Voici le deuxième recueil d'un très jeune poète du Morbihan, dont la lecture m'a été recommandée par Joseph Ponthus lors de sa venue au lycée. Une écriture déjà follement aboutie qui nous transporte par des rimes aux allitérations chantantes et des rythmes de percussions africaines. Mohamed, alias Falmarès, chante ses deux pays : sa terre natale de Guinée et sa terre d'asile, la France. Enthousiaste pour les paysages, les êtres et les fêtes, il s'adresse tout à tour à sa mère, sa grand-mère, son oncle, ses "frères migrants" ou encore une certaine bretonne prénommée Maeva. Il parle de ses "balafres noires", de son "sang noir qui bave" et de "tristes marées mouvantes au bord de la solitude Atlantique" mais aussi du soir qui tombe sur Paris, du printemps et des yeux dorés de l'amour. C'est frais, beau et fort.
Le matin, dans mon petit village,
La nature est fleur, calme et décor,
Sereine comme l'alpha de l'oméga,
Le vent sans souffle, sans parole,
Le vent emprisonné dans le creux
Des quatre points cardinaux.
Ô Guinée ! ma Guinée.
De tes sons musclés des merveilles
De tam-tams plus lointains,
De tes marabouts , tes griots, les baobabs d'Afrique
Plus anciens que la colère bleue d'hommes
Dans la Soumba du pays natal.
Chère maman, c'est moi,
C'est moi ton fils, ton champion,
Je t'écris de si fort lointain,
Je t'écris sur l'orient de mon isolement
Dans un pays de fort romantisme,
Dans les minuits de France.
Je t'écris.
Dis-moi,
De quelle couleur
Sont tes yeux dorés, sublimes
À la vanille vannetaise ?
Dis-moi, ton cœur d'archange,
Tes feux de jeunesse, tes feux d'amour,
Ronde comme la vierge faune du Kenya ;
Angélique comme le Peul de Gambie ;
Et douce comme le premier ciel.
Amis ! Illustres amis de la lyre,
Lisez ! Lisez avec soin et amour,
S'il vous plaît, lisez avec joie et respect,
Bouquinez en cœur-fleur hospitalier.
Après une fin d'année 2020 sur pause, j’espérais voir revenir l'envie de lire. Mes envies listées début janvier se révèlent bien assouvies un mois plus tard. Voyez plutôt ci-dessous. Par ailleurs, d'autres sont déjà dans un coin de ma tête pour le mois de mars : Florida d'Olivier Bourdeaut, Le dernier enfant de Philippe Besson, Home body de Rupi Kaur, Après nous, les animaux de Camille Brunel, Les cigognes sont immortelles d'Alain Mabanckou, et peut-être aussi des BD comme Simone Veil : L'immortelle, Les crocodiles, etc.
Alors, de quoi ça parle ? D'un film catastrophe qui s'ancre dans la réalité de Victor, compagnon de Madeleine et père de leurs deux enfants. Comme il le dit lui-même : "Le sujet c'est que le monde est parti en sucette". Il était chez lui, "à traîner sans bouger" quand "tout a commencer à finir". Une tempête s'est levée et une "putain de poisse dégueulasse a commencé sa dégoulinade du ciel. [...] Dehors les arbres se déracinaient, le monde s'écroulait, la moitié de la cuisine était déjà éventrée par les bourrasques et inondée de merde grise et glacée". Le Déluge. Victor-Noé prend alors sous son bras, chien, lapin et kit de survie et plonge dans la cave juste avant que l'escalier ne se remplisse de combles. "C'est la fin du monde ! Dehors c'est assourdissant. La planète se fait déchirer en deux, mâchouiller par la mort." S'ensuit alors un temps indéfiniment long où, entre quatre murs, Victor va devoir survivre et, aidé - ou pas - par l'alcool, quelque peu philosopher.
J'ai aimé l'humour burlesque omniprésent, ponctué de références plus ou moins pop (NTM, Victor Hugo, Mike Horn, Charles Bukowski, Games of Thrones, etc), les quelques réflexions plus sincères et poétiques, l'idée même de l'intrigue. J'ai moins aimé la verve souvent vulgaire du personnage, l'équilibre qu'on sent difficile à tenir pour l'auteur de ménager son effet sur une longue distance comme celle du roman. En cela, le format de la nouvelle aurait peut-être été plus approprié. Ce que j'en retiens : un plaisant moment à sourire des bons mots du personnage et à s'imaginer comme lui coincé entre quelques litres d'alcool et une hypothétique fin du monde. Juste des bémols au niveau du ton et du suspens moyennement bien entretenu. Ben oui, on le devine, que la fin du monde après un magistral mais non moins simple grain, c'est juste dans sa tête...
À lire pour rire de nos angoisses parfois démesurées et relativiser !
C'est une de ses magnifiques journées de janvier ou de février. Lorsque le froid et la lumière vont si bien ensemble, que le bleu immaculé du ciel paraît figé par la glace, que tout semble à sa bonne place, au repos.
Si le monde n'existe plus, le temps n'existe plus. Je ne sais pas combien d'heures, de jours ou de semaines. Combien d'années, combien de siècles, combien d'instants. Je ne sais pas et je m'en fiche. Ma conscience se transforme en caillou et le temps disparaît. Cono et moi, nous nous fossilisons. Nous devenons immortels, intemporels, comme une trace de pas sur la lune. Là-haut les galaxies passent l'aspirateur pour nettoyer les dernières poussières d'étoiles de notre règne.
[Dans le monde d'après] On garde le vent dans les arbres, les frites et les asperges sauvages. Les cerises et le rhum vieux. On garde les débardeurs qui dénudent les épaules bronzées des filles, les pétards dans le champ de blé pendant la nuit des étoiles filantes, le frisson des gouttes de pluie dans le cou, la mode des mini-shorts en jean. On garde les chaînes de cinéma classique, le fromage et les boîtes à livres gratos. On élit Calvin et Hobbes président intérimaires avec Jean-Pierre Marielle en consultant. Et puis la meuf de Games of Thrones là avec les cheveux blancs. Y a moyen de se goupiller un truc réglo.
L'amour, on devrait se faire pousser une femme à l'intérieur, comme les escargots, ça permettrait d'écouter l'autre autant qu'on s'écoute, d'y porter attention autant qu'on se branle l'ego.
Voici un roman signé Thomas Gunzig repéré et acheté l'année dernière au lycée. C'est une double satire sociale de la précarité des travailleurs pauvres et aussi du milieu éditorial. Elle est illustrée par les parcours et la rencontre de deux personnages. Alice, la quarantaine, mère célibataire d'un enfant de sept ans, vendeuse au chômage qui a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Tom (tiens, comme Thomas), un poil plus âgé, "écrivain moyen" sans succès qui vivote en écrivant des romans bizarres, largué par sa femme et incompris de sa fille.
L'écriture fluide dépeint avec justesse le parcours d'Alice puis de Tom, rendant les personnages à la fois sympathiques et déplaisants. J'ai surtout apprécié la sensibilité pragmatique avec laquelle Thomas Gunzig traite de la précarité : le fait de compter chaque euro dépensé, d'être "tout juste" à chaque quinze du mois, de faire une dépense inconsidérée pour gâter son fils en lui achetant des céréales pour son petit-déjeuner. Le personnage de Séverine, amie d'enfance perdue de vue mais dont des bribes de sa vie dorée sont aperçues sur les réseaux sociaux, permet de mettre en lumière l'écart existant avec un milieu social bien plus aisé. J'ai adoré que ce personnage devienne le lecteur cible du roman pensé par Tom et Alice dans la deuxième partie du récit. Alice va peu à peu s'engluer dans une recherche d'argent pressante, jusqu'à envisager de se prostituer. Le manque de perspective et l'indifférence généralisée dans laquelle elle se débat vont ensuite la mener à imaginer une solution complètement farfelue pour tenter de sortir la tête de l'eau : enlever un enfant et en demander une rançon. Par un concours de circonstances plus farfelu encore, c'est Tom qui sera destinataire de sa demande, alors qu'il n'est pas le parent de cette enfant. À partir de là, un binôme va se former pour le pire, le meilleur, et l'écriture d'un roman.
L'auteur épingle d'ailleurs avec une certaine jubilation le milieu littéraire : la recette d'écriture d'un roman à succès, la fabrique éditoriale qui manie réputations usurpées et marketing ciblé... Il fait part de réflexions intéressantes sur la façon d'écrire : comment on nourrit son inspiration, dans quelles limites on peut être à la hauteur de sensations réelles (pour des scènes érotiques par exemple)... Malheureusement, il me semble qu'il charrie aussi des clichés sur le travail d'écriture.
C'est souvent drôle. Le ton est alerte. Le style fluide malgré des énumérations et répétitions de paragraphes entiers. Il y a quelques retournements de situation bien amenés. En revanche, j'ai finalement été déçue par la tournure prise par le récit. Les personnages, tels des adolescents inconséquents, s'engagent dans une démarche totalement invraisemblable. Leur fuite en avant ne peut pourtant que les mener à la catastrophe. L'identité du bébé kidnappé ne sera jamais trouvée. Ils ne seront finalement pas inquiétés. Et tout est bien qui finit bien ?! Ce manque de crédibilité ajouté à des scènes ou allusions sexuelles crues voire vulgaires m'ont été déplaisants. Le roman Feel goodn'en est pas un mais nous en donne ironiquement la recette (voir la citation ci-après) : j'ai apprécié cette mise en abîme de la rédaction d'un feel good book. J'ai donc refermé le livre de Thomas Gunzig partagée par différents sentiments face à l'invraisemblance de son intrigue et de son dénouement et face à sa loufoquerie prosaïque. À découvrir pour vous faire votre propre idée de son gai pessimisme.
_ Bon... Très bien... Alors il faudrait d'abord se décider pour le genre... Dans ce qui fonctionne, dans ce qui se vend bien, il y a le roman policier, il y a le roman "dans l'air du temps" (aujourd'hui ce serait un roman sur le harcèlement, la domination masculine ou les relations toxiques), et il y a le feel good book. Le policier, c'est peut-être est un peu compliqué parce qu'il faut trouver une bonne intrigue... Des rebondissements... Le feel good, c'est plus simple.
_ C'est quoi le feel good book ?
_ C'est un "livre pour se sentir bien". En gros, on doit présenter la vie sous un angle positif, faire des portraits de personnages qui traversent des épreuves compliquées mais qui s'en sortent grandis.
Ce sont des histoires dans lesquelles l'amitié triomphe de l'adversité, dans lesquelles l'amour permet de surmonter tous les obstacles, dans lesquelles les gens changent mais pour devenir meilleurs que ce qu'ils étaient au début...
_ Aaaaah, il faut parler de résilience et de conneries comme ça ?
_ Oui, par exemple, il y a pas mal de psychologie. Mais de la psychologie à trois sous, des notions pas du tout approfondies, des choses très basiques que le lecteur saisir en un instant, il y a souvent un petit côté "développement personnel" et puis faut pas hésiter à avoir la main lourde sur la spiritualité. [...]
Merci aux éditionsAutrementpour le partage de ce roman
qui vient tout juste de paraître
♡
Besoin de douceur, de contenir la violence enfermée dans ces pages...
Une gifle, c'est bien à cela que s'apparente ce roman. Un récit croisé des enfances d'un homme et d'une femme tous les deux marqués par des violences et des humiliations. Arrivés à l'âge adulte, ils se rencontrent et tombent amoureux. Mais après une période de plénitude, l'orage va commencer à gronder sur leur petit nuage. De 1976 à 2019, nous suivons principalement le parcours chaotique d'Antoine, élevé par un père colérique, méprisant et violent et une mère soumise. Perclus de coups, de sévices, de silences dédaigneux et même violé, Antoine survivra grâce à un placement en internat. Il y connaîtra les premières soirées arrosées et fiévreuses. Il prendra l'habitude de faire le mur pour s'échapper dans les nuits parisiennes survoltées. Pour autant, avec sa volonté de réussir pour prouver à son père qu'il peut devenir quelqu'un de brillant, il deviendra médecin. Il continuera à se droguer et à boire quotidiennement, pour échapper à sa souffrance et recouvrir son mal-être d'un manteau de silence et d'esbrouffe. Il y aura beaucoup de plans d'un soir. Et il y a aura Chloé. L'amour. "Chloé n'a pas seulement un visage magnifique, et des jambes incroyables, elle a une voix très douce, aussi. Elle sent bon, elle me fait du bien, à son contact je suis complètement con." Et puis le drame : ils ne seront pas capables d'assumer ensemble l'enfant qui va naître, Oscar. "Après tout ça, après eux, j'ai voulu autre chose. Je ne l'ai pas cherché, je n'aurais pas su comment faire, mais c'est arrivé. j'ai rencontré quelqu'un de différent, et ça a pris entre elle et moi. Je n'ai plus d'insomnies." Le renouveau a lieu pour Antoine à 50 ans : il les rencontre elle et son fils, Mio. C'est une période de plénitude, un amour passionnel. Pourtant, elle aussi a subi des sévices, des humiliations, en est venue à se faire vomir chaque jour. "Elle vomit, chaque repas, chaque injustice, chaque contrariété. Elle vomit deux à cinq fois par jour depuis quelques années déjà. Elle se déleste, mais de quoi ?" Elle sait encaisser en silence. Mais une gifle sera le geste de trop.
J'ai aimé ce livre pour comprendre ce que peut-être une enfance placée sous le signe de la violence plus ou moins ordinaire. Pour comprendre en quoi l'histoire individuelle façonne le parcours sentimental. C'est fin et sensible. En revanche, j'ai eu du mal à ne pas trouver parfois que l'auteur nous forçait à un certain voyeurisme : une façon de nous ouvrir les yeux sur les traumatismes réels que peuvent subir certains enfants sans doute. L'écriture, parfois vulgaire parce qu’imbibée des pensées des personnages, se déverse en flots continus. Divisé en trois partie, le récit possède heureusement quelques respirations grâce aux interventions de Mio à la fin du livre. Pas de pudeur : c'est à la fois ce qui dérange et ce qui fait la force de ce roman de Marie Simon. Il semble nécessaire pour prendre conscience du combat à mener pour éviter à des adultes d'être prisonniers des peurs et conditionnements hérités de l'enfance. Au travers des parcours singuliers présentés dans ce livre, Marie Simon nous offre des pistes pour dépasser les blessures et vivre enfin avec du respect pour soi-même.
C'est un détail si minuscule, mais elle ne pense qu'à ça. Elle pense aux photos qu'elle a faites ces deux dernières années, qui dorment dans son smartphone. Tout de suite, dans le taxi, elle pense à la douleur que ça pourrait provoquer de tomber dessus, sans le faire exprès. Alors qu'elle aurait fait le plus dur avec facilité, elle retomberait sur une photo de la famille, et alors ? Elle s'effondrerait, sûrement. Elle a fixé des centaines de moments de bonheur, de surprises, de choses qui se périment. Les enfants, des manèges, des vues sur la mer, Antoine dans le sable, leurs pieds emmêlés, des draps défaits qui recouvraient leurs corps une seconde plus tôt. Elle les a prises pour y croire toujours, sur le moment. Et maintenant, que faire de ces centaines de clichés heureux [...] ?
Que faire en sachant qu'elles sont là ? C'est à ça qu'elle pense, elle est en train de s'échapper, on ne sait de quoi, on ne sait comment, c'est trop frais, et elle a peur d'être retenue par ces photos. Alourdie, prise de regrets, rappelée par les preuves immortalisées chaque jour que cela existe pour de vrai, l'amour heureux, le quotidien partagé, la famille rêvée, les projets réalisés. Face à des centaines de photos, visibles instantanément, comment se souvenir qu'elle a eu raison de quitter l'homme qu'elle aime ?
C'est l'histoire d'une prof doc en lycée qui fait du désherbage dans les rayonnages dédiés à la fiction. Elle est rendue à la lettre C. Et soudain, en passant à la cote 840 CHA, un livre accroche son regard. Sa couverture n'est pourtant pas particulièrement sophistiquée. Elle est simple. D'un rose pâle qui évoque une tendresse, une fragilité. Le livre arbore le nom d'une autrice qu'elle ne connaît pas mais aussi un titre dont la poésie résonne en elle. Alors, elle le retourne, lit sa quatrième, l'ouvre, le met de côté. Pas sur la pile de ceux qui, jaunis, rejoindront bientôt son bureau pour subir une intransigeante suppression informatique mais un peu plus loin, sur le coin vide d'une étagère à la hauteur de ses yeux. Plus tard dans la journée, il serra glissé dans un sac fourre-tout et ramené dans le confort de son foyer pour être délicatement découvert.
🌸
Rose est une adolescente de 15 ans solitaire, lestée par un poids trop lourd à porter pour l'innocence dont elle devrait pouvoir faire preuve à son âge. Elle est accablée de chagrin parce que son frère aîné, Nathan, est atteint de mucoviscidose. Elle appréhende les nuits noires où "les araignées" viennent s'emparer des poumons de son frère et le malmène devant des parents impuissants. Parce qu'elle ne peut pas vivre alors que son frère se contente de survivre, parce qu'elle ne peut pas occulter ce qui se passe dans la chambre à côté de la sienne chaque nuit, Rose s'oublie. Elle se renferme. Elle n'a plus le goût de s'intéresser aux autres. Et puis, un beau jour, surviennent dans sa vie un drôle de garçon, qu'elle appelle Zeus, et sa grande sœur, Iris. Elle se dit qu'il a une drôle d'obsession, à vouloir capter l'intensité du bleu chloré de la piscine municipale. Elle se dit que sa sœur, aux tenues vestimentaires improbables, serait peut-être de bonne compagnie pour Nathan, dont l'état vient soudain de se dégrader et qui est entré à l'hôpital. Rose va alors s'ouvrir précautionneusement et tenter le tout pour le tout pour redonner le sourire à son frère, pour lui faire le cadeau de goûter à la vie.
Ainsi, avec des mots simples et percutants à hauteur d'adolescent, Marie Chartres explore avec son premier et court roman la thématique sensible de la maladie d'un proche, pendant la période déjà complexe qu'est l'adolescence. L'écriture est parfois saccadée, empressée, comme un essoufflement qui traduirait la colère, l'angoisse, l'affolement. Rose se débat avec un sentiment d'injustice et la peur de l'incontrôlable inéluctabilité. Mais ce n'est pas larmoyant. C'est touchant et même souvent drôle. C'est plein d'une douce et poétique extravagance qui m'a fait penser à La vie en confettis. Le récit est ponctué de sous-titres savoureux : "Certaines questions ont des couleurs qui me plaisent", "Les pantalons de maman sont la cause de tous nos problèmes", "Le mot placé entre esplanade et esprit dans le dictionnaire est interdit de séjour chez nous", "Les yeux de papa changent de couleur quand il voit maman", "Tout est peut-être trop bleu", "J'ai un grand coquelicot devant les yeux", etc. J'ai beaucoup aimé ce roman, même si j'ai eu peur qu'il ne tombe dans un précipice de vulgarité à un moment donné. Mais non, la morale est sauve, toute en sensibilité et en fantaisie. Rose est une jeune fille pleine de nœuds qui ne demandent qu'à être démêlés pour enfin vivre pleinement d'amour, d'eau fraîche et de couleurs.
J'aurais pu avoir l'angoisse esthétique ou du moins sociable : fumer en sortant des cours, c'est une garantie pour faire connaissance. Je connais de vue certaines personnes qui ont rencontré leur petit ami de cette manière. Ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus romantique mais ça a le mérite d'être efficace, de faire ses preuves, comme on dit.
Le vent bousculait les immensités du ciel blanc tandis que je marchais à leurs côtés.
[...]
- Est-ce que tu trouves que quinze ans, c'est un bel âge ?
Il recommençait avec ses phrases hameçons.
J'ai voulu lui dire que quinze ans, ce n'était pas seulement un âge, il fallait prendre en compte des tas de facteurs, qu'on ne pouvait pas l'isoler dans un simple constat mathématique, qu'en quinze ans, on pouvait avoir vécu une vie de chien, c'est-à-dire qu'on devait multiplier par sept, que tout était relatif.
Dans la salle d'attente de l'hôpital, il n'y a rien à faire. Simplement observer, les murs tristes et froids, les portes closes, les yeux vides et noirs de ceux qui patientent. Certains font déjà une tête d'enterrement, d'autres esquissent un sourire, tentent d'engager une conversation comme si leur mission était de sauver les meubles. Nous, on n'a rien à sauver. Papa, maman et moi, on fait tous la même tête. La tête de ceux qui voient la douleur s'abattre devant eux. Tous les trois, nous nous taisons. Pas parce que nous n'arrivons pas à parler mais parce que la seule chose qui puisse sortir de nos bouches, ce sont des hurlements.
Zeus s'est approché de moi pour me faire la bise. Nos visages se sont emmêlé les pinceaux et se sont retrouvés dans la même direction. Il s'est brusquement reculé et semblait tout embêté. Les pinceaux lui avaient laissé plein de rouge sur le visage.