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Publié le 7 Juillet 2022

Coups de cœur littéraires 2021-2022

Voici, avec un peu de recul sur mes lectures et comme j'ai l'habitude de la dresser chaque année, la liste de mes coups de cœur littéraires de l'année scolaire écoulée. Je me suis limitée à 10 : 5 romans, 3 BD et 2 albums jeunesse. J'espère que vous pourrez y trouver de quoi piocher quelques gourmandises à déguster les pieds dans la sable cet été. Pour enrichir votre liste, vous pouvez également consulter ma liste de l'année dernière.

 

 

Mon mari de Maud Ventura

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Une femme aime son mari passionnément, comme au premier jour, depuis des années. Au point d'en être maladivement jalouse. Elle observe, décortique, analyse, imagine, ressasse ses moindres faits et gestes. Elle fouille ses poches, lit ses tickets de caisse, épie les soubresauts de son sommeil. Elle pousse le lecteur à se questionner : est-ce une histoire d'amour ou de folie ?

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour goûter la drôlerie, l'acidité et la surprise du récit de cette primo-romancière.

 

 

S'adapter de Clara Dupont-Monod

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'arrivée au sein d'une fratrie d'un enfant différent, handicapé ou "inadapté". La façon dont chacun va le vivre au fil des années et réinventer ses rapports aux autres.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour l'originalité et la douceur du récit. Pour ce qu'il donne à voir des relations familiales.

 

 

Mille petits riens de Jodi Picoult

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Un drame - un nouveau-né qui décède devant une infirmière à la peau noire à qui les parents ont interdit de toucher leur enfant - puis le procès, décrits par trois narrateurs dont le passé éclaire le regard qu'ils portent sur l'affaire.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour avoir matière à réfléchir sur le racisme systémique et le suprémacisme blanc aux États-Unis.

 

 

Ce qu'il faut de nuit de Laurent Petitmangin

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'histoire d'un père, veuf, et de ses deux fils, dont l'un va rejoindre un groupuscule d'extrême-droite et voir son destin basculer.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour lire une belle et sombre histoire de famille, faite de convictions et de sentiments ébranlés. Pour s'interroger : des parents peuvent-ils être déçus par leurs enfants ?

 

 

Élise sur les chemins de Bérengère Cournut

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est un roman en vers librement inspiré de la vie du géographe Élisée Reclus qui raconte l'histoire d'une jeune fille se lançant à la recherche de ses frères aînés sur les conseils d'une femme-serpent. Armée d'une tourmaline magique, elle tentera de maintenir à distance celles qui pourraient nuire à ses frères : Mélusine, Ondine et Ophélie.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour sa thématique du rapport au désir. Pour sa forme déconcertante mais envoutante à la frontière entre réel et imaginaire. Pour son écriture sautillante, joyeuse et poétique.

 

 

Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées de Lou Lubie

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est une exploration documentée et drôle sur les origines, les contours et les évolutions des contes. Par le biais du dessin, on alterne analyses et récits abrégés de certains contes plus ou moins (mé)connus.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Au delà de la beauté de l'objet, pour déconstruire certaines de ses représentations culturelles sur le sujet et apprendre tout en s'amusant énormément des pas de côté modernes et railleurs de Lou Lubie.

 

 

Queenie : la marraine de Harlem d'Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? La vie de Stéphanie Saint-Clair, surnommée Queenie, dirigeante d'une loterie clandestine pendant la Prohibition et influente dans le milieu intellectuel de la Harlem Renaissance.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce que les qualités graphiques déployées au fil des pages de cette bande dessinée n'ont d'égal que le charisme de Queenie.

 

 

Le monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est une discussion entre un candide auteur de bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques, présentant de façon limpide, argumentée et non dénuée d'humour les changements profonds que notre planète vit actuellement et les enjeux économiques, écologiques et sociétaux qui en découlent.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour être terriblement plus conscient et informé sur les enjeux énergétiques et climatiques.

 

 

Je confonds tout ! d'Émilie Vast

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Le jeune Lapin Brun raconte une histoire à son ami Lapin Beige. Mais ce dernier pointe toutes les incohérences de Lapin Brun, qui a une fâcheuse tendance à confondre les animaux.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce qu'il est instructif et drôle et ses illustrations d'une douceur profitable.

 

 

Le petit illustré de l'intimité T.1 et T.2 de Tiphaine Dieumegard et Mathilde Baudy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Ces deux premiers albums documentaires (trois tomes sont sortis jusqu'à présents, un quatrième devrait voir le jour) abordent pour les enfants à partir de 8 ans l'anatomie du sexe (féminin dans le T.1, masculin dans le second), son fonctionnement mais aussi les questionnements autour du consentement, du genre, de la sexualité ou encore de la conception.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce qu'ils sont clairs, complets, engagés et inclusifs. Et joliment illustrés, ce qui ne gâche rien. Je pense vous en parler plus en détails dans un article prochainement.

 

 

 

 

Et vous, quel est votre coup de cœur de ces derniers mois ?

 

♥

 

Publié le 9 Juin 2022

Samouraï

Primo-romancier au faible retentissement médiatique, Alan Cuartero est en difficulté depuis que sa compagne l'a quitté, pour un universitaire spécialiste de Ronsard, en lui reprochant au passage de ne pas écrire de roman "sérieux". Chargé par ses voisins de surveiller leur piscine le temps de leurs vacances, il se convint que l'occasion est belle de s'astreindre à une discipline de samouraï de l'écriture en rédigeant dix mille signes par jour sur cette terrasse idyllique. Il brillera sur les plateaux de télévision et Lisa se mordra les doigts d'avoir abandonné un écrivain adulé. C'était sans compter sur son couple d'amis qui s'est donné pour mission de lui dégoter une nouvelle amoureuse dans l'été ("Quand on tombe de cheval, il faut tout de suite se remettre en selle. Voilà la théorie de Jeanne et Florent. Et j'ai envie de leur répondre : sauf quand la chute entraîne un tassement de vertèbres"). Sans compter non plus sur la maman de son ami d'enfance fraîchement suicidé et les notonectes et batraciens envahissant soudainement la piscine pourtant chlorée. Malgré tout, Alan s'enthousiasme tour à tour pour les fraîches idées de romans qui lui viennent : un récit sur ses grands-parents, réfugiés espagnols, ou encore sur la mystérieuse disparition d'une joggeuse de sa commune... Fantasmant sur les futures critiques élogieuses de Claire Chazal et Télérama ("Un roman poignant sur la filiation, la transmission et la résilience [Pictogramme Bonhomme très enthousiaste]"), il en oublie d'écrire et se laisse submerger par l'eau de plus en plus verdâtre de la piscine et les cocasses imprévus du quotidien. On retrouve dans ce roman les caractéristiques propres à l'auteur : la narration à la première personne d'un gentil looser, l'humour cynique et les disgressions. Le présent de narration, introspectif, permet de rendre compte des proportions insensées et handicapantes que prennent les observations et cogitations du narrateur. On rit et glousse à ses dépends, manière de tenir éloignées nos propres faiblesses lues en miroir. C'est drôle à souhait. Mais attention à ne pas trop user les ficelles… A lire pour son regard décalé tant sur les événements anodins que sur le monde littéraire, et surtout pour sa auto-dérision réjouissante.

 

Je me visualise attablé sous le store, devant mon ordinateur, cintré dans un peignoir brodé de mes initiales, un thé à la menthe dans la main, une cigarette dans l'autre, le regard tendu vers l'œuvre. A l'instar des enfants qui se targuent d'avoir des chaussures qui courent vite, il me semble que cette terrasse pourrait écrire quelque chose de qualité.

Avec ce roman, il est simplement question de susciter chez elle une admiration qui, durant ces longs mois, lui a fait défaut, et tant pis si c'est trop tard. De manière un peu perverse, je veux qu'elle réalise à quel point elle est passée à côté de moi [...]. Je vais consacrer mon mois d'été à écrire un roman poignant, sensible et émouvant, réveiller mes démons, transformer mon chagrin en matière brute, descendre à la mine et en remonter le texte le plus beau, le plus bouleversant qui soit. Je vais plonger dans l'écriture avec l'acharnement et la concentration d'un guerrier samouraï, un chemin dont rien ne m'écartera, je vais m'astreindre à un rythme strict et physique, dix mille signes par jour, guidé par l'écriture et elle seule [...].

Voilà ce qui nous a toujours rapprochés, Florent et moi : le gène de la catastrophe auto-immune, une aptitude à se rendre la vie plus pénible encore sans la moindre aide extérieure. Un vrai don de Dieu.

Je vois bien que le type de Bricomarché ne me prend pas au sérieux [...] et son attitude transpire le racisme social, dans chacun de ses mots, de ses regards au loin, ce mépris de classe qui s'applique indifféremment du haut vers le bas et du bas vers le haut, je ne suis pas manuel, je suis un putain d'intellectuel, ça se voit, j'ai les mains trop propres, pas assez marquées, sans la moindre corne, si ça se trouve je suis un Parisien en vacances dans sa résidence secondaire, la totale.

Nous sommes là, tous les trois, debout au bord du bassin, mes voisins comme pétrifiés, leurs bagages posés à leurs pieds, fixant l'eau verte dans un silence hébété. Des camionnettes d'équipe de télé sont stationnées devant leur maison, de temps en temps on entend un journaliste les interpeller derrière le mur. Ils semblent perdus, visiblement ils cherchent à reconstituer ce qui a bien pu se passer entre leur départ en vacances et maintenant, et l'imagination la plus débridée ne suffirait pas à assembler les pièces du puzzle, et leurs yeux hagards semblent dire : depuis combien d'années sommes-nous partis au juste ?

 

D'autres titres déjà chroniqués sur le blog :

 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 23 Mai 2022

Jimi de la planète aux couleurs

Merci à L'école des loisirs

pour le partage de cette jolie fable

signée Caroline Solé et Gaya Wisniewski

 

♡

Caroline Solé et Gaya Wisniewski collaborent de nouveau à L'école des loisirs et enrichissent la collection Moucheron adressée aux enfants de 6 à 8 ans qui font leur entrée dans la lecture autonome. Dans ce court roman, nous faisons la connaissance de Jimi, un jeune garçon, brun, au visage strié d'un arc-en-ciel, habitant isolé de la planète aux couleurs. Il a le pouvoir de transformer les objets grâce à ses feutres magiques. Mais il se sent seul… Alors il prend sa fusée pour aller sur Terre et découvrir la vie à l’école, avec les autres enfants. Il découvre avec appréhension puis soulagement des camarades bien sympathiques et l'occasion d'égayer grâce à ses feutres magiques leur assiette à la cantine. Caroline Solé et Gaya Wisniewski nous offrent une plongée dans l'imaginaire à partir de très peu de mots. Nous rencontrons Jimi dans sa bulle de sensibilité, son imaginaire, qui doit se confronter au monde réel et aux autres. Il surmonte son appréhension pour finalement s'adapter et trouver un équilibre entre son intériorité à préserver et l'ouverture aux autres à développer pour s'enrichir aussi. Car, comme le dit lui-même Jimi, "[𝑠𝑒𝑠] 𝑏𝑎𝑙𝑙𝑜𝑛𝑠 𝑠𝑜𝑛 𝑚𝑢𝑙𝑡𝑖𝑐𝑜𝑙𝑜𝑟𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑖𝑠 [𝑖𝑙 𝑛'𝑎] 𝑝𝑎𝑠 𝑑'𝑒́𝑞𝑢𝑖𝑝𝑒". Les aquarelles de Gaya Wisniewski illustrent et illuminent l'histoire à merveille et promettent une suite radieuse au personnage de Jimi.

 

🌈

 

Du même duo d'autrices :

 

 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 12 Mai 2022

De pierre et d'os

Après ma lecture du roman en vers Élise sur les chemins, j'ai poursuivi ma découverte de l'univers de Bérengère Cournut par son précédent et plébiscité roman De pierre et d'os. Aux abords du cercle arctique, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, une véritable quête. D'abord seule avec ses chiens puis en intégrant des clans, elle devra survivre - à la faim, au froid, aux agressions animales et humaines - vivre et donner la vie. Le lecteur la suit ainsi sur de nombreuses années et est spectateur de ce qui lui arrive, des premières parties de chasse à l'initiation chamanique auprès de son second mari Naja en passant par des traumatismes (un viol notamment) mais aussi des instants de plénitude (comme les naissances de ses enfants : Hila, Nanok et Amaqjuat). Bérengère Cournut nous offre une immersion poétique dans l'âpre mode de vie des inuits. Leur existence nomade au cœur d'un blanc froid infini est rythmée par la chasse, la pêche, le dépeçage des animaux, la couture, la construction d'abris mais aussi les chants, les superstitions et rituels. Ils côtoient de nombreux animaux : phoques annelés, bélugas, narvals, morses, renards arctiques, ours, caribous, palourdes, etc. L'écriture, sobre et factuelle, ponctuée de vocabulaire inuit (amauti, tupilak, inukshuk...) et de chants, nous transporte dans une autre réalité envahie de glace et d'étoiles polaires. Pour autant, j'ai trouvé la narratrice, Uqsuralik, un peu trop distante, froide et résignée. La narration est lente et les digressions chantées pas toujours intéressantes. Le roman aurait peut-être gagné à être plus court, comme un condensé au service de la découverte de la communauté inuit et des paysages arctiques. Il aurait sans doute aussi gagné à faire transparaître plus d'émotions, d'autant que les thématiques de l'amour, de la féminité, de la maternité, de la sororité, de la transmission, de la filiation ou encore du deuil s'y prêtaient tout à fait. En s'accrochant un peu, on ressort malgré tout de cette lecture charmé, curieux et sensible aux énergies.

Soudain, l'un [des chiens] bondit vers moi. Je me jette sur un tas de neige pour lui échapper. Les autres grognent , les babines retroussées. Passé par-dessus ma tête, le chien a atteint l'endroit où je me tenais lorsque la banquise s'est fendue. Il est comme fou. Il grogne, il gratte, se déchire la gueule sur la glace. Il est en train de dévorer le sang coagulé qui s'est échappé de mon ventre.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 11 Mai 2022

Élise sur les chemins

𝐸́𝓁𝒾𝓈𝑒 𝓈𝓊𝓇 𝓁𝑒𝓈 𝒸𝒽𝑒𝓂𝒾𝓃𝓈 est un roman en vers librement inspiré de la vie familiale du géographe et écrivain anarchiste du XIXe siècle Élisée Reclus. Un paysage champêtre, une famille nombreuse qui vit à l'écart du monde, une femme-serpent et une tourmaline magique, voici les principaux ingrédients du récit de Bérengère Cournut. En s'inspirant du personnage d'Élisée mais en le transposant dans un récit à la frontière du réel et de l'imaginaire, Bérengère Cournut interroge notre rapport au désir, à la nature et au travail. Son récit s'apparente à un conte, dont la forme poétique peut être déconcertante, mais qui m'a enchanté.

 

Nous entrons dans le récit par la voix d'Élise, une fillette de onze ans qui se présente comme une "𝑒𝓃𝒻𝒶𝓃𝓉 𝒹𝑒𝓈 𝒶𝓇𝒷𝓇𝑒𝓈, 𝒻𝒾𝓁𝓁𝑒 𝒹𝑒 𝓁'𝑒𝒶𝓊". Elle nous présente sa famille et son mode de vie. Les nombreux enfants de cette famille ont selon leur bourru voisin "𝒹𝑒𝓈 𝓅𝓇𝑒́𝓃𝑜𝓂𝓈 𝒶̀ 𝓁𝒶 𝒸𝑜𝓃". En réalité, leur sophistication et leur poésie vaut inspiration pour de futurs enfants, jugez plutôt : Élisée, Onésime, Louise, Marie, Élise, Anna, Élie, Suzanne, Paul et Lison. Zéline, leur mère, est surnommée Féline, tandis que Jacques, leur père, est appelé Le Lion. Ils vivent isolés dans la forêt, à l'écart de la société. On ne sait pas au départ à quelle époque peut se dérouler le récit. Les fils aînés, Élisée et Onésime, de jeunes adultes, sont partis étudier l'horticulture et découvrir le vaste monde. Mais leur petite sœur Élise fait la rencontre d'une chimère inspirant plus ou moins confiance qui l'avertit que ses frères sont en danger. Cette petite femme-serpent "𝒶𝓊 𝒸𝑜𝓇𝓅𝓈 𝓃𝓊 𝑒𝓉 𝒷𝓁𝒶𝓃𝒸, 𝒶𝓊𝓍 𝒸𝒽𝑒𝓋𝑒𝓊𝓍 𝒹𝑒 𝒻𝓁𝒶𝓂𝓂𝑒𝓈" craint qu'Élisée soit "𝓇𝑒𝓉𝑒𝓃𝓊 𝓅𝓇𝒾𝓈𝑜𝓃𝓃𝒾𝑒𝓇 𝓅𝒶𝓇 𝒪𝓃𝒹𝒾𝓃𝑒, 𝑀𝑒́𝓁𝓊𝓈𝒾𝓃𝑒 𝑜𝓊 𝓊𝓃𝑒 𝒶𝓃𝑔𝓊𝒾𝓁𝓁𝑒". Elle l'incite à partir à leur rencontre pour les défendre contre ses dangereuses cousines et lui confie une pierre magique : un éclat de tourmaline qui "𝒹𝒾𝒻𝒻𝓊𝓈𝑒 𝒹𝑒𝓈 𝓉𝑒𝒾𝓃𝓉𝑒𝓈 𝓇𝑜𝓈𝑒𝓈 𝑒𝓉 𝓋𝑒𝓇𝓉𝑒𝓈" et qui "𝑔𝓇𝑜𝓃𝒹𝑒". La Vouivre la prévient : "𝐿𝒶 𝓉𝑜𝓊𝓇𝓂𝒶𝓁𝒾𝓃𝑒 𝓉𝑒 𝓈𝓈𝓈𝓈𝑒𝓇𝓋𝒾𝓇𝒶 𝓉𝓇𝑜𝒾𝓈 𝒻𝑜𝒾𝓈" après quoi elle s'enflammera. Après concertation entre sœurs, Élise part donc à la rencontre de ses deux grands frères. Elle descend de sa colline et marche quelques temps. Le récit, intemporel au départ, s'ancre dans l'époque contemporaine avec des indices de modernité à son arrivée dans un village (elle y entend alors des bruits de mobylette et de guitare électrique). Elle constate qu'une partie du territoire et de ses hommes est abimé par l'industrialisation et l'exploitation de la terre. Cela contraste avec ses habitudes de vie qui sont au plus près de la nature. Elle maîtrise en effet tout un vocabulaire que Bérengère Cournut se fait un plaisir de nous partager : 𝒶𝓃𝒸𝑜𝓁𝒾𝑒, 𝓅𝑜𝓁𝓁𝒾𝓃𝒾𝓈𝒶𝓉𝑒𝓊𝓇𝓈, 𝑔𝓁𝓎𝒸𝒾𝓃𝑒𝓈, 𝑔𝓇𝒶𝓂𝒾𝓃𝑒́𝑒𝓈, 𝒸𝑜𝓇𝑜𝓁𝓁𝑒𝓈, 𝓅𝒾𝓈𝓉𝒾𝓁𝓈, 𝑒́𝓉𝒶𝓂𝒾𝓃𝑒𝓈, 𝓈𝓅𝑜𝓇𝑒𝓈 𝑜𝓊 𝑒𝓃𝒸𝑜𝓇𝑒 𝒻𝓁𝑒́𝑜𝓁𝑒𝓈. Les valeurs de liberté et d'amour familial sont le fil rouge de ce roman d'apprentissage. Sont aussi évoqués : l'anarchisme (p. 139), l'homosexualité, la jalousie, l'écologie, l'immigration, la transmission.

 

À la fois chant d'amour et critique sociale, Bérengère Cournut nous propose un récit onirique plein de fraîcheur et de créatures merveilleuses : la vouivre ou femme-serpent anxieuse, Mélusine la chanteuse, Ondine la baigneuse et Ophélie la danseuse. Je garde en tête ce récit car je n'en ai pas encore toutes les clés d'interprétation. Il me semble qu'il y est question du pouvoir de séduction féminin. J'ai en tout cas passé un bon moment en compagnie de l'écriture sautillante, joyeuse et poétique de Bérengère Cournut et vous encourage à la découvrir.

 

"- Ondine a une voix haut perchée et crisssstalline
Des cheveux fins qui lui tombent aux chevilles
Et surtout un affreux rire de petite fille
En outre, cette garcce adore miroiter
Sous les branches des peupliers
- D'accord, mais quel mal fait-elle aux garçons ?
- Aucun... Elle les rend jusssste cons"
J'aimerais bien dire à la Vouivre que pour inoculer la connerie
Elle s'y connaît aussi
Mais je choisis une autre stratégie [...]

Je recueille une pierre
De la taille d'une musaraigne
Dans le creux de ma main ouverte
Elle diffuse des teintes roses et vertes
"Dis donc... c'est une pierre pastèque ?
- Cccce que tu tiens là, me dit la Vouivre
Cccc'est un éclat de tourmaline
Avec ça, tu feras tomber Mélusine
Tu méduseras Ondine
Tu conssssumeras les anguilles
- Est-elle donc magique ?
- Comme toute les pierres
Elle vient du fond de la Terre
Elle a la vie longue
Et tout au fond d'elle
Quelque chose gronde..."

Va, va, me dit-elle. Ils délirent tous comme ça un temps
Puis se réveillent un matin en criant : Maman ! [...]
Toi, en attendant, tu descends dans la combe
Tu longes le torrent, tu empruntes la rivière
Et tu anéantis au passage toutes les créatures
Qui traînent leurs nageoires, leurs cheveux de sorcière
Tu zigouilles les rêves de serpent, les fantasmes d'anguilles -
Tout ce qui ressemble à une illusion de fille - d'accord ?

Mon père dit que les seules lois valables sont celles qui président à la croissance de ses salades.

Ca vient du club derrière le bar
Me dit la femme qui m'a nourrie
- Du club ? Un club de quoi ?
- Bah, un club... une boîte, si tu veux !
- Une boîte ? Mais pour ranger quoi ?
La femme rigole : "Des jeunes comme toi !"

Je le sais maintenant : pour s'orienter les rêves sont grands.

Élise sur les chemins

Publié le 25 Avril 2022

Voici des lectures, souvent inachevées, auxquelles je n'ai pas spécialement envie de faire une grande place ici mais pour lesquelles vous pouvez tout de même me demander un avis :

 

  • Climax de Thomas B. Reverdy : abandonné au bout de quelques pages.
  • Une étincelle de vie de Jodi Picoult : abandonné au bout de quelques pages.
  • Milwaukee blues de Louis-Philippe Dalembert : abandonné au bout de quelques pages.
  • Porc braisé d'An Yu : abandonné au bout de quelques pages.

 

  • We should all be feminists de Chimamanda Ngozi Adichie : court texte (la retranscription d'un discours) lu en VO qui n'offre rien de nouveau sous le soleil du féminisme mais qui est ultra abordable pour des lycéens sur le fond comme au niveau de la langue.

 

  • Plusieurs titres de la collection Kididoc chez Nathan feuilletés à l'occasion
  • Plusieurs titres de la collection Épicurieux chez Nathan feuilletés à l'occasion
  • Les élections de la collection Questions ? Réponses ! chez Nathan feuilleté à l'occasion
  • L'énigme Edna de Florence Hinckel chez Nathan feuilleté à l'occasion
  • Plusieurs titres de la collection Tip tongue chez Syros feuilletés à l'occasion

 

Celles dont je n'ai pas parlé

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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