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Publié le 10 Mars 2023

 

Arte radio propose depuis 2020 un podcast mené par le journaliste et écrivain Richard Gaitet, consacré aux écrivain.e.s français.e.s et à leurs méthodes de travail, inspirations et difficultés. C'est le récit d'un récit, les coulisses d'une carrière littéraire et ses questionnements : C'est quoi, le style ? Comment construit-on une intrigue, des personnages ? Hors de toute promotion, des écrivains se racontent, des prémices de leur attrait pour la lecture et l'écriture à la réception critique et publique de leurs livres en passant par la discipline, les découragements, les motivations, etc. Les entretiens sont découpés en trois épisodes d'environ 20 à 90 minutes (!) chacun. Il semble que les 30 minutes des premiers épisodes ait été dépassées comme le podcast par son succès.

 

C'est avec plaisir que j'en ai découvert certains. J'ai notamment écouté ceux consacrés à Nicolas Mathieu et Delphine de Vigan. Parfois drôles, politiques, intimistes, les propos sont toujours pertinents, précis et généreux.

 

Depuis janvier dernier, ces entretiens se déclinent en livres de poche. Arte radio s'associe aux éditions Points pour la conception d'une nouvelle collection proposant la retranscription des longs entretiens tirés du podcast, enrichis pour l'occasion de nouvelles questions et donc de nouvelles réponses. Les deux premiers livres sont consacrés à Nicolas Mathieu et à Alice Zeniter.

 

Publié le 29 Janvier 2020

Merci aux éditions Syros

 

pour l'album Boucle Rousse et les 3 ours

accompagné de son CD audio

 

et pour l'épais recueil Le tour du monde des contes

🎶

 

 

Boucle d'Or et les trois ours est un conte que j'adorais étant petite. Dans l'histoire originale, une famille d'ours quitte sa maison pour aller se promener. Une petite fille arrive devant la maison et, poussée par la curiosité, entre. Elle se permet alors de s'installer à table et de manger une partie du repas du trio d'ursidés. Elle va ensuite se coucher. Chaque fois, elle teste les trois types de chaises, soupes et lits à sa disposition et préfère celui du petit ourson. Elle s'endort dans le lit de ce dernier peu avant le retour des habitants de la maison. Les ours découvrent les traces du passage de la fillette et finissent par la retrouver dans le lit du petit ours ! Elle se réveille et s'enfuit, effrayée. En général, le petit lecteur est sous le charme des répétitions de ce conte sériel. Outre la thématique du respect de l'intimité, Bruno Bettelheim a souligné les problématiques relatives à l'enfance abordées dans l’œuvre : la recherche d'une identité et la jalousie fraternelle. Ici, on prend des libertés et on nous offre une version modernisée et pittoresque : la famille ours ne va pas se promener mais manifester contre la disparition des abeilles. Au détour du conte surgit alors un clin d’œil écologique d'actualité. Dans le conte traditionnel, on ne sait pas très bien par quel hasard Boucle d'Or arrive chez les ours. Ici c'est en raison d'une ancestrale et mystérieuse querelle qui sépare les ours et les renards et mue par le désir d'aller à la rencontre de l'autre, en traversant la rivière. Car oui, ici Boucle d'Or n'est pas blonde mais rousse : c'est une renarde, illustrée par Rémi Saillard. Bien que cette version ne convainc pas complètement, les clins d’œil sont amusants et l'écoute de l'histoire avec les accents bretons et italiens des auteures-comédiennes Fabienne Morel et Debora Di Gilio originale.

 

 

 

Dans cet ouvrage sont regroupés d'incroyables versions de quatre contes célèbres : Le lièvre et la tortue, Les musiciens de Brême, Tom Pouce et Les trois petits cochons. De l'Inde au Japon en passant par le Canada et la Roumanie, le recueil de Fabienne Morel et Gilles Bizouerne nous permet de porter un œil neuf sur ces histoires et de constater les particularités culturelles qui empreignent les récits. Au total, on retrouve 18 versions à picorer chaque soir avant de s'endormir à partir de 6 ans environ. J'ai plus particulièrement aimé Le tigre et la grenouille et Le renard et l'escargot. Les illustrations complètent les textes et aident à les rendre vivants. N'hésitez pas à cliquer ci-dessous pour en visualiser un extrait et lire les postfaces.

 

Publié le 21 Janvier 2020

Merci aux éditions Audiolib pour le partage de ce roman

 

initialement publié chez Grasset

 

 

 

Jours sans faim

J'ai passé près de 4h, sur plusieurs trajets en voiture, bercée par la voix même de l'auteur, en écoutant Jours sans faim, le premier roman de Delphine de Vigan initialement publié en 2001 sous pseudonyme et qui vient d'être édité en version audio. Le texte intégral sensiblement lu par l'auteur est ensuite suivi d'un bref entretien dans lequel elle revient notamment sur les parts de réalité et de fiction ayant façonnées son récit mais aussi sur la place particulière qu'il détient dans son parcours d'écrivain. Je suis sous le charme de l'écoute de ce premier roman qui présageait de la carrière qui attendait Delphine de Vigan. Son style plutôt dépouillé n'en est que plus percutant. Le roman est écrit à la troisième personne, permettant de raconter la souffrance physique et la détresse avec un style clinique, parfois emprunt de légèreté. Les phrases sont vives et évitent tout apitoiement. Malgré quelques redondances, j'ai adoré suivre le cheminement du personnage de Laure. Une adolescente qui, aux portes de sa vie d'adulte, va mettre son corps à l'épreuve. Tombant dans le gouffre de l'addiction. Devenant accroc à l’anesthésie provoquée par le jeûne. Jusqu'à l'épuisement.

Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu'elle était arrivée au bout et qu'il fallait choisir entre vivre ou mourir.

Laure est devenue anorexique. Laure est devenue "Lanor". Elle ne pèse plus que 36 kg. pour 1m75 et n'arrive même plus à s'assoir sur les os de ses fesses. Elle ne peut plus s'en sortir sans aide. L'histoire de Laure, c'est aussi l'histoire de sa rencontre avec le médecin qui la prend en charge (et dont la prise de contact est un peu mystérieuse, mais passons) et de la relation spécifique qui la lie à lui. Le docteur Brunel* sera le seul capable d'entendre sa souffrance. Le seul capable de retenir la jeune fille. Elle sera le seul à qui elle donnera sa confiance, entière et pudique.

C'était il y a longtemps. Il lui a sauvé la vie. Quand on les écrit, ces mots paraissent boursouflés, mais c'est ainsi. Encore aujourd'hui, malgré ces années passées et ce goût de vivre qu'elle a retrouvé, elle dit ça quand elle en parle: il m'a sauvé la vie.

Hospitalisée au dernier stade de la maladie, elle comprend peu à peu pourquoi elle en est arrivée là. Jours sans faim raconte trois mois d'hôpital, trois mois pour baisser les armes et pour guérir. Trois mois pour se rendre compte de sa maigreur, trois mois pour apprendre à digérer la souffrance mentale plutôt que l'engourdir d'une souffrance physique. Trois mois de sonde gastrique, d'errance dans les couloirs et chambres du service de nutrition, de "suppléments" alimentaires, de "tortue" charriant les plateaux repas, de pesées, d'observation du mal-être des autres, aussi. Mention spéciale aux bouffées oxygénées apportées par le personnage de la dame bleue : elle est si drôle et attach(i)ante ! Son ton chuchotant et sentencieux est très justement interprétée par Delphine de Vigan. L'auteur, dont j'avais déjà lu Rien ne s'oppose à la nuit, exorcise ici son histoire en la réinventant. Son récit apporte un éclairage sur la suite de son œuvre et met en lumière la complexité de la maladie qu'est l'anorexie mentale. C'est beau, instructif et pas du tout larmoyant. Une lecture - ou une écoute - que je conseille ! Vous pouvez justement en découvrir un extrait par ici.

 

 

* Aparté : on en parle de la coïncidence entre le nom du médecin dont Delphine de Vigan estime qu'il lui a sauvé la vie et le nom de son compagnon François Busnel ?

 

Publié le 18 Novembre 2019

Cette année, pour les 4 ans de mon loulou, pas de Playmobil ou de Lego mais une fabrique à histoires ! Comment ça, une fabrique à histoires ? Une presse à imprimer, un studio de cinéma, un théâtre de marionnettes ? Non, rien de tout cela. En réalité, un drôle de boîtier bleu lagon aux boutons jaunes qui produit des sons et fait apparaître des images lumineuses. Celle d'un château de conte de fée promet une belle entrée au pays de l'imaginaire...

Lunii : la fabrique à histoires

Après avoir allumé et réglé le volume d'écoute à l'aide du bouton latéral, l'enfant choisit les différents éléments qui composeront son histoire : un héros, un compagnon, un lieu et un objet. Guidé oralement et visuellement, il utilise facilement le gros bouton faisant défiler les propositions et le bouton sélectif "ok". Ensuite, l'histoire se lance : place à l'écoute collective ou individuelle à l'aide du casque (que mon loulou a adoré personnaliser avec les autocollants fournis). Une multiplicité d'histoires est possible : 48 sont déjà incluses dans la boîte et des centaines d’autres peuvent être téléchargées. Je les trouve bien racontées et les bruitages qui accompagnent le récit sont un vrai plus. Pour le moment, mon fils adore choisir les éléments de son histoire mais a du mal à rester en place jusqu'à la fin de celle-ci ensuite. Il aurait pu être intéressant de renforcer l’interactivité en proposant un choix à faire au milieu de l'histoire pour orienter le déroulement de l'intrigue. Je pense qu'il faudra que je me rende disponible afin d'écouter avec lui et l'encourager à aller au bout en autonomie. Ceci dit, cette fabrique à histoires est ludique et valorise l'enfant en tant que "maître" de l'histoire. Elle permet de laisser place au développement de l'imaginaire de façon calme et sans écran. Comme la lecture accompagnée, elle permet l'enrichissement du vocabulaire et un moment d'occupation apaisé dans diverses circonstances. Il me tarde de la tester sur la route des vacances à Noël ! Ainsi, lors de longs trajets en voiture ou en train par exemple, la fabrique à histoire permet de divertir l'enfant de façon calme et pratique, seul (grâce au casque) ou en partage à plusieurs. Seul bémol : le prix. Bien que la fabrique à histoires proposent de multiples intrigues, l'objet reste un petit investissement (60 euros), surtout si l'on souhaite acheter un voire deux casques (possibilité d'écouter à deux) en parallèle. Par la suite, on peut enrichir les histoires proposées via le catalogue en ligne Luniistore. Intéressant à souligner : des contes en langues étrangères, des chansons, berceuses, comptines ainsi que des quiz sont disponibles à la vente. En somme, cela peut être une bonne idée de cadeau à suggérer au Père Noël !

 

 

Publié le 11 Octobre 2019

Merci à la maison Syros

 

pour le partage de ce roman-journal original

 

à feuiller par ici

 

Moi, détective in London : le journal de Jeanne

"Et si tu écrivais un journal ?" m’a demandé Maman. "In English", a-t-elle ajouté. Le lendemain, elle m’a offert ce carnet. Il fallait bien en faire quelque chose. J’ai commencé par écrire qui j’étais. Il me semblait que c’était un bon début. "My name is Jeanne Louvier."

Jeanne, une héroïne déjà connue chez Syros (ce qui n'empêche pas de découvrir ce livre indépendamment des précédents), commence ici son journal intime en se disant qu'utiliser l'anglais n'est peut-être pas une si mauvaise idée pour protéger certains de ses secrets de l'indiscrétion de sa mère. Par un concours de circonstances, elle se retrouve justement invitée à Londres avec sa BFF (best friend forever) et impliquée dans une affaire de vol de porte-monnaie en perles. Elle mène alors l'enquête tout en essayant de développer son aisance linguistique. Le récit est plutôt drôle et bien mené et apporte certainement une véritable satisfaction au jeune lecteur lorsqu'il se surprend à comprendre l'intégralité du dernier chapitre rédigé en anglais ! En effet, ce court roman de la collection Tip tongue propose un apprentissage progressif de la langue étrangère. Le héros ou l'héroïne de chaque histoire, jeune francophone, part dans un pays anglophone (ou germanophone, hispanophone) et vit une aventure en immersion. Les personnages et le narrateur sont là pour guider l'air de rien le lecteur et le plonger petit à petit dans un bain de langue qu'il aura plaisir à comprendre. Les stratégies mises en place par les héros sont applicables "dans la vraie vie" et permettent d'avancer dans la compréhension du récit notamment à l'aide d'illustrations, d'explications et de nombreuses répétitions. Par ailleurs, la version audio de chaque roman est téléchargeable gratuitement, ce qui permet de se familiariser avec la prononciation, l'accent à mettre en œuvre. Le titre évoqué ici, écrit par Stéphanie Benson et Claudine Aubrun, se destine aux plus jeunes apprenants (environ 8 ans). J'ai trouvé le concept très intéressant mais serais curieuse de le découvrir avec un niveau de langue plus approfondi et une intrigue destiné à un public plus mature car les échos de certains collègues enseignants sont mitigés. Pourtant, la collection a obtenu en 2015 le Label européen des langues récompensant des projets pédagogiques d’excellence en matière d’apprentissage et d’enseignement innovants des langues étrangères.

 

Publié le 30 Mai 2017

Petit pays

 

 

La quatrième de couverture :

 

"Au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. Si l'on me demandait “Comment ça va ?” je répondais toujours “Ça va !”. du tac au tac. Le bonheur, ça t'évite de réfléchir. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question. À esquiver, à opiner vaguement du chef. D'ailleurs, tout le pays s'y était mis. Les gens ne répondaient plus que par “Ça va un peu”. Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé."

Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie familiale s'est disloquée en même temps que son «petit pays», le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire. Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur ... L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.

 

 

Mon avis :

 

J'ai déjà commenté ma lecture "papier" précédemment. Je peux simplement ajouter ici que j'ai été un peu moins émue par cette écoute - ce qui est normal puisque je connaissais la fin de l'histoire et que les deux lectures étaient assez proches l'une de l'autre - mais aussi bien plus séduite par le début du roman. J'ai mieux perçu les liens entre la douce enfance de Gabriel au Burundi (fils d'un père français et d'une mère tutsie exilée du Rwanda voisin) et les turbulences socio-politiques et familiales qui surviennent dans cette région d'Afrique à partir de 1993.

 

En ce qui concerne la spécificité du format audio, je suis charmée. C'est un plaisir d'occuper ses trajets quotidiens de façon à la fois utile et agréable tout en changeant des traditionnelles émissions de radio. Que le texte soit lu par l'auteur lui-même est pour moi un avantage. Il me semble qu'on touche ainsi à l'intérprétation la plus juste possible du propos. Gaël Faye prête superbement sa voix, sans glisser dans le pathos. J'ai adoré entendre un court air de musique ou un chant entre chaque chapitre : ils méritaient d'être plus longs !

 

Suite au roman, on peut découvrir un entretien avec l'auteur très intéressant : Gaël Faye nous parle de son parcours, de son attrait pour l'écriture dès l'adolescence, de sa difficulté à lâcher prise pour passer de l'écriture de chansons à l'écriture d'un roman puis de l'écriture à la lecture. En effet, il lui a fallu faire parler des personnages avec sa voix alors que leur gouaille burundaise était présente dans sa tête. Humble et ouvert d'esprit, c'est l'impression que m'a laissé Gaël Faye suite à cet entretien d'environ une demi-heure. C'est donc une écoute que je recommande afin de plonger au coeur d'un sacré et malmené petit pays...

 

 

Faye, Gaël

Petit pays

Ed. Audiolib

2016 / 5h40 min.