Publié le 15 Octobre 2020

Simone Veil : la loi sur l'avortement

À découvrir en ligne sur le site Vie publique (site d’information qui donne des clés pour comprendre les politiques publiques et les grands débats qui animent la société réalisé par la DILA) : une courte bande dessinée réalisée par Anne-Laure Farges et Bast revenant sur le vote de la loi relative à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dite "loi Veil" par le biais d'une discussion entre deux jeunes filles dont l'une a rendez-vous au planning familial. En complément de la BD d'autres contenus et ressources consacrés aux droits des femmes sont accessibles sur le site web.

 

Publié le 13 Octobre 2020

Mettre un livre entre les mains d'un tout-petit, une drôle d'idée ?

 

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Et pourtant. À peine âgé de quelques mois, un bébé va être sensible au livre et à la lecture. C'est ce que j'expliquais il y a près d'un an dans un article consacré à Mes 5 indispensables pour la bibliothèque de bébé [de 0 à 18 mois]. Petit à petit, avant même son entrée à l'école, les livres vont contribuer à son acquisition du langage et lui feront notamment découvrir les lettres, les chiffres, les couleurs et les formes. Je vous propose donc, après les livres en tissu et autres tout premiers albums, de vous aider à enrichir la première bibliothèque de votre enfant, grâce à mon expertise de médiatrice du livre et de maman. Suivez le guide !

 

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DES IMAGIERS

 

  • À partir de 12 mois mais surtout vers 16 mois se déploie l'apprentissage du langage. Le tout-petit comprend plus de mots qu'il n'en dit mais enrichit aussi très vite son vocabulaire. Vers 18 mois, il est capable de reconnaître certains objets ou personnages dans un livre et de les pointer du doigt si on le lui demande (par exemple si on lui pose la question "Il est où le chat ?"). Il est capable de répéter certains mots entendus plusieurs fois. Tous les livres de type imagier coloré peuvent alors lui être proposés. Ils représentent ce que votre enfant connaît : des objets du quotidien, des animaux, des parties du corps, des actions comme le fait de s'habiller, d'aller à la crèche, de prendre son bain, de manger... L’imagier encourage l’enfant à passer de l’identification à la nomination, stimule ses capacités d’observation, élargit son vocabulaire. C'est pour cela qu'il est important de montrer les images en énonçant les mots correspondant et, à l'inverse, il ne faut pas hésiter à nommer tout ce que montre l'enfant. Le rendre actif le rend aussi plus attentif.

 

 

 

DES ALBUMS

 

  • À partir de 20 à 24 mois environ, l'enfant commence à associer plusieurs mots afin de former des phrases et à comprendre des notions plus abstraites. Par exemple les notions de "haut", "bas", "grand", "petit", etc. Plus tard, il va aussi apprendre à reconnaître puis nommer les couleurs et les formes. On peut alors aller plus loin et proposer des histoires simples à raconter. Quelques idées : Tout et ses contraires de Delphine Chedru, Toutes les couleurs d'Alex Sanders, etc.
  • On peut aussi introduire des lectures ludiques autour des onomatopées : s'amuser à imiter les cris des animaux, les bruits des véhicules, etc. Pour l'intéresser, ne pas hésiter à être expressif, à théâtraliser ! Quelques suggestions à tester : la collection "Bon pour les bébés" de Thierry Dedieu, Le livre des bruits de Soledad Bravi, Splatch ! de Cendrine Borzycki, le récent Boom : le grand imagier des onomatopées de Fred Paronuzzi, etc.
  • Petit à petit, en fonction de l'évolution de l'enfant, on peut le familiariser avec des histoires plus élaborées, plus longues, notamment celles qui mettent en scène des personnages de type Petit Ours Brun, T'choupi ou P'tit Loup dans leur quotidien. On peut ainsi aborder des thématiques d'apprentissages (la propreté, le rituel du coucher, la gestion des émotions...). On peut aussi trouver certaines éditions de contes abordables à cet âge. L'horizon des possibles commence à s'ouvrir !

 

 

 

DES LIVRES INTERACTIFS

 

  • Dans l'idée de le rendre acteur de ses découvertes, il est intéressant de lui proposer des livres animés qui s'apparentent à des jouets. Il existe des systèmes de volets (ou flaps) qui rappellent le jeu du coucou/caché. On peut aussi proposer un livre animé par des languettes à tirer ou des roues à tourner, un livre pop-up ou encore un livre marionnette. Certains proposent des textures particulières (brillantes, rugueuses, lisses, collantes...). Les livres sonores, à puces, permettent à l'enfant de se familiariser avec des comptines, des musiques, des chansons, des sons. Vous pouvez en retrouver des exemples dans mon précédent article cité plus haut.
  • On peut aussi, vers 24 mois, introduire les premiers "cherche et trouve" qui permettent de développer le sens de l'observation. Exemples : les T'choupi cherche et trouve de Thierry Courtin, la collection Cherche et trouve des tout-petits chez Auzou, la collection Le grand cherche et trouve pour les bébés chez Fleurus, etc.
  • Plus original et ludique encore, connaissez-vous les livres olfactifs ? On les appelle aussi les livres à odeurs ou livres à sentir. Ce sont le plus souvent des imagiers parfumés qui se proposent d'accompagner le tout-petit dans sa découverte du monde grâce à une approche sensorielle originale : l'odorat. L'approche olfactive met en place un processus de mémorisation du vocabulaire complémentaire des mémoires visuelle et auditive. L'enfant peut pointer du doigt, nommer... et sentir ! J'y consacrais un article cet été.

 

 

 

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J'espère avoir été claire et à l'origine d'idées intéressantes pour vous encourager à constituer la base de la bibliothèque de votre grand bébé. Si vous souhaitez des titres de livres ou de collections supplémentaires, n'hésitez pas à me solliciter en commentaires ou sur Instagram. N'importe quel bon libraire ou bibliothécaire spécialisé jeunesse se fera également une joie de vous renseigner. Si ce type d'article vous a plu, n'hésitez pas à le partager et à me faire part de vos idées pour les prochaines publications !

 

Publié le 10 Octobre 2020

Anne de Green Gables

Merci à Monsieur Toussaint Louverture

 

pour le partage de ce roman

 

à paraître ce mois-ci

 

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Voici une réédition magnifiquement travaillée du chef-d’œuvre de la littérature anglo-canadienne Anne de Green Gables. Une nouvelle traduction de la série écrite par Lucy Maud Montgomery au début du siècle précédent est publiée à partir de ce mois d'octobre - le deuxième tome suivra en février 2021 - dans un véritable écrin de papier. Qualité du grammage, finitions nacrées et brillantes de la couverture : tout est là pour réjouir les amoureux de l'objet-livre et leur faire trouver une place de choix dans leur bibliothèque à la petite héroïne Anne Shirley.

 

Anne, c'est une jeune orpheline rousse aux yeux verts. Sa toute nouvelle famille d'accueil réside à Avonlea, sur l'Île-du-Prince-Edouard. C'est ainsi qu'elle entre dans la vie de Matthew Cuthbert et de sa soeur Marilla, qui s'attendait à recevoir l'aide d'un garçon pour les travaux des champs et dont elle bouleverse les habitudes. Elle est rêveuse, bavarde, espiègle et débordante d'imagination. Cela lui jouera bien des tours... mais sa personnalité attachante lui vaudra l’affection de tous (ou presque). Cette série est pour moi un souvenirs d'enfance. Je ne savais pas à l'époque, en dévorant les tomes à la couverture grise des éditions France Loisirs, qu'elle était une référence de la littérature anglo-canadienne. Je trouvais l'imagination débordante de l'héroïne fantastique et romantique à souhait ! Amoureuse de la nature, elle savait décrire n'importe quel paysage avec une grande poésie. J'ai apprécié suivre l'évolution du personnage de son enfance à sa vie d'adulte... jusqu'à suivre dans le dernier tome les aventures de Rilla, une de ses filles. Une lecture tout à fait enthousiasmante et vivifiante que je redécouvre plus engagée et féministe que je ne pouvais le percevoir à l'époque. Et pour ceux qui voudraient la découvrir autrement : Anne with an "E" est en ce moment proposé sur Netflix.

 

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Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 9 Octobre 2020

Le livre

Il ne pouvait pas en être autrement. L'anniversaire de mon grand approchant, j'avais une excuse toute trouvée pour craquer sur le dernier né de la collection Mes p'tits docs de chez Milan. Et quel dernier né ! Le centième titre de la collection était l'occasion pour les éditions Milan de mettre à l'honneur la chaîne du livre et l'occasion pour moi d'évoquer avec mes enfants mon domaine d'activité. Je me suis donc procuré ce bel objet au titre doré.

 

Cette collection conçue par Stéphanie Ledu propose depuis 15 ans des documentaires narratifs destinés aux enfants de 4 à 7 ans environ. Les textes et illustrations sont instructifs, le papier indéchirable et les thématiques abordées très variées. J'ai déjà chroniqué sur le blog deux titres de cette collection (Le bébé et Le chocolat), sans parler des titres empruntés à la médiathèque, comme La police ou encore Le bricolage. Nous avons également à la maison plusieurs "Mes docs à coller" qui reprennent la trame du documentaire initial dans un format différent et avec des autocollants à coller au fil des pages pour rendre l'enfant acteur de ses découvertes (sur la plage, la piscine, les dinosaures, les pompiers, etc.).

 

Mais venons-en au titre qui nous intéresse. Dans un premier temps, le sujet du livre est abordé sous un angle historique. On remonte aux origines du livre avec l'apparition de l'écriture et de ses premiers supports. On évoque ensuite l'invention et l'évolution de l'imprimerie et ses conséquences sur la diffusion culturelle. Dans un second temps sont présentées les étapes de la création du livre jusqu'à son arrivée entre les mains du lecteur : autrement dit, ce qu'on appelle la chaîne du livre. Tout est très bien expliqué, sans fausse note. On peut d'ailleurs retrouver un poster à télécharger sur le site web créé à l'occasion de la sortie de ce livre pour s'en donner une idée. J'ai apprécié la distinction faite entre fiction et documentaire. Pour pinailler un peu, j'aime à penser qu'on aurait pu mentionner également les BCD et CDI des établissements scolaires, mais on va considérer qu'ils sont englobés sous l'entité "bibliothèque". Ce livre sur le livre est intéressant et regorge de vocabulaire (du volumen au bibliobus en passant par l'illustratrice). Je suis contente de l'ajouter aux albums de la bibliothèque de mes enfants.

 

Sur cette image est représentée une chose très étonnante. Elle n'a pas de bouche, mais te chuchote des histoires. Elle t'accompagne partout et te fait voyager même si tu restes immobile. Elle ne tombe jamais en panne...

Le livre
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Publié le 2 Octobre 2020

Merci à L'école des loisirs

 

pour le partage de cette jolie fable

 

signée Caroline Solé et Gaya Wisniewski

 

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Thao et le Hamö secret

Après leur titre couronné de succès Akita et les grizzlys, Caroline Solé et Gaya Wisniewski collaborent de nouveau à L'école des loisirs et enrichissent la collection Mouche adressée aux enfants de 6 à 8 ans.

 

Dans ce court roman, nous faisons la connaissance de Thao, un petit garçon aux joues ponctuées de taches de rousseur. Il habite avec ses parents dans une petite maison de pêcheur en bord de mer. Ces derniers, depuis plusieurs mois, entassent des cailloux dans la cave sans réussir à se mettre d’accord sur leur utilité : son père voudrait construire un muret autour du jardin tandis que sa mère préfèrerait agrandir la maison. Un soir, Thao s'endort inquiet des chamailleries de ses parents et des dégâts que pourraient causer les pierres : pourraient-elles endommager le sol de la cave ou envahir sa chambre ? En pleine nuit, il descend à la cave pour évaluer le problème. Là, il va découvrir un petit trou dans le sol et, en tentant de le reboucher, va entendre une voix s'adresser à lui ! Il va finir par plonger dans ce trou et découvrir un monde sous-marin extraordinaire. Aurélia, sa nouvelle et gélatineuse amie plancton, l'aidera à prendre du recul sur sa situation. Le lendemain, il n'en dira rien à ses parents mais eux auront quelque chose de grave à lui annoncer.

 

Caroline Solé nous explique ainsi très simplement et délicatement comment un enfant est une éponge à émotions, sensible au désamour de ses parents, mais aussi comment il peut trouver en lui une force, une réassurance. La maison sous-marine qu'il construit en rêve est le symbole du foyer, non pas au sens de la maison familiale qui n'existera bientôt plus, mais au sens des liens indéfectibles qui l'unissent à ses parents. Le foyer : Lieu où l'on fait du feu. Lieu servant d'abri à des personnes, où habite, où vit une famille. Source d'un rayonnement, lieu à partir duquel se développe, se répand quelque chose. Sans doute beaucoup d'amour.

 

La douceur colorée des aquarelles de Gaya Wisniewski illustrent l'histoire à merveille et insuffle au fil des pages une ambiance à la fois ténébreuse et lumineuse à souhait. Les illustrations s'invitent tantôt au beau milieu des caractères textuels, tantôt sur une page entière voire une double-page. On se surprend à rêver pouvoir rejoindre ce Hamö, un espace où la phosphorescence bleutée du plancton irradie dans le noir des profondeurs et où les cailloux peuvent devenir une maison où l'on dort à la belle étoile en comptant les crevettes et les poissons.

 

 

🐠

 

- Que vas-tu faire avec toutes ces pierres ? demande Aurélia, essoufflée, qui a dû attendre un courant pour le rejoindre.
- Je vais construire ma propre maison ! s'exclame fièrement Thao.

Thao et le Hamö secret
Thao et le Hamö secret
Thao et le Hamö secret
Thao et le Hamö secret

Publié le 29 Septembre 2020

Fille

Voici ma troisième lecture de la rentrée littéraire (après Broadway de Fabrice Caro et Mon père, ma mère, mes tremblements de terre de Julien Dufresne-Lamy). Elle m'aura permise de découvrir Camille Laurens qui m'était jusqu'ici inconnue. J'en ressors un peu déboussolée. Ce récit est déstabilisant de féminisme et d'analyse psychique. Il s'agit de l'histoire de Laurence Barraqué, de sa naissance en 1959 à l'émancipation sexuelle de sa propre fille Alice. Dans cette autofiction sur l'identité féminine, qui navigue de l'enfance à la maternité, Camille Laurens parle avec gravité, s'en empêcher des notes d'humour, de ce que signifie de naître fille - de n'être que fille - et de devenir ensuite mère d'une fille.

 

J'ai été séduite d'emblée par le ton des premières pages mettant en scène la naissance de Laurence. Entre tendresse et rire - jaune parfois ! - le tableau est posé. Son père, grossier personnage de la bourgeoisie rouennaise, attendait avec ferveur un garçon ; c'est "encore" une fille. Après sa sœur aînée Claude, dont le prénom traduisait déjà l'espoir déçu, vient le choix du prénom de ce deuxième enfant : un passage consternant de drôlerie. Ainsi arrive Laurence, qui n'aura de cesse de se battre pour exister pleinement en tant que personne à part entière et pas seulement comme "la fille de", "la sœur de" ou "l'épouse de".

 

Non, pas possible, Juliette c'est le pendant de Roméo, enfin, le pendant, si on peut dire, ah ah ! Juliette c'est le degré zéro du zizi, c'est l'attente de ce qu'elle n'est pas, de ce qu'elle n'a pas, c'est suffixe de fille à vie, c'est fillette, minette, c'est choupette, Juliette c'est le diminutif fait fille, la Julie éternellement diminuée, la vigie du balcon, la rime pauvre pour poète amer, Roméo le héros y brille en creux par son absence.

Tu n'es pas seulement une fille, tu es encore une fille. Tu suis une fille. Ta sœur (tu vas bientôt le comprendre), ta sœur est née avant toi - c'est toi qui, en naissant, lui donnes ce nom de sœur, c'est toi qui vous baptises toutes deux de cet autre nom que fille, de ce nom de sœurs (elle n'en veut pas, ni toi ni personne).

Tu découvres ta famille. À l'oreille, puis à l’œil, au toucher. Avant tout, il y a maman. Maman, c'est le premier mot que tu apprends et c'est un nom de fille. Si tu étais un garçon, ce serait le même, tu ânonnerais maman tout pareil - papa vient après, c'est prouvé. Garçon, fille, tous aiment d'abord maman. L'amour est une fille, à la base. Les sceptiques prétendent que si c'est le premier mot, c'est seulement parce qu'il est le plus facile à prononcer. Mmmmm, font naturellement les lèvres qui cherchent le sein. [...] D'autre part, maman est tout le temps là. Tu cries, elle arrive. Tu as faim, son sein apparaît. [...] Tu notes aussi que la voix de maman est plus douce et plus tendre, elle dit bisous, coucou, chérie, lolo, elle chantonne tous ces mots qui t’endorment.

Un syllogisme s'imprime dans les prémices de ton cerveau : l'amour, c'est être là. Les filles sont là. Donc les filles sont l'amour. Ta sœur toutefois fait exception à la règle. Elle porte des robes, a une voix de crécelle, mais elle n'est pas souvent là et quand elle l'est, tu ne te sens pas en sécurité. Il n'est donc pas certain que ta sœur soit une fille. À vérifier."

 

Par la suite cependant, j'ai été envahie d'un certain malaise à la lecture de passages implacables : l'abus sexuel d'un grand-oncle pédophile, la découverte de la masturbation, l'agression plus ou moins avortée de certains garçons, la mort de son fils nouveau-né... Tout en étant consciente de l'importance de propos circonstanciés pour amplifier la portée clairement militante du récit, j'ai trouvé que c'était parfois trop. Trop étouffant. Trop sombre. Écœurant. Sans doute parce que le statut des hommes est systématiquement négatif. Aucun ne mérite vraiment notre empathie, de l'oncle abject au bête gynécologue en passant par le mari absent. Est-ce que la cause féministe doit forcément se construire en opposition à la gente masculine ? Je ne le crois pas. Une once de lumière dans la figure de l'ancien petit-ami aurait méritée d'être amplifiée. Ceci dit, les figures féminines (grand-mère, mère, soeur...) sont loin d'être parfaites également.

 

Bon, en définitive, poursuit le père, ce n’est pas compliqué, résumons-nous : il suffit d’être sages et d’obéir à votre père. Les filles ont leurs règles et elles suivent les règles, c’est tout.

J'abritais un fœtus et un fantôme. J'étais moitié berceau, moitié cercueil.

Tu es chez toi, dans la rue ou l’autobus, seule ou entourée, tu t’agenouilles pour ramasser quelque chose ou rattacher la bride d’une chaussure et là, sans prière, sans pensée, sans rien, un ange passe, et c’est lui, Tristan, cet absent-là – ton garçon qui fait son tour pour rester encore dans ton cœur.

 

Ce qui fait que je garde tout de même une impression positive de ce roman c'est la thématique de la maternité. J'ai trouvé certains passages très justes, touchants sans être auréolants. J'ai également apprécié - bien que cela doit contribuer à l'impression déstabilisante laissée par le roman - le jeu sur la prise en charge de la narration. C'est tantôt le je, le tu, ou le elle qui est utilisé. Les mots, intimes, sont également choisis avec justesse et parfois difficiles à entendre. Il y a de multiples interprétations psychologiques du langage et des faits. Bien que cela puisse paraître assez tiré par les cheveux parfois, c'est éclairant. Enfin, j'ai trouvé fou de croiser ici une Alice qui fait écho au roman de Julien Dufresne-Lamy et un Tristan qui rappelle celui de Fabrice Caro. Comme un poing levé nous rappelant tout ce que nos consœurs ont pu vivre avant nous et ce que nous pouvons vivre encore, le roman de Camille Laurens me restera probablement longtemps en tête.

 

Alice me regarde.
"Non, ne demande pas à ta maman. Réponds-moi, toi. Pourquoi veux-tu être un garçon ?"
Elle lève le menton, hausse les épaules jusqu'aux oreilles et les laisse retomber en soupirant.
"Parce que... moi j'ai envie, dit-elle.
- Mais oui, Alice ! s'écrie le médecin d'un ton approbateur, tu as raison : toi, tu es en vie."

Je suis précoce, comme fille, oui, ou plutôt, précoce comme une fille : je parle mieux que je ne bouge, j'écoute mieux que je ne cours, je préfère jouer avec les mots qu'à chat perché. Il paraît que la langue est notre privilège, à nous qui apprenons si tôt à limiter notre corps. La parole est notre 'Nautilus', elle a ses abysses.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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