Merci aux éditions Syros pour cet album de référence
réédité à l'occasion des 35 ans de la maison
Le mal et le malheur existent. Faut-il à tout prix en tenir abrités les enfants ? Les préserver, au chaud, à l'abri du malheur - et de la vie - aveugles, sourds, heureux ? Jo Hoestlandt, qui vous aime et sait vous raconter de belles histoires, pense qu'il ne faut pas vous "raconter d'histoires" et que les enfants ont droit à la vérité comme les grands, même quand la vérité fait mal.
Extrait de la préface de Claude Roy
Hélène, aujourd'hui grand-mère, raconte. En 1942, Lydia et elle sont les meilleures amies du monde. Un jour, la maman de Lydia se met à coudre une étoile jaune sur le vêtement de sa fille. Cela semble la contrarier. "Étoile du matin, chagrin, étoile du soir, espoir" dit-elle alors mystérieusement. À travers le regard naïf et bouleversant de la petite Hélène qui s'apprête à fêter ses 9 ans, Jo Hoestland revient ici sur le drame des rafles des juifs à Paris durant la Seconde Guerre mondiale. Dans un style sobre et émouvant, le lecteur est plongé dans un univers où la réalité se superpose à l’insouciance propre à l'enfance. Les illustrations de Johanna Kang accompagnent le texte d'ombres douces et inquiétantes et nous offre un récit de référence pour aborder cette période historique avec les enfants.
Merci à la maison Nathan pour le partage de ce roman
à destination des adolescents
♡
Depuis que j'exerce en lycée général, je m'applique à lire des romans destinés à un public "adulte" afin d’élever le niveau littéraire des élèves. Pour autant, je laisse la porte ouverte aux publications "jeunesse" qui, bien choisies, n'en sont pas moins de qualité, et qui permettent de toucher à des sujets parfois plus proches des préoccupations adolescentes. Dernièrement, j'ai lu en ce sens Brexit romance de Clémentine Beauvais. Cette fois encore, elle a su me séduire... mais pas en tant qu'autrice : elle est ici traductrice ! Et ce n'était pas n'importe quel roman à traduire : Elizabeth Acevedo, américaine d'origine dominicaine, nous offre ici son premier roman, écrit à la frontière entre prose, chant et poésie, puisque c'est de slam dont il s'agit. Enseignante diplômée en arts de la scène et en création littéraire, elle s’est également distinguée en remportant plusieurs concours de slam. Elle prête ses traits d'une époustouflante beauté caribéenne à son héroïne Xiomara, 15 ans. Vivant à Harlem avec ses parents et son frère jumeau "plus vieux [qu'elle] d'une heure [... et] plus doux [...] de plusieurs années", Xiomara dit d'elle qu'elle est née "bourrasque". Mami, leur mère, est très pieuse et peu heureuse dans son couple. Elle élève ses enfants strictement, dans le respect des traditions et de la foi. Elle fait entièrement confiance à son fils, jeune homme plutôt effacé, mais le caractère frondeur et le corps d'adolescente épanouie de sa fille lui font craindre le pire. Xiomara étouffe sous les dures injonctions de sa mère et l'indifférence de son père. Sa situation ne va pas aller en s'arrangeant puisqu'elle va, en cours de bio, être frôlée par l'avant-bras d'un garçon et découvrir "ses regards dardés sur [elle] sous ces cils noirs" qui vont lui faire l'effet d'une "petite flamme fragile, vacillant dans la brise". En parallèle, un club de slam s'ouvre au sein de son lycée. Elle pour qui écrire sa colère au quotidien dans un carnet est un exercice salutaire et passionné se voit proposer un échappatoire. Mais pourra-telle déjouer la surveillance de sa mère pour y participer ? Aman, ce garçon qui l'enfièvre, mérite-t-il d'entendre ses poèmes ? Et Jumeau, qui semble différent ces derniers temps, vivrait-il lui aussi quelque chose qui le dépasse ? D'une poésie percutante, vibrante, ce roman slamé nous entraîne dès les premières lignes dans un tourbillon d'émotions adolescentes : les premiers émois de Xiomara, à la fois si intemporels et modernes, ne peuvent que nous vriller le cœur. Bien que l'intrigue ne soit pas très originale, l'ensemble est touchant et relevé par un magnifique sens du rythme et de la poésie. J'ai adoré et m'efface pour laisser place :
Quand je pense à Aman
des poèmes se construisent en moi,
comme si on m'avait offert une boîte
de Lego-métaphores
que j'enclenche, clic, brique,
après brique.
J'attends qu'on vienne les renverser, mais personne ne semble se préoccuper
de me voir gratter et gratter du papier.
Je voudrais lui dire : si Aman était un poème,
il s'écrirait délié, un peu en diagonale,
sur un sac en papier brun de la bodega,
les lettres pointues, une bonne punch line finale.
Ses mains toutes occupées à prendre des notes
deviendraient métaphore, métonymie
et la douceur de son sourire s'imagerait
sans un cliché.
Il n'est pas assez snob pour un sonnet,
trop délicat pour un cadavre exquis,
et pour un haïku, ça risque de faire serré,
vu tout l'espace qu'il prend dans mes pensées.
Les haïkus c'est
des poèmes en trois vers.
Cinq, sept, et cinq pieds.
L'intérieur est d'une beauté aussi colorée que la couverture :
"Et si tu écrivais un journal ?" m’a demandé Maman. "In English", a-t-elle ajouté. Le lendemain, elle m’a offert ce carnet. Il fallait bien en faire quelque chose. J’ai commencé par écrire qui j’étais. Il me semblait que c’était un bon début. "My name is Jeanne Louvier."
Jeanne, une héroïne déjà connue chez Syros (ce qui n'empêche pas de découvrir ce livre indépendamment des précédents), commence ici son journal intime en se disant qu'utiliser l'anglais n'est peut-être pas une si mauvaise idée pour protéger certains de ses secrets de l'indiscrétion de sa mère. Par un concours de circonstances, elle se retrouve justement invitée à Londres avec sa BFF (best friend forever) et impliquée dans une affaire de vol de porte-monnaie en perles. Elle mène alors l'enquête tout en essayant de développer son aisance linguistique. Le récit est plutôt drôle et bien mené et apporte certainement une véritable satisfaction au jeune lecteur lorsqu'il se surprend à comprendre l'intégralité du dernier chapitre rédigé en anglais ! En effet, ce court roman de la collection Tip tongue propose un apprentissage progressif de la langue étrangère. Le héros ou l'héroïne de chaque histoire, jeune francophone, part dans un pays anglophone (ou germanophone, hispanophone) et vit une aventure en immersion. Les personnages et le narrateur sont là pour guider l'air de rien le lecteur et le plonger petit à petit dans un bain de langue qu'il aura plaisir à comprendre. Les stratégies mises en place par les héros sont applicables "dans la vraie vie" et permettent d'avancer dans la compréhension du récit notamment à l'aide d'illustrations, d'explications et de nombreuses répétitions. Par ailleurs, la version audio de chaque roman est téléchargeable gratuitement, ce qui permet de se familiariser avec la prononciation, l'accent à mettre en œuvre. Le titre évoqué ici, écrit par Stéphanie Benson et Claudine Aubrun, se destine aux plus jeunes apprenants (environ 8 ans). J'ai trouvé le concept très intéressant mais serais curieuse de le découvrir avec un niveau de langue plus approfondi et une intrigue destiné à un public plus mature car les échos de certains collègues enseignants sont mitigés. Pourtant, la collection a obtenu en 2015 le Label européen des langues récompensant des projets pédagogiques d’excellence en matière d’apprentissage et d’enseignement innovants des langues étrangères.
Pour les petits bouts qui du haut de leurs deux années vont bientôt faire leur entrée à la maternelle ou pour ceux qui vivent plus ou moins bien les premières semaines d'école, voici un album drôle et dédramatisant. Dans quelques jours, Max rentre à l'école maternelle pour la première fois.
La maman de Max compatit : l'école, c'est terrible ! Elle fait la liste des activités désagréables que Max va devoir endurer : peindre avec les doigts, jouer au toboggan à la récré, fêter les anniversaires de chacun, se déguiser pour le carnaval... Elle ne cherche pas à le faire changer d'avis frontalement mais abonde dans son sens, utilisant l'ironie, pour le persuader en douceur que finalement, l'école, ça semble plutôt chouette. Il y a un an, je chroniquais Dans le ventre de maman, de la même série, et j'étais sous le charme. Il y a quelques jours je vous présentais avec engouement le dernier né Et moi quand je serai grand. Je vous encourage à nouveau à découvrir le personnage de Max sans hésitation ! Les illustrations vitaminées sont toujours aussi chou et le propos amusant et apaisant.
Merci à la maison Nathan pour le partage de cet album
qui sort demain dans toutes les bonnes librairies
♡
Si je vous dis opéra, cygne, prince et pointes, vous me répondez ? Le lac des cygnes, chef-d’œuvre de danse et musique classiques. Charlotte Gastaut a déjà produit une magnifique version en dentelle de papier de ce récit majeur. Ici, bien que moins original, le travail de l'illustratrice Alexandra Huard n'en est pas moins sublime, rendant hommage aux éclairages de la scène et aux postures graciles des danseuses de ballet. Pascale Maret, agrégée de lettres modernes ayant soutenu une thèse en études théâtrales sur le ballet, nous livre ici l'adaptation de la version du chorégraphe Rudolf Noureev créée pour le Ballet de l’Opéra de Paris en 1984. Elle est l'interprétation la plus psychanalytique et pessimiste de l'histoire : celle-ci se termine sur l'échec du prince. Dans un château vit le prince Siegfried, romantique et rêveur. Sa mère exige qu’il devienne roi et se marie. Mais Siegfried refuse un mariage sans amour. Le soir venu, il rencontre au bord d’un lac la princesse Odette.
Siegfried errait sur la rive, lorsqu'il aperçut une silhouette d'une blancheur éblouissante qui glissait entre les roseaux. Il crut d'abord que c'était un cygne, mais en s'approchant il vit que c'était une jeune fille d'une grande beauté. Sa robe semblait cousue de plumes et ses gestes rappelaient les mouvements gracieux des oiseaux.
Victime de l’enchantement d'un sorcier, la princesse se transforme en cygne le jour et redevient une femme au coucher du soleil. Seul un amour véritable pourrait la délivrer de ce sortilège. Cette histoire d'amour impossible, qui met en scène le symbole de pureté qu'est le cygne blanc, est portée par les mélodies puissantes de Tchaïkovski. Odette symbolise la femme parfaite vers laquelle Siegfried doit aller, bien qu’il soit irrémédiablement attiré vers un désir plus sombre et inavouable (l’homosexualité...) représenté par Odile, le cygne noir manipulé par le méchant sorcier Rothbart. Au final, Odette reste sous l'emprise du sortilège et Siegried finit seul et désespéré. La sombre forêt, le lac et les plumes des cygnes offrent des éléments féériques aux metteurs en scène et costumiers et l'ambiance me semble ici bien restituée par l'illustratrice. Pour faire de l'album une véritable pépite, il aurait selon moi fallu jouer sur des dorures, à l'instar de la première de couverture : quoi de mieux pour faire briller les yeux des enfants (et des mamans) ? C'est en tout cas un magnifique conte à redécouvrir et à faire découvrir sans s'embarrasser d'interprétation à partir de 5 ans environ.
Antoine, luthier parisien, tombe amoureux de l'Irlande : sa culture, ses paysages, ses habitants chaleureux. Il y rencontre Jim et Cathy, qui deviendront de précieux amis. Ils font partie du mouvement républicain irlandais et mènent des actions pour le compte de l'IRA. Un soir, à Belfast, Antoine fait la connaissance du charismatique Tyrone Meehan, activiste et meneur respecté au sein de l'IRA. Il devient pour lui un mentor, un ami, presque un père. Au fil des pages, on suit l'évolution de la forte amitié entre les deux hommes du point de vue d'Antoine, avec pour toile de fond les actions menées contre la puissance britannique. À intervalles réguliers, le récit est entrecoupé de la retranscription de l'interrogatoire de l'un deux, arrêté un jour par l'IRA pour haute trahison. Ici, l'auteur Pierre Alary adapte a priori fidèlement le roman maintes fois primé de Sorj Chalandon. Il propose un univers graphique aux tons naturels et moroses (kakis, verts de gris, bruns, jaunes...) et adopte un trait vif et réaliste. Malheureusement, je n'ai pas été particulièrement conquise par l'intrigue comme par son traitement. Il me semble que les paysages irlandais auraient mérités une mise en valeur plus lumineuse. Les planches monochromes et le découpage peinent à concilier un rythme et une fluidité de lecture. J'ai eu du mal à m'attacher aux personnages. J'ai trouvé que cela manquait d'émotions et d'une vision globale du conflit nord-irlandais. Pour autant, la première de couverture, assez traditionnelle au niveau des codes du genre, est d'une belle nostalgie et le sujet reste intéressant. La BD aura peut-être su trouver ses lecteurs, notamment chez un public masculin.
Le salaud, c’est parfois un gars formidable qui renonce.