Le bleu est une couleur chaude

Publié le 22 Janvier 2014

BD enfin empruntée à une copine :

 

 

 

La quatrième de couverture :

 

Mon ange de bleu

Bleu du ciel

Bleu des rivières

Source de vie

 

 

Mon avis :

 

Moi qui suis encore une bleue dans l'univers du neuvième art, j'ai passé un très bon moment à la lecture de cette première publication de Julie Maroh. Cette bande-dessinée m'avait déjà interpellée lors du Festival d'Angoulême en 2011 et, évidement, après la présentation de son adaptation cinématographique au Festival de Cannes, elle est devenue incontournable. Je me suis donc laissée emporter par ce récit rétrospectif tout en nuances de gris.

 

Gris, comme la fatalité qui s'abat sur nous dès la première planche : "Mon amour, quand tu liras ces lignes, j'aurai quitté ce monde". Celle qui les écrit, c'est Clémentine. Celle qui les lit, c'est Emma. Leur romance bleu pastel commence avec un regard... et des cheveux. Bleus. Clémentine, lycéenne, va tomber amoureuse d'Emma, étudiante à la chevelure et à la sexualité assumée. Elle le raconte dans son journal intime. Au-delà des aléas inhérents à toute relation, Clémentine va devoir faire face à cette passion jusqu'alors inconnue qui l'envahit... et qui signifie devoir assumer sur elle le regard pesant de la société. En effet, dans les années 90, cet amour est encore hors-norme. Les gestes et les silences ont toute leur importance dans le récit de ces premiers émois qui conduiront les jeunes filles à se couper de la famille de Clémentine et à s'installer ensemble. Elles auront à gérer bleus et vague à l'âme. Des Emma-tomes, en somme. L'amour peut-il être éternel ? Clémentine tentera de répondre à cette question dans les dernières planches retrouvant peu à peu les couleurs du temps présent : "Il est dépendant de nous".

 

J'ai apprécié lire un récit intimiste et sensuel sans être voyeuriste, aux accents à la fois fleur bleue et engagé. Le dessin fin et doux jouant sur les ombres et les mises en valeur par touches de bleu m'a séduite. Son titre est incontestablement de ceux que j'aurais aimé inventer. Par ailleurs, la couverture souple de cette BD est plutôt d'une agréable prise en main. Désormais, le plus dur pour la jeune scénariste et dessinatrice au succès imposant va être de continuer à nous plaire et à nous surprendre ! Peut-être en changeant de ton et en nous faisant une peur bleue ?

 

 

La planche du coup de foudre :

 

 

Et "La vie d'Adèle" dans tout ça ?

 

On a confirmé ma pensée en m'indiquant qu'il était intéressant de lire la BD avant de voir le film. Reste donc pour moi à découvrir les incarnations de Clémentine et Emma à l'écran. Je regarderai le film avec une belle impression de lecture en tête... mais aussi avec la retenue - voire les critiques - formulées à l'encontre de scènes de sexe crues et infidèles à l'esprit initial. Dans tous les cas, je ne manquerai pas de faire une mise à jour complémentaire à ce billet en temps voulu !

 

[Mise à jour du 15 mars 2014]

J'ai vu le film assez rapidement après avoir lue la BD mais n'avait pas pris le temps jusqu'ici de vous en rendre compte. En quelques mots : la première partie du film est sensiblement la même que celle de la BD, outre le changement de nom du personnage de Clémentine qui devient "Adèle". La deuxième partie est cependant totalement réinventée par Abdellatif Kechiche : alors que l'on comprenait dès les premières pages de la BD que Clémentine était morte, la fin du film repose sur la séparation des deux jeunes filles sans pour autant qu'Adèle tombe malade. Alors que les tensions dans le couple provenaient de l'engagement militant d'Emma et de la présence de son ex, le film met en avant les différences sociales qui s'insinuent dans leurs rapports : on voit plusieurs fois Adèle manger sans grande élégance des spaghettis bolognaise devant la télé avec ses parents. A l'inverse, lorsqu'Emma invite Adèle à partager le dîner avec ses parents, on déguste huîtres et vin blanc tout en dissertant sur le peintre Gustav Klimt. D'ailleurs, la fameuse scène où la mère de Clémentine découvre en pleine nuit Emma nue devant son frigo - ce qui déclenche une fracture familiale - a été supprimée dans le film. Abdellatif Kechiche n'a d'yeux que pour Adèle et filme tour à tour en gros plan sa bouche, ses cheveux, ses fesses... Il en émane une extrème sensualité qui à mon sens s'inscrit dans la droite ligne du travail de Julie Maroh. Ceci dit, il est vrai qu'une scène de sexe est particulièrement longue et sans filtre. Dommage, c'est une inutile incursion dans une ultra-intimité qui ne nécessitait pas d'être portée à l'écran. En revanche, les plans fiévreux du réalisateur permettent de faire ressentir au spectateur toutes les facettes de la passion amoureuse. Le film est donc une magnifique réinterpréation de la BD et nous laisse emprunt d'une douce et torturée mélancolie. Un long-métrage à la sensualité assumée à savourer sans hésiter.

 

 

 

 

Maroh, Julie.

Le bleu est une couleur chaude

Ed. Glénat

2010

 

Rédigé par Nota Bene

Publié dans #Je me fais une toile, #Je lis aussi des BD

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Noukette 23/01/2014 18:40

Une merveille cette BD...! Par contre, le film ne me tente pas du tout...

Nota bene 23/01/2014 18:46

Ah oui, pourquoi ?

Caro 22/01/2014 18:50

J'ai lu cet album d'une traite peu après à sa sortie, j'en garde un très bon souvenir, l'histoire est racontée tout en délicatesse. Vraiment un bel album !
Mon avis : http://leslecturesdecaro.wordpress.com/2011/04/14/le-bleu-est-une-couleur-chaude/
Depuis l'auteur a sorti un autre album, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de le lire... !

Nota bene 22/01/2014 20:37

Je suis en effet retournée lire ta chronique une fois la BD terminée. Et tu m'apprends l'existence d'un deuxième album de cette artiste ! Je viens de trouver son titre : Skandalon.