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Publié le 26 Novembre 2024

"Les livres de chevet, comme la liste de courses ou le journal intime, ne sont pas censés être vus par d’autres. Ils relèvent du privé. C’est donc une chose importante. Ils s’accumulent là sans recherche, sans coquetterie, sans qu’on y prenne garde. Le tas se forme comme une sédimentation sur des fonds marin, grossie lentement au hasard des vents, des vagues et des courants. Des fragments épars, poussés par les cours d’eau et les tempêtes finissent par s’agréger là au fil du temps. Cette pile de livres est en quelque sorte la cartographie, le portrait d’un moment. Un cliché instantané, qui dure le temps qu’un intérêt s’érode, que l’édifice (précaire) s’écroule ou qu’un nécessaire rangement vienne balayer l’ensemble. On trouve là des livres depuis longtemps aimés et qu’on garde près de soi comme des grigris, des livres d’auteurs découverts récemment, des livres prêtés qu’on a oublié de rendre, des livres empruntés, des livres offerts, des livres tout juste retrouvés, des livres qu’on relit sans cesse, des livres qu’on aimerait relire, des livres auxquels on voudrait accorder une nouvelle chance, des livres qu’on aimerait lire mais qu’on ne lira jamais, des livres décidément trop compliqués, des livres décevants, des livres écrits par des amis, des livres qui nous sont tombés des mains, des livres dont on se dit qu’il faudrait tout de même les lire un jour (Quel manque de culture ! Tu ne l’as pas lu ? C’est pourtant un classique...), des livres qu’on nous a conseillés, des livres dont on a oublié pourquoi ils se trouvaient là... des livres, toutes sortes de livres sur ma table de chevet."

 

Clémentine Mélois

Dehors, la tempête

 

 

Sur ma table de nuit, il y a toujours des livres en attente : d’être lus, chroniqués, rendus, prêtés. On y trouve aussi une lampe de chevet, une gourde d'eau, une boîte de mouchoirs. En ce moment s’y trouve, attendant que mes mains soient occupées à autre chose qu'un tricot ou un puzzle (#cosyseason) :

  • Messieurs, encore un effort... d'Élisabeth Badinter
  • Racines de Lou Lubie
  • À la ligne de Julien Martinière

 

Publié le 6 Novembre 2024

Badjens

Voici un roman de Delphine Minoui, dont j'ai déjà lu Les passeurs de livres de Daraya, qui n'est pas catégorisé jeunesse mais qui pourrait. Il met en scène le monologue intérieur et l'émancipation de la jeune iranienne Zahra, 16 ans, au cœur de la révolte "Femme, Vie, Liberté" à l'automne 2022. L'adolescente évoque sa naissance indésirée, sa mère protectrice, son père castrateur, ses copines, ses amours, son corps assoiffé de liberté et pourtant si contraint. A travers le parcours de la jeune impudente - "Bad-jens : mot à mot, mauvais genre. En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée." - on comprend mieux les tensions à l'œuvre en Iran. Ce n'est pas très poussé littérairement parlant mais c'est une nécessaire et accessible sensibilisation à la condition féminine iranienne.

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 5 Novembre 2024

Terrasses

Dans une série de monologues intérieurs entrecroisés, Laurent Gaudé retrace la soirée du 13 novembre 2015. Les promesses d'un doux vendredi soir dans la capitale puis l'horreur en terrasse et la prise d'assaut du Bataclan. Les victimes convoquées le sont ici au sens large : simples civils tués ou blessés, otages, rescapés, pompiers, policiers, membres des forces spéciales, médecins, infirmiers, opérateurs téléphoniques, agents de nettoyage, habitants du quartier spectateurs du drame, parents de victimes, etc. Tous nous émeuvent profondément. J'ai été en larmes plusieurs fois et j'ai dû fractionner ma lecture pour mieux l'apprécier et la digérer. La narration est rythmée par un découpage bien pensé. La personnification du Hasard glaçante. L'écriture est sensible et poignante. Laurent Gaudé suspend le temps, nous fait goûter la terreur mais aussi l'empathie, l'amour et l'envie de vivre.

 

Nous sommes assis en terrasse. Nous bavardons. Buvons. Racontons notre semaine ou nos projets. Il y a des éclats de rire et des silences gênés. Des yeux qui se cherchent, des mains qui se touchent. Nous ne sentons pas que quelque chose a changé. Il est là. Le Hasard. Il s’avance, descend la rue de son pas irrégulier, murmurant entre ses dents une chanson au refrain effrayant : “Toi, oui… Toi, pas…” Mais qui l’entend pour l’instant ? Qui se doute qu’il est venu pour régner et que c’est lui, désormais qui va décider de nous, décider de tout.

p. 23

Je m’appelle Quentin et je suis pompier de Paris depuis un an. Ma mère me fait encore mon petit-déjeuner quand je retourne à Nantes pendant mes permissions. Je m’appelle Amélie, je suis pompière. Je suis Guillaume et moi, Karim, ambulanciers.Nous tous, force de secours ou de l’ordre, nous recevons ce message et certains déjà comprennent qu’il est différent des autres. Je m’appelle Quentin. J’ai vingt-deux ans. Je suis en binôme avec Amélie. Nous sommes de la même promotion. Mutés tous les deux dans la même caserne. Je découvre les premières victimes. Elles ont le même âge que moi et gisent là, le corps criblé de balles. Rien ne m’a préparé à cela. [...] mille fois répétés.

p. 45

Qu’avons-nous à opposer à leur sauvagerie ? Ces gestes, petits gestes d’humanité. S’agenouiller devant un homme ou une femme pour l’accompagner avec tendresse. Dire quelques mots. Tenir une main. Sourire à un visage pour essayer d’en chasser la terreur. Rester jusqu’au bout, même si cela ne sert plus à rien. [...] Nous nous sommes rencontrés en ce jour où les trottoirs saignaient, juste avant que tu ne meures, nous nous sommes parlés, touchés, j’ai dit ton nom, et il se pourrait bien que ce fût, Julie, la rencontre la plus importante de ma vie.

Je ne te connais pas mais je te remercie. Je te baise les mains. Tu ne sais rien de nous, de notre famille, mais tu en fais partie parce que tu étais là, penché sur elle au moment de la fin. C’est cela qui compte, Julie. Une main a pris la tienne. Des lèvres ont répété ton nom, Julie, ce nom que nous avions choisi, ta mère et moi… Je pourrais hurler, me frapper le visage pour ne pas avoir été là, avec toi. Je ne cesse d’imaginer que j’aurais fait mieux, que j’aurais fait plus, que je serais allé chercher un pompier, que je l’aurais ramené de force s’il avait fallu, que je t’aurais emmenée à l’hôpital le plus proche en te portant dans mes bras… Mais je sais que c’est faux. J’aurais été impuissant, détruit d’être à tes côtés sans parvenir à te sauver. Alors cela revient au même.

Tu n’es pas morte seule, ma fille, parce que quelqu’un qui s'appelait Mathieu s’est penché sur toi.

p. 105

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 7 Octobre 2024

Jaracanda

Le Rwanda est arrivé dans ma vie par la télévision, que nous regardions religieusement à l’heure du dîner. La première fois que le présentateur en avait parlé, je m’étais tourné instinctivement vers ma mère, tout excité, presque content qu’il soit enfin question de son pays natal au journal télévisé. Mais elle n’avait pas réagi, complètement absorbée par les images qui défilaient à l'écran...

On se souvient de Petit Pays, premier roman de Gaël Faye, faisant une irruption fracassante dans les librairies en 2016 et obtenant notamment le Prix Goncourt des lycéens. Depuis, il est préconisé dans les programmes scolaires (cycle 4 et lycée, en histoire et français ). Il a été adapté sur grand écran, au théâtre et en bande dessinée. En cette rentrée littéraire 2024, le deuxième roman de l'auteur aborde le même thème, les tourments du Rwanda, mais par le prisme de ce qui pèse aujourd'hui sur les jeunes générations.

 

En 1994, Milan, collégien qui a grandit en France, ne sait rien du génocide qui est en train de ravager le pays de sa mère, Venancia. Celle-ci est arrivée en France en 1973 et s'est mariée avec Philippe. Lorsque Venancia accueille à la maison un garçon blessé, Claude, Milan apprend qu'il a encore de la famille au Rwanda. Il n'aura de cesse de découvrir la vérité sur ce pays caché. Et mettra du temps à pardonner à sa mère de n'avoir pas su lui raconter la tragédie qu'elle a vécue.

 

Adolescent puis jeune adulte, Milan se rendra au Rwanda. Il fera la connaissance avec étonnement de sa grand-mère, de Sartre, de la petite Stella, de sa mère Eusébie et sa grand-mère Rosalie. Il découvrira les rues de Kigali, le jacaranda du jardin de Stella et les rives du lac Kivu à la frontière congolaise. Le jeune homme prendra conscience du silence pesant encore sur les victimes et des maux continuant à hanter le peuple rwandais. Il découvrira également les gatacas, juridictions populaires mises en place par le gouvernement. Il sera question pour lui d'appréhender la violence de l'Histoire, la libération nécessaire de la parole et la soif de vengeance.

 

J'ai aimé découvrir en profondeur et avec recul - car Milan est né après le génocide des Tutsi - l'histoire du Rwanda. Gaël Faye l'aborde avec pédagogie et clarté narrative. J'ai cependant regretté que l'on sente autant l'intention explicative derrière les mots. Cela reste un roman intéressant, incarné et poignant. Il exhume avec douceur et douleur les silences, les défiances et les espoirs d'un pays profondément marqué par l'horreur du génocide. Et, au-delà, traite de la question des origines et du sentiment d'appartenance.

 

Bien plus tard, au milieu de la nuit, je fus réveillé par l'odeur âcre de la fumée et les cris des pompiers, à quelques mètres de notre maison, derrière le muret en pierre du jardin. Je me levai en toussant pour fermer une fenêtre laissée entrouverte. Depuis ma chambre, je pouvais apercevoir de hautes flammes dans les marais salants. Le spectacle était beau et terrifiant. C'est là que je l'ai remarquée. Debout au milieu du jardin, pieds nus dans l'herbe, une chemise de nuit blanche, immobile et seule. Sa silhouette se détachait en une ombre énigmatique à la lueur vacillante des flammes.
Nous étions en juillet 1994. Au moment où j'observais ma mère de dos qui regardait la nuit en feu, un génocide prenait fin dans son pays natal. Je n'en savais rien.

Elle s’est reculée dans sa chaise, maintenant tout à fait sur la défensive.
- Il n’y a rien à comprendre. Je suis partie depuis bientôt quarante ans. Ce n’est plus mon pays. J’ai choisi ma vie, j’ai choisi de tourner la page, qui est-ce que ça gêne ?
- Moi, Maman. Ça me gêne parce que je ne connais pas la page que tu as tournée. Tu ne me l’as jamais lue.
- Arrête avec cette métaphore ridicule.
- Mais c’est toi qui viens de l’utiliser !
- Milan, tu m’embêtes avec tes questions.
- Et toi avec tes silences, Maman.

J'avais envie de m'enfuir, de quitter cette terre de mort et de désolation. Après tout, je n'appartenais pas à ce monde, ma mère m'avait mis en garde, je ne l'avais pas écouté. J'aurais voulu l'appeler, m'excuser de n'en avoir fait qu'à ma tête et la remercier d'avoir essayé de me protéger de cette histoire dont elle connaissait le hideux visage. Cette idée me traversait, puis je pensais aussitôt à Claude, à Eusébie, à Stella, et quelque chose se fissurait en moi qui laissait passer un soleil insensé, la possibilité, malgré tout, de la vie et de la beauté.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 19 Septembre 2024

La célébrité est ma vie. Celle que je savais que j’aurais, celle que j’ai fait en sorte d’avoir. […] La célébrité est une drogue dure, un monstre féroce. Et je suis allée la chercher avec ma rage, avec mes ongles, avec mes dents. L’extrême notoriété a libéré la bête en moi, impitoyable et cruelle. Autant le dire d’emblée : je me suis sali les mains.

Célèbre

Se maintenir en haut de l'affiche : l'enjeu était de taille pour Maud Ventura après la parution remarquée de son premier roman Mon mari en 2021. Elle a de nouveau ensoleillée ma rentrée littéraire, avec le thème de la célébrité.

 

Depuis sa plus tendre enfance, Cléo rêve d'être une star. Elle veut devenir chanteuse et révolutionner l'industrie musicale internationale. Elle est convaincue que le succès n'arrive pas par hasard. Elle est prête à tout pour l'obtenir. De la France aux États-Unis, au fil d'efforts, de persévérance et d'égoïsme, Cléo trace son chemin vers la notoriété et son monde où règne l'artifice. Lorsque nous la découvrons, elle est au sommet de la gloire, vers ses 30 ans. Elle ressemble à un mélange entre Taylor Swift, Lady Gaga et Beyoncé. Elle part seule pour trois semaines sur une île déserte au milieu de l'océan Pacifique, sans eau ni électricité : "𝘭𝘦 𝘨𝘦𝘯𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘧𝘢𝘯𝘵𝘢𝘴𝘮𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘢 𝘤é𝘭é𝘣𝘳𝘪𝘵é 𝘱𝘦𝘳𝘮𝘦𝘵 𝘥'𝘢𝘤𝘩𝘦𝘵𝘦𝘳. 𝘘𝘶𝘢𝘯𝘥 𝘰𝘯 𝘢 𝘵𝘰𝘶𝘵, 𝘪𝘭 𝘧𝘢𝘶𝘵 𝘣𝘪𝘦𝘯 𝘧𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘱𝘳𝘦𝘶𝘷𝘦 𝘥'𝘶𝘯 𝘱𝘦𝘶 𝘥'𝘪𝘮𝘢𝘨𝘪𝘯𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘴𝘦𝘴 𝘷𝘢𝘤𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴 𝘥'é𝘵é." A la manière d'une autobiographie intérieure, nous suivons le récit de son ascension. Tout ce que Cléo ne peut pas dire en interview ou publier sur Instagram, elle nous le livre sans faux-semblants. Le portrait est féroce. Cléo est odieuse, vaniteuse, pleine de méchanceté magnifiquement cachée. Évidemment, on aborde les affres de la célébrité : les transformations des rapports avec les gens, le manque de vie privée, le rapport à l'argent, l'addiction à la notoriété, l'angoisse de l'échec et l'ivresse du succès. On explore le caractère malsain du star-system. Mais surtout, on est happé et séduit par le ton acide de Cléo. Sans filtre, elle nous dévoile son sentiment de supériorité. Le titre de sa première chanson, 𝘐 𝘧𝘦𝘦𝘭 𝘯𝘰𝘵𝘩𝘪𝘯𝘨, est en cela révélateur du peu d'estime qu'elle a réellement pour son public : "𝘌𝘴𝘵-𝘤𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘫'𝘢𝘪 𝘥é𝘫à 𝘦𝘹𝘱𝘭𝘪𝘲𝘶é à 𝘲𝘶𝘦𝘭 𝘱𝘰𝘪𝘯𝘵 𝘫'é𝘵𝘢𝘪𝘴 𝘥éç𝘶𝘦 𝘱𝘢𝘳 𝘮𝘦𝘴 𝘧𝘢𝘯𝘴 ? 𝘔ê𝘮𝘦 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯𝘦 𝘷𝘪𝘭𝘭𝘦 𝘢𝘶𝘴𝘴𝘪 𝘳𝘪𝘤𝘩𝘦 𝘦𝘵 𝘴𝘰𝘱𝘩𝘪𝘴𝘵𝘪𝘲𝘶é𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘔𝘪𝘭𝘢𝘯, 𝘪𝘭𝘴 𝘴𝘰𝘯𝘵 𝘮𝘢𝘭 𝘩𝘢𝘣𝘪𝘭𝘭é𝘴 𝘦𝘵 𝘪𝘭𝘴 𝘰𝘯𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘥𝘦𝘯𝘵𝘴 𝘫𝘢𝘶𝘯𝘦𝘴 𝘛𝘰𝘶𝘵𝘦𝘴 𝘭𝘦𝘴 𝘴𝘵𝘢𝘳𝘴 𝘩𝘰𝘭𝘭𝘺𝘸𝘰𝘰𝘥𝘪𝘦𝘯𝘯𝘦𝘴 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘥𝘪𝘳𝘰𝘯𝘵 𝘭𝘢 𝘮ê𝘮𝘦 𝘤𝘩𝘰𝘴𝘦 : 𝘭𝘦𝘴 𝘧𝘢𝘯𝘴 𝘧𝘰𝘯𝘵 𝘳𝘢𝘳𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘪𝘦 𝘥𝘶 𝘩𝘢𝘶𝘵 𝘥𝘶 𝘱𝘢𝘯𝘪𝘦𝘳."

 

Maud Ventura reprend les ingrédients de son premier roman : une narratrice affreusement égoïste et maniaque du contrôle, un déséquilibre psychique qui s'exprime à travers le corps, un ton cruellement drôle, une thématique percutante. Elle nous le dit clairement par le biais de son personnage : "𝘑'𝘶𝘵𝘪𝘭𝘪𝘴𝘦 𝘭𝘢 𝘮ê𝘮𝘦 𝘳𝘦𝘤𝘦𝘵𝘵𝘦 𝘲𝘶𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘭𝘦 𝘱𝘳𝘦𝘮𝘪𝘦𝘳 𝘢𝘭𝘣𝘶𝘮 : 𝘫𝘦 𝘱𝘢𝘳𝘭𝘦 𝘥𝘦 𝘮𝘰𝘪 𝘦𝘯 𝘨𝘰𝘮𝘮𝘢𝘯𝘵 𝘭𝘦𝘴 𝘥é𝘵𝘢𝘪𝘭𝘴 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘵𝘰𝘶𝘤𝘩𝘦𝘳 à 𝘭'𝘶𝘯𝘪𝘷𝘦𝘳𝘴𝘦𝘭." Le dénouement en deux temps, sur la question de l'impunité, est imprévisible et brutal comme dans Mon mari. J'ai passé un excellent moment en compagnie de ce récit. Mais attention, bien qu'elle ait su revisiter sa recette pour ce deuxième roman, il faudra que Maud Ventura sache se renouveler par la suite, au risque de s'enfermer dans un même schéma narratif et de lasser. En attendant, si ce n'est pas encore fait, n'hésitez surtout pas à faire la connaissance de la nouvelle idole Cléo Louvent : j'ai adoré !

 

La célébrité n'est pas une victoire, c'est une vengeance.

C'est l'un des secrets les mieux gardés à mon sujet : je suis une besogneuse. Parfois, il m'arrive même de penser que je n'ai aucun talent. Rien ne m'a jamais été offert. Au mieux quelques rares fulgurances dans un océan de labeur.

Bientôt, je dirai que j'ai mis dix ans à être connue du jour au lendemain.

Je suis plus riche que je ne l'ai jamais été - je le sais parce que je commence à désirer très fort des choses qui ne s'achètent pas.

Je ne l'avouerai jamais publiquement, mais je suis épuisée. J'étais prête à toutes les guerres pour être célèbre, sans imaginer que je devrais donner autant pour le rester.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 16 Septembre 2024

Celles dont je n’ai pas parlé

Bref retour sur mes lectures d’été :

 

👎 Le livre des sœurs d'Amélie Nothomb : L'histoire loufoque de Tristane, une enfant surdouée qui se construit seule, délaissée par ses parents, et qui aime passionnant sa petite sœur Laetitia et sa cousine anorexique (qui décèdera suite à la chute d'un frigo). On ne sait pas si ça penche du côté de l'humour ou du tragique et on a du mal à comprendre où l'autrice veut en venir. Une lecture qui ne restera clairement pas dans ma mémoire. Un conte un peu noir (paru en 2022) vite lu... et vite oublié.

 

👎 Hygiène de l’assassin d'Amélie Nothomb : Une série d'entretiens accordés par un grand écrivain plein de mépris, qui se sait condamné, à des journalistes. Seule la dernière d'entre eux va réussir à tenir l'invective et à lui faire avouer le monstre qu'il est. Une intrigue au départ plutôt intéressante et intellectuellement stimulante qui se révèle longue, verbeuse et cynique.

 

👎 Obsolète de Sophie Loubière : Afin d'enrayer le déclin de la population, toute femme de cinquante ans est retirée de son foyer pour laisser la place à une autre, plus jeune et encore fertile. Une intrigue rétrofuturiste prometteuse mais qui s'embourbe dans des longueurs. J'ai abandonné ma lecture au profit de récits plus alléchants.

 

👍 Nonbinaires de Martin Page : De la poésie en prose sur le thème, comme le titre l'indique, de la fluidité de genre. Un appel à la tolérance. Une lecture très rapide et adaptée aux lycéens.

 

👍 La gosse de Nadia Daam : Sur les sentiments et le rôle d'une mère, qui plus est célibataire, d'une fille unique. Très sympa pour occuper mes vacances mais bon, rien de révolutionnaire.

 

❤Dans la maison d’été de Karine Reysset : Si je devais retenir UN livre de mes lectures d'été, ce serait celui-ci. Une saga familiale ancrée dans la station balnéaire du Pouliguen. La maison d'été, c'est la villa qu'Albert et Rose achètent à l'automne 1980. Pendant plus de quarante ans, parents, enfants et petits-enfants vont s'y croiser, au fil des saisons, au gré des marées, des naissances, des anniversaires, des deuils. Les petits et les grands événements de la vie familiale sont racontés au fil de nombreux chapitres et de multiples points de vue. L'arbre généalogique qui ouvre le livre est d'ailleurs précieux pour se repérer. Le tout interroge le poids de la filiation, de la transmission. C'est touchant, délicat et intelligent et nous rappelle qu'il faut chérir sa famille : celle dont on hérite, celle qu'on a plus ou moins choisit et celle que l'on construit.

 

👍 Les cahiers d’Esther (T.9) de Riad Sattouf : Esther est en terminale, ça y est ! C'est l'année du bac, des choix d'orientation, de l'enfance qui s'évapore, des Cahiers d'Esther qui s'arrêtent... mais aussi de la majorité, de la liberté, et peut-être de la fin du célibat, qui sait ? Un tome agréable à lire, dans la lignée des précédents (mes critiques du tome 7 et du tome 8 sont en ligne).

 

👎 L'homme sous pilule d'Anne-Sophie Delcour et Lucy Macaroni : Une BD qui mêle l'histoire d'un couple fictif et des apports documentaires sur la contraception masculine. J'ai trouvé qu'il n'y avait pas de véritable originalité dans le récit et le graphisme et surtout que la volonté d'accompagner une réflexion éclairée sur la question était mal traitée car décourageante : le couple finit par se séparer (contraception définitive vs désir d'enfant) et en tant qu'homme les solutions existantes ne sont pas très convaincantes.

 

 

La référence à retenir

pour votre prochain passage en librairie ou en médiathèque :

Dans la maison d'été de Karine Reysset

 

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