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Publié le 21 Mars 2022

120 dessins de presse

Découverte de deux recueils de dessins de presse édités par l'association Cartooning for peace (réseau de dessinateurs engagés à promouvoir la liberté d'expression et les droits de l'homme par le dessin de presse, initié par Kofi Annan et Plantu) et Amnesty international. L'un - À vos masques ! - revient sur l'apparition de la Covid-19 et les mois traversés ensuite, permettant d'en saisir les enjeux et conséquences sanitaires, sociales, économiques et politiques. L'autre - En avant toutes ! - revient sur le mouvement #MeToo et dresse un état des lieux de la situation des femmes à travers le monde, participant à la dénonciation des injonctions et violences faites aux femmes. Dans les deux cas, on rit (jaune), on hallucine en se remémorant certains faits ou certaines prises de paroles (Donald Trump qui suggère d’ingérer de la Javel pour combattre le virus ; la tribune sur la "liberté d'importuner"...), on revit l'inquiétude, le déni, la tristesse, l'espoir, la révolte... L'approche satirique est contextualisée par des préfaces éclairantes et des légendes, qui parfois mériteraient d'être plus précises ou développées. Le tout forme des rétrospectives instructives et donne le sentiment d'être proches les uns des autres au niveau mondial du fait de ce langage universel qu'est le dessin.

 

120 dessins de presse
120 dessins de presse
120 dessins de presse
120 dessins de presse
120 dessins de presse
120 dessins de presse
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Publié le 21 Janvier 2022

Le chemisier & Une sœur

L'occasion s'est présentée de découvrir le travail de Bastien Vivès. J'ai donc lu deux romans graphiques de cet auteur au look d'éternel adolescent. Le chemisier et Une sœur reflètent tous les deux son style graphique épuré à l'encrage particulier et ses thèmes de prédilection : l'adolescence, la découverte du plaisir sexuel, l'émancipation...

 

  • Dans les deux cas, j'ai été plutôt conquise par le trait élégant et le découpage scénaristique bien mené. En revanche, j'ai trouvé pour ℒ𝑒 𝒸𝒽𝑒𝓂𝒾𝓈𝒾𝑒𝓇 qu'on frôlait la vulgarité et l'invraisemblance. Étudiante en Lettres modernes à la Sorbonne, Séverine est une jeune femme qui vit une existence banale aux côtés d'un compagnon qui lui prête moins d'attention qu'aux séries télévisées ou aux jeux vidéos. A l'issue d'un baby-sitting, elle se voit prêter un chemisier en soie, et du jour au lendemain, les hommes semblent poser sur elle un regard différent, chargé de désir. Elle se révèle alors à elle-même. Au-delà des scènes érotiques qui m'ont dérangées, j'ai trouvé la psychologie des personnages insuffisamment travaillée, le dénouement peu crédible et les dialogues trop peu développés. L'idée scénaristique de départ était pourtant bien trouvée. Malheureusement, l'histoire est creuse comme un mauvais fantasme.

 

  • J'ai préféré 𝒰𝓃𝑒 𝓈𝑜𝑒𝓊𝓇, même si là encore on ne peut s'empêcher d'éprouver un certain malaise. Dans ce récit on suit Antoine, 13 ans, en vacances en famille dans une maison bretonne de bord de mer. Il dessine, passe du temps à la plage avec son petit frère Titi, jusqu'à ce que débarque Hélène, 16 ans, venu passer quelques jours de repos avec sa mère suite à la fausse-couche de cette dernière. Entre les deux adolescents va alors se nouer un attachement particulier. Ils vont partager des moments d'oisiveté allongés sur la plage et d'autres penchés sur l'assemblage d'un puzzle. Mais pas que. Hélène, qui n'a pas froid aux yeux, s'amuse à éveiller le désir d'Antoine et à l'initier aux plaisirs de l'adolescence : les sorties alcoolisées et la découverte du plaisir sexuel. C'est assez doux et charmant et en même temps malaisant. En effet, le lecteur est dans une situation de voyeur malgré lui. Surtout, on a le sentiment de frôler la lecture d'un récit d'inceste. Antoine est encore jeune et les deux adolescents pourraient presque être frère et sœur, comme le souligne le titre et comme ils l'évoquent plus ou moins eux-même. J'ai aimé le trait épuré car même en gommant souvent les nez voire les yeux de ses personnages, Bastien Vivès arrive à les faire s'incarner et livre une mise en scène fluide, centrée sur les postures de ses deux protagonistes adolescents. Le lecteur est renvoyé à ses propres souvenirs et goûte de nouveau par procuration aux troubles qui accompagnent la sortie de l'enfance. C'est donc le récit d'une initiation confuse et impudique qui me laisse perplexe.

 

Publié le 21 Septembre 2021

Quelques BD lues cet étéQuelques BD lues cet été
Quelques BD lues cet étéQuelques BD lues cet été

🙂 Iris, deux fois d'Anne-Laure Reboul et Naomi Reboul est une bande dessinée sortie en tout début d'année. Une histoire intéressante tant sur le plan de la tension narrative qu'au niveau des thématiques évoquées (le déterminisme social, la dépendance, l'accomplissement de soi, l'écriture...). En revanche, j'ai trouvé la fin un peu plate et espérais un dénouement plus affirmé. Je suis donc restée un petit peu sur ma faim. Un duo à suivre cependant.

 

🙂 Le chœur des femmes d'Aude Mermilliod, d'après le roman de Martin Winckler, est une bande dessinée sortie au printemps qui traite de sujets tels que la transidentité, les violences gynécologiques ordinaires ou plus largement les relations entre médecins et patient(e)s. Un témoignage féministe percutant et parfois déstabilisant. À savoir : un guide illustré sur la santé intime des femmes inspiré par le roman graphique est mis à disposition gratuitement sur le site de l'éditeur.

 

😕 Negalyod de Vincent Perriot est une bande dessinée datée de 2018 qui m'a été prêtée par un collègue mais qui ne m'aura pas totalement séduite. C'est "trop SF" pour moi : des dinosaures en plein désert post-apocalypique, une révolution sociétale vite expédiée, un style graphique éloigné de ma sensibilité...

 

🙂 Soon de Thomas Cadène et Benjamin Adam est une bande dessinée datée de 2019. Cet espèce de documentaire fictif s’inscrit dans la lignée des récits d’anticipation post-apocalyptique mais dessine un monde capable d’apprendre de ses erreurs. Le sujet est ambitieux et souffre parfois de déséquilibres mais j'en retiens une lecture plutôt agréable et un récit globalement bien mené.

 

Publié le 1 Juillet 2021

Coups de cœur littéraires 2020-2021

Voici, avec un peu de recul sur mes lectures et comme j'ai l'habitude de la dresser chaque année, la liste de mes coups de cœur littéraires de l'année scolaire écoulée. Je me suis limitée à dix : six romans et quatre albums jeunesse. Mais je pourrais aussi allonger la liste et citer les bandes dessinées Peau d'HommeBlanc autour et Préférence système ou encore les albums Et si ? de Chris Haughton et Eau salée d'Émilie Vast. J'espère que vous pourrez y trouver de quoi piocher quelques gourmandises à déguster les pieds dans la sable cet été. Pour enrichir votre liste, vous pouvez également consulter ma liste de l'année dernière.

 

 

 

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre de Julien Dufresnes-Lamy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Pendant les quatre heures d'opération nécessaires pour que son père se transforme en Alice, Charlie égrène les minutes et les souvenirs : le choc de l'annonce, le rejet, l'acceptation...

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour la modernité et la subtilité à la fois du sujet et de l'écriture. Pour, si ce n'est comprendre, du moins ressentir de l'empathie pour une famille bouleversée mais soudée par un "trouble de l'identité de genre".

 

 

Fille de Camille Laurens

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Dans cette autofiction sur l'identité féminine, qui navigue de l'enfance à la maternité, Camille Laurens parle avec gravité, sans s'empêcher des notes d'humour, de ce que signifie de naître fille - de n'être que fille - et de devenir ensuite mère d'une fille.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour avoir matière à réfléchir sur la condition féminine, que ce soit en riant ou en ayant la gorge serrée.

 

 

Florida d'Olivier Bourdeaut

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Le parcours d'une jeune américaine prénommée Elizabeth, de ses premiers pas sur les estrades des concours de mini-miss jusqu'à ses grotesques entraînements de musculation pour devenir bodybuildeuse et se venger de l'égoïsme parental.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour lire un roman au style musclé qui s'épanouit dans la démesure tout en étant au plus près de la sensibilité malmenée de sa narratrice. Pour comprendre à quel point le corps et l'esprit peuvent être liés l'un à l'autre.

 

 

Le dernier enfant de Philippe Besson

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Une journée à la fois banale et particulière, pour une mère dont le dernier de ses trois enfants quitte le nid pour s'installer dans son studio d'étudiant.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour avoir le cœur serré par le dévouement ordinaire des mères. 

 

 

La famille Martin de David Foenkinos

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'auteur l'écrit si bien lui-même : "J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre."

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour être aux premières loges du récit en train de s'écrire sous nos yeux. Pour rire et soupirer avec des personnages bien campés.

 

 

 

D'or et d'oreillers de Flore Vesco

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'histoire du jeune Lord Handerson qui, pour choisir au mieux sa future épouse, fait passer un test à toutes ses prétendantes. Dans la société anglaise du XIXe siècle, les mères, bien que totalement outrées par sa méthode, lui confient leurs filles le temps d'une nuit, qu'elles passeront dans un lit d'une hauteur invraisemblable sur lequel on a empilé une dizaine de matelas.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour son humour et ses pas de côté, pour sa sensualité, pour sa finesse et sa modernité. Pour lire du Jane Austen à la sauce fantastique le tout relevé d'une pointe d'érotisme féministe ! Parce que c'est mon dernier coup de cœur littéraire en date. Parce qu'il se pourrait bien qu'il dépose des paillettes sur votre oreiller.

 

 

 

♥ Ainsi que les albums jeunesse suivant, pour leur pertinence, leur humour et la beauté de leurs illustrations : 

 

 

 

 

Et vous, quel est votre coup de cœur de ces derniers mois ?

 

 

Publié le 30 Juin 2021

Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel

Faire défiler le carrousel

😕 Je suis un oiseau de la ville de Delphine Jaboeuf, Caroline Aufort et Élodie Mandray est un album jeunesse documentaire de grand format sur les oiseaux des villes, du plus remarquable au plus commun. Il permet de les reconnaître, les observer, de mémoriser leur chant et leurs particularités. Nous n'avons pas été particulièrement séduits à la maison. Peut-être, en vrac, parce que : le format est imposant et difficilement manipulable, les illustrations sont rébarbatives, décrypter les chants est compliqué. Un album qui ne correspond pas forcément aux bas âges de mes enfants mais qui pourrait en séduire d'autres. Je remercie tout de même les éditions Hélium pour cet envoi.

 

😕 Retour vers l'antiquité de Delphine Chedru est un livre-jeu de grand format. Le chevalier Courage et la Princesse Attaque sont réunis pour un voyage dans le temps direction l’Antiquité. Ils sont dirigés dans leur périple par les choix faits par le lecteur au fil du livre, et traversent ainsi les civilisations grecque, égyptienne romaine, etc. Le principe ludique est intéressant mais autant le dire sans détour : l'indication d'âge de l'éditeur (à partir de 5 ans) ne me semble pas du tout approprié ! Le contexte historique et certains jeux d'observation sont hors de portée des plus jeunes et ne sont abordables aisément qu'à partir de 7 ou 8 ans. Un album qui, de nouveau, ne correspond pas forcément aux bas âges de mes enfants mais qui pourrait en séduire d'autres. Je remercie tout de même les éditions Hélium pour cet envoi.

 

🙂 Montagnes de Marcos Navarro et Mia Cassany est un album jeunesse documentaire de grand format sur de célèbres montagnes de seize régions du monde. C'est l'occasion d'évoquer la géographie, la faune et la flore d'autres pays comme le Pérou ou le Japon. Chaque double page présente un paysage à la biodiversité détaillée dans lequel on peut s'amuser à observer et compter des animaux tels que l'ours, le lama ou le saro à cornes. Du volcan Arenal au Mont Blanc en passant par le Kilimandjaro, on se régal d'illustrations chatoyantes et d'informations à portée des jeunes enfants à partir de 5 ou 6 ans environ. Je remercie les éditions Nathan pour cet envoi.

 

😐 L'artiste contemporain de Nathalie Heinich et Benoît Feroumont est une bande dessinée sociologique de petit format sur la figure de l'artiste contemporain : son positionnement, sa carrière, sa rémunération. C'est lisible et enrichissant sur le sujet, même si je pensais en apprendre plus sur l'art contemporain en général plutôt que sur le statut de l'artiste.

 

😐 La colline que nous gravissons d'Amanda Gorman est la retranscription du discours The hill we climb fait par la jeune poétesse afro-américaine lors de l'investiture du Président Joe Biden en janvier 2021. C'est à la fois consensuel, facile d'accès et bien écrit. Et comme la poésie, dit-on, a le pouvoir d'adoucir les mœurs, je vous laisse sur une citation de ce long discours poétique.

 

Si nous voulons être dignes de notre époque,
nous devons vaincre
Non par la lame de l'épée, mais grâce aux ponts que nous avons construits.
Telle est la clairière promise,
La colline que nous gravissons, si tant est que nous en ayons le courage :
Car être américain est bien plus qu'une fierté reçue en héritage,
C'est le passé dans lequel nous nous inscrivons,
et la façon dont nous le réparons.

Publié le 29 Juin 2021

Appelez-moi Nathan

Voici une bande dessinée sur une thématique émergente dans les lycées : la transidentité. Ce sera l'un des thèmes forts de mon volet culturel l'année prochaine. J'ai déjà lu Mon père, ma mère, mes tremblements de terre sur cette question et d'autres suivront (un essai et un roman italien sont déjà dans ma PAL d'été). Nous suivons ici le parcours de Lila, adolescente née fille, qui à l'approche de la puberté se pose des dizaines de questions sur son corps et son identité. Pourquoi n'a-t-elle pas tout à fait les mêmes goûts que ses copines ? Qui est-elle vraiment ? Est-elle homosexuelle ? Fait-elle sa crise d'adolescence ? Petit à petit, elle va comprendre qu'elle se sent garçon et décidera de se faire appeler Nathan. Elle commencera, avec le soutien de ses parents, un processus de transformation avec des injections de testostérone chaque mois.

 

C'est une sorte de témoignage fictif sur les questionnements et le parcours d'un adolescent transgenre. La narration utilise un langage parlé, à hauteur d'adolescents, très abordable et lisible. Les illustrations à l'aquarelle sont douces et fluides. Au fil de ma lecture, j'ai été sceptique face au côté "on ne me comprend pas mais moi je sais maintenant et je vais m'affirmer quitte à bousculer la norme" mais j'ai aussi noté deux planches choc (l'une mettant en scène un violent fantasme d'arrachage des seins et l'autre une hypothétique opération de changement de sexe) qui permettent de ne pas rendre anodin et rose le parcours transidentitaire. Centré sur Lila / Nathan, le récit n'omet pas non plus la douleur et la dignité des parents et du petit frère dans cette situation oh combien bouleversante. D'ailleurs, outre la question centrale du genre, sont aussi évoqués des sujets tels que la scarification, le sexisme et l'homophobie. Le récit est didactique et éclairant. Il balaie les différents aspects de cette égarement d'un garçon dans un corps de fille : de sa prise de conscience à celle de l'entourage familial, amical et scolaire, jusqu'aux processus sentimentaux, médicaux, administratifs et sociaux. Pour autant, il ne répond pas à tous mes questionnements d'adulte sur le lien entre identité biologique (sexe) et identité genrée, nature et culture, et aussi sur les conséquences autour des questions familiales et procréatives.

 

Appelez-moi Nathan
Appelez-moi Nathan