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Publié le 1 Juillet 2021

Coups de cœur littéraires 2020-2021

Voici, avec un peu de recul sur mes lectures et comme j'ai l'habitude de la dresser chaque année, la liste de mes coups de cœur littéraires de l'année scolaire écoulée. Je me suis limitée à dix : six romans et quatre albums jeunesse. Mais je pourrais aussi allonger la liste et citer les bandes dessinées Peau d'Homme, Blanc autour et Préférence système ou encore les albums Et si ? de Chris Haughton et Eau salée d'Émilie Vast. J'espère que vous pourrez y trouver de quoi piocher quelques gourmandises à déguster les pieds dans la sable cet été. Pour enrichir votre liste, vous pouvez également consulter ma liste de l'année dernière.

 

 

 

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre de Julien Dufresnes-Lamy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Pendant les quatre heures d'opération nécessaires pour que son père se transforme en Alice, Charlie égrène les minutes et les souvenirs : le choc de l'annonce, le rejet, l'acceptation...

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour la modernité et la subtilité à la fois du sujet et de l'écriture. Pour, si ce n'est comprendre, du moins ressentir de l'empathie pour une famille bouleversée mais soudée par un "trouble de l'identité de genre".

 

 

Fille de Camille Laurens

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Dans cette autofiction sur l'identité féminine, qui navigue de l'enfance à la maternité, Camille Laurens parle avec gravité, sans s'empêcher des notes d'humour, de ce que signifie de naître fille - de n'être que fille - et de devenir ensuite mère d'une fille.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour avoir matière à réfléchir sur la condition féminine, que ce soit en riant ou en ayant la gorge serrée.

 

 

Florida d'Olivier Bourdeaut

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Le parcours d'une jeune américaine prénommée Elizabeth, de ses premiers pas sur les estrades des concours de mini-miss jusqu'à ses grotesques entraînements de musculation pour devenir bodybuildeuse et se venger de l'égoïsme parental.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour lire un roman au style musclé qui s'épanouit dans la démesure tout en étant au plus près de la sensibilité malmenée de sa narratrice. Pour comprendre à quel point le corps et l'esprit peuvent être liés l'un à l'autre.

 

 

Le dernier enfant de Philippe Besson

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Une journée à la fois banale et particulière, pour une mère dont le dernier de ses trois enfants quitte le nid pour s'installer dans son studio d'étudiant.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour avoir le cœur serré par le dévouement ordinaire des mères. 

 

 

La famille Martin de David Foenkinos

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'auteur l'écrit si bien lui-même : "J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre."

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour être aux premières loges du récit en train de s'écrire sous nos yeux. Pour rire et soupirer avec des personnages bien campés.

 

 

 

D'or et d'oreillers de Flore Vesco

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'histoire du jeune Lord Handerson qui, pour choisir au mieux sa future épouse, fait passer un test à toutes ses prétendantes. Dans la société anglaise du XIXe siècle, les mères, bien que totalement outrées par sa méthode, lui confient leurs filles le temps d'une nuit, qu'elles passeront dans un lit d'une hauteur invraisemblable sur lequel on a empilé une dizaine de matelas.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour son humour et ses pas de côté, pour sa sensualité, pour sa finesse et sa modernité. Pour lire du Jane Austen à la sauce fantastique le tout relevé d'une pointe d'érotisme féministe ! Parce que c'est mon dernier coup de cœur littéraire en date. Parce qu'il se pourrait bien qu'il dépose des paillettes sur votre oreiller.

 

 

 

♥ Ainsi que les albums jeunesse suivant, pour leur pertinence, leur humour et la beauté de leurs illustrations : 

 

 

 

 

Et vous, quel est votre coup de cœur de ces derniers mois ?

 

♥

 

Publié le 30 Juin 2021

Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel
Faire défiler le carrousel

Faire défiler le carrousel

😕 Je suis un oiseau de la ville de Delphine Jaboeuf, Caroline Aufort et Élodie Mandray est un album jeunesse documentaire de grand format sur les oiseaux des villes, du plus remarquable au plus commun. Il permet de les reconnaître, les observer, de mémoriser leur chant et leurs particularités. Nous n'avons pas été particulièrement séduits à la maison. Peut-être, en vrac, parce que : le format est imposant et difficilement manipulable, les illustrations sont rébarbatives, décrypter les chants est compliqué. Un album qui ne correspond pas forcément aux bas âges de mes enfants mais qui pourrait en séduire d'autres. Je remercie tout de même les éditions Hélium pour cet envoi.

 

😕 Retour vers l'antiquité de Delphine Chedru est un livre-jeu de grand format. Le chevalier Courage et la Princesse Attaque sont réunis pour un voyage dans le temps direction l’Antiquité. Ils sont dirigés dans leur périple par les choix faits par le lecteur au fil du livre, et traversent ainsi les civilisations grecque, égyptienne romaine, etc. Le principe ludique est intéressant mais autant le dire sans détour : l'indication d'âge de l'éditeur (à partir de 5 ans) ne me semble pas du tout approprié ! Le contexte historique et certains jeux d'observation sont hors de portée des plus jeunes et ne sont abordables aisément qu'à partir de 7 ou 8 ans. Un album qui, de nouveau, ne correspond pas forcément aux bas âges de mes enfants mais qui pourrait en séduire d'autres. Je remercie tout de même les éditions Hélium pour cet envoi.

 

🙂 Montagnes de Marcos Navarro et Mia Cassany est un album jeunesse documentaire de grand format sur de célèbres montagnes de seize régions du monde. C'est l'occasion d'évoquer la géographie, la faune et la flore d'autres pays comme le Pérou ou le Japon. Chaque double page présente un paysage à la biodiversité détaillée dans lequel on peut s'amuser à observer et compter des animaux tels que l'ours, le lama ou le saro à cornes. Du volcan Arenal au Mont Blanc en passant par le Kilimandjaro, on se régal d'illustrations chatoyantes et d'informations à portée des jeunes enfants à partir de 5 ou 6 ans environ. Je remercie les éditions Nathan pour cet envoi.

 

😐 L'artiste contemporain de Nathalie Heinich et Benoît Feroumont est une bande dessinée sociologique de petit format sur la figure de l'artiste contemporain : son positionnement, sa carrière, sa rémunération. C'est lisible et enrichissant sur le sujet, même si je pensais en apprendre plus sur l'art contemporain en général plutôt que sur le statut de l'artiste.

 

😐 La colline que nous gravissons d'Amanda Gorman est la retranscription du discours The hill we climb fait par la jeune poétesse afro-américaine lors de l'investiture du Président Joe Biden en janvier 2021. C'est à la fois consensuel, facile d'accès et bien écrit. Et comme la poésie, dit-on, a le pouvoir d'adoucir les mœurs, je vous laisse sur une citation de ce long discours poétique.

 

Si nous voulons être dignes de notre époque,
nous devons vaincre
Non par la lame de l'épée, mais grâce aux ponts que nous avons construits.
Telle est la clairière promise,
La colline que nous gravissons, si tant est que nous en ayons le courage :
Car être américain est bien plus qu'une fierté reçue en héritage,
C'est le passé dans lequel nous nous inscrivons,
et la façon dont nous le réparons.

Publié le 15 Juin 2021

Les embrouillaminis

Dépeint comme un livre dont le lecteur est le héros, ou le co-auteur, ce nouveau récit de Pierre Raufast, dont je connaissais déjà le facétieux La fractale des raviolis, ne pouvait que me tenter. Il sentait bon le souvenir d'enfance et la série des Défis fantastiques. Ces livres-jeux des années 80 hérités de mes cousins avaient pour particularité d'être interactifs en proposant au lecteur de relever des défis et de participer aux choix narratifs. Pierre Raufast se renouvelle en proposant un roman labyrinthique de ce genre, ponctué de ces célèbres formules... Si tu veux en savoir plus sur Les embrouillaminis, rendez-vous au paragraphe suivant. Si tu préfères passer à autre chose, rendez-vous à la critique de mon dernier coup de cœur littéraire en date.

 

Dans Les embrouillaminis, le lecteur est en charge du personnage de Lorenzo, qui va être amené à quitter sa chère vallée de Chantebrie pour découvrir le vaste monde. Ou pas. Qui va vivre une grande histoire d'amour. Ou pas. Être sensible aux battements d'ailes des papillons. Ou non. Après l'avoir lu, que dire ? Oui c'est original, ludique et plutôt bien écrit, avec des clins d’œil à de précédents romans. La mise en abîme des choix de vie est intelligente. Mais non, je n'ai pas été embarquée par l'histoire. Je ne me suis pas totalement attachée au personnage. Je n'ai surtout pas aimé lui / me faire vivre des moments malaisants voire obscènes (au Mexique) ou immoraux (vols). J'aurais préféré des possibilités plus légères. J'ai eu du mal à comprendre la finalité du récit. Donner au lecteur l'illusion de la liberté ? J'ai aimé les pirouettes de l'auteur qui semble parfois laisser le choix à son lecteur tout en gardant la main sur le déroulé de l'histoire (cf. chapitre 46 sur les confitures ou chapitre 54 sur les péripéties) mais je trouve la forme plus réussie que le contenu. J'ai l'impression d'un rendez-vous manqué... j'en suis déçue ! Le concept des narrations multiples avait pourtant tout pour me plaire. Mais ce "roman-château" étant multiple par essence, peut-être ne demande-t-il qu'à être réouvert un jour ? Car c'est là toute l'ambition de l'auteur : laisser le lecteur (chapitre 41) "𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑠𝑜𝑛 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑟𝑒 𝑠𝑐𝑒́𝑛𝑎𝑟𝑖𝑠𝑡𝑒 [𝑒𝑡] 𝑐ℎ𝑜𝑖𝑠𝑖𝑟 𝑙𝑒 𝑚𝑒𝑖𝑙𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑐ℎ𝑒𝑚𝑖𝑛 𝑛𝑎𝑟𝑟𝑎𝑡𝑖𝑓. 𝐿𝑖𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑟𝑒𝑙𝑖𝑟𝑒 𝑙𝑒 𝑚𝑒̂𝑚𝑒 𝑙𝑖𝑣𝑟𝑒 𝑞𝑢𝑖, 𝑒𝑛 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑠𝑜𝑛 ℎ𝑢𝑚𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑢 𝑗𝑜𝑢𝑟, 𝑝𝑟𝑒𝑛𝑑𝑟𝑎 𝑢𝑛𝑒 𝑠𝑎𝑣𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑒́𝑟𝑒𝑛𝑡𝑒".

 

 

La structure narrative du roman

 

 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 8 Juin 2021

ℳ𝒆𝓻𝓬𝓲 Flღre Vescღ pour ce bijღu !

 

♡

 

D'or et d'oreillers

D'or et d'oreillers c'est un pot-pourri dont émanent notamment les délicieuses effluves littéraires de Jane Austen, de Hans Christian Andersen et de Mary Shelley. C'est un roman qui brille : par sa magnifique couverture de style Art Nouveau, par son humour et ses pas de côté, par sa sensualité, sa finesse et sa modernité. C'est l'histoire croustifondante d'un personnage a priori secondaire qui devient une héroïne audacieuse. C'est l'histoire de Sadima, et de ce qu'elle fait la nuit au creux de son lit.

 

Flore Vesco, que je découvre à l'occasion de cette lecture, nous happe dès les premières lignes. Puis son charme continue d'opérer au grès de chapitres aux titres savoureux : Bouche-à-oreille, Dents longues, Ronds de jambe, Cœur au ventre, Fines bouches et mauvaises langues... Et des mauvaises langues il n'en manque pas dans la haute société anglaise du XIXe siècle. Nous faisons connaissance dès le premier chapitre avec Mrs Watkins, résidant à Greenhead, qui souhaite vivement marier ses trois filles à de bons partis. Elle apprend justement par sa voisine Mrs Barrett que Lord Handerson, riche héritier habitant le domaine voisin, cherche à sceller une alliance. Quelle aubaine ! Mais c'est sans compter sur le test que le jeune héritier a conçu pour choisir au mieux sa future épouse. En effet, chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans un lit d'une hauteur invraisemblable, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Malgré le caractère éhonté de cette épreuve, de nombreuses prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été gentiment conduites au château par leurs parents... et renvoyées chez elles au petit matin sans aucune explication. Les sœurs Watkins tentent elles aussi leur chance, accompagnées par Sadima, leur femme de chambre. Et voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l'épreuve. Elle n'a rien d'une princesse au petit pois, et pourtant...

 

Flore Vesco fait s'envoler sa plume dans de riches métaphores filées, des anagrammes astucieuses et des allitérations savoureuses. Elle revisite de nombreux contes en les épiçant de modernité et de sensualité. De La Princesse au petit pois à Barbe-Bleue en passant par Cendrillon et La Belle et La Bête, les références s'entrecroisent et s'ajoutent à des personnages vifs et déterminés. Elle nous plonge dans une sorte de Chronique des Bridgerton pour mieux nous piéger dans une histoire érotico-magico-psychologique. Et avec beaucoup d'humour et de clins d’œil au lecteur, en plus. Il y est question de corps et de cœurs en miettes, de trous (oui, oui, toutes sortes de trous...), de fantasmes, d'histoires de famille, de sorcellerie et de découvertes intimes. Tout est suggéré, avec finesse. Chaque lecteur, en fonction de sa maturité, comprendra ce qu'il voudra. Le rythme ne faiblit pas et les surprises narratives et littéraires sont au rendez-vous. Le tout est méticuleusement pensé : de l'éclatante première de couverture jusqu'à la dernière ligne des remerciements, en passant par chaque palindrome. C'est une véritable pépite qui vous fera redécouvrir le jeu "Gage ou Aveu" et saupoudrera peut-être quelques paillettes sur votre oreiller le soir venu.

 

D'or et d'oreillers
D'or et d'oreillers

Sadima trouva que les manuels d'anatomie savaient de quoi ils parlaient. Sous le passage des doigts du jeune homme, des pans entiers de sa peau devenaient innervés, enivrés, énergiques.

À son tour, il s'efforça de ne pas sombrer. Il n'y parvint pas. Et tant mieux, car ainsi était maintenu un suspens insoutenable. Nos deux héros, donc, perdirent conscience.

- Maman, maman, dites-moi ! Est-ce qu'ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ?
- Voyons, petite sotte ! Quand comprendrez-vous qu'il ne faut pas croire ce que disent les contes ? Le bonheur, sachez-le, repose plutôt sur la qualité des enfants que sur leur quantité.
- Humpf...

D'or et d'oreillers

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 7 Juin 2021

Les enfants sont rois

Ne vous fiez pas à ce bandeau poétique. Delphine De Vigan nous livre ici un roman oscillant entre un glaçant tableau sociétal contemporain, une enquête policière, un roman d'anticipation et un plaidoyer pour la préservation de l'intimité des enfants.

 

Il s'agit de l'histoire de Mélanie, trentenaire qui s'est retrouvée scotchée devant le visage de la lofteuse Loana pendant son adolescence. L'histoire d'une femme devenue mère de deux jeunes enfants et qui, dans un besoin plus ou moins conscient et maladif d'exister et d'être aimée, va commencer à exposer l'intimité de ses enfants sur les réseaux sociaux. Ainsi va se développer sa chaîne Happy Récré. Être aimée pour l'image qu'elle véhicule sur YouTube et Instagram va l'engager dans une course aux followers et aux "j'aime". Jusqu'à ce que sa fille Kimmy, 7 ans, disparaisse lors d'une partie de cache-cache. Clara, jeune policière en partie en charge de l'enquête, cherchera à comprendre. Elle aura cette intuition d'une enfance maltraitée par le voyeurisme et la marchandisation de ses sourires.

 

Ce livre se lit vite et bien. J'ai aimé le sujet traité et le suspens qui lui a été associé grâce à l'enquête de police pour enlèvement d'enfant. Pour autant, j'ai aussi trouvé que cet enlèvement était utilisé comme un simple prétexte par l'autrice pour faire part de son avis sur le monde de l'influence. Le discours tenu m'a paru clairement didactique. Ce livre est peut-être fait pour des gens plus âgés qui découvriraient les rouages des réseaux sociaux. Pour une trentenaire comme moi, dans la tranche d'âge des protagonistes, la démonstration de Delphine de Vigan n'est pas si instructive. Le propos est intéressant et soulève des questions importantes mais est aussi manichéen. De plus, le déroulement de l'intrigue et la présentation des personnages est assez scolaire.

 

Pour autant, je l'ai lu en étant tout à fait intéressée et happée. J'ai aimé la réflexion sur la fraternité en fin de récit ainsi que la projection dans un futur proche. Ma conviction par rapport à cette exposition des enfants sur les réseaux a trouvé un écho plus politique. En bref : un roman un peu trop dans l'analyse et pas assez dans la fiction mais qui a le mérite de mettre en lumière la question du bouleversement des frontières de l'intimité. Effarant.

 

Question : Qu’est-ce qu’elle dit, maman, quand elle n’est pas contente ?
Réponse : Elle dit que ce n’est vraiment pas gentil de faire ça. Qu’on a beaucoup de chance de ce qui nous arrive, les millions d’abonnés et tout ça, et tous les enfants qui nous aiment, qui veulent faire des selfies avec nous et des autographes quand on fait des meet-up, ils font la queue pendant très longtemps pour nous voir, parfois même deux heures, et eux ils rêveraient vraiment d’être à notre place, en plus nous on est les premiers maintenant, les préférés de tous les enfants de France sur YouTube, plus préférés que Mélys et Fantasia [...]. Alors maman elle dit à Kimmy d’aller se changer vite fait, sinon, elle ne sera plus jamais sur nos vidéos et tant pis pour elle, plus personne ne l’aimera. 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 1 Juin 2021

L'âge des possibles

L'âge des possibles est un roman choral aux voix singulières et sensibles, édité par L'école des loisirs pour des adolescents à partir de 13 ans. Rachel, Saul et Temple sont trois adolescent(e)s qui cheminent vers Chicago. Rachel et Saul sont Amish (issus d'une communauté religieuse chrétienne plutôt austère). L'âge des possible ou Rumspringa, est pour eux ce moment traditionnel dans la vie de leur communauté où il leur est possible de découvrir ce qui se passe ailleurs, dans le monde tel que nous le connaissons, pour le rejeter ensuite en toute connaissance de cause. Temple, elle, doit surmonter sa peur de l'inconnu pour quitter l'épicerie familiale et rejoindre sa sœur à Chicago. Ces trois-là seront amenés à se rencontrer et à côtoyer également Frederik, un gamin des rues qui sera leur guide improvisé. Tous vont être profondément effrayés et attirés tout à la fois par l'effervescence citadine. Ils vont découvrir le métro, le bruit, le béton, l'intolérance mais aussi le goût des glaces et des bonbons, les talons hauts, et le beau. Ils vont s'ouvrir à des questionnements et des perspectives nouvelles. Au final, tous ne se saisiront pas des mêmes couleurs pour peindre leur avenir. C'est touchant et intéressant. Pour autant, j'ai le sentiment d'un rendez-vous manqué. J'avais adoré la fantaisie et la douceur de l'écriture de Marie Chartres découverte il y a peu avec son premier roman Bleu de rose. Je ne l'ai malheureusement pas tout à fait retrouvé en lisant L'âge des possibles. Je n'ai pas pleinement apprécié les différents personnages et ai trouvé le mélange de leurs histoires un peu discordant. Cela m'aura cependant permis d'en apprendre plus sur les Amish, a priori sans caricature. Un roman d'initiation original sur l'altérité et l'émancipation qui ne me laissera malheureusement pas un souvenir impérissable.

 

Rédigé par Nota Bene

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