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Publié le 1 Juillet 2022

Mes mauvaises filles

Voici une bande dessinée sur laquelle je suis tombée par hasard à la médiathèque et qui m'a intriguée. Elle aborde un sujet délicat et douloureux : le droit de mourir. L'euthanasie, ou mort assistée, est une question très sensible. Suite à la mort de Vincent Lambert en 2019, Zelba se décide à raconter les derniers instants de la vie de sa mère et dans quelles circonstances sa sœur et elle ont accepté, il y a plusieurs années, de "l'assister à mourir". Cette histoire à la fois profondément intime et touchant à l'universel est bouleversante. Elle nous fait nous poser des questions essentielles : à quel moment les soins palliatifs se transforment en acharnement thérapeutique ? Peut-on décider de mourir ? La question des liens familiaux - en particulier celui qui unit les deux sœurs dans cette épreuve - est centrale. Celle de la sororité aussi (une des filles est enceinte ; leur belle-mère va épouser leur père). Le travail d'illustration, en noir et blanc mais aussi en nuances de bleus, accompagne tantôt les mots de Bri elle-même (la maman) et tantôt ceux de ses filles. Vertigineux , complexe et triste et en même temps plein de vie et d'enthousiasme, ce récit - au-delà de la question de l'euthanasie d'ailleurs abordée de façon plus informative en fin d'ouvrage - parle du nécessaire et toujours éprouvant travail de deuil.

 

Mes mauvaises filles
Mes mauvaises filles

Publié le 31 Mai 2022

Le monde sans fin

Une vraie claque que cette bande dessinée. On ressort de sa lecture terriblement inquiet mais aussi plus informé sur les enjeux énergétiques et climatiques. Comme une discussion entre un candide auteur de bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques, ce témoignage argumenté, limpide et non dénué d'humour nous explique les changements profonds que notre planète vit actuellement. Les enjeux économiques, écologiques et sociétaux sont abordés de front et invitent à la réflexion et au débat. C'est dense, grave, plombant même... mais fluide et passionnant. On y parle gaz à effet de serre, énergie et loi de conservation, énergies fossiles versus énergies non carbonées, planification écologique, réchauffement climatique, consommation et striatum, etc. Jean-Marc Jancovici explique qu'une décroissance (courant de pensée estimant que la croissance économique n'est pas soutenable du fait des ressources limitées de la Terre) est inévitable pour enrayer la catastrophe climatique annoncée par les scientifiques. L’énergie nucléaire y est présentée comme le parachute ventral de la transition énergétique. C'est là que le bas blesse : les inquiétudes au sujet de la sûreté des centrales nucléaires et de la gestion des déchets radioactifs sont un peu vite écartées. La puissance de l'innovation technologique et les capacités des énergies dites "renouvelables" vite balayées. Le propos demande donc sans doute à être nuancé, discuté. Reste que le travail pédagogique de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici est impressionnant et forcément enrichissant. J'ai particulièrement aimé la personnification de la Terre, stoïque et plantureuse rousse aux cheveux longs. Comme les auteurs lui font dire : "Tu ne pourras jamais me sauver moi, si tu ne commences pas par te sauver toi-même". Ainsi, heureusement, sont tout de même abordées quelques pistes de "rédemption". À titre individuel : consommer moins et mieux (notamment en ce qui concerne la viande et les produits laitiers), utiliser le moins possible l'avion et la voiture (à défaut, investir dans une voiture électrique) et favoriser l'utilisation des transports en commun et du vélo (même électrique), installer des pompes à chaleur plutôt que des chaudières, utiliser des appareils électroménagers plus performants et plus modérément, etc. À plus grande échelle, investir dans ces changements d'agriculture et d'industries permettrait des créations d'emplois et rendrait la décroissance plus acceptable. En ce qui concerne les pays qui n'ont pas encore accès à notre niveau de confort, Jean-Marc Jancovici propose avant tout de montrer l'exemple et aussi d'encourager l'éducation des femmes, l'accès à la contraception et l'accès au système de solidarité (les retraites). Bref, il ne reste plus qu'à "affronter ensemble les problèmes".

Le retour aux énergies renouvelables, même sophistiquées, ne permettra pas de garder une société d'abondance complexe, avec son système de santé, sa culture, telle que nous la connaissons. Le nucléaire ne pourra pas remplacer toutes les énergies fossiles. Il est comme un parachute ventral. Il nous permettra de conserver une partie, et une partie seulement, de ce que nous avons aujourd'hui. Et d'amortir une chute trop brutale. Parce que le parachute fossile principal brûle.

Publié le 4 Mai 2022

Harlem (T.1)

L'ambivalente Stéphanie Saint-Clair, martiniquaise installée à New York, chef de gang et figure de la communauté afro-américaine du Harlem des années 30, est de nouveau mise en lumière par le neuvième art, quelques mois après la sortie de l'élégant roman graphique Queenie : la marraine de Harlem. Cette fois, c'est l'auteur Mikaël qui lui consacre un diptyque au sein d'une série. Le premier volet est paru en janvier et peut se lire indépendamment des précédents (Giant T.1 & 2 et Bootblack T.1 & 2).

 

Première différence notable : le graphisme et la colorisation. Ici les tons chauds (marron, orange, vert kaki...) côtoient à la fois des plans larges représentant l'immensité de la ville de New York et des plans serrés, souvent à hauteur d'enfant ou en contre-plongée. Le trait est assez réaliste et expressif. Quelques planches bleues et muettes se différencient des autres, mettant en scène des flash back du parcours de Queenie où la couleur jaune, symbolisant la liberté, se charge de la narration. J'ai parfois remarqué l'influence du dessin manga (p. 8). J'ai apprécié l'ensemble même si l'originalité et l'élégance de ma précédente lecture était prégnantes.

 

Deuxième différence : la narration est prise en charge par un personnage secondaire - en l’occurrence un journaliste blanc qui n’a pas le droit d’enquêter sur la reine de Harlem mais qui fera en sorte de grappiller des informations - et mêle véracité historique et fiction. J'ai trouvé les dialogues parfois trop faciles et plaqués pour expliquer au lecteur le contexte dans lequel évolue les personnages (par exemple à la p. 18 au sujet de la loterie) mais c'est aussi ce qui permet de bien comprendre l'intrigue et de se passer de notes de fin d'ouvrage (présentent dans le roman graphique Queenie). J'ai mieux compris les différents rapports de force entre gangs mafieux et identifié les principaux "patrons" (Dutch Schultz le hollandais et Lucky Luciano l'italien).

 

Énigmatique, singulière, influente, intransigeante, maîtrisant un anglais mâtiné de français et de créole, la "négresse française" de Harlem au dos zébré de cicatrices, comparée à J. C. Walker, permet à Mikaël de nous plonger de façon renouvelée dans le New York de La Grande Dépression, entre speakeasies, barbiers, clubs de jazz et sombres ruelles. J'ai été un peu frustrée de voir la BD se terminer par un cliffhanger... mais c'est de bonne guerre pour nous faire revenir vers le deuxième tome - à la couverture tout aussi belle que le premier - dont la parution est prévue pour 2023.

 

 

 

L'oiseau en cage ne sait pas qu'il sait voler.

Harlem (T.1)
Harlem (T.1)
Harlem (T.1)

Publié le 3 Mai 2022

Queenie : la marraine de Harlem

Manteau au col de fourrure, chapeau cloche, escarpins, avec tour à tour entre les mains une cigarette, une liasse de billets ou un revolver : l'allure élégante de Stéphanie Saint-Clair, martiniquaise installée à New York, assoit son personnage de chef de gang et de figure de la communauté afro-américaine du Harlem des années 30.

 

Le roman graphique signé Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy retrace de façon inédite la vie de celle appelée Queenie. Dirigeant une loterie clandestine pendant la Prohibition, elle était aussi influente dans le milieu intellectuel de la Harlem Renaissance (mouvement de renouveau de la culture afro-américaine dans l’Entre-deux-guerres). À ce titre, de nombreuses références artistiques sont égrenées tout au long du récit : le peintre et sculpteur Charles Alston, le poète Walt Witman, les musiciens Thelonious Monk et Duke Ellington ou encore la danseuse Florence Mills. Le scénario se concentre sur l'année 1933, charnière pour le business de Queenie du fait de la fin de la Prohibition, tout en étant densifié par des flash-back sur sa jeunesse. Le tout est très cinématographique. Outre les références culturelles, on trouve aussi des références historiques : la mise en scène de personnages comme Al Capone ou l'intervention glaçante (pour ne pas dire brûlante...) du Ku Klux Klan.

 

Le graphisme d'un noir et blanc ultra élégant, se grisant lors des flash back en évitant tout manichéisme au personnage, nous plonge dans une atmosphère classique aux accents mafieux. Certaines planches sont remarquables : la construction parallèle des pages 56 et 57 sur les agressions sexuelles, celle du cinéma avec la prise de parole de l'indien du film qui se charge d'expliciter les paroles de Bumpy, fidèle associé de Queenie (p. 71), celles sur le KKK qui font également référence à la mort de George Floyd (p. 95 à 100), ou encore celle de la noyade (p. 122). Le danger est symbolisé à plusieurs reprises par les sabots des chevaux.

 

Cet album est à la fois un récit d'émancipation féminine, un thriller et un manifeste antiracisme documenté. Bientôt adapté sur grand écran, son histoire continuera sans nul doute de faire parler d'elle. N'hésitez pas : plongez dans le quartier effervescent, corrompu et contrasté de Harlem, le travail déployé au fil des pages de cette bande dessinée n'a d'égal que le charisme de Queenie.

 

Queenie : la marraine de Harlem
Queenie : la marraine de Harlem
Queenie : la marraine de Harlem
Queenie : la marraine de Harlem

Donnez un poisson à un homme et vous le nourrissez une journée. Apprenez-lui à pêcher et il n'aura plus jamais faim.

- Tu aimes ces merdes de westerns Bumpy ?
- C'est une piqûre de rappel. Quand j'étais petit, j'étais toujours du côté du cow-boy.
- Et il t'est arrivé quoi ?
- Il m'est arrivé l'Amérique. J'ai grandi et réalisé que j'étais un indien depuis le premier jour.

Publié le 12 Avril 2022

Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées

Coup de cœur pour cette bande dessinée didactique hilarante sur la thématique des contes. Premier point : l'objet. Le livre est de magnifique facture, avec une épaisse couverture cartonnée d'un vert foncé, des dorures - notamment sur les tranches - des pages de garde travaillées, du papier épais et un marque-page en tissu qui participe de l'effet "vrai faux livre ancien et précieux". Les illustrations au graphisme plutôt rond se présentent en bichromie de violet ensorcelant et d'orange enthousiaste. Le tout est pensé et soigné de A à Z (et m'a fait penser au roman D'or et d'oreillers de Flore Vesco).

 

Alternant analyses et récits, Lou Lubie nous propose une lecture fluide, au propos moderne et énergique. Elle revient sur l'origine des contes en expliquant notamment que les contes - de tradition orale - ont finalement été fixés par écrit par des auteurs qui, s'adressant à un lectorat particulier, à une époque particulière, ont fait des choix narratifs. Elle liste les principaux auteurs qui ont transposé les contes sur papier :

  • Basile au XVIIe s. en Italie (écrit pour les adultes de la cour / avec un langage sophistiqué / des récits burlesques et irrévérencieux)
  • Perrault au XVIIe s. en France (écrit pour les enfants / donc avec une morale / avec une écriture raffinée / avec des héros plutôt passifs et vertueux)
  • Les frères Grimm au XIXe s. en Allemagne (écrivent pour affirmer l'identité allemande / avec moins de détails et plus d'actions / des héros plus débrouillards / des récits plus cruels)
  • Disney au XXe s. aux USA (moins sanglant / plus ludique / plus romantique / plus sexiste)

 

Elle n'oublie pas de citer également des noms moins connus (et féminins !) tels que Marie-Catherine d'Aulnoy (qui a inventé le terme de "conte de fées"), Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, Marie-Jeanne Leprince de Beaumont ou encore Bozena Nemcova. Elle nomme également Andersen qui a lui inventé ses propres contes (au XIXe s.) : La Petite Sirène, La Princesse au petit pois, Poucelina, Le Vilain Petit Canard, etc.

 

Lou Lubie revient sur la définition du conte et ses analyses narratives (schéma narratif, schéma actanciel, classification ATU) et psychanalytiques. Elle énumère les principaux conflits inconscients que peuvent aider à surmonter les contes selon Bruno Bettelheim :

  • La rivalité fraternelle (comme dans Cendrillon)
  • L'angoisse de la séparation (comme dans Hansel et Gretel)
  • Les conflits avec un parent (via la figure de la belle-mère notamment)
  • Les complexes œdipiens (comme dans Blanche-Neige ou Le Petit Chaperon rouge)

 

Enfin, elle en vient à aborder l'éthique des contes : sont-ils sexistes ? Racistes ? Modelés selon des valeurs religieuses ? J'ai particulièrement apprécié la présentation et le décryptage des différentes versions plus ou moins misogynes de La Belle endormie / La Belle au bois dormant :

  • Version Basile : pour adultes seulement /!\
  • Version Perrault : étonnamment ok, pas de baiser du prince
  • Version Grimm (reprise par Disney) : pas ok, baiser non consenti !

 

J'ai adoré découvrir ou redécouvrir les récits originels et non déformés par l'esprit Disney (même si j'adore ce dernier, entendons-nous bien) comme La Petite Sirène (qui se suicide), Barbe bleue (bien gore), Le Prince enchanté (antisexiste) ou Raiponce (qu'on aurait aussi pu connaître sous le nom de Fleur-de-Persil ou Persillette !). Avec le trait simple et expressif de Lou Lubie, les classiques retrouvent leur férocité : adultères, mutilations, meurtres, etc. C'est parfois sombre, croustillant, enchanteur, souvent surprenant. Avec son humour moderne qui sauve les scènes les plus déstabilisantes, Lou Lubie nous offre une exploration culturelle et littéraire passionnante !

 

Les sœurs, c'est comme les vies dans un jeu vidéo : tant qu'on en a, on peut revivre les mêmes épreuves... jusqu'à ce qu'on trouve le truc.

Je ne vois pas pourquoi une jeune fille ne pourrait pas massacrer des ogres pour sauver son plan cul !

En revanche, aucun conte traditionnel ne finit par : "... et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Certes, les héros vivent à jamais dans un bonheur absolu - qui n'est pas une fin au premier degré, mais une métaphore de l'accomplissement. [...] Mais pas question de faire des enfants ! Selon Bettelheim, l'enfant œdipien veut être réuni avec le parent de sexe opposé ; il ne veut pas avoir d'enfants avec lui ! Si quelqu'un a eu un enfant au cours du récit, le rejeton est escamoté de la fin comme un souvenir gênant. Quant aux méchants, ils finissent punis, si possible dans d'atroces souffrances ! Cette violence ne choque pas les enfants : ils savent que ce n'est pas réel. Ils la vivent comme un exutoire symbolique.

Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées
Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées
Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées

Publié le 30 Mars 2022

La terre, le ciel, les corbeaux

Ça commence par une histoire drôle [...] C'est l'histoire d'un italien, d'un russe et d'un allemand.

Voici une bande dessinée parue tout récemment chez Glénat, signée du couple italien Teresa Radice (au scénario) et Stefano Turconi (à l'illustration). Elle raconte la rencontre et la fuite de trois hommes échappés d'un camp de prisonniers gardé par l'armée russe, à la fin de l'hiver 1943. Fuchs est un soldat allemand, Attilio, le narrateur, est italien, et Ivan, de l'Armée rouge, accompagne les deux autres sous la menace. Le récit est celui d'une course folle contre une mort presque inéluctable, celui d'une marche longue et pénible dans des paysages de forêts enneigées. Se tenant à distance des troupes allemandes et soviétiques, ils bénéficient de l’hospitalité des populations rencontrées sur leur route, se ménageant ainsi des pauses bienvenues dans leur périple glacé. Mais le danger se fait de plus en plus pressant, mettant à mal les liens qui s’étaient peu à peu tissés. Oscillant entre amitié et méfiance, les personnages cherchent à économiser leurs forces et leur salive. Chacun parle sa langue, non traduite dans les bulles, à l’exception de l’italien, langue du narrateur. Le lecteur non germanophone ou russophone est donc forcément un peu déstabilisé. Mais on comprend très vite que cette incompréhension sert l’histoire, en rendant très concrète l’incertitude linguistique qui entretient la méfiance de chaque personnage à l’égard des autres. Le scénario, très bien construit et divisé en plusieurs parties matérialisées par des citations de Tolstoï, est rythmé par une série de flashbacks. Attilio se remémore sa vie d’avant, dans un village au-dessus du Lac de Côme. Une vie faite de petits et de grands bonheurs, mais aussi de blessures, que l’on découvre au fur et à mesure. Le dessin à l’aquarelle est superbe. Certaines planches appellent une pause contemplative - renforcée par l'absence de texte - pour s'imprégner de la délicatesse du travail sur les couleurs de la nature. On profite de la combinaison de deux talents, graphique et littéraire. En effet, la narration elle-même se tient parfaitement et offre des réflexions profondes et poétiques (sur la politique, l'émancipation, l'affection...). Le rythme est parfois un peu lâche et certaines planches tout à tour très contemplative ou très verbeuses. Pour autant, on se soucie du sort des protagonistes et on parcourt les paysages glacés au même rythme, le cœur tendu vers un espoir de fraternité et d'apaisement retrouvé.

 

Le salut, à mon humble avis, n'est pas d'être fidèle à ses certitudes, mais d'apprendre à s'en libérer.

Comme vous deux, je suis affamé et en colère. Et je sais que la faim et la rage, quand on est seul, mènent au désespoir. Partagées, en revanche, c'est un carburant qui incendie le monde.

Pour moi, le respect cache un vide où devrait se trouver l'affection.

Il parle de la guerre comme une solution politique. À ça, je réponds que lorsque la guerre est là, la politique a échoué depuis un moment.

Elle qui a la splendeur têtue des roseaux qui apprennent à se plier au vent sans ne jamais céder.

Et nous, plongés dans nos propres pensées, la voyons disparaître, engloutie dans l'immensité de ce pays... avec son lot de joie, de jeunesse et de jalousie.

Nous ne nous sommes pas laissé abattre au point de ne plus savoir rire. Rire rééquilibre les disgrâces. Rire empêche l'adversité de te faire perdre la tête. [...] C'est une défense, un bouclier, une ressource des êtres humains.

J'ai la vie plein les yeux, les oreilles, le palais ! La vie est une explosion de vermillon, de coquelicots sur les traverses [...]. La vie est une bouteille qui se vide dans une auberge qui se remplit de fumée et de récits.

Elle m'a parlé d'une antique pratique japonaise pour réparer la porcelaine. On utilise de l'or liquide pour souder et assembler les fragments. Une façon d'embellir les cassures et faire de chaque objet brisé une œuvre unique et irremplaçable. Tout cela grâce aux blessures que l'objet a subies. Les fragments, plus que les parties saines, sont ce qui nous définit vraiment.

La terre, le ciel, les corbeaux
La terre, le ciel, les corbeaux
La terre, le ciel, les corbeaux
La terre, le ciel, les corbeaux