Publié le 23 Juin 2021

Ça ne tourne pas rond

Merci à la maison Nathan pour le partage de cet album

 

 

Paru le mois dernier, ce petit album de format carré signé Régis Lejonc met en scène un bestiaire amusant. Chaque double-page fait apparaître en rimant un animal dans un véhicule étonnant. On croise ainsi une panthère en trottinette, un panda en mobylette ou encore une gazelle dans un cabriolet. Ça ne tourne pas rond, me direz-vous. Sauf si tout ce petit monde est en réalité sur un... vous l'avez, la chute ? C'est loufoque et amuse bien les petits dès deux ou trois ans. Chez nous la phrase qui a le plus de succès est : "Non mais ça va pas la tête !" sans l'ombre d'un doute. Le plus, c'est l'application gratuite Nathan live ! qui propose la lecture de l'album pour des relectures en toute autonomie. Ça m'a déjà sauvé la préparation du repas une ou deux fois... 😉

 

Pour en voir plus, rendez-vous sur mon compte Instagram
Pour en voir plus, rendez-vous sur mon compte Instagram

Pour en voir plus, rendez-vous sur mon compte Instagram

Publié le 18 Juin 2021

Nous nous sommes construits par les histoires et nous serons effacés par les données...

Préférence système

Dans Préférence système, le dessinateur Ugo Bienvenu s'interroge sur la mémoire de l'humanité, désormais dépendante de la capacité des serveurs informatiques. En 2120, le volume de données informatiques est devenu si conséquent qu'on commence, pour continuer à publier et à conserver de nouveaux fichiers, à effacer des données. Toute archive frappée d'un visa d'élimination par le corps des "Prophètes", chargé d'opérer les choix cruciaux, doit être supprimée. Yves, archiviste du Bureau des Essentiels, ne peut s'y résoudre. Pour les sauver de l'oubli, il sauvegarde clandestinement certaines données, plus poétiques que politiques, (comme le film 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick par exemple) et les rapporte chez lui pour les stocker dans la mémoire de Mikki, son robot domestique. Une infraction grave à l'éthique de sa profession. Les progrès de l'intelligence artificielle ayant par ailleurs permis de confier la charge de la gestation pour autrui (GPA) aux machines, Mikki, androïde hermaphrodite, porte l'enfant d'Yves et Julia, son épouse. Cependant, au Bureau des Essentiels, des fuites ont été décelées et une vaste enquête est lancée parmi le personnel.

 

Cette dystopie relativement facile d’accès m'a convaincu. Elle propose une réflexion sur le stockage de données, la mémoire, le révisionnisme culturel et la transmission tout à fait pertinente. Bourrée de références culturelles (de Tintin d'Hergé à La petite sirène d'Andersen en passant par Sensation de Rimbaud), elle tend à défendre la production culturelle, bien sûr, mais aussi l'importance d'adopter un mode de vie plus lent et contemplatif. À ce titre, le dialogue entre Yves et Mikki sur la différence entre l'être humain (capable de s'émouvoir) et le robot (intelligence artificielle logique) est à souligner. Cette anticipation ne peut qu'alimenter notre réflexion sur nos usages actuels pour préserver les générations futures. La fin ouverte aurait peut-être gagnée à moins l'être mais le scénario global est bien ficelé et les illustrations un peu "vintage" inspirées du pop art bien abouties. Dans la lignée de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, le roman graphique d'Ugo Bienvenu porte des valeurs d'humanisme, de transmission, de sauvegarde d'un patrimoine immatériel commun. Une lecture très agréable à mettre sans hésiter entre les mains des lycéens.

 

Publié le 18 Juin 2021

Josep

Josep, film d’animation consacré à l'Espagnol Josep Bartolí, a remporté le César du Meilleur film d'animation long métrage aux Césars 2021. La bande dessinée en est une simple adaptation. L'histoire, scénarisée par Jean-Louis Milesi, prend vie grâce aux illustrations d'Aurel, dessinateur de presse. Ils nous racontent sans détours l'histoire du flot de Républicains fuyant la dictature de Franco en février 1939. Submergé, le gouvernement français parque ces Espagnols dans des camps de concentration où beaucoup d’entre eux vont périr faute de soins et de nourriture. Dans un de ces camps, deux hommes, séparés par des fils de fer barbelés, vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est Josep Bartolí, combattant anti-franquiste et dessinateur. De la dureté des conditions imposées par les autorités françaises à l'humanité creusant son sillon malgré tout, le récit est sensible et porté par la voix d'un grand-père en fin de vie s'adressant à son petit-fils. Il est question de résistance, de transmission, de courage, de travail artistique, de résilience. C'est instructif et plaisant à lire. Les illustrations ne sont pourvues que de peu de décors pour laisser place à la caractérisation des personnages et à un jeu d'ambiances colorées. Cet épisode de l'Histoire est bien sombre mais certains personnages portent en eux une douce lumière. Un briquet, un crayon, une chéchia rouge (car il y a des tirailleurs Sénégalais), une casa azul (car il y aura une rencontre avec Frida Kahlo) et l'espoir est permis. Une BD qui a toute sa place dans les CDI des lycées.

 

Publié le 15 Juin 2021

Les embrouillaminis

Dépeint comme un livre dont le lecteur est le héros, ou le co-auteur, ce nouveau récit de Pierre Raufast, dont je connaissais déjà le facétieux La fractale des raviolis, ne pouvait que me tenter. Il sentait bon le souvenir d'enfance et la série des Défis fantastiques. Ces livres-jeux des années 80 hérités de mes cousins avaient pour particularité d'être interactifs en proposant au lecteur de relever des défis et de participer aux choix narratifs. Pierre Raufast se renouvelle en proposant un roman labyrinthique de ce genre, ponctué de ces célèbres formules... Si tu veux en savoir plus sur Les embrouillaminis, rendez-vous au paragraphe suivant. Si tu préfères passer à autre chose, rendez-vous à la critique de mon dernier coup de cœur littéraire en date.

 

Dans Les embrouillaminis, le lecteur est en charge du personnage de Lorenzo, qui va être amené à quitter sa chère vallée de Chantebrie pour découvrir le vaste monde. Ou pas. Qui va vivre une grande histoire d'amour. Ou pas. Être sensible aux battements d'ailes des papillons. Ou non. Après l'avoir lu, que dire ? Oui c'est original, ludique et plutôt bien écrit, avec des clins d’œil à de précédents romans. La mise en abîme des choix de vie est intelligente. Mais non, je n'ai pas été embarquée par l'histoire. Je ne me suis pas totalement attachée au personnage. Je n'ai surtout pas aimé lui / me faire vivre des moments malaisants voire obscènes (au Mexique) ou immoraux (vols). J'aurais préféré des possibilités plus légères. J'ai eu du mal à comprendre la finalité du récit. Donner au lecteur l'illusion de la liberté ? J'ai aimé les pirouettes de l'auteur qui semble parfois laisser le choix à son lecteur tout en gardant la main sur le déroulé de l'histoire (cf. chapitre 46 sur les confitures ou chapitre 54 sur les péripéties) mais je trouve la forme plus réussie que le contenu. J'ai l'impression d'un rendez-vous manqué... j'en suis déçue ! Le concept des narrations multiples avait pourtant tout pour me plaire. Mais ce "roman-château" étant multiple par essence, peut-être ne demande-t-il qu'à être réouvert un jour ? Car c'est là toute l'ambition de l'auteur : laisser le lecteur (chapitre 41) "𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑠𝑜𝑛 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒 𝑠𝑐𝑒́𝑛𝑎𝑟𝑖𝑠𝑡𝑒 [𝑒𝑡] 𝑐ℎ𝑜𝑖𝑠𝑖𝑟 𝑙𝑒 𝑚𝑒𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑐ℎ𝑒𝑚𝑖𝑛 𝑛𝑎𝑟𝑟𝑎𝑡𝑖𝑓. 𝐿𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑟𝑒𝑙𝑖𝑟𝑒 𝑙𝑒 𝑚𝑒̂𝑚𝑒 𝑙𝑖𝑣𝑟𝑒 𝑞𝑢𝑖, 𝑒𝑛 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑠𝑜𝑛 ℎ𝑢𝑚𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑢 𝑗𝑜𝑢𝑟, 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑎 𝑢𝑛𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑒́𝑟𝑒𝑛𝑡𝑒".

 

 

La structure narrative du roman

 

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

Partager cet article

Publié le 11 Juin 2021

Promenade sous l'océan

Merci à la maison Nathan pour le partage de cet album

 

 

Voici un album qui sent bon la lumière d'été et les profondeurs salées. Paru le mois dernier, ce livre d'éveil cartonné de petit format se glisse aisément dans la valise des vacances. Il éblouira bébé dès ses premiers mois et le plongera au cœur du monde sous-marin, à la découverte des méduses, des hippocampes, des tortues ou encore des dauphins. Grâce à ses décors foisonnants d'anémones et de coraux, ses vives couleurs et ses détails brillants, il émane de cet album une certaine poésie, à la fois douce et vive. Des animations comme des languettes à tirer et des roues à faire tourner permettront de rendre bébé acteur de ses découvertes et de favoriser le développement de sa motricité. Je vous donne rendez-vous sur mon compte Instagram pour en voir plus. Un très joli livre signé Emiri Hayashi (dont on a déjà à la maison Regarde dans la neige) à offrir à un tout-petit.

 

"Sous l'océan immense, les méduses en silence ouvrent le bal et dansent..."

"Sous l'océan immense, les méduses en silence ouvrent le bal et dansent..."

Publié le 8 Juin 2021

𝒆𝓻𝓬𝓲 Flre Vesc pour ce biju !

 

 

D'or et d'oreillers

D'or et d'oreillers c'est un pot-pourri dont émanent notamment les délicieuses effluves littéraires de Jane Austen, de Hans Christian Andersen et de Mary Shelley. C'est un roman qui brille : par sa magnifique couverture de style Art Nouveau, par son humour et ses pas de côté, par sa sensualité, sa finesse et sa modernité. C'est l'histoire croustifondante d'un personnage a priori secondaire qui devient une héroïne audacieuse. C'est l'histoire de Sadima, et de ce qu'elle fait la nuit au creux de son lit.

 

Flore Vesco, que je découvre à l'occasion de cette lecture, nous happe dès les premières lignes. Puis son charme continue d'opérer au grès de chapitres aux titres savoureux : Bouche-à-oreille, Dents longues, Ronds de jambe, Cœur au ventre, Fines bouches et mauvaises langues... Et des mauvaises langues il n'en manque pas dans la haute société anglaise du XIXe siècle. Nous faisons connaissance dès le premier chapitre avec Mrs Watkins, résidant à Greenhead, qui souhaite vivement marier ses trois filles à de bons partis. Elle apprend justement par sa voisine Mrs Barrett que Lord Handerson, riche héritier habitant le domaine voisin, cherche à sceller une alliance. Quelle aubaine ! Mais c'est sans compter sur le test que le jeune héritier a conçu pour choisir au mieux sa future épouse. En effet, chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans un lit d'une hauteur invraisemblable, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Malgré le caractère éhonté de cette épreuve, de nombreuses prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été gentiment conduites au château par leurs parents... et renvoyées chez elles au petit matin sans aucune explication. Les sœurs Watkins tentent elles aussi leur chance, accompagnées par Sadima, leur femme de chambre. Et voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l'épreuve. Elle n'a rien d'une princesse au petit pois, et pourtant...

 

Flore Vesco fait s'envoler sa plume dans de riches métaphores filées, des anagrammes astucieuses et des allitérations savoureuses. Elle revisite de nombreux contes en les épiçant de modernité et de sensualité. De La Princesse au petit pois à Barbe-Bleue en passant par Cendrillon et La Belle et La Bête, les références s'entrecroisent et s'ajoutent à des personnages vifs et déterminés. Elle nous plonge dans une sorte de Chronique des Bridgerton pour mieux nous piéger dans une histoire érotico-magico-psychologique. Et avec beaucoup d'humour et de clins d’œil au lecteur, en plus. Il y est question de corps et de cœurs en miettes, de trous (oui, oui, toutes sortes de trous...), de fantasmes, d'histoires de famille, de sorcellerie et de découvertes intimes. Tout est suggéré, avec finesse. Chaque lecteur, en fonction de sa maturité, comprendra ce qu'il voudra. Le rythme ne faiblit pas et les surprises narratives et littéraires sont au rendez-vous. Le tout est méticuleusement pensé : de l'éclatante première de couverture jusqu'à la dernière ligne des remerciements, en passant par chaque palindrome. C'est une véritable pépite qui vous fera redécouvrir le jeu "Gage ou Aveu" et saupoudrera peut-être quelques paillettes sur votre oreiller le soir venu.

 

D'or et d'oreillers
D'or et d'oreillers

Sadima trouva que les manuels d'anatomie savaient de quoi ils parlaient. Sous le passage des doigts du jeune homme, des pans entiers de sa peau devenaient innervés, enivrés, énergiques.

À son tour, il s'efforça de ne pas sombrer. Il n'y parvint pas. Et tant mieux, car ainsi était maintenu un suspens insoutenable. Nos deux héros, donc, perdirent conscience.

- Maman, maman, dites-moi ! Est-ce qu'ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ?
- Voyons, petite sotte ! Quand comprendrez-vous qu'il ne faut pas croire ce que disent les contes ? Le bonheur, sachez-le, repose plutôt sur la qualité des enfants que sur leur quantité.
- Humpf...

D'or et d'oreillers

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

Partager cet article