Publié le 24 Juin 2026

Coups de coeur littéraires 2025-2026

Voici, avec un peu de recul sur mes lectures, et comme j'ai l'habitude de la dresser chaque année, la liste de mes coups de cœur littéraires de l'année scolaire écoulée. Une année sous le signe de la recherche d'apaisement, de réconfort et de douceur.


 

Où les étoiles tombent de Cédric Sapin-Defour

 

 ÇA RACONTE QUOI ? Les heures et les mois qui ont suivis le grave accident de parapente de la compagne de l’auteur.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Pour lire une histoire de reconstruction, de renaissance, être émue et cultiver la résilience.

 

 

Les promesses orphelines de Gilles Marchand

 

 ÇA RACONTE QUOI ? Une histoire de vie et d'amour au long cours dans la période des Trente glorieuses où tout semblait possible, même la construction d'un futuriste aérotrain.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Pour comprendre une époque, s'interroger sur l'essence du bonheur et vibrer en compagnie de Gino, le personnage principal.

 

 

La vie entière de Timothée de Fombelle

 

 ÇA RACONTE QUOI ? Une vie de souvenirs inventés et rédigés en l'espace de quelques heures, sous la menace d'une probable irruption de soldats Allemands, lors de la Seconde Guerre mondiale.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Pour une brève mais prenante histoire d'amour rêvée qui nous emporte dans une écriture d'une grande beauté.

 

 

Les lendemains de Mélissa Da Costa

 

 ÇA RACONTE QUOI ? Le double deuil d'Amande qui voit sa vie basculer du jour au lendemain en perdant son compagnon et son bébé à naître en l'espace de quelques heures.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Pour découvrir un récit de reconstruction intime bouleversant, subtil et plein d'émotions, qui fait du bien.

 

 

Petite philosophie de la mer de Laurence Devillairs

 

 ÇA RACONTE QUOI ? Une vingtaine de réflexions philosophiques plutôt courtes et simples prenant appuie sur le thème des océans.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Pour s'apaiser, prendre un peu de hauteur et se recentrer sur l'essentiel.

 

 

Retrouver la douceur de Cécile Coulon

 

 ÇA RACONTE QUOI ? Des poèmes qui racontent l'ordinaire, les paysages, les questionnements sur l'amour, le deuil, la peur et le privilège de vieillir.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Pour se réparer et cultiver la douceur.

 

 

 

SANS OUBLIER toutes mes lectures et relectures complémentaires à ma formation en bibliothérapie suivie au printemps. Notamment Lire pour relier de Régine Detambel et Éloge de la lecture de Michèle Petit.

 

 

 

Et vous, quel serait votre coup de cœur de ces derniers mois ?

 

 

Coups de coeur littéraires 2025-2026

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 17 Juin 2026

Magie sous haute tension

Merci aux éditions Hélium pour ce partage !

Voici un livre-jeu original, recommandé à partir de 9 ans, testé et complètement approuvé par mon fils. À la manière d’un « livre dont tu es le héros », il plonge le lecteur dans une enquête ponctuée d’énigmes à résoudre et de défis à relever. 
 

Nous sommes en 1900 à Nantes, au sein d’une troupe d’artistes de cirque. Il s’agit pour l’acrobate Léonie de retrouver Siméon le jeune magicien mystérieusement disparu. À l’aide d’une pièce avec laquelle il accomplit habituellement ses tours, l’agile Léonie suit une piste qui la mène jusqu’à Paris, où l’Exposition universelle bat son plein. Elle y rencontre Marius, un jeune livreur de journaux. Un réseau d’indices les conduit au Palais de l’Électricité, puis à Montmartre et enfin au Cirque d’Hiver.


L’histoire est bien menée et les jeux sont variés : faire avancer la pièce sur une page du livre en un certain nombre de coups de pichenette, trouver une réponse à une question dans le texte qui vient d’être lu, résoudre une petite énigme (cf. photo ci-dessous), relever un petit défi physique comme de rester en équilibre sur un pied pendant 10 secondes, etc. En fonction de la réussite ou de l’échec du lecteur-enquêteur sont engrangés ou retirés des points d’énergie au fur et à mesure de la narration. Pas toujours facile… mais assurément distrayant. Un roman ludique voire un peu magique ! ✨

 

Magie sous haute tension
Magie sous haute tension
Magie sous haute tension

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 16 Juin 2026

Le chat du jardinier

La poésie, c'est le plus joli surnom qu'on donne à la vie.

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Dans ce roman signé Thomas Schlesser, auteur du best-seller Les yeux de Mona, on découvre les pouvoirs bienfaisants de la poésie à travers les yeux de Louis, un jardinier provençal simple et taiseux, qui se retrouve confronté à la maladie de son chaton et, suite à une tempête phénoménale, à la destruction des jardins alentours. Il rencontre ses nouveaux voisins Thalie et Nikola, un couple d'heureux retraités. Thalie, ancienne enseignante de français, exubérante amoureuse de poésie, perçoit l'hypersensibilité de Louis et lui propose une sorte de pacte : il redonne vie à son jardin abîmé ; elle l'initie à la poésie. Elle déclare : 𝒥ℯ 𝓋𝒶𝒾𝓈 𝓇ℯ́𝓅𝒶𝓇ℯ𝓇 𝓋ℴ𝓉𝓇ℯ 𝓅𝒶𝓁𝒶𝒾𝓈 ℴ𝓊̀ 𝓋ℴ𝓈 𝓂ℴ𝓉𝓈 𝓈ℯ 𝓈ℴ𝓃𝓉 𝒻𝒾ℊℯ́𝓈. Jour après jour, ces deux-là vont se côtoyer et se lier d'une forte amitié. Voisin voyou, croassant crapauds, chanvre, chien sauveur, oliviers, cyprès, lauriers-roses en fleurs, sont certains des ingrédients du récit. On peut y ajouter la terre, le feu, la magnanerie, les cartons de livres qui emplissent le salon, le chaton sans nom et cette voix au bout du fil.

 

Ainsi, Thomas Schlesser interroge le pouvoir des mots, et plus particulièrement de la poésie, comme une expérience de réinvention de soi et du monde. Il évoque la vie des poètes et distille des connaissances littéraires (à qui s'adresse le plus célèbre poème de Victor Hugo ? Qu'est-ce qu'un oxymore ? Qu'est-ce qu'une élégie ?) avec plus ou moins de parcimonie. Il souligne que la poésie ne se contente pas de nous émouvoir mais nous transforme en nous reconnectant à notre sensibilité et notre capacité à être ouvert au monde. Le roman est ainsi un éloge de la poésie comme outil de réparation et d'expression. C'est une lecture qui nous plonge dans la douceur et la joie d'entretenir des liens avec la nature, la beauté, l'autre que soi. Rien d'étranger à qui s'intéresse à la bibliothérapie, donc. . ݁₊ ⊹ 

 

J'ajoute que j'ai trouvé une certaine fraternité entre Le chat du jardinier et le roman philosophique Le monde de Sophie de Jostein Gaarder, publié en 1991. J'ai lu ça et là que ce deuxième livre reprenait la même "recette" que son premier roman qui parlait de peinture. C'est sans doute vrai et on peut lui reprocher. La trame narrative est de toute façon à la limite du vraisemblable. Les personnages de même. Je pense qu'il faut le considérer pour ce qu'il est : une sorte de doux conte contemplatif qui rend accessible à tous quelques bribes de poésie et d'histoire de la poésie. Pour en savoir plus, je vous recommande d'écouter ou de visionner l'entretien Stress, mélancolie, hypersensibilité : et si la poésie était une clé ? du podcast Métamorphose.

 

On doit négocier avec sa douleur, Louis, on doit parfois lui demander courtoisement de nous foutre un peu la paix. Sinon, comment récolter les fleurs de la vie ? Allez, Louis, je veux que vous lisiez cela, pour les fleurs que vous avez ensemencées et pour celles que vous cueillerez bientôt.

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Publié le 7 Juin 2026

Retrouver la douceur

De Cécile Coulon, j'avais déjà lu et aimé Noir volcan. Ici encore, elle a su me charmer par le récit de l'ordinaire, par l'évocation de la douceur des paysages, par ses questionnements sur l'amour, le deuil, la peur et le privilège de vieillir. Ainsi, elle évoque l'odeur de la terre mouillée, l'aurore rose et bleue, les nuages quittés par leurs pluies mais aussi la problématique du temps qui passe, du manque, des situations qui sentent le lait tourné de l'inquiétude. Elle se questionne sur la vie comme elle va et sur ce qu'il y a au-delà et intitule ses poèmes Croire qu'au matin tout est nouveau, Rester et croire, Comment croire... Elle dit Je cherche, J'aime, Je devrais vous écrire... Ses poèmes sont parfois très brefs (et j'aime moins) ou plus longs. J'ai notamment été particulièrement sensible aux derniers textes du recueil : Une lettre, S'il te plaît et Mon corps qui s'adressent respectivement à sa grand-mère décédée, à un (jeune) lecteur et à son propre corps. Car Cécile Coulon n'écrit pas des textes uniquement contemplatifs. Elle cherche à raconter des histoires. Avec le désir, plutôt que de se faire violence, de lier l'innocence de l'enfance et la sagesse de la maturité pour se réparer et cultiver la douceur.

Ce qu'ils appellent naissance
c'est un moment qui dure une seconde ou dix ans
dans le sang d'une salle blanche
(...)

Le nom des choses humaines

Alors je fais des barrages d'amour infini, de moments lumineux,
je dévie des vagues immenses sur des rochers de nuit,
le soir quand la lumière est rouge j'appelle en moi
la force des légendes,
des contes et des mirages,
j'accroche à mes oreilles des boucles de cheveux blonds
plus secs que le foin, plus blancs qu'un blanc matin,
et je chuchote pour qui entend :
derrière le cœur
il y a ce qui fut brisé et gardé là pour ne point perdre
les morceaux de la beauté.

Ce qu'il y a derrière le cœur

Écris-moi qu'il n'y a pas de différence
entre un poème et une conversation
avec quelqu'un de bon
Écris-moi pour les soirs de silence
pour les soirs de souvenirs
pour les soirs où le corps n'est
pas capable de guérir
Écris-moi depuis ton grand âge
qui n'est plus un âge
mais une parole sainte
qui coule dans mon sang
comme un poisson d'argent
dans un torrent de boue

Une lettre

S'il te plaît n'écoute pas les poètes
ils ont le mal de vivre
ils ont des mots très simples
ils essayent de faire rentrer
toute la beauté du monde
dans la tête étroite d'une épingle

S'il te plaît

Je demande pardon à mon corps
(...)
je lui ai dit qu'il était nul
alors qu'il bataillait
je lui ai dit qu'il était moche
alors qu'il sanglotait
je demande pardon à mon corps
il a grandi avec mes mots
comme partenaires
ils ne veulent plus jouer à la guerre
et je veux vivre encore

Mon corps

Retrouver la douceur

Publié le 3 Juin 2026

Éloge de la lecture

Michèle Petit est anthropologue. Ses recherches autour de la lecture portent principalement sur le rôle des livres dans la construction de soi et sur la relation aux livres et aux bibliothèques, en particulier pour des personnes éloignées des habitudes culturelles (en milieu rural et périurbain) ou dans des contextes de crises (guerres, exils, catastrophes naturelles...).

 

En 2012 dans Éloge de la lecture, avant même que Régine Detambel ne fasse connaître en France le terme de 𝒷𝒾𝒷𝓁𝒾ℴ𝓉𝒽ℯ́𝓇𝒶𝓅𝒾ℯ, Michèle Petit, sans utiliser ce terme, en faisait déjà l'analyse. Se basant sur de multiples enquêtes anthropologiques, conjuguant sciences sociales et psychanalyse, l'auteur souligne le rôle primordial de la lecture dans la découverte et la construction de soi. Elle développe comment les livres peuvent permettre d'apprivoiser les peurs, de construire et réparer son monde intérieur, d'être plus apte à dire et à vivre. Ainsi, elle explique que nous avons besoin de la littérature - ou de l'art en général - pour donner forme de façon métaphorique à ce qui est parfois infigurable. Elle parle d'identification, de symbolisation, d'appropriation, de sublimation, d'espace transitionnel, de permanence, de gage de mouvement. En somme, comme d'autres avant elle, l'anthropologue souligne que la lecture est un travail psychique à l'instar du rêve, du deuil ou de la création. Elle affirme que la lecture est 𝓇ℯ́𝓅𝒶𝓇𝒶𝓉𝓇𝒾𝒸ℯ et reconnait 𝓁𝒶 𝓋𝒶𝓁ℯ𝓊𝓇 𝓉𝒽ℯ́𝓇𝒶𝓅ℯ𝓊𝓉𝒾𝓆𝓊ℯ 𝒹ℯ𝓈 𝓃𝒶𝓇𝓇𝒶𝓉𝒾ℴ𝓃𝓈, bien au-delà d'une simple distraction.

 

Elle parle aussi des pouvoirs de la lecture en terme de socialisation voire de politique : les livres comme outils de contrôle identitaire versus la liberté de réception et d'émancipation des lecteurs. Il est question de déterminismes sociaux et familiaux et même de la dommageable contrainte de la lecture scolaire. Michèle Petit conclut qu'on peut tirer des bénéfices sociaux de la lecture mais qu'elle est avant tout 𝓁𝒶 𝒸ℴ𝓃𝓆𝓊ℯ̂𝓉ℯ 𝒹'𝓊𝓃 ℯ𝓈𝓅𝒶𝒸ℯ ℯ𝓉 𝒹'𝓊𝓃 𝓉ℯ𝓂𝓅𝓈 𝒾𝓃𝓉𝒾𝓂ℯ𝓈 𝓆𝓊𝒾 ℯ́𝒸𝒽𝒶𝓅𝓅ℯ𝓃𝓉 𝒶̀ 𝓁'ℯ𝓂𝓅𝓇𝒾𝓈ℯ 𝒹𝓊 𝒸ℴ𝓁𝓁ℯ𝒸𝓉𝒾𝒻.

 

(Le livre permet) d'interposer entre le réel et soi tout un tissu de mots, de connaissances, d'histoires, d'images, de fantaisies, sans lequel le monde serait sans doute inhabitable.

(La littérature) permet de changer les chagrins en idées, de transformer les événements de la vie en quelque chose qui ait un sens et une beauté. De nourrir un art de vivre.

Et à pouvoir nommer, symboliser les choses, les êtres de langage que nous sommes se sentent plus vivants, plus désirants, d'autant que les voix dans le texte, en écho à celles qui nous berçaient quand nous étions enfants, nous accueillent, nous offrent l'hospitalité, nous donnent un habitacle où nous ressourcer.