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Publié le 15 Septembre 2022

Les bruits du souvenir

En résumant très vite : Claire se sépare de son conjoint pervers narcissique / violent / harceleur en même temps qu'elle perd sa mère et quitte son emploi d'enseignante. Le jour où elle vide l'appartement qui appartenait à sa mère, on lui livre un appareil photo commandé avant sa mort, qui contient une pellicule contenant quelques photos. Claire découvre aussi le journal intime tenu par sa mère lorsqu'elle était jeune. Elle part avec ses deux objets sous le bras et l'aide improbable de la gardienne de son immeuble pour changer de vie et se reconstruire.

 

Cette lecture était pour moi une découverte de Sophie Astrabie, qui à suivre sur Instagram est drôle et déculpabilisante sur la thématique de la maternité, mais dont le livre a manqué d'épaisseur pour moi. Je l'ai lu facilement, presque avec avidité, m'attendant à être enthousiasmée dans les derniers chapitres. Mais non. Plutôt frustrée. Tout ça pour nous dire que ce que l'on croyait vrai ne l'est pas. Je comprends ce qu'elle a voulu faire - brouiller les pistes et nous faire nous demander qui a écrit quoi dans tout ça - mais ça tombe à plat. La faute a des éléments superflus et peu crédibles. Surtout au début. Une écriture fluide mais assez ordinaire. C'est du feel-good improbable. Si vous aimez des histoires de résilience, de personnes qui changent de vie et s'aventurent dans des petits villages gorgés de gens authentiques et gentils, alors je vous propose plutôt de lire Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa. Les bruits du souvenirs risque de peu à peu s'effacer de ma mémoire... pour autant, je salue son travail au-delà du livre : l'alimentation de son compte Insta, le choix de l'illustratrice pour la première de couverture, ses messages en réponse à nos questions quand on veut "tout savoir" !

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis

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Publié le 14 Septembre 2022

Simone Veil

Depuis 1975 en France, en grande partie grâce à Simone Veil, les femmes - nos sœurs, nos mères, nos amies, nos voisines - ont le droit d'avoir recours à l'avortement ou l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce droit fondamental permet d'avoir le choix et d'éventuellement renoncer à des grossesses non désirées. Aujourd'hui en France on estime que 33 % des femmes avortent au moins une fois dans leur vie. Mais des polémiques insensées autour de ce sujet existent toujours. En écho à l'actualité de santé publique américaine, j'ai ressenti la nécessité de me plonger en début d'été dans des lectures sur le droit à l'avortement. J'ai lu Les hommes aussi s'en souviennent, le discours de Simone Veil du 26 novembre 1974 suivi d'un entretien mené par la journaliste Annick Cojean en 2004 et d'un rapide historique de l'avortement, puis la bande dessinée Simone Veil : l'Immortelle qui entremêle de façon accessible son parcours adolescent pendant la Shoah et son combat politique au moment de défendre la loi pour l'IVG. J'ai adoré découvrir ces deux livres me donnant le sentiment d'enrichir mes connaissances et mes convictions de femme. J'ai également assisté en avant-première à la projection du film Simone, le voyage du siècle grâce auquel j'ai eu une vision incarnée de l'éventail de combats personnels et politiques menées par Simone Veil. Je pense notamment à son travail pour de meilleures conditions de détention des prisonniers et prisonnières. Le film n'est pas du tout construit de manière chronologique ; ce n'est donc peut-être pas évident à suivre pour les plus jeunes, mais c'est édifiant. Cela m'a donné envie de lire son autobiographie Une vie. Cette figure française, son parcours extraordinaire et exemplaire, mérite toute notre attention ; et ces lectures ne peuvent laisser les cœurs et les corps indifférents.

 

 

Publié le 8 Juillet 2022

Mon sac de plage 2022

Mon sac de plage ne pèsera pas forcément bien lourd cette année mais ce ne sera que pour mieux faire de la place aux éventuelles surprises littéraires mises sur ma route. Par ailleurs, j'envisage de consacrer du temps à d'autres activités, plus créatives.

 

 

Simone Veil : L'immortelle de Pascal Bresson et Hervé Duphot

 

♥ POURQUOI LA LIRE ? Parce que la thématique de cette bande dessinée est tristement d'actualité et fera suite à ma lecture de Les hommes aussi sans souviennent dont je parlerai ici bientôt.

 

 

Le droit du sol d'Étienne Davodeau

 

♥ POURQUOI LA LIRE ? Parce qu'elle paraît être un bon contre-point à la bande dessinée Le monde sans fin de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici.

 

 

Le bruit des souvenirs de Sophie Astrabi

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce que repéré depuis longtemps sur la toile, ce roman semble être une lecture d'été idéale, sur les liens familiaux. Son autrice est très drôle à suivre sur Insta. Seul problème : j'avance tout doucement sur la liste des réservations faites sur ce bouquin à la médiathèque ! Je ne désespère pas de l'avoir entre les mains d'ici quelques semaines...

 

 

 ET VOUS, QUE CONTIENT VOTRE SAC DE PLAGE CETTE ANNÉE ? 

 

 Pour celles et ceux à qui il manquerait des idées,

ne pas hésiter à en piocher

dans mes coups de cœur de l'année scolaire.

 

Publié le 7 Juillet 2022

Coups de cœur littéraires 2021-2022

Voici, avec un peu de recul sur mes lectures et comme j'ai l'habitude de la dresser chaque année, la liste de mes coups de cœur littéraires de l'année scolaire écoulée. Je me suis limitée à 10 : 5 romans, 3 BD et 2 albums jeunesse. J'espère que vous pourrez y trouver de quoi piocher quelques gourmandises à déguster les pieds dans la sable cet été. Pour enrichir votre liste, vous pouvez également consulter ma liste de l'année dernière.

 

 

Mon mari de Maud Ventura

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Une femme aime son mari passionnément, comme au premier jour, depuis des années. Au point d'en être maladivement jalouse. Elle observe, décortique, analyse, imagine, ressasse ses moindres faits et gestes. Elle fouille ses poches, lit ses tickets de caisse, épie les soubresauts de son sommeil. Elle pousse le lecteur à se questionner : est-ce une histoire d'amour ou de folie ?

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour goûter la drôlerie, l'acidité et la surprise du récit de cette primo-romancière.

 

 

S'adapter de Clara Dupont-Monod

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'arrivée au sein d'une fratrie d'un enfant différent, handicapé ou "inadapté". La façon dont chacun va le vivre au fil des années et réinventer ses rapports aux autres.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour l'originalité et la douceur du récit. Pour ce qu'il donne à voir des relations familiales.

 

 

Mille petits riens de Jodi Picoult

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Un drame - un nouveau-né qui décède devant une infirmière à la peau noire à qui les parents ont interdit de toucher leur enfant - puis le procès, décrits par trois narrateurs dont le passé éclaire le regard qu'ils portent sur l'affaire.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour avoir matière à réfléchir sur le racisme systémique et le suprémacisme blanc aux États-Unis.

 

 

Ce qu'il faut de nuit de Laurent Petitmangin

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? L'histoire d'un père, veuf, et de ses deux fils, dont l'un va rejoindre un groupuscule d'extrême-droite et voir son destin basculer.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour lire une belle et sombre histoire de famille, faite de convictions et de sentiments ébranlés. Pour s'interroger : des parents peuvent-ils être déçus par leurs enfants ?

 

 

Élise sur les chemins de Bérengère Cournut

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est un roman en vers librement inspiré de la vie du géographe Élisée Reclus qui raconte l'histoire d'une jeune fille se lançant à la recherche de ses frères aînés sur les conseils d'une femme-serpent. Armée d'une tourmaline magique, elle tentera de maintenir à distance celles qui pourraient nuire à ses frères : Mélusine, Ondine et Ophélie.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour sa thématique du rapport au désir. Pour sa forme déconcertante mais envoutante à la frontière entre réel et imaginaire. Pour son écriture sautillante, joyeuse et poétique.

 

 

Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées de Lou Lubie

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est une exploration documentée et drôle sur les origines, les contours et les évolutions des contes. Par le biais du dessin, on alterne analyses et récits abrégés de certains contes plus ou moins (mé)connus.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Au delà de la beauté de l'objet, pour déconstruire certaines de ses représentations culturelles sur le sujet et apprendre tout en s'amusant énormément des pas de côté modernes et railleurs de Lou Lubie.

 

 

Queenie : la marraine de Harlem d'Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? La vie de Stéphanie Saint-Clair, surnommée Queenie, dirigeante d'une loterie clandestine pendant la Prohibition et influente dans le milieu intellectuel de la Harlem Renaissance.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce que les qualités graphiques déployées au fil des pages de cette bande dessinée n'ont d'égal que le charisme de Queenie.

 

 

Le monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? C'est une discussion entre un candide auteur de bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques, présentant de façon limpide, argumentée et non dénuée d'humour les changements profonds que notre planète vit actuellement et les enjeux économiques, écologiques et sociétaux qui en découlent.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Pour être terriblement plus conscient et informé sur les enjeux énergétiques et climatiques.

 

 

Je confonds tout ! d'Émilie Vast

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Le jeune Lapin Brun raconte une histoire à son ami Lapin Beige. Mais ce dernier pointe toutes les incohérences de Lapin Brun, qui a une fâcheuse tendance à confondre les animaux.

 

♥ POURQUOI LE LIRE ? Parce qu'il est instructif et drôle et ses illustrations d'une douceur profitable.

 

 

Le petit illustré de l'intimité T.1 et T.2 de Tiphaine Dieumegard et Mathilde Baudy

 

♥ ÇA RACONTE QUOI ? Ces deux premiers albums documentaires (trois tomes sont sortis jusqu'à présents, un quatrième devrait voir le jour) abordent pour les enfants à partir de 8 ans l'anatomie du sexe (féminin dans le T.1, masculin dans le second), son fonctionnement mais aussi les questionnements autour du consentement, du genre, de la sexualité ou encore de la conception.

 

 POURQUOI LE LIRE ? Parce qu'ils sont clairs, complets, engagés et inclusifs. Et joliment illustrés, ce qui ne gâche rien. Je pense vous en parler plus en détails dans un article prochainement.

 

 

 

 

Et vous, quel est votre coup de cœur de ces derniers mois ?

 

 

Publié le 9 Juin 2022

Samouraï

Primo-romancier au faible retentissement médiatique, Alan Cuartero est en difficulté depuis que sa compagne l'a quitté, pour un universitaire spécialiste de Ronsard, en lui reprochant au passage de ne pas écrire de roman "sérieux". Chargé par ses voisins de surveiller leur piscine le temps de leurs vacances, il se convint que l'occasion est belle de s'astreindre à une discipline de samouraï de l'écriture en rédigeant dix mille signes par jour sur cette terrasse idyllique. Il brillera sur les plateaux de télévision et Lisa se mordra les doigts d'avoir abandonné un écrivain adulé. C'était sans compter sur son couple d'amis qui s'est donné pour mission de lui dégoter une nouvelle amoureuse dans l'été ("Quand on tombe de cheval, il faut tout de suite se remettre en selle. Voilà la théorie de Jeanne et Florent. Et j'ai envie de leur répondre : sauf quand la chute entraîne un tassement de vertèbres"). Sans compter non plus sur la maman de son ami d'enfance fraîchement suicidé et les notonectes et batraciens envahissant soudainement la piscine pourtant chlorée. Malgré tout, Alan s'enthousiasme tour à tour pour les fraîches idées de romans qui lui viennent : un récit sur ses grands-parents, réfugiés espagnols, ou encore sur la mystérieuse disparition d'une joggeuse de sa commune... Fantasmant sur les futures critiques élogieuses de Claire Chazal et Télérama ("Un roman poignant sur la filiation, la transmission et la résilience [Pictogramme Bonhomme très enthousiaste]"), il en oublie d'écrire et se laisse submerger par l'eau de plus en plus verdâtre de la piscine et les cocasses imprévus du quotidien. On retrouve dans ce roman les caractéristiques propres à l'auteur : la narration à la première personne d'un gentil looser, l'humour cynique et les disgressions. Le présent de narration, introspectif, permet de rendre compte des proportions insensées et handicapantes que prennent les observations et cogitations du narrateur. On rit et glousse à ses dépends, manière de tenir éloignées nos propres faiblesses lues en miroir. C'est drôle à souhait. Mais attention à ne pas trop user les ficelles… A lire pour son regard décalé tant sur les événements anodins que sur le monde littéraire, et surtout pour sa auto-dérision réjouissante.

 

Je me visualise attablé sous le store, devant mon ordinateur, cintré dans un peignoir brodé de mes initiales, un thé à la menthe dans la main, une cigarette dans l'autre, le regard tendu vers l'œuvre. A l'instar des enfants qui se targuent d'avoir des chaussures qui courent vite, il me semble que cette terrasse pourrait écrire quelque chose de qualité.

Avec ce roman, il est simplement question de susciter chez elle une admiration qui, durant ces longs mois, lui a fait défaut, et tant pis si c'est trop tard. De manière un peu perverse, je veux qu'elle réalise à quel point elle est passée à côté de moi [...]. Je vais consacrer mon mois d'été à écrire un roman poignant, sensible et émouvant, réveiller mes démons, transformer mon chagrin en matière brute, descendre à la mine et en remonter le texte le plus beau, le plus bouleversant qui soit. Je vais plonger dans l'écriture avec l'acharnement et la concentration d'un guerrier samouraï, un chemin dont rien ne m'écartera, je vais m'astreindre à un rythme strict et physique, dix mille signes par jour, guidé par l'écriture et elle seule [...].

Voilà ce qui nous a toujours rapprochés, Florent et moi : le gène de la catastrophe auto-immune, une aptitude à se rendre la vie plus pénible encore sans la moindre aide extérieure. Un vrai don de Dieu.

Je vois bien que le type de Bricomarché ne me prend pas au sérieux [...] et son attitude transpire le racisme social, dans chacun de ses mots, de ses regards au loin, ce mépris de classe qui s'applique indifféremment du haut vers le bas et du bas vers le haut, je ne suis pas manuel, je suis un putain d'intellectuel, ça se voit, j'ai les mains trop propres, pas assez marquées, sans la moindre corne, si ça se trouve je suis un Parisien en vacances dans sa résidence secondaire, la totale.

Nous sommes là, tous les trois, debout au bord du bassin, mes voisins comme pétrifiés, leurs bagages posés à leurs pieds, fixant l'eau verte dans un silence hébété. Des camionnettes d'équipe de télé sont stationnées devant leur maison, de temps en temps on entend un journaliste les interpeller derrière le mur. Ils semblent perdus, visiblement ils cherchent à reconstituer ce qui a bien pu se passer entre leur départ en vacances et maintenant, et l'imagination la plus débridée ne suffirait pas à assembler les pièces du puzzle, et leurs yeux hagards semblent dire : depuis combien d'années sommes-nous partis au juste ?

 

D'autres titres déjà chroniqués sur le blog :

 

Rédigé par Nota Bene

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Publié le 23 Mai 2022

Jimi de la planète aux couleurs

Merci à L'école des loisirs

pour le partage de cette jolie fable

signée Caroline Solé et Gaya Wisniewski

 

Caroline Solé et Gaya Wisniewski collaborent de nouveau à L'école des loisirs et enrichissent la collection Moucheron adressée aux enfants de 6 à 8 ans qui font leur entrée dans la lecture autonome. Dans ce court roman, nous faisons la connaissance de Jimi, un jeune garçon, brun, au visage strié d'un arc-en-ciel, habitant isolé de la planète aux couleurs. Il a le pouvoir de transformer les objets grâce à ses feutres magiques. Mais il se sent seul… Alors il prend sa fusée pour aller sur Terre et découvrir la vie à l’école, avec les autres enfants. Il découvre avec appréhension puis soulagement des camarades bien sympathiques et l'occasion d'égayer grâce à ses feutres magiques leur assiette à la cantine. Caroline Solé et Gaya Wisniewski nous offrent une plongée dans l'imaginaire à partir de très peu de mots. Nous rencontrons Jimi dans sa bulle de sensibilité, son imaginaire, qui doit se confronter au monde réel et aux autres. Il surmonte son appréhension pour finalement s'adapter et trouver un équilibre entre son intériorité à préserver et l'ouverture aux autres à développer pour s'enrichir aussi. Car, comme le dit lui-même Jimi, "[𝑠𝑒𝑠] 𝑏𝑎𝑙𝑙𝑜𝑛𝑠 𝑠𝑜𝑛 𝑚𝑢𝑙𝑡𝑖𝑐𝑜𝑙𝑜𝑟𝑒𝑠 𝑚𝑎𝑖𝑠 [𝑖𝑙 𝑛'𝑎] 𝑝𝑎𝑠 𝑑'𝑒́𝑞𝑢𝑖𝑝𝑒". Les aquarelles de Gaya Wisniewski illustrent et illuminent l'histoire à merveille et promettent une suite radieuse au personnage de Jimi.

 

🌈

 

Du même duo d'autrices :

 

 

Rédigé par Nota Bene

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