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Publié le 26 Mai 2015

Je m'appelle Livre et je vais vous raconter mon histoire

 

 

La quatrième de couverture :

 

Depuis des siècles je raconte l'histoire des autres. L'heure est venue de raconter la mienne. De dire par où je suis passé avant d'arriver entre vos mains. On a corné mes pages, on a ri ou pleuré avec moi, on m'a banni, livré aux flammes... J'ai vu des civilisations naître et mourir. Pourtant, j'ai survécu. Ce que vous allez découvrir, cher lecteur, c'est un vrai roman, celui de ma vie.

 

 

Mon avis :

 

Mi-documentaire mi-roman, cet ouvrage atypique de lecture facile est à mettre entre toutes les mains, notamment celles des collégiens ! Illustré par des figurés en noir et blanc, avec une mise en page des plus aérée, le livre s'adresse à nous en termes simples pour nous raconter son histoire. Du chapitre "Qui a inventé l'écriture ?" au chapitre "Mon frère E-book", on passe en revue toute l'histoire du livre : les différents supports de l'écriture, l'invention du papier, de l'imprimerie, du livre de poche, l'étymologie du vocabulaire livresque, le rôle des bibliothèques, les autodafés, la révolution digitale... La jaquette raffinée et le papier épais des pages de cet ouvrage sont représentatifs de son contenu : un narrateur atypique, des informations historiques assez complètes et accessibles, des illustrations agréables, une pointe d'humour, une pincée de citations, un soupçon de poésie... Pour toutes ces raisons, ce codex (du latin caudex, tronc d'arbre) mérite le détour !

 

 

Quelques citations :

 

  • "Si tu ne connais pas les arbres, tu risques de te perdre en forêt ; si tu connais pas les histoires, tu risques de te perdre dans la vie." (p. 11)

  • "Les Sumériens nommaient cet endroit "maison de la mémoire" ; les Egyptiens, "lieu des soins de l'âme", les Tibétains, "océan de joyaux". Je parle ici, bien sûr, des bibliothèques. Aussi loin que je me souvienne, elles ont toujours existé. Elles sont nées avec l'écriture, ont grandi avec elle." (p. 102)

 

 

Pour feuilleter le début du livre vous pouvez vous rendre sur le site de l'éditeur.

 

 

Agard, John.

Je m'appelle Livre et je vais vous raconter mon histoire

Ed. Nathan

2015/135 p.

 

Publié le 12 Mai 2015

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La quatrième de couverture :

 

"Le premier homme de la préhistoire qui composa un bouquet de fleurs fut le premier à quitter l'état animal ; il comprit l'utilité de l'inutile." Le livre de Thé, Okakura Kakuzô, 1906

 

La littérature de jeunesse est ainsi : pour les uns un bouquet de fleurs et pour les autres, inutile. Depuis toujours, elle se complait dans cette interrogation persistante, insignifiante et inféconde : écrit-on pour les enfants ? Elle résonne alors inlassablement de mille polémiques quant à sa qualité, son statut, sa fonction. Faut-il l'interdire, la remettre à l'ordre, "l'éduquer" ? Contre les voix qui s'élèvent pour l'éreinter, souvent sans la connaître, Patrick Ben Soussan fait l'éloge de cette singulière faculté de la littérature jeunesse : offrir aux enfants des occasions de penser, de rêver, de rire et de pleurer, d'aimer, de comprendre, de partager, de rencontrer, au plus vrai, le sensible, l'affecté, le réel et le rêve, de s'échapper et de se retrouver. C'est cela aussi qu'apporte la littérature de jeunesse à ceux qui ne sont plus des enfants, des retrouvailles, non pas avec leur enfance, perdue, inaliénable, mais avec des parts d'eux-mêmes, étranges et étrangères parfois, qu'elle leur révèle, à leur insu.

 

 

Mon avis :

 

Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre, nous fait part de son amour passionné pour la littérature jeunesse et plaide pour des lectures ni utilitaristes ni éducatives mais simplement sachant favoriser la découverte de soi et des autres. Il fustige notamment François Busnel, qui juge la littérature jeunesse à la seule lumière du marketing. C'est un livre militant et intéressant ; un plaidoyer qui puise dans son histoire personnelle. On peut toutefois regretter des longueurs et des tournures de phrases parfois ardues.

 

 

Quelques extraits :

 

  • "Il m'a fallu au mois quinze ans d'études et presque autant de psychanalyse, pour y comprendre quelque chose à ces 90 pages de Oui-Oui." (p. 32)

  • "A travers les siècles, l'enfant sera pensé sur ce mode ontologique, en vide, en creux, en attente d'éducation." (p. 59)

  • La littérature jeunesse est l'alcool fort de la littérature. Elle nous rappelle, avec fracas." (p. 81)

 

  • "Des bacs entiers de librairies et de bibliothèques te diront le monde à la façon machmallow, chamallow, pastels suaves, édulcorants et arômes artificiels à toutes les pages. Se souviendra-t-on un jour des Trois brigands, de ces oppositions de couleurs tranchées, de ces noirs, de ces rouges, de ces bleus, dans des mises en pages si audacieuses ?" (p. 144​)

  • "J'ose penser que les livres ont d'autres goûts et qu'immanquablement ils sauront rendre les enfants gourmands." (p.155​)

  • "J'avais traversé les années 1980, après la naissance de mon premier fils, en d'étranges compagnies : il y avait là un Sacré Père Noël (Raymond Briggs), un Marcel très champion (Anthony Browne), un Prince de Motordu (Pef), un Grand Papa (John Burningham), des brigands, enfin au moins trois (Toni Ungerer) et des filles amusantes (Agnès Rosenthiel), des monstres très maxi (Maurice Sendak), une Adèle (Claude Ponti), une petite Lou (Jean Claverie), un Loulou (Grégoire Solotareff), une Célestine (Gabrielle Vincent), un chien bleu (Nadja), un petit bleu ou peut-être un petit jaune (Léo Lionni), une chenille qui fait des trous (Eric Carle) et encore une maison hantée (Jan Pienkowski)... J'en ai connu aussi qui avaient des problèmes avec leur père (Babeth Cole), des qui voulaient des chats (Tony Ross), même une Julie qui avait une ombre de garçon (Christian Bruel), enfin, vraiment de drôles de Jojo (Olivier Douzou)."

 

Ben Soussan, Patrick.

Qu'apporte la littérature jeunesse aux enfants ? Et à ceux qui ne le sont plus

Ed. Erès

Coll. 1001 et +

2014/322 p.

 

Publié le 16 Avril 2015

 

 

La quatrième de couverture :

 

Il n'est pas si facile de trouver un livre pour un enfant : comment choisir parmi la multitude de titres ? Lequel pourrait lui plaire ? Sera-t-il adapté à son âge ? Cet ouvrage est conçu pour accompagner dans ce choix les parents, les grand-parents, les professionnels et toutes les personnes convaincues de l'importance de la lecture, en leur offrant des repères et une meilleure connaissance de la littérature pour la jeunesse. De présentation claire et attractive, ce guide propose une large sélection parmi les meilleurs livres pour enfants, classés par âges, par thèmes (des livres pour aider à apprendre, pour lire une histoire le soir, pour rire ou pour répondre aux grandes questions...) et par types (séries, contes, livres-CD...). Conseils de lecture, portraits d'auteurs et de lecteurs, présentations des maisons d'édition, ou encore choix de livres à offrir, complètent l'ouvrage.

 

 

Mon avis :

 

Un guide pratique indispensable pour élargir son faisceau de références en littérature jeunesse à destination des enfants et des nourrissons. Des nourrissons ? Et oui, car ce que nous apprend ici Sophie Van der Linden, c'est que les bébés, dès quatre mois, peuvent se voir glisser de petits livres parmi leurs jouets pour se familiariser avec cet objet paticulier. Sa matérialité, ses images et la musicalité du récit participent à leur éveil psychique. Ainsi, des ouvrages incontournables sont présentés, comme Noir sur blanc et Blanc sur noir de Tana Hoban : des imagiers cartonnés avec des représentations en figuré d'objets familiers, adaptés à la vision en noir et blanc des bébés. Citons encore L'album d'Adèle de Claude Ponti ou Loup d'Olivier Douzou. A partir de deux ans, l'enfant relève le défi de l'autonomie dans les apprentissages du quotidien. On peut alors lui proposer des livres rassurants comme Bébés chouettes de Martin Wadell et Patrick Benson, Chien bleu de Nadja ou Petit-Bleu et Petit-Jaune de Léo Lionni. Il peut être bienvenu de lire des textes chantants, parfois répétitifs, jouant avec les sonorités. Important aussi de lui soumettre des illustrations jouant sur l'espace, les couleurs, les techniques, les tracés mais aussi les matières. A partir de quatre ans, l'enfant est très ouvert aux différents genres, à l'humour, à l'imaginaire. Il a aussi besoin de réponses à certains questionnements inconscients. On pourra alors lui proposer les indémodables ouvrages de Maurice Sendak, Tomi Ungerer (Les trois brigands par exemple) ou Christian Voltz. Par la suite, lorque l'enfant entre à l'école primaire, il devient petit à petit un lecteur autonome et a besoin d'être stimulé. On peut alors proposer La belle lisse poire du prince de Motordu de Pef ou des titres issus des collections pour lecteurs débutants telles que la collection Mouche chez L'école des loisirs, la collection Folio cadet chez Gallimard jeunesse, la collection Petit poche chez Thierry Magnier ou encore la collection Mini Syros de chez Syros.

 

 

Mais ce qui fait les grands classiques c'est qu'ils reposent sur un ensemble abouti où texte et images se complètent, se répondent, et où le sujet abordé peut être apprécié à des degrés divers et à des âges variés. C'est pourquoi, au-delà de ces catégories d'âge, Sophie Van der Linden propose aussi des entrées thématiques (lire une histoire le soir, parler de sentiments, rire ensemble, attendre Noël...) et des entrées par type de livres (série, conte, livre-disque...). D'ailleurs, comme le dit l'auteur de ce guide : "Le meilleur moyen de donner le goût de la lecture aux enfants est de partager sincèrement avec eux leur enthousiasme pour cette littérature." En outre, des repères sont apportés au sujet des librairies spécialisées jeunesse, des bibliothèques, de l'histoire de la littérature jeunesse (brève chronologie allant de 1856 à 2010)... Cet ouvrage permet de prendre conscience, si ce n'était déjà le cas, que la littérature jeunesse offre aux tout-petits "un champ culturel d'une richesse inouïe, une friche à mots, à accents, à rythmes, à pauses, à silence" (Patrick Ben Soussan, Qu'apporte la littérature jeunesse aux enfants ? Et à ceux qui ne le sont plus) et un "véritable  tremplin opérateur de rêverie et d'imaginaire" qui "ouvre le pays des songes, du psychisme et du symbolisme" (Rachel Dionnet, Citrouille n°65 de septembre 2013).

 

Christian Voltz

 

 

En résumé :

  • Pourquoi des livres pour un nourrisson ? Pour le stimuler.
  • Pourquoi des livres pour un enfant de deux ans ? Pour le rassurer.
  • Pourquoi des livres pour un enfant de quatre ans ? Pour répondre à ses questions.
  • Pourquoi des livres pour un enfant lecteur autonome ? Pour lui ouvrir de nouveaux horizons.

 

Pef

 

 

Van der Linden, Sophie.

Je cherche un livre pour un enfant : guide des livres pour enfants, de la naissance à 7 ans

Ed. Gallimard jeunesse

Coll. Hors série prescription

2011/144 p.

 

Publié le 15 Octobre 2012

Un guide repéré avant sa sortie et pré-commandé au mois de septembre :

 

 

 

La quatrième de couverture :

 

Depuis les déferlantes Twilight et Hunger Games, la littérature "young adult" a envahi les librairies ! A qui s'adresse ce nouveau genre ? Quels sont les auteurs phares, les séries incontournables, les thèmes de prédilection ?

 

A travers plus de 70 fiches, ce guide vous invite à découvrir le "young adult" sous toutes ses facettes, des sagas fantasy aux récits vampiriques, des adaptations cinématographiques aux zombies en passant par le steampunk et les romans historiques.

 

 

Mon avis :

 

Une lecture dont on picore les pages au fil des envies et qui permet, à partir d'un titre lu, d'avoir des suggestions de lectures qui seraient susceptibles de nous convenir. En effet, la plupart des sagas Young adult du moment sont présentées sur une double page avec un court résumé, d'autres romans de l'auteur, des suggestions de livres du même type et quelques citations (avis, interviews...).

 

La majorité des titres évoqués dans ce guide m'étaient connus au moins de nom mais j'ai également pris en note quelques idées nouvelles. En ce qui concerne les pages thématiques (historique, dystopique, steampunk, pour les garçons...), elles ne m'ont pas appris grand chose. Le guide s'adresse davantage à des non-initiés et chaque double page (vu le très petit format du livre) est bien courte. Pour autant, cela m'aura permis de me remettre en tête l'idée d'ouvrir le fonds BD à des comics. Bref, un guide qui n'est pas incontournable mais qui peut - s'il est à portée de main au CDI - s'avérer pratique pour conseiller des élèves.

 

 

Vitali, Laura.

Le Guide de survie en territoire ado

Ed. ActuSF

Coll. Les Trois Souhaits

2012/173 p.

 

Publié le 3 Octobre 2012

Suite aux encouragements de Magic'doc, ma dernière lecture en date

et la première que j'emprunte aux rayonnages du CDI du collège.

  

 

 

La quatrième de couverture :

 

Imaginez...

La fin du cours vient de sonner.

"Pour la semaine prochaine, dit la prof de français, vous ne lirez pas le chapitre 9. Il est interdit de finir le livre, ni même de le continuer. C'est bien compris ? (Là, les élèves soupirent) Et surtout, interdiction d'en faire un résumé."

Peine perdue... Trois heures plus tard, en rentrant du travail, les parents trouvent leur progéniture en train de lire avant même d'avoir finii de regarder la télé !

"Montre-moi tes dessin animés ! gronde le père. Et ta série américaine, tu l'as fini au moins ? C'était pour demain, je crois ? Je te préviens, si tu continues comme ça, tu passeras ton week-end devant la télé jusqu'à ce que tu aies tout vu !"

Parfois, je me dis qu'il suffirait d'interdir les livres aux enfants pour leur donner envie de lire...

 

 

Mon avis :

 

Par le biais de ce récit autobiographique, Mikaël Ollivier revient sur son enfance, son adolescence et l'évolution de son rapport aux livres. Il nous raconte qu'il n'aimait pas lire alors que son frère aîné dévorait Tolstoï et Camus et que ses parents usaient de subterfuges pour lui mettre des livres entre les mains, se faisant un devoir de l'inciter à lire. Il raconte comment il s'est peu à peu détaché de l'univers scolaire... puis comment le cinéma a envahi sa vie et l'a finalement amené à lire puis à écrire.

 

C'est une lecture rapide et sympathique qui peut sans doute parler à des "non-lecteurs" tout autant qu'à des lecteurs. J'ai pu y déceler les échos de certains romans de Mikaël Ollivier (qui a été dans un établissement à horaires aménagées pour se consacrer à la musique comme le narrateur du roman Le monde dans la main, son amour pour la Bretagne qui transparaît là encore dans Le monde dans la main, le sentiment d'être différent comme dans La vie, en gros...). Le fil rouge du texte est une rencontre amoureuse dans un train, dont le récit est sans cesse repoussé par l'évocation de "et si... ?" qui apportent humour et tendresse. Mention spéciale au premier chapitre "Si...", bel exercice de style.

 

 

Un clin d'oeil à la profession en p. 133 :

 

"La Perle est le permier roman que j'aime de toute ma vie, et je le dois au collège.*

* J'entends d'ici le "Ah ! Tout de même..." de soulagement poussé unanimement par les professeurs de lettres et les documentalistes. Mais il faut comprendre que je parle d'un temps où la littérature jeunesse n'existait quasiment pas, où les CDI étaient rares et où l'approche de la littérature était loin d'être celle que je découvre aujourd'hui avec bonheur, à quelques exceptions près, en venant parler de mes propres livres dans les établissements scolaires."

 

 

Ollivier, Mikaël.

Celui qui n'aimait pas lire

Ed. De la Martinière

Coll. Confessions

2004/189 p.

 

Publié le 3 Juin 2012

 

 

La quatrième de couverture :

 

"Je ne comprenais pas où j'allais, mais j'y allais. Je savais jute que je vivais un de ces moments les plus importants de ma vie. Que ça y était, moi le nul, le redoublant, le presque dernier de la classe, le 30e sur 31, j'avais réussi quelque chose."

 

A la fin de la troisième, Vincent Cuvellier est viré du collège. Son adolescence, c'est des stages bidons, des petits boulots, le chômage... mais aussi les filles et la rage de s'en sortir. Il sait une chose : il adore écrire et rêve de devenir écrivain. Alors il écrit, sans se poser de questions. C'est comme ça qu'il publie son premier roman. A 16 ans. Vingt-cinq ans plus tard, il se souvient de ses débuts d'écrivain. Un livre qui claque fort !

 

 

Mon avis :

 

C'est avec ce livre qui revient sur le parcours qui l'a amené à être écrivain que je découvre Vincent Cuvellier. Une écriture mimant l'oral - ce qu'il revendique - et une franchise dans ses propos : voilà ce que j'en retiens. Vincent Cuvellier a un parcours tout à fait atypique qui m'a paru étrange ; j'oserai dire : étranger. C'est une personne anti-conformiste. Peu importe, le mélange de sincérité, de lucidité, d'humilité, d'humour et d'espoir m'a amené à lire ce livre d'une traite. Il nous indique sur son blog qu'il pensait au départ lui donner pour titre : l'écrivaillon. Pour autant, et étrangement, cela ne m'a pas forcément donné envie de lire ses romans.

 

 

Des extraits :

 

  • "Un cri. Non. Deux cris. Même si j'ai tué ma mère, je sais que j'ai bien fait. C'était la loi du plus fort. J'ai gagné. Tiens, prends-toi ça dans la gueule. Ces lignes, tu vois, ce sont les premières que j'ai écrites et qui ont été publiées. J'avais 16 ans, et fallait pas m'emmerder. Aujourd'hui j'ai dépassé 40, et faut toujours pas m'emmerder. Mais aujourd'hui, je suis écrivain. Punaise, j'adore dire cette phrase." (p. 5)

 

  • "Houlà, c'est mon tour.

- Euh, moi, ben, j'ai arrêté l'école, et je cherche une formation.

Le type qui va bien paraît super soulagé :

- Une formation ! C'est bien, ça ! Et quelle formation ?

- Euh, moi, je voudrais la formation poète maudit, option Arthur Rimbaud.

- Poète maudit ? Pfff, c'est très demandé. Vous aimez les falaises, les tempêtes et la drogue ?

- Euh, les falaises et les tempêtes, ça va, j'aime bien. Je suis breton. La drogue, je ne sais pas.

- Mouai... en première année, il vous faudra être amoureux d'une femme qui ne vous aime pas.

- Alors, là, pas de problème !

- Et il vous faudra mourir à 20 ans ! Vous savez ça ?

- Ben, si faut ça pour être poète maudit, moi je veux bien.

- Bon.

Le type de l'ANPE se gratte la tête. Il doit réfléchir.

- Ecoutez, j'ai l'impression que vous avez le profil, mais il y a un détail important, quand même, pour être poète maudit.

- C'est quoi ?

- L'écriture. Vous aimez écrire ?

- Alors là, pas de problème, je triomphe. C'est un des trucs que je préfère au monde. D'ailleurs à l'école, j'étais nul en tout sauf en rédaction.

- Ecoutez, pourquoi pas une formation poète maudit... je vais voir s'il reste des places.

Le type prend une liasse de papiers qu'il consulte d'un air soucieux.

- Ecoutez, je suis désolé, mais la formation est complète. Je peux vous mettre sur liste d'attente, mais il y a pas mal de monde avant vous.

- Je suis combien ?

- 17e. Par contre, il reste des places en secrétariat-bureautique.

Bien sûr, ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Le type qui va bien a proposé aux types qui n'allaient pas bien de faire le ménage pendant trois mois dans une usine de médicaments. Tout le monde a accepté, sauf le clochard et moi." (p. 9-11)

 

  • "Moi, je suis né à Brest. Une vraie ville, avec des vrais morceaux de vie. Une ville qui en a tellement pris dans la tronche qu'elle en est touchante. A Brest, tout le monde vit avec le fait qu'elle a été presque entièrement détruite pendant la guerre. On le sait tous. C'est ancré dans nos esprits. Du coup, il y a un truc entre les brestois qu'il n'y a pas ailleurs. Rarement vu des gens défendre avec autant d'ardeur leur lieu de naissance. Rarement vu aussi des gens avoir autant de mal à la quitter." (p. 12-13)

 

  • "Surtout ce soir-là, j'ai compris qu'on pouvait se servir de la culture, de la poésie, de la littérature, des mots, pour humilier et mépriser les autres. Et c'est ce soir-là que j'ai décidé, autant que possible, de ne jamais le faire." (p. 58-59)

 

  • "De toute façon, le plus dur restait à faire. J'avais écrit un bouquin, très bien. Maintenant, il me fallait écrire le deuxième. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait quinze ans entre les deux." (p. 62)

 

  • "Voilà ce que j'avais décidé. J'ai passé la trentaine. Je suis presque un écrivain raté. Un type qui a rêvé toute sa vie d'écrire et qui n'y arrivera jamais. Alors il faut que j'essaie, une bonne fois, une dernière fois, d'écrire un bon vrai bouquin !" (p. 76)

 

 

 

Cuvellier, Vincent.

La fois où je suis devenu écrivain

Ed. du Rouergue

Coll. DoAdo

2012/76 p.