Voici une bande dessinée signée Tiphaine Rivière, librement inspirée du livre de Pierre Bourdieu. Elle met à la portée de tous, dès le lycée, la théorie du célèbre sociologue, mais en évitant l'écueil de la linéarité. Elle propose en effet une mise en abîme du propos en mettant en scène un jeune professeur de sciences économiques et sociales faisant ses armes devant une classe de lycée de banlieue parisienne. Le dessin en noir et blanc figure des personnages - le professeur, son colocataire, ses témoins d'études mais surtout ses élèves - pour qui la révélation de certains déterminants sociaux sera parfois déstabilisante. En effet, les habitudes alimentaires, vestimentaires ou culturelles de leurs parents, leurs destinations de vacances, la décoration d'intérieure : tout est soudain sujet à un recul critique. C'est moderne, tout à fait accessible, assez drôle et invite le lecteur à réfléchir sur ses propres goûts, dégoûts et pratiques culturelles pour, peut-être, s'en affranchir.
On est un groupe de chips qui essaie de rentrer dans une boîte de macarons.
Voici un album trouvé à la médiathèque qui a fait mouche auprès de mes enfants. Le duo de choc Michaël Escoffier et Matthieu Maudet nous ravit une fois encore avec cette histoire (qui date de 2011) farfelue et pourtant si drôle. Nous avons pris beaucoup de plaisir à la lire à haute voix ! Il s'agit de l'histoire de Noé qui trouve un mammouth dans son frigo à l'heure du dîner. D'abord incrédules, les parents appellent les pompiers, qui courageusement ouvrent la porte et... laisse échapper le pachyderme ! Dès lors, que faire ? Et cet éléphant peureux, d'où vient-il ? Sans doute de notre imagination... Ce court album est loufoque, savoureux, et facilement accessible aux jeunes lecteurs autonomes. Un régal.
Les récits en randonnée aussi appelés contes sériels, en chaîne ou cumulatifs sont des écrits courts dont les caractéristiques premières sont le rythme et la musicalité. Ils captivent les enfants car ils évoquent les comptines et chansons. Ils sont de riches supports d'apprentissage littéraire et socio-psychologique, souvent utilisés à l'école maternelle. Il s'agit d'histoires à la construction linéaire dans lesquelles une formule est inlassablement répétée. Il existe des récits en randonnée :
par énumération (la forme la plus simple, une sorte de liste),
par élimination (un groupe qui perd ses membres un à un),
par remplacement (a qui laisse sa place à b qui laisse sa place à c...),
par accumulation (a puis a + b puis a + b + c...),
ou encore par emboîtement (par exemple une chaîne alimentaire).
Voici une liste non exhaustive de récits en randonnée qui feront la joie des 3-6 ans :
La petite poule rousse de Jessie Willcox Smith (conte traditionnel russe)
Le gros navet d'Alexis Nikolaïevitch Tolstoï (conte traditionnel russe)
La moufle de Florence Desnouveaux et Cécile Hudrisier (conte traditionnel russe)
Je place Connemara sur la première place du podium sans hésitation. Si ce n'est pas encore fait, lisez-le et offrez-le : entre un propos sociologique sur une France désillusionnée et l'analyse psychologique d'une transfuge de classe, on y lit surtout de la véritable littérature, pailletée d'ironie et de lyrisme. En ce qui concerne La carte postale, on peut souligner que l'actualité internationale de ses dernières semaines encourage la prise de recul que son auteur y propose sur la judaïcité. Le soldat désaccordé est un roman sur l'amour et sur l'absurdité de la guerre qui se lit vite et bien. Panorama propose quant à lui une dystopie efficace où la population française vit en 2049 dans des "maisons-vivariums" encourageant la transparence absolue. J'ajoute, pour les professionnels des métiers du livre ou de l'éducation mais aussi pour les parents en général, l'essai de Michel Desmurget Faites-les lire ! qui explique en quoi la lecture est primordiale pour le développement intellectuel et socio-émotionnel de nos enfants. Je conseille aussi au plus grand nombre l'autobiographie passionnante de Thomas Pesquet Ma vie sans gravité. Enfin, en littérature jeunesse, je conseilleavec enthousiasme pour clôturer l'année Le plus beau sapin de Noël.
Ce livre raconte la vie de couple de Jeanne et Jacques Moreau dans toute sa banalité. Elle est réceptionniste dans un petit hôtel. Lui donne un coup de main en maçonnerie sur les chantiers de son père. Ils se rencontrent et se côtoient timidement. Puis, au détour d'une ballade, s'embrassent à bas bruit, en laissant le lecteur distrait au moment de la scène de leur premier baiser. Ils auront un mariage, une maison avec jardin, un fils, un chien, des cassettes audio de Véronique Sanson, une moquette vert d’eau, des caleçons plutôt que des slips, un lave-vaisselle en 84, une caméra Sony et des téléphones portables.
En très peu de pages, quelques scènes insignifiantes au premier abord et la description d'un quotidien dépourvu d'intensité, on prend de la hauteur sur les notions de couple, de bonheur, de passion et d'idéal romantique. On s’attache à ce couple tout en modestie, sobriété et pudeur. Car leur vie ressemble à la nôtre : elle est ponctuée d’épreuves, de petits bonheurs, d’agaçantes manies. François Bégaudeau met en lumière ce qui fait la beauté de l’amour ordinaire, au-delà de la passion mise en avant en littérature ou au cinéma, à savoir la peine qu’on prend pour le faire durer, malgré la routine. On s’aime malgré le temps qui passe et peut-être grâce à ce temps partagé. C’est un texte très court dont le style plat épouse le quotidien sans artifices du couple et balaie aussi une époque : des années 1970 à aujourd’hui. De ce fait c’est aussi un portrait de la classe moyenne ayant su faire famille au tournant des années 2000. Un roman sensible, parfois drôle, mais globalement mélancolique, qui parle d’amour sans jamais vraiment le dire.
Jacques énerve Jeanne à mettre des cornichons avec tout, à manger la peau du saucisson sec, à remettre un t-shirt sale, à ne pas couvrir son crâne d’œuf à la plage, à laisser un rhume traîner plutôt que de prendre des antibiotiques, à dire un espèce de, à dire il mouille plutôt qu’il pleut, à dire car pour bus, à se moucher dans du Sopalin, à se tenir les mains sur les hanches que ça fait ressortir sa bedaine, à lancer les grillades de barbecue trop tôt, à laisser Bill entrer dans la salle d’eau, à piétiner dans la cuisine alors qu’il n’a rien à y faire puisque monsieur n’en fout pas une.
Dans le même genre Jacques ne comprend jamais qu’elle préfère entamer le pain frais plutôt que de finir le pain d’hier. Et pas la peine de venir nous raconter qu’elle en fera du pain perdu, elle n’en fait jamais. Ce que Jeanne peut éventuellement reconnaître mais pour aussitôt observer qu’à ce compte-là ils ne mangeront jamais de pain. Si on mange le pain du jour le lendemain du jour, on mange toujours du pain d’hier. Ce à quoi Jacques objecte que ben voyons.
Vous avez un lycéen dans votre entourage (ou pire, à la maison) et vous ne savez pas quel livre lui mettre entre les mains à Noël ? Voici 10 suggestions de nouveautés qui devraient vous aider dans cette dernière ligne droite avant les fêtes.
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Heartstopper (T. 1 à 5) d'Alice Oseman [2019-2023]
BD sentimentale / En ce moment sur Netflix / LGBTQ+ / Adolescence / Amour / Amitié / Accessible en VO dès l'entrée au lycée.
BD sentimentale / Vie et déboires d'une lycéenne / Humour / Dernier tome de la série à paraître en 2024 / Son auteur distingué du Grand Prix 2023 au Festival d'Angoulême.
BD de vulgarisation sociologique / Déterminismes sociaux / Mise en abîme accessible et moderne de l'essai de Pierre Bourdieu / Identification aux personnages lycéens.