Charlotte de David Foenkinos qui présentait mon portrait de lectrice du moment ♡
Tu seras un homme - féministe - mon fils ! d'Aurélia Blanc qui, à quelques semaines de Noël, rappelait notamment l'importance de s'efforcer à ne pas véhiculer de stéréotypes sexistes par les jouets ♡
Pendant toute l’après-midi, Mathilde avait repensé à cette expression : nager dans le bonheur. Que se passe-t-il quand on atteint le rivage ?
Mathilde, trentenaire, prof de lettres passionnée par son métier en général et l'analyse de L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert en particulier, partage sa vie avec Étienne. L'été dernier, en Croatie, les mots "mariage" et "enfant" se sont invités dans leurs conversations : Mathilde en est rayonnante. Mais quelques temps après leur retour, Étienne change d'attitude. Il est distant, gêné, et finit par lui annoncer que leur histoire est terminée. Pour Mathilde commence alors, comme on le dit communément, une descente aux enfers. Elle est au prise avec les tourments de l'abandon et de la jalousie. Elle perd pied professionnellement, ce qui ne va faire qu'accentuer sa souffrance et précipiter l'apparition d'une facette de sa personnalité totalement glaçante. C’est une banale histoire de rupture amoureuse. C’est l’histoire d’une femme laissée sur le carreau, sidérée et meurtrie, qui met du temps à comprendre que la rupture est définitive. Mais cela devient un thriller psychologique effroyable. D'un ton faussement badin, avec des notes de bas de page parfois savoureuses qui permettent au lecteur de prendre du recul sur le désarroi du personnage et d'éviter tout pathos, David Foenkinos nous happe et nous fait vivre l'intense chagrin de Mathilde. Le roman se lit vite et la tension va crescendo. Agathe, la sœur bienveillante de Mathilde, va lui proposer de venir vivre chez elle avec son mari Frédéric (tiens, Frédéric, comme le héro romantique du roman cher à Mathilde ?) et sa toute petite fille Lili. Faisant mine de rassurer Agathe, Mathilde va pourtant s'enfoncer dans le désespoir et développer un dégoût de soi et des autres. La sororité ne sera pas sa bouée de sauvetage, ou alors d'une manière bien épouvantable... Un roman bien mené, dont on peut deviner le dénouement par ailleurs glauque et quelque peu parachuté, mais qui nous emporte sur les rivages marécageux du désespoir amoureux d'une façon originale et maîtrisée. J'ai aimé ! L'ironie des notes de bas de page ou de certaines réflexions (comme celles relatives à la collègue de Mathilde) n'y est pas pour rien.
Mathilde le remercia en tentant de reprendre possession de ses émotions. Mais son visage semblait un royaume autonome et inondé, frappé par un déluge impossible à maîtriser.
Ne voulant pas traiter sa voisine en patiente, la psychiatre proposa un thé encore une fois. Elles le burent dans la cuisine. A vrai dire, il s'agissait d'une infusion "Nuit Calme". Si seulement c'était vrai, pensa Mathilde. Si seulement on pouvait boire le programme de nos prochaines heures. Elle rêvait de cette nuit calme, et cette boisson allait lui offrir l'espoir de la vivre. En vain, elle buvait un mensonge.
Mathilde enchaîna trois whiskies sans même se sentir étourdie. Avant, deux coupes de champagne suffisaient à la faire tituber. La souffrance condamne à la lucidité. Il est de plus en plus difficile de s'échapper de soi.
À vrai dire, le problème n’était pas le métier. Le vrai problème, c’étaint les livres. Mathilde en avait trop lu. On ne pouvait pas être heureux quand on avait trop lu. Tous les malheurs venaient de la littérature. Elle enviait le manque de culture littéraire de sa sœur ; elle enviait cette vie où Flaubert n’était qu’un vague souvenir scolaire.
Le livre peut devenir plus important que la vie. Le livre enseigne aux femmes que la vraie vie n'est pas celle qu'on leur fait vivre. La vraie vie est ailleurs : là, dans cet espace d'imaginaire entre les mots qu'elles lisent et l'effet qu'ils produisent. La lectrice fait littéralement corps avec les personnages de fiction et n'accepte plus de refermer le livre sans que rien ne change dans sa vie. Le livre devient initiation. Comment ne pas penser à Emma Bovary ? Comment ne pas se souvenir de cette phrase de Gustave Flaubert à mademoiselle de Chantepie en juin 1857 : "Lisez pour vivre".
De liseuses, elles sont devenues lectrices, elles sont aujourd'hui auteures. Elles en écrivent. Elles écrivent même quand elles lisent. Les femmes qui écrivent se revendiquent souvent comme des lectrices. Si elles écrivent, c'est pour continuer la chaîne, la chaîne du plaisir que leur a procuré la plaisir de lire. Les femmes qui lisent trouvent dans leurs textes ces sources secrètes du désir, elles en font des chambres d'amour toutes tapissées de bibliothèques qu'elles retrouvent dans leurs rêves les plus doux.
Le désir féminin de lire et d'écrire n'est pas près de s'éteindre. Pourquoi dit-on dans la langue des commerciaux du livre que les femmes demeurent des "prescriptrices" ? Les docteurs peuvent prescrire des pilules contre la mélancolie, les femmes, elles, savent, comme les sourcières, sorcières, trouver sous le corps du texte l'essence même de leur être.
Livre feuilleté, picoré, dont je ne ferai donc pas de critique complète ici.
Citations relevées des p. 16 à 19 ; propos de Laure Adler.
Il me semble qu'il s’agit de Mathias Malzieu : l'assurance d'une évasion poétique. Malheureusement, je commence à me lasser de sa tendance à l'égocentrisme.
𝐵 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝒷𝑒𝓈𝓉" : 𝓁𝒶 𝓂𝑒𝒾𝓁𝓁𝑒𝓊𝓇𝑒 𝓈𝓊𝒾𝓉𝑒 𝒹𝑒 𝓈é𝓇𝒾𝑒
Harry Potter de J. K. Rowling bien sûr ! J'ai lu le premier tome avant même son succès international retentissant, à sa sortie en France en fin d'année 1998 (Gallimard a été le premier éditeur étranger à le publier et il n'a été "officiellement" remarqué par les libraires français qu'au printemps 1999 via le Prix Sorcières). J'ai tout de suite été ensorcelée et la suite, loin d'être décevante, prenait de l'envergure au fil des pages et de la complexification de l'intrigue. Je peux également citer Anne, la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery et Entre chiens et loups de Malorie Blackman.
𝒞 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝒸𝓊𝓇𝓇𝑒𝓃𝓉" : 𝓉𝒶 𝓁𝑒𝒸𝓉𝓊𝓇𝑒 𝑒𝓃 𝒸𝑜𝓊𝓇𝓈
Je suis en train de lire Les femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stefan Bollmann. En réalité, ma vie de lectrice s'apparente à un tour de montagnes russes : après de fructueuses vacances automnales, le rythme hebdomadaire a repris et les lectures stagnent. Pourtant, de nombreuses lectures prometteuses m'attendent sur ma table de nuit : Et ta vie m'appartiendra de Gaël Aymon (service de presse, sortie prévue en mars 2020), La panthère des neiges de Sylvain Tesson (Prix Renaudot), Cosme de Guillaume Meurice, Deux sœurs de David Foenkinos, ou encore Les choses humaines de Karine Tuil (Prix Goncourt des lycéens). En parallèle, je lis tout de même des albums jeunesse, des articles de presse ou sur les réseaux sociaux et continue de picorer les poèmes du dernier recueil de Thomas Vinau.
C’est cliché mais c'est pourtant bien le cas : du thé vert, presque exclusivement. Ou une boisson fraîche durant l'été. Ou encore un cappuccino adouci de guimauve quand la saison de Noël approche... ♡
𝐸 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝑒-𝒷𝑜𝑜𝓀" : 𝑒-𝒷𝑜𝑜𝓀 𝑜𝓊 𝓇𝑜𝓂𝒶𝓃 𝓅𝒶𝓅𝒾𝑒𝓇 ?
Je n’ai pas de liseuse et n'en ressent pas le besoin. Lire sur papier est un réel plaisir. J'aime particulièrement mesurer physiquement le volume de pages lues et celles restant à lire.
Mon lit, incontestablement ! Mais j'apprécie aussi mon canapé et n'importe quel transat au bord d'une piscine !
𝒢 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝑔𝓁𝒶𝒹𝑒" : 𝓁𝑒 𝓇𝑜𝓂𝒶𝓃 𝒶𝓊𝓆𝓊𝑒𝓁 𝓉𝓊 𝑒𝓈 𝒸𝑜𝓃𝓉𝑒𝓃𝓉𝑒
𝒹’𝒶𝓋𝑜𝒾𝓇 𝓁𝒶𝒾𝓈𝓈é 𝓊𝓃𝑒 𝒸𝒽𝒶𝓃𝒸𝑒
Il y en a plusieurs. Par exemple : Je suis un dragon de Martin Page. Une réflexion insolite et captivante sur les différentes formes de monstruosité.
𝐻 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝒽𝒾𝒹𝒹𝑒𝓃" : 𝓁𝑒 𝓇𝑜𝓂𝒶𝓃 𝓆𝓊𝑒 𝓉𝓊 𝒸𝑜𝓃𝓈𝒾𝒹è𝓇𝑒𝓈
𝒸𝑜𝓂𝓂𝑒 𝓊𝓃 𝒿𝑜𝓎𝒶𝓊 𝒸𝒶𝒸𝒽é
Un joyau véritable mais pas véritablement caché : Neverland de Timothée de Fombelle. Une réflexion sur l'enfance et sa magie menée par une écriture tendrement poétique.
𝐼 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝒾𝓂𝓅𝑜𝓇𝓉𝒶𝓃𝓉" : 𝓊𝓃 𝓂𝑜𝓂𝑒𝓃𝓉 𝒾𝓂𝓅𝑜𝓇𝓉𝒶𝓃𝓉
𝒹𝒶𝓃𝓈 𝓉𝒶 𝓋𝒾𝑒 𝒹𝑒 𝓁𝑒𝒸𝓉𝓇𝒾𝒸𝑒
Il y en a plein mais j'apprécie le moment où je choisis et commence ma nouvelle lecture. Si la question évoque plutôt un moment fondateur, de même, il y en a plusieurs : le jour où j'ai ouvert ce blog en est un.
Une lecture qui change de l'ordinaire : Les 100 mots de l'éloquence d’Éric Cobast, qui m'a permis de remobiliser, enrichir et actualiser ma culture littéraire.
Il me vient la série des Harry Potter en tête mais ce ne sont pas les seuls longs romans que j'ai pu lire. Plus récemment, je peux mentionner la lecture de Brexit romance de Clémentine Beauvais (plus de 440 pages).
𝑀 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝓂𝒶𝒿𝑜𝓇" : 𝓁𝑒 𝓁𝒾𝓋𝓇𝑒 𝓆𝓊𝒾 𝓉’𝒶 𝒸𝒶𝓊𝓈é
𝓁𝑒 𝓅𝓁𝓊𝓈 𝑔𝓇𝑜𝓈 "𝒽𝒶𝓃𝑔𝑜𝓋𝑒𝓇"
Le roman qui m’a fait penser "Mais que lire après ça ?" : Petit pays de Gaël Faye, qui a tout d'un grand. Le roman nous plonge dans une ambiance à la fois chaleureuse et glaçante, à entretenir ensuite par l'écoute de la musique de Gaël Faye, percutante.
𝒩 𝓅𝑜𝓊𝓇 "𝓃𝓊𝓂𝒷𝑒𝓇" : 𝓁𝑒 𝓃𝑜𝓂𝒷𝓇𝑒 𝒹𝑒 𝒷𝒾𝒷𝓁𝒾𝑜𝓉𝒽è𝓆𝓊𝑒𝓈
𝓆𝓊𝑒 𝓉𝓊 𝓅𝑜𝓈𝓈è𝒹𝑒𝓈
Aussi étonnant que cela puisse paraître à des bibliophiles, je ne possède pas beaucoup de livres. Sans être minimaliste, je n'aime pas avoir un intérieur encombré, comme si l'ordre apparent de mon foyer m'aidait à ordonner mes idées et mes émotions. Lors de mon dernier déménagement, j'ai fait un gros tri dans ma bibliothèque. Il me reste donc une soixantaine de livres dans mon salon. J'ai la chance de pouvoir m'en procurer sur mon lieu de travail (et bien sûr en médiathèque). À cette bibliothèque dans mon séjour s'ajoute les bibliothèques de mes enfants : de par la nature évolutive de leurs lectures, leur contenu est loin d'être figé. Cadeaux, achats plaisirs, emprunts, échanges avec les cousines, réception de services de presse : ce sont toutes les possibilités de se procurer des livres qui sont mises en œuvre à travers eux.
Je relis peu, voire jamais. Pour rebondir sur une précédente question, j'ai "écouté" Petit pays de Gaël Faye suite à sa lecture. Ce fut une magnifique plongée au cœur d'un sacré et malmené petit pays.
𝒫 𝓅𝑜𝓊𝓇 « 𝓅𝑒𝓇𝓈𝑜𝓃 » : 𝓁𝑒 𝓅𝑒𝓇𝓈𝑜𝓃𝓃𝒶𝑔𝑒 𝓂𝒶𝓈𝒸𝓊𝓁𝒾𝓃
𝓅𝑜𝓊𝓇 𝓆𝓊𝒾 𝓉𝓊 𝒸𝓇𝒶𝓆𝓊𝑒𝓈
Alors là, je sèche ! Je crois qu'au-delà d'un personnage, c'est la figure même de l'écrivain / de l'artiste qui me séduit. Pauvre de moi qui partage ma vie avec un Prince de Motordu... ♡
Je n'ai pas vraiment de regret dans le sens où je débute des lectures pour des raisons définies. Par contre j'ai des déceptions, évidement. Est-ce utile de les citer ? Derniers exemples en date par ici.
Sûrement plusieurs... Citons peut-être U4 ? Et également, aussi fou que cela puisse être : Harry Potter. J'ai lu tous les tomes avec plaisir... sauf le dernier ! Je crois que j'ai eu du mal à supporter le succès de la série et des films : j'ai eu l'impression que mes héros m'échappaient. Cela s'explique aussi par le fait qu'il sortait à une période où mes lectures d'étudiante en lettres modernes prenaient beaucoup de place. J'ai toutefois vu les adaptations cinématographiques et me suis replongée dans l'ambiance poudlarienne en 2016 grâce à Harry Potter et l'enfant maudit.
𝒯 𝓅𝑜𝓊𝓇 « 𝓉𝒽𝓇𝑒𝑒 » : 𝓉𝓇𝑜𝒾𝓈 𝒹𝑒 𝓉𝑒𝓈 𝓁𝒾𝓋𝓇𝑒𝓈 𝓅𝓇é𝒻é𝓇é𝓈
𝒹𝑒 𝓉𝑜𝓊𝓈 𝓁𝑒𝓈 𝓉𝑒𝓂𝓅𝓈
Question beaucoup trop compliquée ! Il faudrait établir des catégories...
J'en attends qui ne sortiront peut-être jamais : le prochain roman pour adulte de Timothée de Fombelle, le livre qu'écrira Mathias Malzieu le jour où il deviendra père, le prochain roman d'Olivier Bourdeaut (après En attendant Bojangles et Pactum salis)...
𝒲 𝓅𝑜𝓊𝓇 « 𝓌𝑜𝓇𝓈𝓉 » : 𝓉𝒶 𝓅𝒾𝓇𝑒 𝒽𝒶𝒷𝒾𝓉𝓊𝒹𝑒 𝓁𝒾𝓋𝓇𝑒𝓈𝓆𝓊𝑒
Je ne vois pas : je ne corne pas les pages, j'écris rarement dessus... Et je suis assez persévérante. Ah si ! Peut-être que j'accorde parfois trop d'importance à la couverture.
𝒳 𝓅𝑜𝓊𝓇 « 𝓍 » : 𝒸𝑜𝓂𝓂𝑒𝓃𝒸𝑒 à 𝒸𝑜𝓂𝓅𝓉𝑒𝓇 à 𝑔𝒶𝓊𝒸𝒽𝑒 𝑒𝓃 𝒽𝒶𝓊𝓉
J’atterris sur Journal d'un vampire en pyjama de Mathias Malzieu. Il y est question de maux et de mots. C'est un recul souriant et tendre sur une péripétie dramatique de sa vie.
𝒴 𝓅𝑜𝓊𝓇 « 𝓎𝑜𝓊𝓇 » : 𝓉𝑜𝓃 𝒹𝑒𝓇𝓃𝒾𝑒𝓇 𝓁𝒾𝓋𝓇𝑒 𝒶𝒸𝒽𝑒𝓉é
Le dernier livre acheté et déjà en circulation entre les mains des membres de ma famille est La vie, après d'Antoine Leiris. J'ai tout de suite senti le potentiel bon moment de lecture qu'il pouvait m'offrir en écoutant parler Antoine Leiris dans La Maison des maternelles. Au-delà du drame vécu - le décès brutal de son épouse au Bataclan en 2015 alors que leur fils n'est alors âgé que de 17 mois - et de sa situation particulière, les mots d'Antoine Leiris, plein d'intelligence sensible et d'un amour paternel inconditionnel, peuvent résonner en n'importe quel parent.
Peut-être Je te plumerai la tête de Claire Mazard qui sortira chez Syros en février 2020 (service de presse). L'écriture est des plus fluide et la thématique psychologique inédite et intéressante. Bientôt mon avis plus détaillé sur le blog. À ce propos, quand souhaitez-vous que je le publie ? Le plus tôt sera le mieux ou mieux vaut attendre sa sortie ?
Voici un inédit de la célèbre collection Que sais-je ? dans lequel on se plaît à picorer de quoi enrichir ou remobiliser sa culture littéraire. Sont égrainés des mots classiques tels que "emphase", "allitération", "discours" mais aussi des termes plus contemporains comme "punchline", "spin doctor", "pitch", "battle", "storytelling", etc. L'ouvrage est divisé en quatre parties. Il aborde tout d’abord les principes de l'éloquence, hérités du monde antique. On s'attarde ensuite sur les genres ou formes d'éloquence. Certaines d'entre elles ont disparu (comme le panégyrique), d'autres ont perduré (l'oraison funèbre) et d'autres ont surgi (le pitch). L'auteur dresse ensuite une liste non exhaustive de procédés oratoires (de l'allitération au syllogisme). Enfin, il en vient à évoquer certains "caractères" ou personnages qui ont incarné / incarnent l'éloquence (tels que Socrate ou Maître Dupont-Moretti). Un peu moins intéressée par cette dernière partie, j'ai par contre été heureuse de raviver, préciser et enrichir ma culture littéraire, sans lourdeur, grâce aux brefs articles proposés pour chacune des entrées. On y croise aussi bien le corbeau, le renard, l'agneau, le mouton, Ruy Blas, Montaigne, Malraux, que plusieurs présidents de la Ve République... Le propos est à la fois classique et dans l'air du temps. J'en rapporte ici quelques passages dont j'aimerais garder trace.
[...] un grand orateur est un homme qui sait aussi se "mettre en scène". [...] Il est intéressant de souligner que Polymnie, la muse de la réthorique, est aussi la muse de l'art du mime !
La grandiloquence est moins une grande éloquence qu'un excès d'éloquence.
D'une certaine façon, dès qu'il y a "information", il y a aussi "déformation" et recherche d'un "effet" à produire. Nous sommes bien reconduits à la rhétorique.
[Le silence intègre] les stratégies rhétoriques les plus subtiles.
Le bavardage est constitué de paroles creuses, infondées et indiscrètes. Les connotations du mot sont franchement péjoratives. Ce que souligne par ailleurs l'origine même de ce vocable : "baver", au sens propre de sécréter de la bave, mais aussi au sens figuré de "médire", "dire du mal".
[La causerie] se veut sans prétention, exempte de tout protocole. Volontiers située "au coin du feu", elle révèle une intimité qu'ignore la "conversation". Le naturel de la causerie s'oppose alors à l'art de la conversation. Mais l'une comme l'autre sont des exercices de sociabilité où les français, autrefois, passaient pour exceller.
Le mot "discussion" nous vient du latin discussio, la "secousse", "l'ébranlement". Par conséquent, discutere c'est faire voler en éclats. La discussion est donc sinon violente par nature, du moins toujours "vive". La "dispute", en revanche, et contrairement à notre usage du mot, sera plus contrôlée, davantage "pensée" (puto, en latin : "je pense"). En poursuivant la déclinaison, on rencontre la "controverse", qui n'est pas autre chose qu'une discussion argumentée. Au sens large, on pourra même parler de "débat contradictoire". Enfin, la "polémique", mot construit à partir du terme grec qui signifie la "guerre" (polemos) il renvoie évidement à des échanges vifs, agressifs ; les arguments ne divergent pas, ils se combattent
Un pitch c'est [...] un "lancement". Pour "lancer" une oeuvre, la diffusion d'un film ou d'une émission de télévision, deux possibilités s'offrent au "lanceur" [...] soit une accroche un peu intrigante, soit un très bref résumé du synopsis, destiné à la fois à informer sur le contenu du film et à donner envie d'aller le voir. Dans tous les cas, le contexte reste celui de l'urgence. Il faut en un temps compressé susciter l'impression la plus forte et la plus favorable possible. Nous sommes bien au-delà de l'art de la concision !
Aujourd'hui, dans le cadre des levers de fonds des start-ups, on parle d'elevator pitch pour évoquer une présentation dans l’ascenseur, 45 secondes, montre en mains entre deux étages. Ce type de formulation est très rigoureusement théorisé : une accroche (la pépite), une promesse (quels résultats ?), une solution (l'offre) et un appel à l'action, à l'engagement. "Pitcher" un projet, c'est le présenter pour lever des fonds.
Goulou : lumière sur la mer de Louis Pors : un album à faible tirage proposant l'histoire d'un phare partiellement métamorphe, représenté à l'aquarelle, dont l'aspect un brin rétro n'aura pas su me séduire.
L'explorateur de dodo chez L'avion de papier : une idée sympathique mais une écriture qui se perd complètement, des illustrations trop fournies et une intrigue beaucoup trop longue pour le public visé... l'intention est louable mais l'amateurisme trop criant.
Un autre regard (T.3) : La charge émotionnelle et autres trucs invisibles d'Emma : une BD au thème principal moins "inédit" que les précédents mais qui a le mérite d'affiner le concept de charge mentale en y plaçant en parallèle celui de charge émotionnelle. Pour en savoir plus je vous propose la lecture de cet article sur le sujet sur mademoizelle.com publié en octobre 2018. Le reste de la BD m'a moins intéressé. Brèves critiques du tome 1 et du tome 2 à retrouver sur le blog.
Mentawaï ! de Tahnee Juguin et Jean-Denis Pendanx : une BD anthropologique qui ne m'aura pas vraiment séduite de part son parti pris. Sous couvert de donner la parole au peuple des Mentawaï, j'ai trouvé que la chercheuse se mettait en avant par de la fausse modestie. En outre, je n'ai pas été embarquée par le dessin, ni complètement réaliste, ni emprunt d'un prisme graphique particulièrement enrichissant.
La fois où Mémé a vaincu un taureau / a tapé un clown de Vincent Cuvellier : de petits livres très drôles dont l'auteur lui-même m'a fait la lecture (à moi et à d'autres professionnels du livre présents ce jour-là à l'événement Nathan). Une héroïne bien campée, Mémé (quand elle était petite), racontée par sa petite-fille. Un mélange des générations. Une prose qui ne demande qu'à être jouée haut et fort. Des illustrations vives et expressives. Des récits un peu déjantés, tendres et d'une drôlerie populaire.