brin rétro n'aura pas su me séduire.
  • L'explorateur de dodo chez L'avion de papier : une idée sympathique mais une écriture qui se perd complètement, des illustrations trop fournies et une intrigue beaucoup trop longue pour le public visé... l'intention est louable mais l'amateurisme trop criant.
  • Un autre regard (T.3) : La charge émotionnelle et autres trucs invisibles d'Emma : une BD au thème principal moins "inédit" que les précédents mais qui a le mérite d'affiner le concept de charge mentale en y plaçant en parallèle celui de charge émotionnelle. Pour en savoir plus je vous propose la lecture de cet article sur le sujet sur mademoizelle.com publié en octobre 2018. Le reste de la BD m'a moins intéressé. Brèves critiques du tome 1 et du tome 2 à retrouver sur le blog.
  • Mentawaï ! de Tahnee Juguin et Jean-Denis Pendanx : une BD anthropologique qui ne m'aura pas vraiment séduite de part son parti pris. Sous couvert de donner la parole au peuple des Mentawaï, j'ai trouvé que la chercheuse se mettait en avant par de la fausse modestie. En outre, je n'ai pas été embarquée par le dessin, ni complètement réaliste, ni emprunt d'un prisme graphique particulièrement enrichissant.
  • La fois où Mémé a vaincu un taureau / a tapé un clown de Vincent Cuvellier : de petits livres très drôles dont l'auteur lui-même m'a fait la lecture (à moi et à d'autres professionnels du livre présents ce jour-là à l'événement Nathan). Une héroïne bien campée, Mémé (quand elle était petite), racontée par sa petite-fille. Un mélange des générations. Une prose qui ne demande qu'à être jouée haut et fort. Des illustrations vives et expressives. Des récits un peu déjantés, tendres et d'une drôlerie populaire.

 

Celles dont je n'ai pas parlé

Publié le 8 Octobre 2019

Une histoire d'amitié masculine

dans le contexte du conflit nord-irlandais

 

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Antoine, luthier parisien, tombe amoureux de l'Irlande : sa culture, ses paysages, ses habitants chaleureux. Il y rencontre Jim et Cathy, qui deviendront de précieux amis. Ils font partie du mouvement républicain irlandais et mènent des actions pour le compte de l'IRA. Un soir, à Belfast, Antoine fait la connaissance du charismatique Tyrone Meehan, activiste et meneur respecté au sein de l'IRA. Il devient pour lui un mentor, un ami, presque un père. Au fil des pages, on suit l'évolution de la forte amitié entre les deux hommes du point de vue d'Antoine, avec pour toile de fond les actions menées contre la puissance britannique. À intervalles réguliers, le récit est entrecoupé de la retranscription de l'interrogatoire de l'un deux, arrêté un jour par l'IRA pour haute trahison. Ici, l'auteur Pierre Alary adapte a priori fidèlement le roman maintes fois primé de Sorj Chalandon. Il propose un univers graphique aux tons naturels et moroses (kakis, verts de gris, bruns, jaunes...) et adopte un trait vif et réaliste. Malheureusement, je n'ai pas été particulièrement conquise par l'intrigue comme par son traitement. Il me semble que les paysages irlandais auraient mérités une mise en valeur plus lumineuse. Les planches monochromes et le découpage peinent à concilier un rythme et une fluidité de lecture. J'ai eu du mal à m'attacher aux personnages. J'ai trouvé que cela manquait d'émotions et d'une vision globale du conflit nord-irlandais. Pour autant, la première de couverture, assez traditionnelle au niveau des codes du genre, est d'une belle nostalgie et le sujet reste intéressant. La BD aura peut-être su trouver ses lecteurs, notamment chez un public masculin.

Le salaud, c’est parfois un gars formidable qui renonce.

Mon traître

Publié le 30 Septembre 2019

Tu sais de mon temps, une nuit comme celle-ci, tu pouvais parler à la lune et elle te répondait.
Le monde d'aujourd'hui est si silencieux.

Eustis, satyre du cortège dionysiaque, a été déchu du royaume des Dieux. Il est condamné à errer dans notre triste monde de mortels et s'en désole, noyant son désarroi dans l'alcool. Un beau jour, par le hasard des rencontres, il apprend que s'ouvre à lui une possibilité de rédemption. Il se voit confier une mission qu'il va tenter d'accomplir - accompagné par de surprenants personnages : un vieux professeur et un fantôme de guerrier - afin de regagner sa place et de rentrer "à la maison".

 

 

Intelligente et drôle, cette bande dessinée magnifique est émaillée de multiples références artistiques. Fabrizio Dori nous offre un travail léché et lumineux : un exercice de style(s) ! Son graphisme, au fil des planches, reproduit de multiples styles picturaux : des silhouettes féminines de l'Art nouveau aux horreurs de la guerre représentées par Otto Dix en passant par des références à Van Gogh, Georges Méliès, Paul Gauguin, Katsushika Hokusai et bien d'autres. D'une sensibilité et d'une virtuosité singulière, la cocasserie de Fabrizio Dori va sans nul doute faire des étincelles ! Son roman graphique fait notamment partie de la sélection du Prix Utopiales BD 2019. En le lisant, on se prend à rêver de champs de tournesols, de lune qui pourrait répondre à nos interrogations, de nuits d'ivresse, de baignade au milieu des nymphes et de fêtes foraines... Procurez-vous cette pépite et embarquez pour l'ivresse d'un voyage incertain mais lumineux !

 

Publié le 2 Juillet 2018

Superbe BD écologiste signée Zep

 

The end

 

Dans le cadre d’un stage, Théodore, activiste écolo plutôt radical, intègre une équipe de chercheurs basée en Suède qui travaille sur la communication des arbres entre eux et avec nous. Ce groupe de travail dirigé par le professeur Frawley (paléo-botaniste) et son assistante Moon tente de démontrer que les arbres détiennent les secrets de la Terre à travers leur ADN. C’est en recoupant ces génomes avec la mort mystérieuse de promeneurs en forêt espagnole, le comportement inhabituel des animaux sauvages et la présence de champignons toxiques que le professeur comprendra que ces événements sonnent l’alerte d’un drame planétaire.

 

The end

J'ai trouvé le dessin classique voire passé de mode. Toutefois, le trait réaliste et les cadrages bien vus nous immerge rapidement dans le récit. Les cases en bichromie (du noir et une couleur) alternent les jaunes, rouges, bleus et verts dans des tons ternes qui me questionnent. Je ne suis pas certaines que ces choix soit judicieux. Pour autant, si le graphisme quelque peu austère n'est à mon sens pas l'atout premier de cet album, je suis sous le charme de l'intrigue.

 

Née d'une anecdote botaniste rapportée par son fils puis d'un travail de documentation, notamment auprès du professeur Francis Hallé qui prête ses traits au fictif professeur Frawley, cette bande dessinée d'anticipation nous fait osciller entre sérénité au contact de la nature et déprime au vue de la catastrophe annoncée. Elle nous fait réfléchir à notre statut d'être humain sur Terre à l'échelle de l'univers. Elle nous interroge sur notre rapport à la nature. Les découvertes scientifiques mises au jour en ce moment au niveau de la botanique ont inspiré Zep pour un scénario bien ficelé à la fois apocalyptique et si vraisemblable. Et si les arbres étaient finalement dotés d'une certaine conscience et d'une certaine volonté ? Juste un gag hors de propos (une référence malvenue au Guide du zizi sexuel ??) à signaler page 20. Pour le reste, une bande dessinée instructive qui s'apprécie grandement.

 

 

Ce sont les arbres qui nous protègent... et pas le contraire. Approchez-les humblement et peut-être apprendrez-vous quelque chose...

 

Plus d'infos :

 

La bande annonce de l'album sur YouTube

 

"Zep prophétise "The end" sur Télérama

 

 

The end

Zep

Ed. Rue de Sèvres

2018 / 90 p.

 

Publié le 28 Juin 2018

Une BD à la poésie amère dans le New-York des années 50

 

Gramercy Park

 

Résumé :

 

New York, 1954. Sur le toit d'un immeuble, une jeune femme s'occupe patiemment des ruches qui l'entourent et semble attendre quelque chose. Dans l'immeuble d'en face, un caïd de la pègre reste cloîtré chez lui à l'exception d'une mystérieuse sortie hebdomadaire. Ils ne se connaissent pas, mais ils se voient. Entre eux, le vide, une voiture de flics et un parc dont l'accès est réservé à quelques privilégiés. Qu'est-ce qui pourrait lier cette ancienne danseuse de l'Opéra de Paris et cet homme insaisissable que tout le monde craint ?

 

 

Mon avis :

 

C'est l'étrange histoire de Madeleine, jeune fille promise à une belle carrière de danseuse à l'Opéra de Paris, se retrouvant apicultrice au sommet des buildings New-yorkais, entre recherche de consolation et vengeance. L'intrigue est bien construite : les éléments du puzzle mettent du temps à s'assembler mais c'est ce qui en fait la réussite. J'ai apprécié lire cette bande dessinée qui, bien que paru chez Gallimard jeunesse, se prête également à un public adulte. Timothée de Fombelle nous propose ici une intrigue d'un genre différent de l'aventure ou du conte féérique l'ayant fait connaître. C'est une plongée dans de mélancoliques et dramatiques tranches de vie, comme l'écoute d'une déchirante chanson de jazz qui mêlerait danse classique, amour, folie, abeilles, maternité, mafia et vengeance froide. Le graphisme aux crayonnés un peu rétro est délicat. Dommage que la mise en couleur n'ait pas toujours été à mon goût. Une belle lecture, qui donne envie de revoir d'anciens films de gangsters et, comme toujours, de suivre de près le parcours de Timothée de Fombelle.

 

 

Plus d'infos à lire et à écouter sur Culturebox par exemple.

 

 

Gramercy Park

Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux

Ed. Gallimard

Coll. Bandes dessinées hors collection

104 p. / 2018

 

Publié le 18 Juin 2018

L’aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux : commencé puis abandonné. Je n'ai pas réussi à entrer dedans. Peut-être parce que j'en attendais trop : son plébiscite l'a finalement desservi. Je m'attendais à une écriture plus poétique et un mystère plus addictif. Les personnages de Nine et de sa mère Titania ne m'ont pas parus attachants.

 

L'aube sera grandiose

 

 

Vous êtes tous jaloux de mon jetpack et En cuisine avec Kafka de Tom Gauld : des BD au format original, recueils des strips parus dans le cahier littéraire dominical du journal The Guardian et qui se savourent comme des gourmandises irrésistibles de drôlerie fine. Des références au monde du livre hilarantes et intelligentes. Brillants d'absurdité !

 

Vous êtes tous jaloux de mon jet-pack
En cuisine avec Kafka

 

Tom Gauld