Zou !

Publié le 26 Novembre 2014

Un premier roman reçu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2014 de Price Minister :

 

Zou

 

 

La quatrième de couverture :

 

"Ils emballent, rassemblent, trient, mais ne jettent rien. Chaque objet, même cassé, chaque lettre, chaque papier nous permet de garder un bout de notre passé, une preuve de son existence t de son importance dans nos vies."

 

Ce n'est pas seulement la maison de vacances appartenant à sa famille depuis plusieurs générations que Chance doit quitter, mais aussi tous les fantômes qui l'habitent, ceux de son imagination, ceux de son passé, ceux des histoires que lui racontait son père. Avec la perte de cette immense demeure, nichée dans un grand jardin séparé de la mer par un petit muret en pierre, lieu d'introspection privilégié de tous pour observer le bleu à l'infini, Chance perd également ses repères et se pose des questions quant à son identité. Est-elle vraiment, comme l'a toujours dit sa grand-mère, la réincarnation de son frère qu'elle n'a pas connu ? "Zou !", c'est le signal d'un nouveau départ, d'un renouveau qui s'impose comme une nécessité, un impératif de survie. "Zou !", si simple à écrire, si simple court à prononcer et pourtant si difficile à accepter. Ce roman à la délicatesse émouvante vous plongera au coeur de la Bretagne, dans les petits travers et les grandes émotions qui marquent chaque famille. Un récit polyphonique où la voix de Chance fait écho à celle de son ordinateur, de sa maison de famille, de son muret de pierre, et à ses fantômes tant aimés.

 

 

Mon avis :

 

C'est l'histoire des adieux d'une jeune femme à une maison de famille sculptée par les embruns de la baie de Quiberon. C'est le récit d'une quête identitaire mêlant humour et émotion. L'auteur, qui semble avoir égrénée beaucoup d'elle-même dans ce récit, cherche à disséquer les mécanismes des relations familiales. Sa confession peut résonner en chacun de nous qui éprouvons forcément à un moment ou un autre la difficultée d'être soi parmi les autres. La vente de la maison de son enfance va en effet pousser la narratrice, prénommée Chance, à revenir sur les traces de son passé et à explorer le pesant héritage familial. Elle arrivera tant bien que mal à s'en détacher grâce au processus d'écriture. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à s'exprimer dans le livre : les choses et les lieux prennent eux aussi tour à tour la parole. J'ai ainsi été séduite par l'originalité des points de vue narratifs proposés : l'ordinateur et sa page blanche nous font sourire, le muret de pierre de la maison d'enfance nous émeut... On observe Chance s'émanciper tout doucement des entraves de son passé et tenter de prendre un nouveau départ dans la vie au travers de ce premier roman joliment attachant.

 

 

Des extraits :

 

  • "Mais personne n'a aucun problème. Ca n'existe pas. Certains ont de la pudeur, ont le chic de ne pas les montrer. Certains n'y font pas face et les ignorent, mais parce que les douleurs sont si écrasantes, qu'on ne peut les maîtriser. Finalement, chacun fait comme il peut."

  • "Notre maison bretonne. C'est chez moi. C'est beau, parfois effrayant. C'est gigantesque, mais suffisamment petit pour entendre l'écho des blessures familiales, celles que l'on ne règle qu'en famille. Qui touchent le coeur des choses, les culpabilités, les remords, la responsabilité de chacun devant les morts. Pourtant, c'est le seul endroit où l'air que je respire à du goût, où j'entends les bruissements de mon âme, et pas que de mes fantômes, où je vois les vraies couleurs, où tout se passe. C'est trop grand, trop beau, trop tout, et nous sommes à la fois trop nombreux, et nous avons trop peu pour pouvoir la garder. Alors, nous vendons, comme on vend un de ses organes, une sensation pas très agréable."

 

  • "Je prends la voiture, deux heures trente de route et je serai chez maman. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? comment lui expliquer le deuil que je dois faire ? Peut-elle comprendre ? Voudra-t-elle comprendre aussi ? Peut-être ne verra-t-elle pas tout ce que je vois. J'espère qu'elle ne s'en vexera pas. Je pris pour cela, mais je dois le faire. Si elle se vexe, elle oubliera. [...] Je lui dirai ça. Mais comprendra-t-elle tout ce que je ne dis pas ? Je ne peux plus ressembler, je veux être unique, à ma façon, pas forcément à celle de ma famille. [...] Et là, elle m'a dit ce que j'étais venue entendre : "Ma chérie, je ne te dirai pas que je t'aime, c'est une évidence. Je ne te dirai pas que tu me ressembles ; aujourd'hui, tu ne ressembles qu'à toi. Et tu dois encore te trouver. Va où tu dois aller, et fais le point que tu dois faire, j'ai confiance en ta réussite." [...] Je vous ai menti ! Je mens très souvent, j'adore ça. C'est chouette, le mensonge, parce que tout devient joli, et moi, j'aime le Beau. Ca, c'est l'histoire telle que je vous l'aurais racontée si j'avais voulu rester dans la légende familiale. La vérité est ailleurs. quand je suis arrivée chez maman, elle m'a regardée de pied en cap, et n'a rien dit (aïe, quand elle ne dit rien, c'est que j'ai grossi. Bon, j'assume, ce n'est pas le plus important). Elle m'a raconté sa solitude, ses douleurs, la fierté qu'elle éprouve pour ses enfants et des soucis qu'elle porte à cause d'eux. Alors, je n'ai pas osé."

 

 

 

Les notes que j'attribue au roman sont les suivantes :

La qualité de l'écriture : 3/5

Le plaisir à la lecture : 3/5

L'originalité du livre : 4/5

 

 

Herter, Anne-Véronique.

Zou !

Ed. Michalon

2014/185 p.

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Stephie 30/11/2014 20:31

Merci d'avoir lu Zou et d'avoir fait confiance à mon choix pour ces Matchs. Et puis merci pour le billet qui lui est consacré ;)

Nota bene 03/12/2014 14:24

De rien et plutôt merci à toi d'avoir partagé ce possible moment d'évasion introspective.