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Publié le 9 Avril 2020

Merci aux éditions Albin Michel jeunesse

 

pour le partage du nouveau roman de Caroline Solé

 

♡

La fille et le fusil

Résumons : Lou se sent invisible. Elle vit avec sa mère et sa grand-mère près d'une route que jamais personne n'emprunte. Au lycée, elle n'a pas d'ami et subit les brimades de ses camarades. Elle ne rêve que d'une chose : partir. Un soir, l'incroyable se produit : Phœnix, le garçon sur qui elle fantasme depuis des semaines, la raccompagne chez elle. Ce même soir, un homme politique célèbre frappe à sa porte. Alors qu'ils s'apprêtent à repartir tous les deux, sans elle, Lou force le destin : elle braque sur eux un fusil. Cette prise d'otages, c'est un geste désespéré. La célébrité désabusée, le garçon idéaliste et la lycéenne révoltée peuvent-ils réussir à s'écouter ?

Voici le dernier roman en date de Caroline Solé dont le dernier ouvrage Akita et les grizzlys édité par L'école des loisirs a été proclamé Pépite du Salon du livre jeunesse de Montreuil en décembre dernier. Ici, comme l'indique la première de couverture, le lecteur va tenter de comprendre se qui se cache au fond des yeux de Lou, jeune et rousse lycéenne en proie à un certain mal être. Bon, autant le dire tout de suite, cette lecture ne fera pas date pour moi. L'histoire semble peu vraisemblable, les raisons qui poussent Lou à agir aussi diverses que peu crédibles. J’ai eu du mal à la comprendre et à m’y attacher vraiment. J’ai trouvé la narration trop scénaristique, peut-être en partie à cause de l'emploi de la troisième personne, et l'écriture, parfois touchante, accumule les poncifs ("le cheval de fer", "la terre gorgée d'eau"...). Globalement, je le trouve un peu trop marketé adolescents : avec un personnage principal en proie à un certain mal-être, une solitude et une recherche de reconnaissance, avec la question de l’éveil politique, avec une happy end tirée par les cheveux... Ceci étant souligné, je me dois de nuancer mon propos : il y a aussi de beaux passages (comme ceux évoquant le père de Lou), une amorce de réflexion sur les pouvoirs militant et politique et j’ai plutôt aimé le personnage positif de Phœnix.

 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 7 Avril 2020

Licorne

🌈 𝑩𝒐𝒏𝒋𝒐𝒖𝒓 𝒎𝒆𝒔 𝒍𝒊𝒄𝒐𝒓𝒏𝒆𝒔 ! 🦄

 

Loin de moi l'idée de m'adresser à vous de cette façon. Il s'agit du salut de Maëla, alias 𝒎𝒊𝒔𝒔𝒎𝒂𝒆𝒍𝒂𝟗𝟖, la narratrice de Licorne, le premier roman de Nora Sandor. Licorne, comme une promesse d’arc-en-ciel et de vie plus belle. L’herbe paraît souvent plus verte ailleurs et les souvenirs filtrés par 𝑰𝒏𝒔𝒕𝒂𝒈𝒓𝒂𝒎 plus scintillants. C’est ce que ressent Maëla, Emma Bovary des temps modernes.

 

Étudiante en fac de lettres sans passion ni ambition, travaillant en supermarché pour financer sa colocation avec l’indolente Marilou, elle rêve d'une autre vie. Elle se fantasme influenceuse beauté. Un jour, le rappeur Mowgli dont elle est complètement fan la désigne gagnante du concours organisé pour lui trouver une figurante dans son prochain clip. Ce coup de projecteur va lui valoir un nombre d’abonnés démentiel en très peu de temps. C’est la consécration. Des marques vont la démarcher. Elle s’endette alors pour investir dans du matériel adapté (écran vert, projecteur, logiciel de montage vidéo...) afin d’honorer ses partenariats. Elle est invitée à Paris, y rencontre BodyMax, youtubeur fitness aux millions de vues. Entre eux va naître une idylle un brin particulière, ponctuée de baisers au bout d’une perche à selfies qui seront coupés au montage. Prise dans les filets de la virtualité et du paraître, Maëla ressent une profonde mélancolie. Elle est peu à peu désabusée et rêve de se fondre dans la figure de Baloo, l’ours domestiqué du rappeur qu’elle adore. Maëla est une jeune fille sans aucun réel soutien : père absent, mère qui s’avère défaillante, colocataire plutôt indifférente, ex lâche et égoïste, enseignante quelque peu hautaine et blasée... Elle est vulnérable et particulièrement influencée par la recherche et l’affichage de perfection à l’œuvre sur les réseaux. Elle est gavée de mantras (on devrais-je dire #quoteoftheday) tels que "Rome ne s’est pas bâtit en un seul snap" (citation du roman), "Je fais de mes obstacles des opportunités" et autres "Soit l’énergie que tu veux attraper" (non extraites du roman).

 

Virulente satire des réseaux sociaux et en particulier d'Instagram, Licorne décrit avec justesse et cynisme le monde virtuel contemporain fait de recherche de reconnaissance, de jeux de pouvoirs et d'influence. J’ai lu le roman assez rapidement, curieuse du propos développé. J’ai malheureusement été confrontée à des longueurs. J’ai trouvé la trame narrative un peu trop linéaire, sans tension dramatique forte. Les personnages manquaient de caractérisation. Surtout, j’ai eu du mal, les pages se tournant, à digérer l’omniprésence absurde du personnage de Baloo. La fin est brumeuse, comme si l’auteure se refusait à nous livrer la morale de sa fable. Ou peut-être est-elle celle du Livre de la jungle : en réalité "il en faut peu pour être heureux" ? Pour autant, ma moue  perplexe à la fermeture du livre s’est estompée et je garde du roman le souvenir d’une satyrique intelligence. Le propos est intéressant et même vraiment très bien vu.

 

Licorne est donc un premier roman déroutant et original sur la thématique du désœuvrement, du manque de confiance en soi et de la grotesque recherche de reconnaissance sur les réseaux sociaux. Une écriture ciselée et moderne à découvrir.

 

 

Licorne

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 29 Mars 2020

La chaleur

Oscar est mort parce que je l'ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d'une balançoire, comme les enfants dans les faits divers.

Ainsi commence, de façon déroutante, le premier roman de Victor Jestin. Ce jeune nantais d'origine fait une prometteuse entrée en littérature en nous proposant un roman moderne à l'ambiance prosaïque et pesante.

Le faux calme des pins, le fracas des vagues dont on sait bien qu'elles ont déjà tué [...]

Un camping lors d'une journée d'été caniculaire, voici le décor de l'histoire de Léonard, un adolescent de 17 ans en vacances dans Les Landes avec sa famille. Une unité de lieu et de temps : un cadre resserré pour un condensé à la fois trivial, pathétique et sensuel des élans de vie à l'oeuvre dans un camping du littoral. Léonard est à côté de ses tongs. Il peine à s’amuser et à se plier au conformisme divertissant imposé par les vacances en camping : oisiveté, festivités, corps huilés, parties de ping-pong ensoleillées et baignades salées... Un soir, il assiste à la mort accidentelle et presque burlesque d’Oscar, un garçon de son âge. Il n’intervient pas. N’empêche pas les cordes de la balançoire de se serrer ni le décès d’advenir. Il décide alors, de façon tout à fait irrationnelle, de transporter et enterrer le corps sous le sable de la plage. Le lendemain, chargé d’une implacable culpabilité, Léonard parviendra tant bien que mal à déambuler dans les allées du camping en pleine torpeur. Pire encore, il se rapprochera de Luce, l’ex de vacances d’Oscar, tout juste mort. L’atmosphère chargée et menaçante, mêlée à la juste description de la vie du camping, ainsi que l’écriture efficace, sont les points forts de ce roman. Le regard cynique de l’auteur est au service d'une intrigue oppressante et d'une certaine satyre sociale. La chaleur est un roman à la prose économe qui se lit d’une traite et nous fait perdre pied devant l’alternative offerte à l’adolescent : avouer l’impensable ou sauver sa peau ?

 

Le camping avait ses propres lois. Deux semaines de vacances, c’était une vie entière. On y arrivait comme on naît, pâle et seul. On en repartait dans un soupir de tristesse ou de soulagement comme on meurt. Les amitiés se faisaient, se défaisaient au détour des allées. Les coeurs s’enflammaient et se brisaient dans une même journée. J’avais vu quelque fois Luce et Oscar être amis, être amoureux, ou s’ignorer. Je marchais désormais avec elle comme si j’étais lui.

J'ai senti ma lèvre trembler et les larmes revenir du fond de la nuit dernière, rattraper leur retard. Peu de bêtises en dix-sept ans. Aucune véritable grosse bêtise. Je n'avais jamais triché, volé, frappé. Insulté rarement. La haine et la colère, je les avais accumulés sagement. Ce n'était pas un accident. J'avais laissé mourir Oscar. J'aurais pu le sauver et je ne l'avais pas fait. Ensuite, j'avais caché son corps. Je ne me rappelais plus pourquoi. J'aurais pu m'en aller. On l'aurait découvert au même endroit. On aurait vu les marques sur son cou et l'alcool dans son sang, on aurait noté l'heure du décès. Cela aurait jeté un froid tel que tout le monde serait parti, moi compris, loin d'ici. Mais je l'avais enterré. C'était ça, la vraie bêtise. J'avais consacré ma nuit à enterrer un mort.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 10 Mars 2020

La vie en confettis

Comment ne pas rester les mains suspendues quelques secondes au-dessus du clavier avant de commencer la critique du premier roman d'Hélène Vergé ? J'espère être à la hauteur du plaisir que j'ai eu à le lire. Le premier roman d'Hélène Vergé, l'une des révélation du podcast Primo de Robert Laffont et Nouvelles écoutes, c'est un mélange de la folie inventive d'un Boris Vian ou d'un Mathias Malzieu, de l'humour d'une Louise Rennison (j'ai été fan de son héroïne Georgia Nicolson, à une époque) et de la fantaisie mélancolique d'un Olivier Bourdeau ! La vie en confettis c'est un roman qui brille de ses paillettes d'inventions littéraires saupoudrées au fil des pages. C'est l'histoire crépitante d'une enfant qui devient adolescente. C'est l'histoire de Valentine, fille de ses deux volatiles de parents.

Ça m'a frappée comme une évidence : mes parents, c'était un couple d'oiseaux des îles, un peu tarés mais sympas. C'était deux inséparables, un pingouin tombé amoureux d'un rouge-gorge.

C'est l'histoire d'une jeune fille qui va devoir composer avec l'arrivée tardive d'un petit frère et d'une famille qui va devoir faire de même avec ses secrets. Avant d'aller plus loin, il faut que je vous dise : quand les mots d'un auteur s'apparentent à des bonbons "𝒓𝒆𝒎𝒑𝒍𝒊𝒔 𝒅𝒆 𝒑𝒐𝒖𝒅𝒓𝒆 𝒅𝒆 𝒄𝒊𝒕𝒓𝒐𝒏 𝒆𝒕 𝒄𝒓𝒊𝒔𝒕𝒂𝒖𝒙 𝒅𝒆 𝒔𝒖𝒄𝒓𝒆 𝒒𝒖𝒊 𝒄𝒓𝒆́𝒑𝒊𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒆𝒕 𝒇𝒓𝒐𝒖𝒇𝒓𝒐𝒖𝒕𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒍𝒂 𝒃𝒐𝒖𝒄𝒉𝒆" j'ai ma vocation de carnettiste de citations qui se réveille. Je prends note, je post-it, je prends en photo, je gribouille, peu importe : ce qui est essentiel mais néanmoins voué à l'échec est ne pas louper une goutte de ce nectar littéraire. Alors voilà, je vous demande par avance de pardonner ma boulimie de citations. À ma décharge, elles sont pour moi le gage d'un véritable cღup de cღeur. Avec Hélène Vergé, j'ai été transporté. J'ai découvert qu'on pouvait attraper un coucher de soleil, qu'on pouvait énormir, glouglouter, boire ses inquiètudes, écouter un silence mal raconté, qu'un garçon pouvait nous émoustimouiller.

 

Au-delà des absurdités poétiques du langage de Valentine, elle n'en reste pas moins une jeune fille qui va traverser un épisode doux-amer de sa vie. En effet, fille unique depuis une bonne décennie, elle se plaît dans sa relation plutôt fusionnelle avec ses parents. Un beau jour, elle est étonnée d'apprendre qu'un locataire a élu domicile dans le ventre de sa mère. Elle est loin d'en être ravie et réagit comme si elle avait 3 ans : en faisant sa mauvaise tête et son bébé. Quelques mois plus tard, trop tôt, naît Pierre, trop frêle. La vague de bonheur qui submergeait ses parents quelques semaines plus tôt s'est étiolée sur une plage de silence : son père n'a jamais été si préoccupé et sa mère si triste. Pierre reste de longs jours à l'hôpital. Cette naissance réveille un drame qui rend sa mère folle de chagrin. Valentine souhaite alors rétablir la situation. Mais pour cela, est-elle prête à commettre l'irréparable ? Entre l'ambiance dépressive qui règne chez elle et les histoires de cœur à gérer au collège, elle trouvera parfois quelques bouffées d'air frais en compagnie du gardien de son immeuble. Finalement, armée de sa gouaille et de sa combative naïveté, elle va réussir à briser le silence de ses parents et le sien pour restaurer l'équilibre familial. Bien que le lecteur puisse deviner avant Valentine ce qui s'est passé pour ses parents une dizaine d'années plus tôt, j'ai adoré l'histoire et le récit des événements fait par Valentine. Son langage est moderne et familier comme le serait celui d'une ado d'aujourd'hui mais si bien mâtiné de loufoquerie qu'il marque tout le récit de sa singularité. Des arcs-en-ciel transparaissent dans chaque expression utilisée pour le plus grand bonheur du lecteur qui se plaît à imaginer les cheveux roses de la maman et la barbe sauvageonne du papa. Valentine grandit et passe du statut de fille unique à grande sœur soudain responsable de plus que sa propre vie puis à jeune fille en fleurs, se laissant goûter par un finalement charmant garçon. Mais chuuut, ne pas trop en dire pour ne pas vous gâcher le plaisir. En tout cas, le récit n'est pas si anodin qu'il y paraît et les ressorts psychologiques des personnages sont travaillés comme de la dentelle. Hélène Vergé réussi le tour de force de nous faire rire au fil d'une histoire pourtant dramatique. Entre grands et petits maux, parlé d'adolescente et poésie, larmes et sourires, cette lecture revigorante nous vrille les yeux et le cœur.

Si je vous raconte ma life, tous mes trésors et tous mes bleus, qu'est-ce qu'il me restera à l'intérieur après ? Comment est-ce que je pourrais supporter si une fois mon histoire finie, vous partez vous décongeler une portion d'épinards en pensant "C'est bien gentil tout ça mais j'ai la dalle" ?


𝒞𝒽è𝓇𝑒 𝒱𝒶𝓁𝑒𝓃𝓉𝒾𝓃𝑒, 𝒸𝒽è𝓇𝑒 𝐻é𝓁è𝓃𝑒,

 

Je n'ai pas eu envie de manger des épinards une fois votre livre refermé. J'ai plutôt eu envie de posséder le pouvoir de remonter le temps afin de reprendre ma lecture et goûter à vos mots comme si c'était la première fois. Ils ont une poésie qui n'a d'égale que leur drôlerie. Et maintenant que plusieurs jours sont passés, voici ce dont j'ai envie : qu'on puisse bientôt voir votre préfixe de primo-romancière s'envoler.

 

Bien à vous,

 

𝒞𝒽𝒶𝓇𝓁𝑜𝓉𝓉𝑒

 

 

 

 

 

Et maintenant, place à quelques citations :

 

Dieu a créé le changement des saisons et la météo pourrave juste pour donner de la conversation à ceux qui en manquent, histoire de glisser un alizé dans leur silence.

[...] on aurait dit deux gouttes de lune, ou deux petites fleurs rouges, enfin qu'est-ce que vous voulez que je vous dise : elle avait les plus beaux nichons du monde.

Elle avait passé la journée au parc. Le temps était merveilleux, et elle avait attrapé un ravissant coucher de soleil sur le buste qui lui rosissait la racine des seins.

Valentine, le jour où tu rêveras de prendre un petit bain de sommeil après le déjeuner et que ce sera impossible, tu seras devenue une adulte, a déclaré mon père d'un ton très solennel [...].

[...] au beau milieu de la nuit, elle a ouvert la porte très doucement pour me regarder dormir. Moi bien sûr, j'ai fait semblant de ne pas la voir. J'ai fermé les yeux hyper fort, et j'ai pris la frimousse la plus mignonne possible pour que ma rem se dise que sa fille était vraiment adorable le jour, mais aussi dans le noir. Fallait la laisser croire que je dormais à paupières serrées, elle aurait le sommeil plus facile comme ça, et elle avait tellement besoin de faire ses nuits.

- Qu'est-ce qu'il y a, maman ?
- Rien
Elle détourne le visage. Pourtant dans ce rien on sentait bien qu'il y avait quelque chose, peut-être même quelqu'un, dans ce rien qui me perçait le cœur, et le faisait si bien, ce rien aux allures d'enfance, ce petit rien , le sien.

Trésor de petite maman qui me fait croire en Dieu, car moi je vous le dis il y a du génie en elle... petite maman trésor des mondes, tes paupières mes papillons sentent le vague à l'âme...
Maman , qu'est-ce que c'est que ce rien, ce tout petit rien qui te fait tourner la tête ? Dis, maman, c'est bien vrai qu'un enfant un beau jour, il vous met le cœur en cendres ? Dis, maman, quoi, tu pleures encore plus fort, ça glougloute, tu me fais signe de partir, c'est encore ce rien ? C'est ce petit rien de six lettres qui me prend toute ma mère ? Dis, maman, un jour tu le laisseras sur le bord de la route ce nouvel amant qui te fait des marécages sous les cils, et les yeux couleur tisane d'argent ?

Pour une fois dans ma vie, on ne m'avait pas menti. J'avais capté la féerie. Avec le petit Méchouis, j'ai réalisé, les fins fonds de mon ventre pouvaient être une niche à diamants. De tous ses bras Edwin m'a enveloppée comme un nuage. À nouveau mes sexybulles ont ruisselé de perles, et Edwin, l'a lapé toutes mes perles comme si dans chacune d'elles il y avait un monde à sauver.

Comme moi, j'crois qu'il n'en revenait pas, il avait la bouche rose planète.

Ma rem n'a pas du tout eu la réaction que j'attendais. Elle m'a prise dans ses bras sans dire un mot, et elle a truffé son nez dans mon cou. Sa peau, ce glaçage de fleurs, tout un monde langoureux somnolait en dessous. En un instant, mon chagrin a fraîchi. Ma mère avait vraiment quelque chose, ça lui venait sûrement des roses.

Un clin d'oeil à Dany Brillant ici ?

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 3 Mars 2020

Le discours

Le repas de famille. La pause. Silences. J'ai 40 ans et j'achète des Tic tac pour cacher à mes parents que je fume. Voici quelques idées de titres qui auraient pu être choisis pour le roman de Fabrice Caro (alias Fabcaro, auteur de bande dessinée à l'humour si distinctif, dont j'ai déjà lu ou survolé Et si l'amour c'était aimé ? et Formica : Une tragédie en trois actes). Il met ici en scène Adrien, un anti-héros quelque peu pathétique et autocentré. Désabusé et terriblement attachant, il cache sa tendresse derrière un cynisme désopilant. Lors d'un repas de famille dominical sous le signe du gratin dauphinois, des sourires de façade et des discussions passionnées sur les avantages du chauffage au sol, l'attention d'Adrien est happée par une insoutenable attente : celle de la réponse de Sonia à son sms. Elle lui a déclaré il y a trente-huit jours qu'il valait mieux qu'ils "fassent une pause". Adrien, fébrile, guette la moindre vibration de son téléphone, tout en essayant de faire bonne figure face à ses parents, sa sœur et son beau-frère. Et c'est le jour que choisit ce dernier pour lui demander de faire un discours à leur mariage prochain. Mélancolie et humour cinglant sont les piliers de ce roman qui vous fera pouffer de rire à chaque page et réfléchir à la façon dont vous vous comporterez au prochain repas de famille. À lire d'urgence pour faire travailler vos zygomatiques.

 

Dans la vraie vie, on ne dit pas J’ai besoin d’une pause, ça ne se fait pas, ce n’est pas inscrit dans les codes sociaux. Lorsqu’on est invité à un repas, par exemple, on ne se lève pas soudain en disant J’ai besoin d’une pause, on ne prend pas son imper dans le vestibule et on ne claque pas la porte sans autre explication et justification que J’ai besoin d’une pause. On dit par exemple je suis désolé, ma mère a fait un AVC, je suis très inquiet, je dois vous quitter, ou bien je suis désolé, je suis vegan, je ne supporte pas la vue de ce gigot et de manière générale tout ce qui rappelle la souffrance animale, ce n’est pas contre vous, je suis hypersensible, excusez-moi, on ne dit pas J’ai besoin d’une pause sans rien derrière, sans rien autour.

Et il m’a toujours semblé, paradoxalement, qu’un repas de famille sans silences était le signe d’une famille malade. À mes yeux, l’archétype d’une famille saine, unie et équilibrée est précisément un repas plein de silences, d’échanges de regards tendres, de sourires, d’instants suspendus, on se regarde la bouche pleine, on est ensemble, on est là, on est bien, et ça suffit, pas besoin de se remémorer cette fameuse daube de taureau qu’on avait mangée à Arles en 2013, Tu te souviens ma chérie ? Cherchons ensemble la date exacte de cet événement afin de gagner la partie sur un silence qui nous mettrait tous très mal à l’aise, veux-tu ?

Tu as l'air fatigué Adrien, tu es sûr que tu dors assez ? Ma mère me trouve toujours amaigri, toujours pâle. Non maman, je ne suis pas fatigué, je vieillis.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 13 Février 2020

L'élégance des veuves

Un joli et court roman à l'atmosphère surannée, qui parle des femmes de la bourgeoisie du XXe siècle : des mères dévouées, des veuves éplorées. Une saga familiale racontée de façon linéaire, au rythme des faire-parts de mariage, de naissance et de décès. Une écriture classique, élégante, parfois sensuelle et toujours respectueuse, au service du récit de quatre générations de femmes. Valentine l'aïeule, Mathilde sa belle-fille et Gabrielle la cousine, et dans une moindre mesure Clothilde (la fille de Gabrielle) et enfin l'arrière-petite-fille de Valentine dont nous ne saurons pas grand chose mais que nous verrons emprunter l'intemporel chemin de la vie amoureuse et familiale. Au cours de ce XXe siècle, tout change : les paysages, les technologies, les mœurs... mais cela transparaît très peu dans le roman. S'en est d'ailleurs un peu étonnant. Une chose demeure : le désir opiniâtre de donner la vie, de transmettre puis de tirer sa révérence. Les femmes aiment ou apprennent à aimer - car à cette époque les mariages ne sont pas tous des mariages d'amour - enfantent, parfois trop, et assistent impuissantes et dignes à la mort de ceux qu'elles aiment, enfants ou maris. Elles meurent bien souvent "en couches" ou dans la solitude de la vieillesse. On ne peut que poser un regard admiratif sur leur abnégation à elles et sur l'élégante écriture de celle qui porte leurs voix. Seul bémol, l'absence totale de revendication, d'ouverture à autre chose qu'une vie rangée dans le mariage et la maternité, même dans l'évocation de la dernière génération. Mais assurément un joli texte qui parle de "secrets de chair, de sang, et d'enfants".

 

Et vous, l'avez-vous lu ?

Avez-vu son adaptation sur grand écran ?

 

En une année, celle de ses vingt ans, elle fut fiancée officiellement, mariée religieusement, installée bourgeoisement, ardemment fécondée et douloureusement accouchée : la vie de Valentine commençait à être ce qu’elle se devait d’être.

Alors Mathilde se déploya comme une corolle, peu à peu s'enflamma, fut une liane autour du corps d'Henri. Il prit garde à elle comme jamais il ne l'avait fait pour une autre. Il était ébloui, et presque surpris par sa beauté. (car jamais il ne s’était représenté ce corps, ni même qu'elle en avait un.) Il l'a senti s'ouvrir sous lui, devenir son amante, son havre, son désir, ses longs bras de jeune fille lisse l'entourant puis se dépliant loin de lui, en un geste alterné d’accueil, de capture et de délassement. Et après ce don, après cette manière douce de se goûter, après cela qu'elle n'avait jamais connu, jamais imaginé, jamais craint, elle s'endormit comme une enfant, elle la jeune fille la moins convenue et la plus éclatante de vitalité.

Mathilde mis au monde le premier de ses enfants. En une nuit elle découvrit la douleur violente. Elle connut l'envie de hurler, le temps où se domine cette envie, celui où l'on s'y abandonne. Elle souffrit l'épuisement, cette manière inhabituelle qu'à la tête de vous tourner, la conscience de s'estomper dans un brouillard. Elle sut la délivrance, toute l'eau et le sang qu'elle avait dans le corps, et comment elle était capable de fabriquer au dedans d'elle figure humaine. Au terme de cette naissance, elle sentit qu'elle était née aussi.

Rédigé par Nota Bene

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