Prix littéraires 2008

Publié le 2 Novembre 2008

 Le Grand prix du roman de l'Académie française a été décerné à Marc Bressant pour son roman La dernière conférence (aux éditions Le Fallois). Il succède à Vassilis Alexakis, le lauréat 2007. Son ouvrage décrit le monde clos de la dernière conférence internationale avant la chute du mur de Berlin, avec ses enjeux diplomatiques et intrigues personnelles. Tromelin, chef de la délégation française, porte dans son journal de bord un regard d'ethnologue sur ses collègues des deux blocs. Marc Bressant est en réalité le nom de plume de Patrick Imhaus : diplomate qui a notamment été l'ambassadeur de France en Suède et a également dirigé TV5-Monde pendant 8 ans. Il est l'auteur de  Mémoires d'un vieux parapluie (sous le nom de Mangin, en 1990), de l'Anniversaire (1993), d'Un siècle sans histoire (1995) et de la Cinquième porte (2004).

 

Le Prix Femina a quant à lui été attribué à Jean-Louis Fournier pour Où on va, papa ? (aux éditions Stock). Il succède ainsi à Eric Fottorino, le lauréat 2007. L'ouvrage de J-L Fournier est aussi en lice pour le prix Goncourt qui devrait être remis le 10 novembre prochain. Comme une lettre d'amour à ses deux fils lourdement handicapés de naissance, les 150 pages du livre n'en sont pas moins pleines d'humour provocant qui évitent la condescendance. Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux succès depuis 1992 : Grammaire française et impertinenteIl a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s’entraîner à exercer son humour noir et tendre.

 


La quatrième de couverture de Où on va, papa ? :


"Cher Mathieu, cher Thomas,

Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu'ils font ? »
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines."

 

Rédigé par Nota bene*

Publié dans #Je veille

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