Publié le 7 Juin 2021

Les enfants sont rois

Ne vous fiez pas à ce bandeau poétique. Delphine De Vigan nous livre ici un roman oscillant entre un glaçant tableau sociétal contemporain, une enquête policière, un roman d'anticipation et un plaidoyer pour la préservation de l'intimité des enfants.

 

Il s'agit de l'histoire de Mélanie, trentenaire qui s'est retrouvée scotchée devant le visage de la lofteuse Loana pendant son adolescence. L'histoire d'une femme devenue mère de deux jeunes enfants et qui, dans un besoin plus ou moins conscient et maladif d'exister et d'être aimée, va commencer à exposer l'intimité de ses enfants sur les réseaux sociaux. Ainsi va se développer sa chaîne Happy Récré. Être aimée pour l'image qu'elle véhicule sur YouTube et Instagram va l'engager dans une course aux followers et aux "j'aime". Jusqu'à ce que sa fille Kimmy, 7 ans, disparaisse lors d'une partie de cache-cache. Clara, jeune policière en partie en charge de l'enquête, cherchera à comprendre. Elle aura cette intuition d'une enfance maltraitée par le voyeurisme et la marchandisation de ses sourires.

 

Ce livre se lit vite et bien. J'ai aimé le sujet traité et le suspens qui lui a été associé grâce à l'enquête de police pour enlèvement d'enfant. Pour autant, j'ai aussi trouvé que cet enlèvement était utilisé comme un simple prétexte par l'autrice pour faire part de son avis sur le monde de l'influence. Le discours tenu m'a paru clairement didactique. Ce livre est peut-être fait pour des gens plus âgés qui découvriraient les rouages des réseaux sociaux. Pour une trentenaire comme moi, dans la tranche d'âge des protagonistes, la démonstration de Delphine de Vigan n'est pas si instructive. Le propos est intéressant et soulève des questions importantes mais est aussi manichéen. De plus, le déroulement de l'intrigue et la présentation des personnages est assez scolaire.

 

Pour autant, je l'ai lu en étant tout à fait intéressée et happée. J'ai aimé la réflexion sur la fraternité en fin de récit ainsi que la projection dans un futur proche. Ma conviction par rapport à cette exposition des enfants sur les réseaux a trouvé un écho plus politique. En bref : un roman un peu trop dans l'analyse et pas assez dans la fiction mais qui a le mérite de mettre en lumière la question du bouleversement des frontières de l'intimité. Effarant.

 

Question : Qu’est-ce qu’elle dit, maman, quand elle n’est pas contente ?
Réponse : Elle dit que ce n’est vraiment pas gentil de faire ça. Qu’on a beaucoup de chance de ce qui nous arrive, les millions d’abonnés et tout ça, et tous les enfants qui nous aiment, qui veulent faire des selfies avec nous et des autographes quand on fait des meet-up, ils font la queue pendant très longtemps pour nous voir, parfois même deux heures, et eux ils rêveraient vraiment d’être à notre place, en plus nous on est les premiers maintenant, les préférés de tous les enfants de France sur YouTube, plus préférés que Mélys et Fantasia [...]. Alors maman elle dit à Kimmy d’aller se changer vite fait, sinon, elle ne sera plus jamais sur nos vidéos et tant pis pour elle, plus personne ne l’aimera. 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 2 Juin 2021

Maman, je suis réveillée !

Merci aux éditions Hélium pour le partage de cet album

 

qui sort aujourd'hui en librairie

 

 

Une maman réveille sa petite fille. Dans sa chambre, un clin d’œil au célèbre album Petit-Bleu et Petit-Jaune. Leur journée commence, rythmée par les commentaires à haute voix de la petite pipelette : "Maman, je suis réveillée ! Maman, je déjeune ! Maman, je me brosse les dents !". Sa mère, que l'on ne voit pas, répète inlassablement et avec douceur son approbation : "Oui, ma chérie". Nous suivons la fillette de sa maison au parc, où nous faisons connaissance avec trois de ses amies. Puis, sur une double-page blanche, s'impose la voix de sa maman. Il est temps de rentrer. Rien d'extraordinaire ne se passe dans cette histoire... mais le personnage de Didi est ancré dans un quotidien plein de candeur. Par une approche graphique simple et efficace, aux formes géométriques épurées et aux douces couleurs pastels, Mathieu Lavoie livre une histoire malicieuse sur le besoin d'expression des tout-petits. Mine de rien, le jeune lecteur bénéficie aussi d'une initiation à la bande dessinée grâce aux bulles. Les interventions de la maman forment un leitmotiv à la fois drôle, car il souligne le besoin d’acquiescement de Didi, et rassurant car toujours doucement présent. Un album à découvrir dès l'âge de deux ans pour intégrer quelques étapes du déroulement d'une journée et pour sourire des répétitions et de la chute.

 

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Publié le 1 Juin 2021

L'âge des possibles

L'âge des possibles est un roman choral aux voix singulières et sensibles, édité par L'école des loisirs pour des adolescents à partir de 13 ans. Rachel, Saul et Temple sont trois adolescent(e)s qui cheminent vers Chicago. Rachel et Saul sont Amish (issus d'une communauté religieuse chrétienne plutôt austère). L'âge des possible ou Rumspringa, est pour eux ce moment traditionnel dans la vie de leur communauté où il leur est possible de découvrir ce qui se passe ailleurs, dans le monde tel que nous le connaissons, pour le rejeter ensuite en toute connaissance de cause. Temple, elle, doit surmonter sa peur de l'inconnu pour quitter l'épicerie familiale et rejoindre sa sœur à Chicago. Ces trois-là seront amenés à se rencontrer et à côtoyer également Frederik, un gamin des rues qui sera leur guide improvisé. Tous vont être profondément effrayés et attirés tout à la fois par l'effervescence citadine. Ils vont découvrir le métro, le bruit, le béton, l'intolérance mais aussi le goût des glaces et des bonbons, les talons hauts, et le beau. Ils vont s'ouvrir à des questionnements et des perspectives nouvelles. Au final, tous ne se saisiront pas des mêmes couleurs pour peindre leur avenir. C'est touchant et intéressant. Pour autant, j'ai le sentiment d'un rendez-vous manqué. J'avais adoré la fantaisie et la douceur de l'écriture de Marie Chartres découverte il y a peu avec son premier roman Bleu de rose. Je ne l'ai malheureusement pas tout à fait retrouvé en lisant L'âge des possibles. Je n'ai pas pleinement apprécié les différents personnages et ai trouvé le mélange de leurs histoires un peu discordant. Cela m'aura cependant permis d'en apprendre plus sur les Amish, a priori sans caricature. Un roman d'initiation original sur l'altérité et l'émancipation qui ne me laissera malheureusement pas un souvenir impérissable.

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 23 Mai 2021

Merci à L'école des loisirs

 

pour le partage de ce superbe album paru le mois dernier

 

 

Julian au mariage

Julian au mariage est le deuxième album de l'illustratrice américaine Jessica Love. J'avais adoré son premier opus, Julian est une sirène, une véritable explosion de couleurs portant un récit sensible et moderne sur la question des représentations genrées. Là encore, Julian est au cœur d'une histoire traitant subtilement de la bienveillance et de la tolérance. Le petit garçon est invité à un mariage. Au-delà de célébrer l'amour entre deux êtres, c'est l'occasion pour lui de jouer avec son amie Marisol. Pendant que les adultes discutent, les enfants filent sous la table puis sous le saule pleureur, accompagnés de la chienne Gloria. Après s'être amusés dans l'herbe, la robe de la petite fille est salie et elle craint de se faire gronder. Heureusement, Julian a le sens du style et de l'imagination mais aussi une grand-mère-veilleuse. La journée reste belle et se termine avec les enfants endormis au pied d'un arbre, proche de la piste de danse, pendant que la fête se poursuit. Cet album est de nouveau une merveille graphique. Les illustrations sont pleines de lumineuses couleurs et mêlent les effets de dentelle à la douceur de la pêche et à la vitalité du rose fuchsia. Le texte est minimal, donnant toute sa force à sa phrase clé : "Un mariage, c'est pour fêter l'amour". En effet, là se love le message véhiculé par l'album. Car il ne s'agit pas d'un mariage commun mais de l'union de deux femmes, noires. Ce n'est pas le sujet du livre et en même temps s'en est justement sa pleine illustration : la tolérance. Ne pas en faire le sujet direct ou en faire un non-sujet permet de défaire en douceur les représentations genrées et de prôner l'acceptation de soi et des autres. C'est donc un album qui parle d'amour de façon inclusive et tout en finesse. Une pépite d'élégance et d'insouciance.

 

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Publié le 2 Mai 2021

Un [pas]sage en librairie IV
Comme j'ai déjà pu le dire, une librairie c'est une grotte pleine de trésors, de laquelle mon petit cœur de lectrice ne ressort pas indemne et de laquelle mes mains ont du mal à ressortir vides. Un passage en librairie c'est l'occasion de craquer... ou pas. Voici un aperçu de ce que j'ai feuilleté lors de ma dernière incursion, dans une librairie bien particulière, celle des Machines de l'île de Nantes ! Située sous la branche prototype de l'Arbre aux hérons, la boutique présente une large palette d'objets (affiches, carnets, produits souvenirs...) ainsi qu'une collection d'ouvrages, jeunesse ou non, sur les thèmes de la préservation de la nature (et en particulier de l'éléphant et des animaux aquatiques), du développement durable, des jardins, de l'architecture, des machines de spectacle... On y trouve aussi des romans et récits de voyages et des documentaires régionaux.
 

 Eau salée d'Émilie Vast :

 

Voici un album au format paysage qui offre de douces illustrations dans le but de faire découvrir la faune et la flore du littoral atlantique. Il est composé de doubles pages immersives et de riches planches documentaires qui se succèdent au fil des heures et des étonnantes transformations de la plage peu à peu submergée par l'eau salée. La vue en tranche nous permet d'observer la fascinante diversité des habitants de l'estran : du couteau à la mouette en passant par le crabe. Un vrai trésor pour les jeunes pêcheurs à pied ! 

 

 

 

 

 Ma maison à la mer de Clara Corman :

 

Voici un album cartonné qui présente deux particularités : en premier lieu, son format de type petit accordéon (leporello). Ensuite, le fait d'être sans texte. Le principe : déplier le livre et observer l'intérieur et l'extérieur de cette maison typiquement bretonne qui sent bon le beurre salée et les crêpes au citron. Manipulation et observation des multiples détails : de quoi plaire aux enfants et donner envie aux parents de réserver une maison d'hôte sur la côte bretonne pour de prochaines vacances !

 

Ne pas hésiter à aller voir sur le compte Instagram de l'éditeur la version dépliée

 

 

 

 Et si ? de Chris Haughton :

 

Et si une bande de singes un peu trop gourmands se laissaient tenter par des fruits appétissants ? Après tout, la voie est libre apparemment… Mais l’est-elle vraiment ?! Un album anglosaxon drôle et malicieux pour aborder la notion d’interdit avec les plus petits. Des couleurs vitaminés, des singes expressifs et un déroulé plein d'espièglerie et de frissons qui plaira même aux plus grands !

 

 

 

 

Et vous, vos dernières trouvailles ?

 

 

Publié le 30 Avril 2021

Renaissances : 6 histoires qui réinventent le monde

Merci à la maison Syros pour le partage de ce roman

 

coédité par la Cité des sciences et de l'industrie

 

 

 

Voici un recueil de nouvelles d'anticipation à découvrir dès 13 ans en parallèle de l'exposition qui sera présentée à la Cité des sciences et de l'industrie à partir du mois de juin. Il s'agit de traiter des évolutions de la sciences et de la technologie et de leur impact sur nos vies en imaginant des futurs proches possibles mais à contre-courant des dystopies habituelles. Six auteurs se sont ainsi prêtés au jeu d'installer leurs personnages dans des univers bouleversés mais porteurs d'espoir, nous permettant de découvrir un nouveau courant émergeant de la littérature de science-fiction : le HopePunk. C'est un courant littéraire qui s'élève contre l'idée d'un avenir tragique et qui défend une vision d'un futur plus juste et porteur d'espoir, de bonté et d'optimisme, en ces temps où la fiction est rattrapée par une réalité anxiogène (cf. article du Monde). Préfacé par Denis Guiot et postfacé par Roland Lehoucq, le recueil rassemble les textes de six grands noms de la science-fiction jeunesse.

 

  • Solange de Paris de Nadia Coste

Violette, étudiante pendant le premier confinement au printemps 2020, découvre la permaculture urbaine, qui permet de faire pousser fruits et légumes chez soi, sur les toits, dans des parkings, etc. Un nouveau Paris, vert et révolutionnaire, s'offre alors à elle et va contribuer à changer sa vie.

 

  • La ferme au chapeau vert de Florence Hinckel

Une crise économique majeure survient brutalement, entraînant notamment des coupures de courant qui mettent en péril la jeune Sofia et son cœur artificiel. Elle accepte alors de suivre son petit ami Gabriel chez ses parents survivalistes. Mais est-ce la solution ?

 

  • La fresque de Christophe Lambert

En 2040, Agnès, 16 ans, vit dans sa communauté et n'aime rien davantage qu'enseigner l'art aux plus jeunes. Alors qu'elle est en conflit avec son père sur cette question des activités artistiques, qu'il juge superflues, une expédition mouvementée va changer la donne.

 

  • Les cueilleurs de vent Yves Grevet

Après un "effondrement", des communautés se sont dressées les unes contres les autres en Bretagne. Une dizaine d'années plus tard, la jeune Yüna décide de contribuer à veiller sur une éolienne offshore. Une rencontre imprévue lui permettra d'aider les ennemis d'hier à se réconcilier.

 

  • La fin du monde de Nathalie Stragier

Gwen, lycéenne fébrile, passe un important examen : elle espère de tout cœur obtenir le permis Internet ! Dans les années 2030, l'addiction des internautes a causé l'effondrement du réseau et depuis, très peu de candidats obtiennent le précieux sésame. Mais pour Gwen, l'échec n'est pas envisageable.

 

  • Meurtre dans la Douceur de Jérôme Leroy

Un effondrement économique, sanitaire et écologique a eu lieu vers 2040. En cette fin de XXIe siècle, une nouvelle société prône la liberté, la franchise et la fraternité. De fait, aucun meurtre n'a été commis depuis environ 40 ans. Et pourtant... une paysanne qui cultivait les terres collectives dans une communauté est retrouvée morte, assassinée. Comment est-ce possible ?

 

 

Ces histoires ont le mérite de nous faire réfléchir, notamment sur une gestion plus raisonnée de nos ressources et sur de nouvelles perspectives de vivre ensemble. Stylistiquement parlant, j'ai plus particulièrement apprécié la nouvelle de Jérôme Leroy.  En terme d'intrigue, j'ai préféré (malgré son titre) La ferme au chapeau vert de Florence Hinckel, à la fois captivant et dérangeant. Il offre une réflexion à la fois sur le repli sur soi et les évolutions du domaine médico-social. Plus ou moins angoissants ou au contraire porteurs d'espoir, tous ces textes illustrent le manifeste de Zanzibar cité en fin d'ouvrage par Roland Lehoucq : la science-fiction représente l'endroit idéal pour "se rencontrer, penser et commencer à désincarcérer le futur".

 

On s'est salué d'un coup de coude avant de s'embrasser. Dans la Douceur, on fait les deux pour se saluer : le coup de coude et le baiser. Le coup de coude pour se souvenir des Epidémies, le baiser pour s'aimer malgré tout.
J'ai commencé à lire alors que se levait "L'Aurore aux doigts de rose" comme dit l'Odyssée. Une odeur iodée planait dans l'air, la marée était basse et on se serait crue à bord du bateau d'Ulysse.

 

Et pour celles et ceux qui seraient intéressés par l'obtention d'un code permettant de bénéficier d'une offre promotionnelle pour l'accès (in situ ou en ligne) de l'exposition Renaissances à la Cité des sciences (valable jusqu'au 31 décembre 2021), ne pas hésiter à me suivre et me contacter sur Instagram !

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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