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Publié le 16 Décembre 2021

 

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Les tops de 2021

Mes coups de cœurs littéraires de l'année

 

  1. Mon mari de Maud Ventura ♡
  2. D'or et d'oreillers de Flore Vesco ♡
  3. Florida d'Olivier Bourdeaut ♡

 

Mon mari c'est moins une histoire d'amour qu'une histoire de folie d'une râpeuse drôlerie. Celle d'une femme qui aime son mari comme au premier jour depuis 15 ans. D'or et d'oreillers c'est un bijou de drôlerie, de sensualité, de finesse et de modernité au service de la réécriture et du tissage de multiples contes de fées. Florida ce sont les féroces confidences d'Elizabeth, des concours de mini-miss imposés par sa mère aux destructeurs concours de bodybuildeuses. Dans tous les cas, des destins de femmes stupéfiants, des romans à découvrir et des auteurs à suivre. Ceux que je place sur les deux premières marches de mon podium sont notamment cités par Lire magazine littéraire dans sa liste des 100 livres de l'année 2021. Je conseille également, même sans les hisser sur le podium : Bleu de rose de Marie Chartres pour son écriture poétique, Fin de saison de Thomas Vinau pour son humour, La famille Martin de David Foenkinos pour son originalité narrative, Le dernier enfant de Philippe Besson pour sa douce justesse, Les enfants sont rois de Delphine De Vigan pour son sujet dans l'air du temps, Le sanctuaire de Laurine Roux pour sa narration maîtrisée, Point cardinal de Léonor de Récondo pour son sujet singulier... À signaler également : de chouettes BD comme Peau d'Homme, Préférence système ou Le Chœur des femmes. En ce qui concerne les albums jeunesse, on a tout dernièrement particulièrement aimé à la maison : J'adore Noël ! d'Ellie Hattie et Tim Warnes, Les vacances de monsieur Monsieur de Georgette ou encore le désormais classique Cornebidouille de Pierre Bertrand et Magali Bonniol.

 

 

Et pour retrouver mes tops de 2020 c'est par ici !

 

Publié le 14 Décembre 2021

La vérité sur la lumière

Voici une lecture qui m'ouvre à un horizon littéraire islandais jusqu'ici inconnu. Alors que les jours raccourcissent, je vous invite à vous laisser envelopper dans ce récit quelque peu fantasque et surprenant, à la narration volontairement décousue. On y parle de naissance, de transmission, de temps, du pourquoi de la vie sur terre, de l'inaptitude relative de l'être humain, et de lumière.

 

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Élu plus beau mot de la langue islandaise en 2013, le terme de sage-femme signifie littéralement "mère de la lumière". C'est avec cette poétique information que débute le récit. Issue d’une lignée de sages-femmes, Dyja est à son tour "accoucheuse". Ses parents dirigent des pompes funèbres, sa sœur est météorologue : naître, mourir, et au milieu quelques tempêtes. À l'approche du réveillon de Noël, un ouragan d'une rare intensité est annoncé en Islande. Entre la visite imprévue d'un patient désemparé, les appels téléphoniques quelque peu insistants de sa sœur météorologue et la rencontre d'un nouveau voisin Australien, Dyja, solitaire, profite de son temps libre pour lire et trier les écrits de sa défunte grand-tante Fifa. Cette dernière a en effet laissé dans l'appartement dont Dyja a hérité divers notes et manuscrits compilant des retranscriptions de témoignages de sages-femmes, ses réflexions sur la nature humaine, les espèces animales... et la lumière. Je m'attendais à plus d'éléments sur le quotidien des sages-femmes et à plus de réflexions sur ce qui se joue en donnant la vie. J'ai regretté parfois une certaine froideur déroutante de la part des personnages. Et pourtant, sans être totalement conquise par l'aspect désordonné et parfois sibyllin des divagations pseudo-visionnaires de Fifa, j'ai tout de même été sensible à sa poésie fantasque et j'ai finalement pris mes marques dans son appartement aux meubles vintages et aux ampoules clignotantes.

 

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Audur Ava Olafsdottir fait preuve dans ce récit d'humour (elle anticipe notamment les critiques au sujet de son style littéraire, cf. citation ci-dessous), d'originalité, de créativité et de sensibilité et, malgré des réserves, nous offre une lecture plaisante, nous faisant rêver de grands espaces gelés et d'aurores boréales.

 

Ce qui dans ces textes me pose le plus de problème, c'est leur style ou, plus exactement, l'absence de style. Non seulement il varie énormément d'un manuscrit à l'autre, mais aussi d'un chapitre à l'autre et parfois au sein d'un seul et même paragraphe, tant et si bien qu'on a l'impression qu'ils ont été écrits à plusieurs mains. [...] Ma grand-mère dédaigne les questions de cohésion logique ou de tension narrative, elle se fiche royalement des enchaînements et des transitions. Le caractère parfois décousu n' pas non plus facilité ma progression, on a l'impression qu'il manque des ponts, des liens, entre les paragraphes. Des textes hétéroclites et truffés d'incohérences, voilà les premiers mots qui me sont venus à l'esprit en les parcourant.

Ce que vous avez dit de vos aïeules, ces sages-femmes qui parcouraient le pays toutes seules au plus fort de l'hiver et par tous les temps, ces femmes qui se perdaient désorientées, et s'évanouissaient entre le ciel et la terre, puis retrouvaient parfois leur route, mais seulement parfois, tout ça m'a passionné. Et j'avoue que j'ai été très ému quand vous avez dit que le meilleur moment de l'année pour comprendre l'essence de la lumière, c'est justement celui où elle est la plus rare. Par contre, je ne suis pas certain que tout le monde ait bien compris votre comparaison sur l'être humain qui croît dans les ténèbres telle la pomme de terre. J'ai remarqué que plusieurs passagers somnolaient sur le chemin du retour, moi, j'étais parfaitement réveillé puisque je suis le chauffeur [...]

Il s'étonnait qu'on ne puisse pas lire pendant la journée sans allumer la lumière. Puis il m'a demandé si les gens passaient leur été à lire dans leur jardin et j'ai pensé : ce pays n'est pas de ceux où une douce brise vient caresser les pages d'un livre et o^un nuage qui passe dans le ciel danse sur un poème.

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 12 Décembre 2021

Mes 5 indispensables pour la bibliothèque du lycéen [de 15 à 18 ans]

Que lire juste avant ou pendant sa scolarité au lycée ? Il n'y a pas de règle absolue et tout dépend du profil de chaque jeune, mais on peut dégager quelques lignes directrices et références assez incontournables.

 

 

LES ŒUVRES AU PROGRAMME

 

  • En classe de 2nde, l'élève étudie quatre œuvres intégrales et la lecture cursive d'au moins trois autres œuvres est encouragée. La lecture cursive est une forme de lecture libre et autonome hors temps scolaire mais liée au travail réalisé en classe. Elle permet de se constituer une culture littéraire riche. Elle est proche de la lecture découverte fondée sur le plaisir de lire. Les objets d'étude de la classe de 2nde sont : "La poésie du Moyen Âge au XVIIIe siècle", "La littérature d'idées et la presse du XIXe au XXIe siècle", "Le roman et le récit du XVIIIe au XXIe siècle", "Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle".

 

  • En classe de 1ère, avec pour objectif l'épreuve anticipée du baccalauréat, pour chacun des quatre objets d'étude (les mêmes qu'en 2nde mais sur des périodes historiques différentes), le programme national, en partie renouvelé tous les ans, définit trois œuvres, parmi lesquelles le professeur en choisit une et l'associe à un parcours thématique. La liste actualisée est à consulter sur le site du ministère de l’Éducation nationale. On peut citer par exemple pour cette année scolaire : Gargantua de François Rabelais, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce, etc. Les quatre œuvres étudiées sont associées à des parcours comprenant éventuellement des prolongements artistiques et culturels et l'étude de textes extraits d’œuvres complémentaires au choix du professeur.

 

Astuce : pour se familiariser avec les différentes œuvres étudiées ou enrichir ses références culturelles, on peut penser à voir des adaptations en BD et films.

 

 

DES CLASSIQUES INCONTOURNABLES

 

Au-delà de ce qui sera lu dans le cadre scolaire, on peut tabler sur quelques classiques attractifs (relevant des littératures de l'imaginaire notamment) pour se forger une base de culture littéraire classique. Voici quelques exemples en vrac :

  • 1984 de Georges Orwell
  • La ferme des animaux de George Orwell
  • Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley
  • Fahrenheit 451 de Ray Bradbury
  • Ravage de René Barjavel
  • La vie devant soi de Romain Gary
  • L'écume des jours de Boris Vian
  • Si c'est un homme de Primo Levi
  • Être sans destin d'Imre Kertez
  • Histoires extraordinaires d'Edgar Allan Poe
  • Les Métamorphoses d'Ovide
  • Et la liste pourrait être bien plus longue en y ajoutant notamment Émile Zola, Albert Camus, Raymond Queneau, Molière, Pierre de Marivaux, Alexandre Dumas, etc.

 

 

DES CONTEMPORAINS

 

Parce que c'est aussi important de se confronter à des écritures et des problématiques du XXIe siècle, voici une liste subjective et très loin d'être exhaustive :

  • À la ligne : feuillets d'usine de Joseph Ponthus
  • Petit pays de Gaël Faye
  • D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan
  • En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut
  • Stupeur et tremblements d'Amélie Nothomb (ou tout autre de ses romans)
  • Quand sort la recluse de Fred Vargas (ou tout autre de ses romans)
  • Et bien d'autres...

 

Et bien sûr on peut aussi :

  • Piocher dans les prix littéraires, en premier lieu le Prix Goncourt des lycéens (voir par exemple mes critiques de ceux de 2019 et 2020 : Les choses humaines et Les impatientes),
  • Initier la découverte de nouvelles formes littéraires comme l'instapoésie,
  • Surfer sur les succès des films et séries du moment en lisant les œuvres originales telles que Arsène Lupin : Gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc, Le jeu de la dame de Walter Tevis ou encore La servante écarlate de Margaret Atwood...

 

 

DES BD ET MANGAS

 

Sans restriction, pour se faire plaisir avant tout, avec certaines références adaptées et qu'il est bienvenu de connaître au lycée, de Maus d'Art Spiegelman à Dans la combi de Thomas Pesquet de Marion Montaigne en passant par Quartier lointain de Jiro Taniguchi ou L'arabe du futur de Riad Sattouf.

 

 

DES ARTICLES DE PRESSE

 

Pour se former en tant que futur citoyen et éclairer sa conscience politique. De la presse quotidienne régionale au supplément du Monde en passant par Causette ou la revue dessinée Topo. Sur papier ou en ligne.

 

 

Publié le 7 Décembre 2021

 

🌈

 

 

ESSAI

 

Entre le masculin et le féminin, ces deux piliers jusqu'ici considérés comme inébranlables, l'idée même de la dualité et de l'opposition semble s'effacer. Homme ou femme, hétéro ou homo, cisgenre ou transgenre, la construction de l'identité devient une invention de soi, une création personnelle qui se joue des normes et des prescriptions. Le psychiatre analyse en profondeur cet ébranlement anthropologique et montre que la dichotomie masculin/féminin ne suffit plus à organiser nos pensées, nos trajectoires, nos identités.

 

 

ROMANS

 

Les confidences bouleversantes d'une mère revenant sur l'enfance et l'adolescence de sa fille Eva pendant le temps suspendu de l'opération qui lui permettra au réveil d'incarner pleinement Alessandro.

 

Charlie, à travers son prisme d'adolescent, nous parle de lui et de ses parents. Son père entre au bloc opératoire pour renaître. À sa sortie, elle s'appellera Alice. Charlie se remémore et cherche à comprendre les deux dernières années d'une vie de famille bouleversée.

 

  • Maria d'Angélique Villeneuve (2018)

Le parcours émotionnel de Maria, grand-mère confrontée, à la naissance du deuxième de ses petits-enfants, à une perte de repères vertigineuse. En effet, les parents se refusent à révéler le sexe de leur enfant. Que faut-il savoir de l'autre pour l'aimer ? Qu'est-ce que cela change dans nos comportements de ne pas "genrer" la personne avec laquelle nous interagissons ?

 

Le parcours de Laurent/Lauren, confronté au bouleversement familial et social de la révélation de sa transidentité. Le soi est-il par nature kaléidoscopique ? Que faut-il savoir de l'autre pour l'aimer, le désirer ?

 

 

ROMANS JEUNESSE

 

  • It de Catherine Grive (2019)

Quand une jeune fille de quatorze ans trouve le courage et les mots pour dire à sa famille qu'elle se sent mal dans son genre.

 

  • Trans Barcelona Express d'Hélène Couturier (2018)

Une adolescente part en vacances à Barcelone avec sa mère et sa petite soeur de 10 ans. Elle y retrouve son amoureux, Jésus, mais leur relation se complique tandis qu'entre sa mère et son ex, tout va pour le mieux. Par ailleurs, la jeune fille est entraînée dans des aventures inattendues après avoir emporté par erreur le sac d'un inconnu contenant un étrange carnet de dessins.

 

  • Celle dont j'ai toujours rêvé de Meredith Russo (2017)

Amanda arrive dans un nouveau lycée. Comme beaucoup, elle souhaite avant tout s’intégrer. Mais malgré sa popularité, un secret l’empêche de s’ouvrir aux autres. Sa rencontre avec Grant remet tout en question. Il est le premier garçon qui parvient à lui faire baisser sa garde. Amanda comprend que pour être heureuse, elle doit se révéler, au risque de tout perdre. Car le secret d’Amanda c’est qu’avant, elle s’appelait Andrew.

 

  • Cette fille c'était mon frère de Julie Anne Peters (2016)

Regan voudrait juste être une ado comme les autres. Mais comment trouver sa place dans l'ombre d'un frère génial et populaire ? Un frère dont elle est la seule à partager le secret.

 

Sam, 13 ans, vient de perdre sa mère et est envoyé en Angleterre chez son oncle et sa tante. Il a du mal à s'intégrer, et son cousin Matthew, lassé de ses frasques, lui propose un défi : se faire passer pour une fille pendant toute la première semaine d'école afin d'espionner leurs ennemies, le clan des trois garces. L'opération Samantha est lancée, et va rapidement se retourner contre eux.

 

 

BD

 

Jean, major de promo et interne à l'hôpital, doit faire un stage en soins gynécologiques aux côtés du docteur Karma. Mais elle/il veut faire de la chirurgie, et non écouter des femmes parler d'elles-mêmes et de leur corps. Elle/il se désespère de passer son temps auprès de ce médecin qui privilégie l'écoute à la technique. Contraception, maternité, violences conjugales, avortements... de consultations en témoignages, Jean pourrait pourtant bien changer sa vision de la médecine par la prise de conscience de ce que sont les violences gynécologiques ordinaires.

 

Dans l'Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un jeune et riche marchand. Bianca ne peut cacher sa contrariété de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une "peau d’homme". En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un beau jeune homme. Elle peut désormais côtoyer incognito les hommes et apprendre à connaître son fiancé "au naturel". Mais dans sa peau d’homme, Bianca s'affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l'amour et la sexualité.

 

Le parcours de Lila qui, à l'approche de la puberté, se pose des dizaines de questions sur son corps et son identité. Pourquoi n'a-t-elle pas tout à fait les mêmes goûts que ses copines ? Qui est-elle vraiment ? Est-elle homosexuelle ? Fait-elle sa crise d'adolescence ? Petit à petit, elle va comprendre qu'elle se sent garçon et décidera de se faire appeler Nathan.

 


ALBUMS JEUNESSE

 

Julian se déguise et se rêve sirène. Mais comment sa grand-mère va-t-elle réagir ? Un recours à l'imaginaire pour évoquer un questionnement du genre, de ses représentations comme de sa binarité.

 

Camille est "une petite fille née avec un corps de garçon". Elle fait sa rentrée des classes dans une nouvelle école. Comment affronter sa rentrée quand l'on est enfermée dans un corps et une identité qui ne vous correspondent pas ?

 

  • Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel et Anne Bozellec (2014) (album jeunesse réédité 40 ans après sa première parution)

Les parents de Julie lui reprochent tant d’être un garçon manqué qu’un matin son ombre est devenue celle d’un petit mâle qui caricature le moindre de ses gestes. D’abord amusée par ce double, Julie finit par douter de sa propre identité. Mais allez donc vous défaire d’une ombre qui n’est même pas la vôtre !

 

 

ET DANS LES SALLES OBSCURES...

 

  • Miss de Ruben Alves (2021)
  • Petite fille de Sébastien Lifshitz (2020)
  • A perfect family de Malou Leth Reymann (2019)
  • Girl de Lukas Dhont (2018)
  • Laurence Anyways de Xavier Dolan (2012)
  • Tomboy de Céline Sciamma (2011)

 

 

 

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Publié le 30 Novembre 2021

Point cardinal

Voici une nouvelle lecture sur la thématique de la transidentité qui m'a été suggérée juste avant ma rencontre avec l'écrivain Julien Dufresne-Lamy. Le roman de Léonor de Récondo date de 2017. Il nous conte les bouleversements engendrés par le coming out de Laurent dans sa vie et celle de sa famille.

 

Laurent et Solange forment un couple ordinaire et solidement tranquille. Ils ont deux grands enfants - Thomas, 16 ans et Claire, 13 ans - un pavillon dans une petite ville de province et une confiance mutuelle. Pourtant, Laurent a un secret et une mallette contenant perruque et maquillage cachée au fond de son coffre de voiture. Il est las. Il se trouve "𝑏𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑒𝑡 𝑡𝑟𝑖𝑠𝑡𝑒 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑓𝑜𝑖𝑠". Il y a quelques temps, des douleurs se sont éveillées dans le corps de Laurent. Une furieuse envie de maigrir, aussi. Il s'est jeté à fond de train dans le cyclisme afin de tenter de reprendre son corps en main et de faire taire sa souffrance. Jusqu'à ce que cela ne suffise plus à réfréner son besoin incontrôlable : porter de la lingerie et se sentir en adéquation avec lui-même. Il entre en contact avec une certaine Cynthia, bientôt complice et confidente. Il se met à se travestir. S'enthousiasme de paraître femme chaque fois qu'il peut le faire, entre les murs du Zanzibar, puis déchante douloureusement lorsque le moment vient, sur un parking, à l'abri des regards, de se démaquiller, d'enlever sa perruque, sa robe de soie, ses bas. Méticuleusement, il lui faut gommer Mathilda et redevenir, au moins en apparence, Laurent, époux et père de famille attendu pour le dîner. Sa vie bascule réellement suite à un weekend en solitaire où, pour la première fois, il se travestit chez eux. Car, à son retour, Solange trouve un cheveux blond dans leur chambre...

 

Avec des mots simples et sensibles, Léonor de Récondo décrit un éventail de réactions tout aussi légitimes les unes que les autres : la surprise, le désarroi, l'incrédulité, la colère, la compassion... Laurent, soudain pleinement déterminé, se confronte au bouleversement familial et social de sa révélation. De sa femme à ses collègues de travail en passant par ses enfants ou ses voisins, son entourage doit s'adapter. Pour coïncider avec son essence féminine, Laurent se métamorphose. Il ose. Dire, paraître, revendiquer. Il se fait prescrire un traitement hormonal. Envisage des opérations chirurgicales. Petit à petit, Lauren sort de l'ombre, chasse Mathilda qui manquait de courage, et se révèle en pleine lumière. Elle s'épanouit en devenant éperdument elle-même. À ses côtés, ses proches doivent arpenter un chemin escarpé. Profondément bousculés. Principalement Solange, en tant que femme et amoureuse, qui, passées une certaine sidération et une certaine colère, oriente son mari chez un psychologue, avant d'ouvrir un nouveau chapitre de leur relation. Mais aussi son fils Thomas, "𝑙𝑒 𝑗𝑒𝑢𝑛𝑒 ℎ𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑞𝑢'𝑖𝑙 𝑛'𝑎 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑒́𝑡𝑒́, 𝑠𝑢̂𝑟 𝑑𝑒 𝑙𝑢𝑖 [𝑒𝑡] 𝑑𝑒 𝑠𝑜𝑛 𝑐𝑜𝑟𝑝𝑠" qui se réfugie dans une profonde animosité envers son père. Et Claire "𝑗𝑒𝑢𝑛𝑒 𝑓𝑖𝑙𝑙𝑒 [...] 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑓𝑒́𝑚𝑖𝑛𝑖𝑡𝑒́ 𝑒𝑛 𝑒́𝑚𝑜𝑖 [𝑞𝑢𝑖] 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑑𝑜𝑢𝑐𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒 𝑚𝑜𝑛𝑑𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑎𝑑𝑢𝑙𝑡𝑒𝑠, 𝑠'𝑎𝑏𝑟𝑒𝑢𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑑𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑜𝑙𝑒𝑠, 𝑑𝑒 𝑐𝑜𝑖𝑓𝑓𝑢𝑟𝑒𝑠, 𝑑𝑒 𝑓𝑜𝑢𝑠 𝑟𝑖𝑟𝑒𝑠, 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑎𝑛𝑡 𝑑𝑒𝑠 ℎ𝑒𝑢𝑟𝑒𝑠 𝑎𝑢 𝑡𝑒́𝑙𝑒́𝑝ℎ𝑜𝑛𝑒 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑠𝑒𝑠 𝑎𝑚𝑖𝑒𝑠 𝑎̀ 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒𝑛𝑡𝑒𝑟 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑠'𝑒́𝑣𝑒𝑖𝑙𝑙𝑒 𝑒𝑛 𝑒𝑙𝑙𝑒" et qui fera preuve d'empathie.

 

Malgré un bémol sur la mise en scène fétichiste de l'attirance de Laurent/Lauren pour la lingerie, j'ai apprécié que soit abordé dans le récit de Léonor de Récondo des réactions et des conséquences contrastées, telles que celle de ses collègues ou celles de ses enfants. Le roman semble assez complet de par les multiples relations impactées par l'annonce de Laurent qui sont abordées : principalement son identité d'époux et de père. Le ton est tour à tour douloureux, révolté ou enjoué. On note des touches d'humour bienvenues et bien vues comme au moment de la réunion entre le dirigeant de l'entreprise qui emploie Laurent, la chargée des ressources humaines et le représentant du personnel ou encore quand Solange évoque le sexe de Laurent. Plusieurs scènes me sont apparues très cinématographiques. La qualité de l'écriture, fluide mais parfois déstabilisante dans ses changements de pronoms personnels, est à souligner. Elle reflète très bien, avec des passages inattendus du "il" ou "elle" au "je", les questionnements identitaires embrouillés de chacun et la nature kaléidoscopique du soi. Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un roman sur l'exploration de l'intimité et effleure la question de la constitution du désir et du sentiment amoureux. Un roman intéressant et pleinement délicat qui vient (ou pas) clore mes lectures sur ce sujet.

 

La voiture est jonchée de vêtements, de lingettes usagées. Un chaos à l'image de son désordre intérieur. Révolté d'avoir arraché ses habits de lumière, Laurent retourne à l'ombre, jure, s'habille, se crispe, range tout ce qui doit l'être dans la mallette qui trouvera refuge dans le coffre, sous la moquette. Lui restera le mensonge.

J'ai longtemps cru qu'être père me suffirait pour rester homme.
C'est avec ce genre de certitudes que j'ai écrasé la femme dedans.

Tout nous pousse à nous déterminer. À le faire haut et fort. Décliner son identité. Je suis indéterminée, mon corps est un compromis. Je ne suis plus celui de ma carte d'identité, et Lauren n'existe pas officiellement. Si je ne me définis pas, suis-je vraiment ?

La vague de plaisir qui le submerge secoue tout son corps. Une extase qui le transporte, cœur battant, au centre de sa chair, en son point cardinal, là où Mathilda pousse un cri.

"Tu n'es pas seule Laurent". En lisant la terminaison de "seule", Laurent avait pleuré. Cynthia l'avait mis en mots.

Ils ne se retrouvent que le soir, tous les quatre autour de la table du dîner. Ils discutent de la guerre en Afghanistan. Thomas a exceptionnellement accepté de découvrir ses oreilles. Son regard passe des uns aux autres avec flegme. Il mange sans rien commenter. Mais quand son père fait une remarque véhémente à propos de la politique étrangère, il ne peut s'empêcher de lui dire :
- Mais qu'est-ce qu'on s'en fout de tes opinions ?
Et ajoute en le fixant :
- Connard
Tous se figent sauf Laurent, qui soutient le regard de son fils et lui répond posément :
- Connasse, s'il te plaît, connasse.

Si je ne me suis jamais senti homme, je me suis toujours senti père.

Comme tu as changé, murmure-t-elle dans la bouche de Lauren.
Et ces mots résonnent sur les palais de l’une et de l’autre.
Tu disparais de mon paysage intérieur. Je te touche, et pourtant je t’ai perdue.
Délicatement, Lauren pose la main de Solange sur son sexe. La bitedelaurent est toujours accrochée au corps de Lauren.

Que leur reste-t-il ? Une mémoire commune et un présent écartelé.

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 8 Novembre 2021

La définition du bonheur

Voici un roman de la rentrée littéraire qui, dans la même veine que Fille de Camille Laurens l'année dernière, me laisse pourtant plus mitigée. S'étirant sur plusieurs décennies, des années 80 à nos jours, le récit entrecroise les destins de deux femmes, vivant chacune d'un côté de l'Atlantique et dont nous apprenons le lien à la fin du roman. 𝓒𝓵𝓪𝓻𝓲𝓼𝓼𝓮, amoureuse passionnée et fervente voyageuse sur le continent asiatique, porte en elle depuis l’adolescence un traumatisme. 𝓔̀𝓿𝓮, dans une relation maritale profonde et stable, profite d'une vie aisée et en apparence épanouissante à New-York. À travers l’entrelacement tardif de leurs destinées, ce roman dresse le tableau d’une époque et interroge 𝓵𝓮 𝓻𝓪𝓹𝓹𝓸𝓻𝓽 𝓭𝓮𝓼 𝓯𝓮𝓶𝓶𝓮𝓼 𝓪𝓾 𝓬𝓸𝓻𝓹𝓼 𝓮𝓽 𝓪𝓾 𝓭𝓮́𝓼𝓲𝓻, 𝓪̀ 𝓵’𝓪𝓶𝓸𝓾𝓻, 𝓪̀ 𝓵𝓪 𝓶𝓪𝓽𝓮𝓻𝓷𝓲𝓽𝓮́, 𝓪𝓾 𝓿𝓲𝓮𝓲𝓵𝓵𝓲𝓼𝓼𝓮𝓶𝓮𝓷𝓽 𝓮𝓽 𝓪𝓾 𝓫𝓸𝓷𝓱𝓮𝓾𝓻, qu'elle que soit leur classe sociale. Les souffrances féminines sont évoquées depuis le viol jusqu'à la tromperie en passant par l'avortement, la fausse couche, les violences masculines et les féminicides… Une chose à savoir : dans le premier chapitre, le récit du viol en réunion de Clarisse est particulièrement difficilement soutenable. Catherine Cusset, dont je découvre la plume, veut rendre compte des malheurs et des difficultés qui peuvent s'abattre sur les femmes. Mais, à vouloir tout raconter, je trouve que son condensé ne rend pas service au roman : plat et cliché. La condition féminine se résumerait à vivre dans la crainte de l'agression, au risque de tomber sous le charme d'un mec irrespectueux, à découvrir l'adultère, à avoir un cancer du sein. Et les hommes, sont-ils vraiment tous violents, lâches, infidèles ou arrogants ? A-t-on besoin de l'étalage de toute cette médiocrité pour intéresser son lecteur ? Elle écrit d'ailleurs à la page 294 : "C'est l'écriture, pas l'histoire, qui fait la littérature, non ?". À mon sens, pour faire de la littérature, il faut justement savoir combiner les deux ! Et même au niveau de l'écriture, ce n'est pas transcendant (voir les exemples ci-dessous). Le début du roman s’annonçait prometteur et certains passages sont intéressants (l’adolescence de Clarisse, la période de l'adultère à New-York...) mais d'autres assez anecdotiques (l'accouchement, les vacances méditerranéennes...). Bref : à lire si vraiment la thématique féministe du point de vue des quinquas d'aujourd'hui vous intéresse mais pas forcément à mettre sous le sapin.

 

Avoir seize ans, foncer dans la nuit calme sur une route déserte et sentir la brise tiède caresser vos épaules tout en enlaçant la taille d'un garçon qui vous a embrassé hier pour la première fois, la joue appuyée contre son dos : ce devait être la définition du bonheur.

p. 31

Qu'est-ce qu'il te ressemble ! Il a tes yeux, ton nez, ta bouche, tes cheveux.
- Je sais, le pauvre.
- Pas du tout ! Il est très beau. Mais on voit que c'est un autre moule. Martin et Lucas sont identiques, avec juste des couleurs différentes, le brun aux yeux bleus et le blond aux yeux marron. Il était plaisant de parler avec lui. Il s'intéressait à ses fils avec un œil de peintre.

Exemple de gageure littéraire... p. 203

Elle n'avait pas besoin d'aller en ligne pour rencontrer des hommes.

Idem... p.234

Rédigé par Nota Bene

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