Comme un roman

Publié le 17 Juillet 2011

Acheté en librairie il y a quelques temps...

 

Comme un roman

 

 

La quatrième de couverture :

Les droits imprescriptibles du lecteur

  1. Le droit de ne pas lire
  2. Le droit de sauter des pages
  3. Le droit de ne pas finir un livre
  4. Le droit de relire
  5. Le droit de lire n'importe quoi
  6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)
  7. Le droit de lire n'importe où
  8. Le droit de grappiller
  9. Le droit de lire à haute voix
  10. Le droit de nous taire

 

Mon avis :

Je connaissais bien sûr les Droits imprescriptibles du lecteur (la preuve). Mes préférés sont d'ailleurs le 3, le 5, le 6, le 7 et le 9. Mais je n'avais jamais eu entre mes mains l'essai dans son intégralité. Ce n'est plus le cas désormais et je suis plutôt contente d'avoir lu le texte de Daniel Pennac non seulement avec mon regard de lectrice mais aussi mon regard de professionnelle du livre et de l'éducation.

En effet, ce professeur de Lettres porte ici un regard critique sur la vision que les adultes ont de la lecture et nous livre ses pensées sur les phénomènes qui font que les jeunes ne liraient plus. De son expérience de lecteur mais aussi de fils, de père et de professeur, Daniel Pennac nous livre un manifeste pour l'amour de la lecture. Il évoque la prime enfance et le plaisir de s'endormir bercé par une histoire puis l'adolescence et ses fameuses presciptions scolaires.

L'essai est divisé en quatre parties :

  1. Naissance de l'alchimiste
  2. Il faut lire (le dogme)
  3. Donner à lire
  4. Le qu'en-lira-t-on (ou les droits imprescriptibles du lecteur)

 

J'ai dévoré ce livre sans sauter de pages ni de lignes. Avec humour, perspicacité et tendresse, l'auteur désacralise la lecture et nous invite à réfléchir à la manière pédagogique de l'appréhender en tant que parents et enseignants. Les trois premiers chapitres sont finalement aussi intéressants - si ce n'est plus - que les développements des reconnus droits du lecteur. Mention spéciale pour l'avis au lecteur : "On est prié (je vous supplie) de ne pas utiliser ces pages comme instrument de torture pédagogique." Ah ? Dommage...

 

Extraits :

 

  • "Ainsi découvrit-il la vertu paradoxale de la lecture qui est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens." (p. 19)

 

  • "Seulement, nous autres "pédagogues" sommes usuriers pressés. Détenteurs du Savoir, nous le prêtons contre intérêts. Il faut que ça rende. Et vite ! Faute de quoi, c'est de nous-mêmes que nous doutons." (p. 55)

 

  • "Une seule condition à cette réconciliation avec la lecture : ne rien demander en échange. Absolument rien. N'élever aucun rempart de connaissances préliminaires autour du livre. Ne pas poser la moindre question. Ne pas donner le plus petit devoir. Ne pas ajouter un seul mot à ceux des pages lues. Pas de jugement de valeur, pas d'explication de vocabulaire, pas d'analyse de texte, pas d'indication biographique... S'interdire absolument de "parler autour". Lecture-cadeau. Lire et attendre. On ne force pas une curiosité, on l'éveille. Lire, lire, et faire confiance aux yeux qui s'ouvrent, aux bouilles qui se réjouissent, à la question qui va naître, et qui entraînera une autre question. Si le pédagogue en moi s'offusque de ne pas "présenter l'oeuvre dans son contexte", persuader ledit pédagogue que le seul contexte qui compte, pour l'heure, est celui de cette classe. Les chemins de la connaissance n'aboutissent pas à cette classe : ils doivent en partir ! Pour le moment, je lis des romans à un auditoire qui croit ne pas aimer lire. Rien de sérieux ne pourra s'enseigner tant que je n'aurai pas dissipé cette illusion, fait mon travail d'entremetteur." (p. 140-141)

 

  • "Chères bibliothécaires, gardiennes du temple, il est heureux que tous les titres du monde aient trouvé leur alvéole dans la parfaite organisation de vos mémoires (comment m'y retrouverais-je, sans vous, moi dont la mémoire tient du terrain vague ?), il est prodigieux que vous soyez au fait de toutes les thématiques ordonnées dans les rayonnages qui vous cernent... mais qu'il serait bon, aussi, de vous entendre raconter vos romans préférés aux visiteurs perdus dans la forêt des lectures possibles... comme il serait beau que vous leur fassiez l'hommage de vos meilleurs souvenirs de lecture ! Conteuses, soyez - magiciennes - et les bouquins sauteront directement de leurs rayons dans les mains du lecteur. C'est si simple de raconter un roman. Trois mots suffisent, parfois." (p. 144)

 

  • "Parler d'une oeuvre à des adolescents, et exiger d'eux qu'ils en parlent, cela peut se révéler très utile, mais ce n'est pas une fin en soi. La fin, c'est l'oeuvre. L'oeuvre entre leurs mains. Et le premier de leurs droits, en matière de lecure, est le droit de se taire." (p. 152)

 

  • "Dans les premiers jours de l'année scolaire, il m'arrive de demander à mes élèves de me décrire une bibliothèque. [...] Et un lecteur ? Décrivez-moi un lecteur. [...] Les plus "respectueux" d'entre eux me décrivent Dieu le Père soi-même, une sorte d'ermite antédiluvien, assis de toute éternité sur une montage de bouquins dont il aurait sucé le sens jusqu'à comprendre le pourquoi de toute chose. D'autres me croquent le portait d'un autiste profond tellement absorbé par les livres qu'il se cogne contre toutes les portes de la vie. D'autres encore me font un portait en creux, s'attachant à énumérer tout ce qu'un lecteur n'est pas : pas sportif, pas vivant, pas marrant, et qui n'aime ni la "bouffe", ni les "fringues", ni les "bagnoles", ni la télé, ni la musique, ni les amis... et d'autres enfin, plus "stratèges", dressent devant leur professeur la statue académique du lecteur conscient des moyens mis à sa disposition par les livres pour accroître son savoir et aiguiser sa lucidité. Certains mélangent ces différents registres, mais pas un, pas un seul ne se décrit lui-même, ni ne décrit un membre de sa famille ou un de ces innombrables lecteurs qu'ils croisent tous les jours dans le métro." (p. 154)

 

  • "Le devoir d'éduquer, lui, consiste au fond, en apprenant à lire aux enfants, en les initiant à la Littérature, à leur donner les moyens de juger librement s'ils éprouvent ou non le "besoin des livres". Parce que, si l'on peut parfaitement admettre qu'un particulier rejette le lecture, il est intolérable qu'il soit - ou qu'il se croie - rejeté par elle." (p.169-170)

 

 

Pennac, Daniel.

Comme un roman

Ed. Gallimard

Coll. Folio 

1992/197 p.

 

Rédigé par Nota bene*

Publié dans #Je lis sur la lecture

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Sarah 02/08/2011 22:39



He bien ces passages choisis donne très envie de lire ce livre dont j'avais lu une critique qui en faisait l'éloge et qui, déjà, m'avait séduite. L'extrait concernant la définition du lecteur est
très intéréssant. Qu'est ce que j'aurais aimé l'avoir comme professeur !



Cap!ôCapesDoc 19/07/2011 21:59



roh... faudrait que je le lise moi aussi ! et que je le mette dans ma bibliothèque !