Le plus petit baiser jamais recensé

Publié le 6 Février 2014

Hier sortait sur les écrans (et il était grand temps)

l'adaptation du roman La mécanique du coeur de Mathias Malzieu.

 

Jack et la mécanique du cœur

 

 

C'est ce qui m'a poussé à reprendre ma lecture de son dernier roman en date :

 

baiser

 

 

La quatrième de couverture :

 

Un inventeur-dépressif rencontre une fille qui disparaît quand on l'embrasse. Alors qu'ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise d'un coup. Aidé d'un perroquet hors du commun, l'inventeur se lance alors à la recherche de celle qui "fait pousser des roses dans le trou d'obus qui lui sert de coeur". Ces deux grands brûlés de l'amour sauront-ils affronter leurs peurs pour vivre leur histoire ? Le plus petit baiser jamais recensé est un vrai faux polar romantique. Suite métaphorique de la Mécanique du coeur, ce roman teinté de mélancolie regorge de gourmandise explosive. Comme si Amélie Poulain dansait le rock'n'roll et croisait le Petit Prince avec un verre de whisky.

 

 

Mon avis :

 

Cette fois encore, Mathias Malzieu nous offre une fable poétique et détonante et signe une jolie réflexion sur la quête amoureuse et la peur de l'engagement. Les personnages y sont tous plus farfelus les uns que les autres mais très attanchants aussi : un ancien détective à tête de barbe à papa, un inventeur dépressif, une pharmacienne rougissante, une fille invisible au doux prénom de Sobralia, un perroquet enregistreur... Ce roman sentimental au léger accent de polar est teinté de mélancolie. Il nous fait part de la quête d'un narrateur qui, après avoir essuyées de profondes déceptions amoureuses, se retrouve subjugué par un baiser volé à une fille qui s'est évaporée. En réalité, elle est plus exactement devenue invisible ! Une fois la demoiselle retrouvée, des questions se posent. Peut-on vivre une histoire d'amour avec une fille invisible ? Et cela se complique encore davantage lorsque l'ancienne amie du narrateur revient vers lui et formule des regrets sur la fin de leur histoire. Le coeur fragile de notre inventeur balance... Cette métaphore de la peur de l'engagement et de l'indécision sonne juste. Emotions, rêveries et loufoqueries sont au rendez-vous.

 

La forme est aussi importante que le fond : on peux lire dans ce nouveau récit toujours autant de mots-valises, de métaphores et oxymores dont seul Mathias Malzieu a le secret. Ce qui est troublant et exquis avec cet auteur c'est qu'il couche sur le papier des images surréalistes qui trouvent toujours en nous un véritable écho.  Cette fois encore, bien que différente des précédentes, je succombe pour la magnifique première de couverture, qui est en soi une gourmandise. En complément de ce court roman, on trouve en toute fin un carnet de "sparadramours", de délicieux et décalés poèmes (comme celui-ci) qui sont joliment présentés (dans l'esprit du site web de l'auteur) et closent avec grâce le récit. On découvre même dans son livre la recette d'un bonbon fourré au plus petit baiser jamais recensé ! Pour en réaliser, il vous faut : du chocolat au lait onctueux, de l'orange sanguine pour la fraîcheur acide, sans oublier un milligramme de gingembre... par superstition érotique.

 

"L'amour est une équation poétique, cher ami !

Tu dois chercher à la résoudre quoi qu'il advienne."

 

 

Des extraits :

 

  • "Lorsque j'avais perdu ma mère, il m'avait fallu l'aide d'un géant de 4 mètres 50 pour commencer à aller mieux. Je suis un sous-doué du deuil. La peau à l'intérieur de mon cerveau est constellée de bleus qui ne s'effacent jamais. Je suis un homme-grenier. Je garde tout. Si on plantait une caméra au coeur de ma mémoire, on pourrait reconstituer ma vie, comme dans un studio de cinéma. De la joie sauvage à la colère noire en passant par la fréquence d'un battement de cils, tout est intact." (p. 25)

  • "La fille qui apparut sur le palier du deuxième étage était une championne du monde de chignon... Il penchait légèrement sur la gauche, lui donnant une allure de tour de Pise. Elle était plus pulpeuse qu'une armée d'oranges et devait mesurer un bon mètre quatre-vingts. Elle toussota, c'était un bon signe. Je fis une armée en matière plutôt réussie, avec un "Bonsoir excusez-moi de vous déranger" classique et rassurant, quand soudain le perroquet se mit à siffler comme une bouilloire orgasmique. Je lui ordonnai de se taire en claquant des doigts, mais ça ne fit qu'empirer les choses. - Vous voulez quoi au juste ? demanda-t-elle en crachant la fumée de sa cigarette." (p. 33)

  • "[...] Je poursuivis mon enquête en collant des affichettes contenant l'un ou l'autre des poèmes un peu partout dans le quartier. Le vent les décollait sans prendre la peine de les lire, la pluie faisait couler l'encre comme du mascara, mais je m'accrochais à mon élan." (p. 39)

 

  • ​"[...] ce perroquet avait un flair hors pair pour repérer les filles "un peu trop jolies". Il était aimanté par la beauté, et pas n'importe laquelle. Par le charme et par la grâce, par ces femmes qui ressemblent à s'y méprendre à des pâtisseries. Il arrivait même qu'il confonde et se cogne aux vitrines de certaines boulangeries. Sa dyslexie à lui..." (p. 44)

 

  • "Ce soir-là, je ne pus me résoudre à regagner mon appartelier. Besoin d'échapper à moi-même. Arrêter de penser. Boire les étoiles au goulot était une technique pour bloquer la machine temporelle. Flouter le passé et le futur quelques heures pour se poser dans l'hyper-présent avec du whisky déguisé en Coca, du rhum caché dans les feuilles de menthe. [...] Penché au-dessus du comptoir, j'entendais les rires se planter dans mon dos. J'étais bien trop vieux pour être si con, trop jeune pour être si vieux." (p. 73)

 

  • "[...] La grande aventure d'une certaine normalité. L'ordre des choses. Les plans de chimie amusante, celle qui changeait les rêves d'enfants en rêves d'avoir des enfants. Et c'est l'intensité folle de cet espoir détruit qui me plombait aujourd'hui." (p. 75)

 

  • "Il existe des femmes dont le mystère s'évente d'un seul coup lorsqu'elles se mettent à rire. Comme si quelqu'un allumait des néons de salle de bains au milieu d'une forêt de conte de fées." (p. 91)

 

  • "Les fées-romones" (p. 92)

 

  • "Un éclair de peut-être, violemment joyeux." (p. 92)

 

  • "Je ne supportais plus de porter mes vêtements de l'année passée, du coup, en ce faux dimanche de printemps, je me présentai au rendez-vous avec la bombe d'amour en moi du présent. Un pantalon plus serré, des chaussures plus pointues, une veste plus ajustée,. Un look globalement plus aérodynamique pour se faire croire qu'on avance." (p. 117)

 

  • "Elle portait un sac de 150 kilos de doutes sur les épaules. [...] Elle avait toujours ses petits airs d'arbre en fleur, avec ce je ne sais quoi de feuille morte au fond du regard. Une douceur brûlée." (p. 118)

 

  • "- J'y arrive pas. Si je pouvais, je me couperais en deux !

      - C'est déjà ce que tu fais un peu, sauf qu'il y en a deux qui se coupent en quatre pour toi et qu'aucune des deux ne voudra d'une moitié de toi." (p. 122)

 

  • "Stopper l'amouragie." (p. 153)

 

  • "Alors je suis parti avec mes derniers sacs remplis de disques, livres, DVD et de regrets. Lourds à s'en couper la circulation sanguine au bout des doigts. Elle m'aida à les descendre dans la cage d'escalier. le taxi Espace arriva. Une bruine lustrait le pavé, on aurait dit une couche de vernis sur le trottoir." (p. 154)

 

 

Malzieu, Mathias.

Le plus petit baiser jamais recensé

Ed. Flammarion

2013/157 p.

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je lis, #Je me fais une toile

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faelys 08/02/2014 17:39

moi aussi je compte aller voir ce film, et ton billet me donne envie de replonger dans les livres!

Nota bene 09/02/2014 11:25

J'en suis ravie ! ^^